mercredi 4 août 2021

La foi dans le génie de l'artiste

Taille originale : 21 x 29,7 cm


« Les difficultés de l’histoire de l’art avec l’art moderne remontent au début du XIXe siècle, lorsque l’art perdit ses fonctions publiques traditionnelles. Cette perte fut compensée par une réflexion sur les buts et moyens de l’art, sur le domaine artistique. L’art justifia sa survie par son autonomie absolue. À ce moment-là, l’histoire de l’art se forma comme une nouvelle branche de la connaissance humaniste et sembla suivre le même chemin, isolant le domaine de l’art comme son champ d’étude. Mais cette impression est trompeuse. Car en réalité, l’histoire de l’art entreprenait de sacraliser la tradition même que l’art vivant du temps s’employait à désacraliser. Les intentions de l’histoire de l’art semblaient ressembler à celles de l’art, mais elles portaient sur l’art ancien et non sur l’art contemporain. L’histoire de l’art lutta pour restaurer les valeurs d’une tradition perdue pendant que l’art vivant échappait aux règles traditionnelles par un modernisme délibéré ou faisait de ces règles l’objet de ses réflexions, de ses commentaires, de ses doutes et de ses affirmations désespérées. Les deux projets ne partageaient qu’une chose, leur foi dans le génie de l’artiste. Elles se séparèrent dès que l’histoire de l’art explora l’évolution des écoles nationales et chercha de principes universels de création artistique. »

dimanche 1 août 2021

La honte

« Il connaît ça depuis l’âge de huit ou neuf ans. Peut-être même plus tôt. D’abord, on nie avoir fait quelque chose, et puis quand il devient évident qu’on ment, on accuse quelqu’un d’autre. C’est ainsi qu’agissent les gens quand ils ont honte. Et aussi, c’est toujours une histoire de sexe. Lui, c’était d’abord parce qu’il avait regardé sa mère se taper un mec, et puis à partir de l’âge de dix ans parce qu’il se branlait tout le temps ; ensuite c’était à cause des magazines et des sites pornos sur Internet, et quand il avait été plus âgé, à cause des DVD pornos, de spectacles de sex club et de forums où il avait des conversations érotiques sur Internet avec des adolescentes, jusqu’à ce qu’il finisse par être pris la main dans le sac, pour ainsi dire, et arrêté par les flics. »
Taille originale : 24 x 32 cm

samedi 31 juillet 2021

Elle regardait mon sein

Taille originale : 29,7 x 21 cm
« Con gli occhi spalancati guardava il mio seno.
– Com'è grande e sodo! È piú bello di quello della tata e anche il capezzolo... è chiaro. Quello della tata era nero. Mi dài il latte?
Senza lasciarmi il tempo di dire niente, con le labbra si mise a succhiare come se veramente bevesse.
– Io non ho piú sete, ora. Tocca a te.
Con gesto sicuro si tirò fuori il seno e mi costrinse, con la mano diventata inaspettatamente forte, a bere dal suo capezzolo cosí come lei aveva fatto.
– Ecco, cosí, bevi. Devi chiudere gli occhi, ti disseta di piú. »
Taille originale :21 x 29,7 cm

vendredi 30 juillet 2021

Une grande pruderie

« Les gens de cour suivaient, pour ce qui est de la structure de leur personnalité, un modèle de civilisation qui exigeait de l’individu un degré considérable de réserve et d’autodiscipline. Mais les jeux des hommes et des femmes - quand bien même ces jeux étaient soumis à des formatages très particuliers - constituaient une partie conséquente de la vie sociale et mondaine de ces personnes. La sociabilité de cour fut, pendant longtemps, une sociabilité mixte - elle incluait des hommes et des femmes, et par conséquent aussi les tensions entre les sexes, sérieuses ou ludiques, auxquelles leur cohabitation donnait lieu.
Brouillage
Taille originale : 21 x 29,7 cm

Par rapport aux gens de cour, les bourgeois du classicisme allemand portaient à un degré beaucoup plus haut ce que Freud appellerait sans aucun doute le refoulement. Ils voulaient se libérer du fardeau de l’absolutisme de cour. Mais, comme dans beaucoup de groupes en pleine ascension sociale, ce désir de liberté et d’égalité dans leur relation avec les membres des couches supérieures qu’avaient les bourgeois, se combinait avec une insistance particulièrement forte sur l’inégalité dans les relations entre hommes et femmes, et avec une restriction sexuelle renforcée. Une grande pruderie se répandit et se manifesta dans le jugement que les représentants de la littérature classique portèrent sur la littérature de cour. Ils ne pouvaient plus supporter que l’on intègre directement dans les poèmes, sans trop les travestir, de manière badine ou avec sérieux et mesure, les éléments sexuels de la vie humaine. »

jeudi 29 juillet 2021

Le piquant de l'interdit

Effacement
Taille originale : 29,7 x 21 cm

 

« Mais si, bien sûr. Justement. C’est ce qui donne du piquant. Le piquant de l’interdit. Tiens, je vais te raconter une histoire. Ça se passait l’été dernier. Un dimanche après-midi, j’étais assis dans le jardin, je parcourais les journaux, et chez les voisins les gosses jouaient dans une de ces piscines gonflables. Il faisait très chaud ce jour-là. Ils avaient des visiteurs, ce qui faisait en tout deux garçons et deux petites filles à peu près du même âge, entre quatre et six ans, j’imagine. Je ne pouvais pas les voir à cause de la haie, mais pour les entendre, je les entendais. Tu sais comme l’eau a le don de surexciter les mômes - elle les rend encore plus bruyants que d’habitude. Et ça criait, ça hurlait, ça éclaboussait… J’ai commencé à m’énerver un peu. On n’a pas eu tellement de week-ends l’été dernier où il a fait assez beau pour rester assis dehors, et voilà qu’on me gâchait mon précieux repos dominical. Alors j’ai fini par m’extraire de la chaise longue et je suis allé vers la haie, pour les prier de baisser d’un ton. En m’approchant, j’ai entendu l’une des petites filles qui disait, manifestement à l’un des garçons : “Vous avez pas la permission de nous baisser la culotte.” J’avoue que j’étais plié en deux. J’ai été obligé de me fourrer un poing dans la bouche pour ne pas rugir de rire. Il n’y avait pas trace d’implication sexuelle dans la phrase de la petite, bien entendu. Mais pour moi, ça résumait toute l’affaire. Le monde est rempli de femmes désirables et on n’a pas la permission de leur baisser la culotte - à moins d’être marié avec elles, et dans ce cas ce n’est plus amusant. Mais il arrive qu’on ait de la chance et qu’elles se laissent faire. C’est toujours pareil, évidemment, sous la culotte. Le trou éternel, je veux dire. Mais en même temps, c’est toujours différent, à cause de la culotte. “Vous avez pas la permission de nous baisser la culotte.” Tout est là. »

lundi 26 juillet 2021

Un instrument délicat


 

« - Tu es belle, et forte, et tu me veux. Tu le sais que tu me veux ?
J'allais le frapper à nouveau, mais la vérité de ces mots me foudroya. C'était vrai. Comment pouvais-je le savoir s'il ne me le disait pas ? Et moi qui croyais que le tremblement qui me prenait en sa présence était tout simplement de la haine. Il me fallait fuir. Et pourquoi ? Jamais je n'avais éprouvé cette fureur qui se déchaînait dans mon sang sous forme de haine. C'était un plaisir effrayant que je n'avais jamais éprouvé, et pour l'éprouver à nouveau je recommençai à frapper. Il me laissa faire. Mes bras et mes poings me faisaient mal à force de cogner sur cette poitrine de marbre, au point que je m'effondrai dans ses bras immobiles. Ce fut le signe. Comme s'il n'avait attendu que cela, voici que ses mains me serrent à la taille et me soulèvent, me faisant voler comme un objet léger. C'était comme de regarder dans un ravin. Plus la terreur augmentait et plus le désir de la chute grandissait à l'intérieur de moi. Je me retrouvai par terre avec lui sur moi. Il ne m'avait pas déshabillée, ni ne s'était déshabillé. Je le sentais à l'intérieur de moi, il ne faisait pas mal, il bougeait doucement. Quand il sortit, rien qu'à la façon dont il laissa aller la tête sur mon épaule, je compris qu'il devait avoir joui. Mais il ne disait rien et je brûlais tout entière sans qu'aucun frisson ne vînt me calmer.
- Excuse-moi, petiote, de cette précipitation, ça fait si longtemps que je te voulais et toi tu ne sais vraiment rien faire. Tout doucement, avec le temps, je vais t'apprendre à prendre ton plaisir toi aussi. Vos mères ne vous apprennent rien, et c'est à l'homme, après...
Et il m'apprit. Tous les matins, juste après l'aube, d'abord à comprendre le cheval, et puis, là chez lui, dans cette petite pièce nue et embaumant le tabac :
- C'est comme avec le cheval. Tu dois serrer tes cuisses autour de moi, et tu dois bouger avec moi. C'est comme faire le cheval et le cavalier. Laisse-toi aller, ma fille, ne te pétrifie pas comme ça, comme si je voulais te tuer. Maintenant tu connais l'animal, et je veux te donner du plaisir comme tu m'en donnes à moi. Tu vois, ma fille, l'amour n'est pas comme le disent tant d'hommes qui n'en sont pas et aussi des femmes qui ne sont pas des femmes, et qui se précipitent d'un côté à l'autre sans presque rien sentir.
Avec l'amour, quand tu le trouves… à moi ça m'est arrivé une seule fois… non, pas avec la mère de Béatrice, cette malade de la tête comme tous ceux du palais, pleine de manies, un jour elle voulait et puis elle pleurait… non, avec une femme, une vraie, que j'ai eue pendant des années ; et puis je l'ai perdue. Mais ce n'est pas ça que je voulais te dire. La vérité, c'est que quand tu trouves la femme ou l'homme qu'il te faut, alors il faut absolument arriver à s'entendre. Le corps est un instrument délicat, plus qu'une guitare, et plus tu l'étudies et plus tu l'accordes à l'autre, plus le son devient parfait et fort le plaisir. Mais il faut que tu t'aides et que tu m'aides. Il ne faut pas que tu aies honte. Voilà, je vais lentement, là, bien lentement et toi, suis-moi. Et quand tu sens augmenter la chaleur il faut que tu me le dises, que je t'attende, et qu'on se pâme ensemble. Mais pourquoi ne veux-tu pas me le dire, eh, pitchounette, quand tu sens la chaleur grandir ? Si tu ne veux pas me le dire avec la voix, fais-moi un signe, serre-moi avec tes bras, mords-moi l'oreille, comme tu veux. Tu es toute chaude et tremblante, mais je sais bien que tu n'éprouves qu'un léger plaisir. Voilà, comme ça, tranquille, bien tranquille, n'aie pas honte.
Et comment pouvais-je le savoir s'il ne me le disait pas ? Tout doucement, j'appris à le suivre dans cette eau profonde pleine de frissons. Et la première fois que je jouis vraiment, ce fut un plaisir tellement fort que je crus rester foudroyée.
- Bravo, maintenant oui, tu es une femme, et j'ai crié en même temps que toi. Je parie que tu ne m'as pas entendu si fort tu as joui.
Pendant des jours et des jours je crus ne pas avoir bien appris la leçon. Et si je glissais sur la selle, j'avais peur de tomber... Et si, sans un mot, il me prenait par la taille, me faisant voler sur le lit, et que je sentais mes jambes se raidir, je craignais toujours que ne vienne pas ce frisson qui me comblait. Mais Carmine était talentueux et patient. Il me guidait de ses paumes, il calmait l'angoisse qui m'ankylosait, et toujours, avec lui, après la course, je tombais dans le ravin éblouissant et sans fond.
- Courage, petite, au galop. Hier tu t'es un peu effrayée, mais si aujourd'hui tu ne laisses pas à la peur le temps d'effacer le souvenir du plaisir, tu n'auras plus peur. La peur, comme les pensées noires, est une mauvaise herbe puissante et il faut tout de suite se l'arracher du corps. »
Taille originale : 21 x 29,7 cm

vendredi 16 juillet 2021

La réalité de son corps

Fenêtre aveugle

 
taille originale : 10,4 x 14,8 cm

« Un après-midi où elle se promenait à Times Square, son appareil à la main, elle avait engagé la conversation avec le portier d’un bar-discothèque topless. Il faisait chaud, et Maria était vêtue d’un short et d’un T-shirt, une tenue plus légère qu’à son habitude. Mais elle était sortie ce jour-là avec l’envie qu’on la remarque. Elle souhaitait affirmer la réalité de son corps, faire tourner les têtes, se prouver qu’elle existait encore aux yeux des autres. Maria était bien bâtie, avec de longues jambes et de jolis seins, et les sifflements et réflexions obscènes qu’on lui avait adressés ce jour-là lui avaient remonté le moral. Le portier lui avait dit qu’elle était une belle fille, aussi belle que celles qu’on voyait à l’intérieur, et au fil de la conversation elle s’était soudain entendue proposer un emploi. L’une des danseuses s’était fait porter malade, disait le portier, et si elle voulait prendre sa place, il la présenterait au patron et on verrait bien si ça pouvait s’arranger. Presque sans réfléchir. Maria avait accepté. C’est ainsi que naquit son œuvre suivante, qui fut connue finalement sous le titre : la Dame nue. Maria avait demandé à une amie de venir ce soir-là prendre des photos d’elle pendant son exhibition — sans intention de les montrer à qui que ce fut, juste pour elle-même, afin de satisfaire sa propre curiosité quant à son apparence. Elle se muait délibérément en objet, en image anonyme du désir, et il lui paraissait capital de comprendre avec précision en quoi consistait cet objet. Elle n’avait fait cela que cette seule fois, travaillant par périodes de vingt minutes de huit heures du soir à deux heures du matin, mais elle n’y avait mis aucune retenue et, tout le temps qu’elle avait passé sur scène, perchée derrière le bar avec des lumières stroboscopiques colorées rejaillissant sur sa peau nue, elle avait dansé de tout son cœur. Vêtue d’un string orné de strass et chaussée de talons aiguilles, elle agitait son corps au rythme d’un rock and roll assourdissant en regardant les hommes la fixer. Elle tortillait du cul vers eux, se passait la langue sur les lèvres, leur faisait des clins d’œil aguichants tandis qu’ils l’encourageaient à continuer en lui glissant des billets de banque. Comme dans toutes ses entreprises, Maria était bonne à ce jeu. Du moment qu'elle était lancée, on n’aurait guère pu l’arrêter. »
Sous l'œil de la caméra
taille originale : 14,8 x 10,4 cm