mardi 27 décembre 2011

Une réponse à la vertu kantienne

dessin erotique masturbation

« La masturbation est l'expression de liberté la plus haute — au-dessous de laquelle vient seulement la littérature (qui a malheureusement des règles trop rigides et contraignantes pour soutenir la comparaison) — que mon organisme ait pu se permettre ces trente-trois dernières années. »

dimanche 6 novembre 2011

En Chine ancienne…

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Taille originale : 24 x 34 cm

« Cette importance, reconnue par toute la tradition, s’explique par le prestige dont a joui de tout temps, en Chine, la magie des sécrétions, des excrétions et des souffles. Les précautions qu’exige l’étiquette et qui paraissent relever des soins de propreté sont imposées par le souci de ne pas laisser un supérieur pâtir ou un ennemi profiter des exhalaisons, pertes ou dégradations de ce qui constitue la puissance ce vie. C’est aux proches, c’est aux fils qu’il appartient de recueillir et de cacher soigneusement les crachats et la morve des parents ; c’est à eux qu’il incombe de recueillir le dernier souffle, de clore les yeux, la bouche, d’amonceler sur tous les orifices un amas de vêtements, de ne rien laisser perdre de la substance paternelle, d’enfouir dans le sol de la maison les ongles, les cheveux du défunt, l’eau qui a servi à laver le cadavre. On peut agir sur autrui (et sur tous les siens) dès qu’on possède une part ou un résidu de sa substance. En lui dérobant quelque portion choisie, on peut aussi s’annexer ce qu’il détient de vie, la puissance de sa vue ou de son ouïe si l’on s’empare d’yeux ou d’oreilles, la vie à sa source même si l’on dérobe le premier sang des vierges ou l’embryon à peine formé. Ces pratiques, encore punies par les codes des dynasties les plus récentes, ne sont point nouvelles. Ce n’était point par cruauté ou dilettantisme de tyran que Cheou-sin, le dernier des Yin, éventrait les femmes enceintes et mangeait la chair de ses ennemis. Tout chef, tout magicien a besoin de récupérer de la puissance, de la substance, de la vie, car il doit dépenser, au profit de tous, son entière vitalité. Les nobles, les chefs, les dieux sont riches en substance et puissance : ce sont deds pourvoyeurs de nourriture. Ce qu’ils possèdent en abondance, ils affectent de le donner et d’en faire fi pour eux-mêmes. Toute la nourriture est à eux : ils n’en prennent que l’essence (tsing) ou la vertu (). Ils se contentent de humer et de goûter. La vie en eux se fortifie en même temps qu’elle se spiritualise. »

dimanche 2 octobre 2011

Amour, sexualité et mélancolie…

Taille originale : 27 x 36 cm


Chez les Achuar (le véritable nom des Jivaros) :
« Dans sa forme la plus extrême, l'affliction amoureuse devient une mélancolie pathologique, reconnue comme un trouble de la personnalité et causée, comme il se doit, par un chamane malveillant. Elle affecte surtout des gens jeunes, hommes ou femmes, qu'ils soient ou non mariés. Sombrant dans l'abattement et le dégoût de soi-même, en particulier au crépuscule, la victime est agitée de pulsions suicidaires et de désespoirs incontrôlables. Shakaim, un gendre encore presque adolescent de Naanch, m'a ainsi confié son chagrin à Capahuari : le cœur gros d'une indéfinissable insatisfaction, il contemple chaque jour le lever et le coucher du soleil en pleurant silencieusement, persuadé contre toute évidence que sa jeune et tendre épouse ne l'aime plus. D'une voix entrecoupée de sanglots, il me disait l'irrépressible désir de quitter sa belle-famille, la vision du soleil posé sur l'horizon étant comme la promesse d'un ailleurs radieux qui rendait plus pénible sa condition présente. Préoccupé par l'état pitoyable de Shakaim, Naanch était résolu de conduire son gendre à Montalvo pour qu'un chamane le délivre de sa neurasthénie.
Que l'amour soit une tension vers une plénitude inaccessible plutôt qu'un état de bonheur satisfait se trouve bien exprimé dans la sémantique du terme qui est le plus proche équivalent en achuar : aneamu combine étroitement affection, vouloir, tendresse, souvenir et désir de la présence de l'être cher. L'organe en est le cœur, ininti, siège de la pensée, des émotions et de l'intentionnalité, racine aussi d'une constellation de mots apparentés : aneajai, "je languis pour", "j'ai la nostalgie", inatamprajai "je me souviens de", initaimsajai "je pense à", j'agis par la pensée sur". Le désir charnel, kunkatmamu, et la copulation, nijirmamu, n'appartiennent pas à cette configuration terminologique, portant témoignage que, pour ce qui est du sens en tout cas, le domaine de l'affectivité et celui de la sexualité sont relativement séparés. »

dimanche 11 septembre 2011

L'exactitude du portrait

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taille originale : 24 x 32 cm

« Les cris de protestation qu'élevaient à cette époque de nombreux artistes contre la photographie avaient, bien souvent, un motif tout à fait intéressé. La plaque, en un temps étonnamment court, avait conquis le domaine du portrait. Sa concurrence, imbattable par le graveur et le miniaturiste, devenait également dangereuse pour le peintre portraitiste. Et cela à une époque où la mode du portrait s'introduisait dans tous les milieux bourgeois. La commande des portraits formait la base principale des bénéfices du peintre. Aux expositions annuelles, la proportion de portraits grandissant d'une année à l'autre, par rapport aux paysages et aux natures mortes, révélait la tendance de l'époque.
À mesure que le portrait se multipliait, ses dimensions se rapetissaient; il ne devait plus orner la vaste galerie des ancêtres, mais bien trouver place sur les murs des appartements bourgeois. Mais le bourgeois était économe et, de plus en plus, il se contentait de la photographie qui, entre autres avantages, avait celui d'une grande exactitude. Pour quelques francs de supplément, d'ingénieux opérateurs coloriaient l'épreuve de roses et de bleus irrésistibles et tout à fait naturels. L'artiste, qui vivait du portrait, voyait de jour en jour diminuer ses commandes; le grand coupable était la photographie, et il n'est pas étonnant que la plupart de ces artistes, notamment ceux d'un talent moyen, aient voué une hostilité profonde à cette mode qui ne cessait de gagner du terrain. »

samedi 3 septembre 2011

Ciels hollandais

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taille originale : 24 x 32 cm
(dessin avec collage numérique)
« C'est parce que le ciel est essentiellement non-composé que le rôle organisationnel de la découpe est particulièrement mis en avant par les clichés de nuages. Il n'y a pas ici une mise en scène de l'objet en fonction d'un projet de création esthétique (la volonté du photographe de rendre telle ou telle valeur plastique). Il y a seulement un geste de découpage, de mise en pièces du tissu continu de l'espace céleste. »
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taille originale : 24 x 32 cm
(dessin avec collage numérique)
« En d'autres termes, l'espace photographique des clichés de nuages est un espace non-déterminé par rapport à notre positionnement topologique; c'est un espace qui n'a pas de gauche ou de droite, où nous ne comprenons pas ce qui est en haut et ce qui est en bas. Un espace mobile et indépendant du monde. Une image entièrement libérée, radicalement coupée de ses amarres, flottant en plein ciel, exactement comme un nuage. »
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taille originale : 24 x 32 cm
(dessin avec collage numérique) 

samedi 27 août 2011

Un premier plan dilaté

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taille originale : 21 x 29,7 cm

« La désagrégation de l’ordonnance spatiale semble indiquer les heurts, secousses et agitations de la vie moderne, en même temps que le point de vue plus délibérément subjectif du peintre. Elle se caractérise entre autres par la façon dont les silhouettes des personnages, amputées par les bords de la toile ou recouvrant parfois la surface de haut en bas, font pièce à toute entrée calculée dans le tableau. En attirant l’attention sur la surface de l’image, ce premier plan dilaté commence aussi à souligner la nature d’objet idéel qui est celle du tableau. »

lundi 15 août 2011

À une femme infidèle que je ne soupçonnais pas…

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taille originale : 21 x 29,7 cm
(dessin sur papier avec effet numérique)
« À l'avènement du fleuve, les flammes du silence pénétraient la mer »



samedi 13 août 2011

Désir en brouillard

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taille originale : 21 x 29,7 cm
(dessin sur papier avec effet numérique)

« Il faut aller à sa rencontre
sur la route contre le vent
et surtout ne plus attendre
que s'évanouissent les fumées
les heures les nuits les années
toutes plus blanches que les ossements »




lundi 1 août 2011

Le doigt dans…

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taille originale : 34,5 x 24 cm
(crayon sur papier de couleur avec transformation numérique)
« Ces jeux sont une bagatelle comparés à ceux des singes capucins au Costa-Rica. Personne n'autoriserait des humains à les copier, et n'importe quel avocat les déconseillerait vivement. Ces petits singes se livrent là-haut, dans les arbres, à des amusements si absurdes que je n'y croyais pas avant d'avoir visionné les vidéos qu'une primatologue américaine projette à des spectateurs crispés d'empathie. Ils raffolent de deux jeux typiques : “on se met le doigt dans le nez” et “on se fourre le doigt dans l'œil”.
Dans le premier jeu, deux singes se font face, assis sur une branche, chacun insérant un doigt de plus en plus profondément dans la narine de l'autre jusqu'à la disparition de la première phalange. En se balançant doucement, ils restent ainsi avec une expression dite de “transe”. Les petits singes se caractérisent en temps normal par leur hyperactivité et leur sociabilité, mais les fourreurs de doigt dans le nez se tiennent à l'écart du groupe et peuvent rester jusqu'à une demi-heure concentrés de cette façon l'un sur l'autre.
Encore plus curieux est le second jeu, dans lequel un singe insère un doigt presque entier entre la paupière et le globe oculaire d'un autre. Les petits singes ont de petits doigts, mais en réalité pas plus que les nôtres compte tenu de la taille de leurs yeux et de leur nez. Et puis leurs doigts ont des ongles, pas spécialement propres, qui peuvent griffer la cornée ou provoquer des infections. De plus, mieux vaut que les singes restent parfaitement immobiles, sinon l'un des deux y laissera un œil. Ces amusements sont une torture pour le spectateur [=l’observateur scientifique]. Le couple garde la posture durant plusieurs minutes, rien n'empêchant celui qui a un doigt dans l'œil de fourrer un des siens dans la narine de l'autre.
L'objectif de ces jeux tordus reste obscur, mais on a avancé l'hypothèse que les singes testeraient ainsi leurs liens. La même explication a été proposée pour certains rituels humains dans lesquels nous nous mettons en état de vulnérabilité. Le baiser avec la langue, par exemple, risque de transmettre des maladies. Le baiser intime est infiniment délectable ou totalement répugnant suivant le partenaire, et il nous en dit long sur l'idée que nous avons de notre relation amoureuse. Dans un couple, le baiser servirait à tester l'amour, l'ardeur, voire la fidélité du partenaire. Peut-être les singes capucins cherchent-ils aussi à mesurer leur affection mutuelle, pour savoir ensuite sur quels appuis compter lors de conflits au sein du groupe.
Une seconde explication veut que ces jeux aident les singes à réduire le stress, et ils en ont à revendre. Leur vie en groupe regorge de calamités. Pendant qu'ils se fourrent le doigt dans l'œil ou dans le nez, ils semblent entrer dans un état inhabituel de calme et de rêverie. Explorent-ils la frontière entre la douleur et le plaisir, libérant peut-être ce faisant des endorphines ? »

dimanche 17 juillet 2011

Dess(e)ins opaques

Triptyque

« Dire n’est pas montrer ; dire, c’est asserter, interroger, s’exclamer… ; montrer, c’est, en assertant, dire l’assertion, en interrogeant, dire l’interrogation… L’énoncé représente quelque chose et présente sa représentation de quelque chose. Or, il est un type de “texte” qui par définition essentielle, par son medium et sa substance, a pour mode primitif de signifiance la monstration. Il s’agit du texte iconique, texte muet dont la finalité s’épuise dans la présentation ou l’ostension. Parce qu’iconique, ce texte se trouve donc, en quelque sorte, contraint de se montrer montrant, c’est-à-dire qu’il exhibe, dans son intégrité, la dimension énonciative de tout énoncé. »






vendredi 24 juin 2011

Osez le clito

taille originale : 36 x 27 cm
mise en couleur numérique
avec hommage ou parodie

En contribution à une campagne féministe.

dimanche 19 juin 2011

Lettre à B [2]

taille originale : 32 x 24 cm
(cliquez sur l'image pour obtenir une version agrandie)

« De même quand nous considérons la nature d'un homme qui et dominé par un appétit bassement sensuel, et que nous comparons cet appétit présent en lui à celui qui se trouve dans les hommes de bien, ou à celui qui, à un autre moment, s'est trouvé en lui-même, nous affirmons que cet homme est privé d'un appétit meilleur parce que nous croyons que mieux vaudrait pour lui l'appétit de la vertu. Mais nous ne pouvons juger ainsi quand nous avons égard à la nature du décret et de l'entendement divins ; car, relativement à elle, cet appétit meilleur n'appartient pas plus, à l'instant considéré, à la nature de cet homme qu'à celle du diable ou de la pierre.
Je voudrais montrer encore que nous ne devons pas, quand nous parlons en philosophes, user de phrases de la théologie : puisqu'en effet la théologie représente Dieu, fréquemment et sans inadvertance, comme un homme parfait, il y a lieu en théologie de dire que Dieu a des désirs, que les œuvres des méchants l'affligent et que celles des gens de bien lui donnent de la joie ; mais en philosophie, sitôt que nous avons perçu clairement qu'il est tout aussi inadmissible de conférer à Dieu les qualités pouvant rendre un homme parfait que d'attribuer à l'homme les caractères propres à un éléphant ou à un âne, ces manières de dire et toutes celles qui leur ressemblent ne conviennent plus et nous ne pouvons les employer sans tomber dans la plus grande confusion. Donc, parlant en philosophes, nous ne dirons jamais que Dieu attend quelque chose de quelqu'un, ni qu'il est affligé ou éprouve de la joie au sujet de quelqu'un, car ce sont là des manières d'être ne pouvant se trouver en Dieu. »

samedi 18 juin 2011

Transgression ?

dessin erotique pornographique penetration
taille originale : 36 x 27 cm

Peut-il y avoir sexualité sans transgression?
Au sortir d’une longue période de puritanisme « bourgeois », philosophes et écrivains — notamment surréalistes — ont proclamé de multiples façons que l’érotisme supposait une nécessaire transgression des interdits imposés par la société. Dans ce contexte, Sade a pu être présenté comme le chantre d’une « libération sexuelle » par rapport à toutes les normes imposées aux individus et restreignant arbitrairement leurs plaisirs. Dans un célèbre essai, Georges Bataille définissait par ailleurs l’érotisme comme une transgression de l’interdit sans que celui-ci ne soit cependant aboli : pour ce philosophe, transgression et interdit étaient indissociables et nécessaires à l’existence humaine, l’une comme dépense extraordinaire d’énergie, excès orgiaque, et l’autre comme régulation nécessaire à toute vie sociale et culturelle (les spécialistes nuanceront ce bref résumé d’une œuvre difficile et absconse).
Néanmoins, il n’est pas sûr que cette association entre sexualité et transgression soit nécessaire et constante. Il faut envisager trois possibilités : la première — qui pourrait être défendue par les tenants d’une libération sexuelle teintée d’hédonisme — serait que les interdits en ce domaine ne sont que des tabous plus ou moins archaïques, hérités d’un christianisme « puritain » (au sens vague du terme), et que leur effacement progressif des consciences laisserait alors la place à toutes les formes d’un plaisir débarrassé d’une culpabilité fondée sur des préjugés plus ou moins absurdes (comme ceux concernant l’homosexualité par exemple). On serait proche alors d’une conception « naturaliste » de la sexualité, une fonction que nous partageons avec les autres animaux qui, on s’en doute, n’ont pas de conscience de l’interdit ni du péché.
L’autre position, déjà évoquée, est que la sexualité humaine est indissociable d’une forme ou l’autre de transgression dans la mesure où toutes les sociétés régulent et contrôlent de manière plus ou moins forte la sexualité, et qu’une absence totale de normes en la matière est impossible : ainsi, dans nos sociétés « libérées » des anciens tabous, il subsiste néanmoins des interdits majeurs à l’encontre en particulier de la pédophilie et des violences à l’égard de personnes non consentantes. Mais il existe bien d’autres normes concernant la décence, la propreté, la courtoisie, la retenue, le quant-à-soi, la nudité, le souci de ne pas perdre la face, normes que nous respectons spontanément dans la vie quotidienne mais qui peuvent être plus ou moins bafouées ou mises à mal au cours d’épisodes érotiques. Cependant, si l’on reconnaît la multiplicité et la prégnance de ces différentes normes sociales, on peut se demander dans quelle mesure leur transgression plus ou moins imaginaire est essentielle à la sexualité : ne s’agirait-il pas là plutôt de fantasmes secondaires qui ne sont pas nécessaires ni indispensables à une vie sexuelle « épanouie » ? Autrement dit, associer indissolublement comme le fait Bataille l’érotisme et le « mal », n’est-ce pas une manière « philosophique » pour des individus plus ou moins pervers de légitimer leurs passions particulières que ne partage pas la majorité des autres individus ? Après tout, de nombreuses « transgressions » n’ont rien d’érotique pour beaucoup de personnes : la scatophilie, la zoophilie, le fétichisme des chaussures ou du latex, les rites sadomasochistes laissent indifférent(e)s un grand nombre d’entre nous et peuvent même nous dégoûter ou nous rebuter. La pornographie, transgression des interdits visuels, fascine sans doute beaucoup de spectateurs, mais les mêmes images seront perçues par d’autres (hommes ou femmes d’ailleurs) comme un « étalage de chair » sans attrait ni « érotisme ».
Enfin, il existe une troisième possibilité, celle d’une transgression sans composante sexuelle. Voler, enfreindre le code de la route, frauder les impôts, injurier ses voisins, faire semblant de travailler et être payé à ne rien faire (pour ne considérer que des infractions relativement mineures) n’ont à première vue rien de particulièrement érotique. On peut cependant penser que toute infraction implique chez son auteur une forme plus ou moins secrète de jouissance ou de plaisir dont l’origine serait fondamentalement sexuelle : ainsi, le film Pickpocket de Robert Bresson (1959) suggère finement une attirance érotique dans les motivations de son personnage qui « viole » d’une certaine manière l’intimité de ses victimes. De façon plus théorique, Freud a montré dans le Mot d’esprit dans ses rapports avec l’inconscient que le plaisir suscité par ces (petites) infractions à la logique et aux règles habituelles du discours (ne serait-ce que par leur absurdité apparente) serait lié à la satisfaction de tendances libidineuses (dans l’humour grivois) ou agressives (quand l’humour vise à ridiculiser un tiers). Néanmoins, même si l’on peut admettre que les pulsions qui nous poussent à la transgression ont toutes une origine érotique (au sens large), il paraît peu vraisemblable de parler, dans des situations comme le vol, l’agression physique ou même l’humour, d’une excitation proprement sexuelle.

Je ne prétendrai pas ici résoudre cette question en particulier parce qu’elle met en jeu le partage occidental entre le corps et l’esprit : envisager la sexualité sous l’angle de la transgression, c’est supposer que « l’esprit » — qu’il s’agisse de pensée, de réflexions, d’émotions ou de sentiments — commande entièrement ou principalement la sexualité (même si une part de ces mécanismes sont conçus selon la tradition psychanalytique comme inconscients). Sans verser dans le « biologisme », il faut, me semble-t-il, reconnaître les limites de notre savoir sur la sexualité en tant que fonction biologique : pourquoi certains animaux connaissent-ils des périodes de rut et d’autres pas ? Pourquoi les parades nuptiales varient-elles grandement selon les espèces ? Les animaux éprouvent-ils du plaisir à s’accoupler et comment ressentent-ils ce « besoin » qui les pousse à se reproduire mais également à adopter des comportement relativement complexes comme le brame et le combat entre les cerfs ? Pourquoi se dirigent-ils préférentiellement vers un partenaire de l’autre sexe (même si l’on a observé des relations homosexuelles chez certaines espèces) ? Si les scientifiques ont sans doute des éléments de réponse à ces questions (notamment en recourant à la notion de sélection naturelle), on doit reconnaître que nous ne savons pas grand-chose de la déterminante biologique de la sexualité humaine : l’erreur serait évidemment de surévaluer cette composante (comme le font les tenants des différentes formes de biologisme) mais également, à l’inverse, de prétendre « expliquer » la sexualité par le sens (social, psychologique ou même philosophique) que nous pouvons lui donner ou lui trouver par des stratégies plus ou moins élaborées d’introspection. « Quelque chose » résiste sans doute à toutes ces analyses…
Je ne souhaite donc apporter que deux réflexions à ce « débat » qu’il n’est sans doute pas possible de clôturer dans l’état actuel de nos connaissances.
La première concerne la transgression des normes sociales impliquée par toute sexualité. Beaucoup de normes sociales passent inaperçues tellement elles nous paraissent évidentes sinon naturelles. Ainsi, Philippe Laporte dans L’érotisme ou le mensonge de Freud : Refondation de la psychologie sexuelle défend l’idée que la sexualité humaine est intimement liée à la honte de la saleté et de la souillure, qui nous est très précocement inculquée avec le contrôle de nos sphincters : le sexe serait ainsi associé dès la petite enfance avec l’urine et les excréments dans un tabou général sur la région génito-anale. L’érotisme impliquerait que l’on surmonte ce dégoût pour le sale afin de se réconcilier avec son propre corps.
Cette explication assez séduisante néglige cependant deux faits : le premier est que l’attrait/répulsion pour la souillure (déjà mise en évidence d’ailleurs par Freud) ne constitue qu’une part de la sexualité et que la fixation sur l’analité (ou les fesses que semble affectionner particulièrement cet auteur) n’est pas universelle ; par ailleurs, cette approche n’explique pas du tout l’attirance pour l’autre et conduit plutôt à privilégier des forme d’autoérotisme puisqu’il s’agirait d’abord de surmonter la honte qui s’attache à notre propre corps.
Dans une perspective similaire à celle de Laporte, on peut cependant remarquer qu’il y a un apprentissage précoce, antérieur même à celui du tabou de la souillure corporelle, qui est celui des limites de notre corps propre : à la naissance (et je suis ici plus la pensée de Jean Piaget que celle de Freud), l’enfant n’a aucune conscience de soi ni d’une distinction entre lui-même et le monde, et c’est seulement dans les premiers mois qu’il apprend progressivement à faire le partage entre son corps et le monde environnant. C’est par des réflexes spontanés comme celui de la succion que l’enfant parvient à faire les premières discriminations entre par exemple le sein de sa mère (ou la tétine du biberon), qui peut se retirer ou s’absenter contre sa volonté, et son pouce ou ses doigts qu’il peut sucer à sa guise. Par l’exercice du toucher d’abord, puis de la vue et de l’ouïe, l’enfant va progressivement différencier le monde et les objets extérieurs de son propre corps soumis à sa propre maîtrise. C’est dans ce cadre que prend sans doute place le complexe d’Œdipe qui met fin à l’indistinction entre le corps de l’enfant (masculin ou féminin) et celui de sa mère.
La prise de conscience du corps propre (qui doit être universelle) va donc de pair avec celle du monde et du corps d’autrui (mettant fin à ce que Piaget appelle une « indissociation primitive », « un égocentrisme inconscient et intégral »), tous les apprentissages futurs prenant appui sur cette différenciation progressive. La maîtrise du sphincter anal est sans doute une étape importante dans cette prise de conscience des limites du corps propre, mais celle-ci s’articule à l’ensemble des apprentissages de l’enfant : celui-ci apprend à se séparer de sa mère nourricière, apprend à être propre, apprend aussi la douleur que peuvent provoquer certains objets, découvre également les punitions, découvre enfin qu’autrui peut se refuser à ses désirs… La découverte des limites du corps propre est donc d’abord de nature pratique et cognitive, mais elle est également morale et sociale, puisque nous apprenons tous que le corps d’autrui ne nous appartient pas, mais aussi corrélativement que notre corps nous appartient et que nous en sommes responsables (dans tous les sens du terme). Si les normes de la décence sont très variables selon les sociétés, elles reposent toutes sur la perception d’un corps à masquer, à cacher, à contenir de façon plus ou moins importante : il s’agit non seulement de le rendre invisible (ou partiellement invisible) mais également d’interdire certains gestes, certains touchers (considérés comme des « attouchements »), certaines attitudes qui porteraient atteintes au corps d’autrui (les hiérarchies sociales, notamment les classes d’âge, supposent ainsi, un respect plus ou moins prononcé des distances corporelles).
Or la sexualité implique nécessairement une mise en jeu des limites de notre propre corps comme du corps de l’autre : homme ou femme, on se donne à autrui, on donne accès à son corps, à son intimité, on pénètre le corps d’autrui ou on se laisse pénétrer, on renonce aux limites qu’on fixait jusque-là à la présence des autres, on s’ouvre et on se donne, on oublie la pudeur, la décence et le « quant-à-soi », on se met à nu et on met à nu, on oublie aussi ou on néglige (comme le souligne Laporte) les normes intériorisées de la propreté et le dégoût qui lui est associé. Mais la « souillure » du corps et de ses déjections n’est pas seule en cause, et la sexualité implique plus fondamentalement, me semble-t-il, une mise en cause (temporaire sans doute et plus ou moins importante) des limites du corps propre mais aussi du corps d’autrui et donc de toutes les normes sociales qui sont construites sur cette conscience, comme la décence, la pudeur (bafouée dans toutes les formes d’exhibitionnisme et inversement de voyeurisme), le respect, la mesure, la politesse (ce qui peut expliquer par exemple le goût pour les injures), l’estime de soi (qu’on peut négliger en se soumettant aux désirs de l’autre) et même la nécessaire protection du corps propre (mise à mal notamment dans les pratiques masochistes). La sexualité humaine implique ainsi la négligence ou le déni de normes sociales primitives et profondément intériorisées, à tel point que l’excitation sexuelle apparaît comme nécessairement liée à l’une ou l’autre transgression et qu’il devient impossible de les distinguer. La transgression peut être mineure — ne serait-ce qu’en surmontant la crainte du ridicule ou de la honte d’être nu devant autrui —, mais la conscience du corps propre comme limite physique et mentale est tellement ancrée et multiforme qu’il paraît impossible qu’il n’y ait pas chez tout être humain pris dans une relation sexuelle le sentiment d’une transgression mineure ou majeure d’une quelconque norme sociale. Et pour beaucoup, le sentiment d’une transgression devient alors la cause (ou une cause) essentielle de l’excitation qu’ils ou elles ressentent ou espèrent ressentir.

La notion de norme sociale peut cependant prêter à confusion, car elle est trop facilement conçue comme arbitraire, extérieure et imposée à l’individu de façon superficielle : la prise de conscience du caractère arbitraire de ces normes suffirait ainsi à entraîner leur transformation sinon même leur disparition. Or, ces normes peuvent être tellement intériorisées qu’elles font totalement partie de l’identité individuelle. C’est le cas en particulier de la langue qui est évidemment une convention sociale — nous parlons la langue de nos parents et de nos proches — arbitraire — nous pourrions parler une autre langue — mais dont nous sommes évidemment incapables de nous débarrasser sous peine de perdre notre humanité : nous pouvons transgresser de façon ponctuelle certaines règles langagières — par exemple en faisant des calembours absurdes — mais, sauf cas exceptionnels, nous ne pouvons pas vivre sans parler ni communiquer grâce à notre langue « maternelle ».
Toutes les normes sociales ne contribuent sans doute pas de façon aussi essentielle à notre identité, et l’on peut imaginer qu’elles composent un éventail depuis les plus profondément intériorisées, qui définissent notre être le plus intime, jusqu’aux plus conventionnelles et superficielles que nous ne respectons qu’en « façade ». Mais aucun d’entre nous ne peut sans doute vivre en « l’état de nature » en rejetant toutes les normes qui fondent la vie en société, et en renonçant ainsi à son identité la plus profonde (implicitement quand certains philosophes parlent d’état de nature, ils y intègrent les normes qui leur paraissent à ce point essentielles qu’elles leur semblent — faussement — naturelles).
Ainsi, la zoophilie, la nécrophilie, la gérontophilie ou encore le cannibalisme sont certainement des perversions très minoritaires parce qu’elles mettent en cause des barrières mentales et sociales (humanité/animalité, vie/mort, jeunesse/vieillesse…) qui sont trop profondément ancrées en chacun de nous, et si quelques-uns peuvent être attirés par de telles transgressions, beaucoup sont en revanche révulsés ou dégoûtés par des pratiques qui font vaciller notre identité la plus profonde et la plus archaïque. Semblablement, des représentations à visée érotique de personnes mutilées, blessées ou hospitalisées (comme on a pu le voir dans certaines bandes dessinées) susciteront sans doute un trouble chez certains spectateurs mais également une angoisse liée évidemment à la maladie, à la mort et plus généralement à l’atteinte au corps propre chez beaucoup d’autres.
Il y a certainement une très grande variabilité individuelle dans la perception de ce qui constitue l’identité profonde, le corps propre, l’intimité la plus personnelle, ce qui explique que les goûts, les préférences et les plaisirs sexuels sont souvent très difficiles à partager ou à faire comprendre : ce qui pour les uns sera perçu comme érotique ne sera que vulgarité pour d’autres, et ce qui suscitera trouble et attrait pour certains entraînera angoisse, dégoût ou répugnance chez d’autres.
Mais si l’on se place d’un point de vue individuel et subjectif, on peut se représenter les choses de la façon suivante : l’excitation érotique se déploierait entre deux limites, d’une part une norme — par exemple la décence — perçue comme relativement arbitraire et dont la transgression apparaît comme jouissive, et, d’autre part, un seuil au-delà duquel l’identité la plus intime est mise en cause, suscitant alors l’angoisse, la répulsion ou le dégoût. Mais la « zone » entre ces deux limites peut être plus ou moins large ou au contraire plus ou moins étroite : dans ce cas, l’excitation est très proche du rejet, ce qui suscite certainement un trouble accru. Pour prendre un seul exemple, la nudité est évidemment une source d’excitation pour beaucoup d’entre nous, que ce soit la nôtre ou celle d’un partenaire éventuel ; elle comporte en outre un risque d’exhibition si elle est révélée à d’autres, ce qui peut être une source d’excitation supplémentaire pour certains. Faire l’amour dans un lieu public (ou pouvant être exposé au public comme un bureau dont la porte serait mal fermée) est un fantasme répandu et sans doute assez souvent pratiqué. Mais il suffit d’imaginer que les témoins ne soient pas des inconnus mais des familiers — amis, collègues, supérieur, patron, clients… — pour que la situation excitante devienne facilement gênante sinon déplaisante. Enfin, si les tiers sont les parents, l’exhibition risque bien d’être intolérable pour beaucoup.
S’il y a sentiment d’une transgression (mineure ou majeure) dans tout sexualité, cette transgression joue sur deux limites différentes, suscitant ainsi des réactions opposées, excitation d’une part, angoisse ou aversion liée à la mise en cause de l’identité personnelle de l’autre. En matière de représentation (artistique, filmique, photographique, littéraire…), on pourrait ainsi dire que l’érotisme joue sur la première de ces limites, tandis que la pornographie touche à la seconde, suscitant alors le rejet de nombreux spectateurs. Bien entendu, les choses ne sont pas aussi simples, les amateurs de pornographie, nombreux, estimant qu’il ne s’agit là que d’une transgression mineure, suscitant chez eux seulement curiosité et désir, et non pas dégoût ou répugnance.
J’espère revenir sur cette question de la représentation — érotique ou pornographique — qui m’intéresse plus particulièrement, et éclairer si possible la dimension esthétique (au sens le plus large) que peut prendre cette représentation.

samedi 11 juin 2011

La secrète poterne

dessin erotique pornographique sodomie
taille originale : 36 x 27 cm
(mise en couleur numérique)

« moi, le plus démuni des hommes, le plus terne,
le plus, des avatars, indemne, ô majesté !
puissè-je découvrir la secrète poterne
où fuir l'étonnement d'un monde limité ! »

dimanche 5 juin 2011

Les feux du plaisir…

dessin erotique triolisme double penetration
taille originale : 36 x 27 cm
« N'est-ce pas, aux feux du plaisir
Inclinée et rebelle,
Elle encor, mais cent fois plus belle,
Et de flamme à saisir »

dimanche 29 mai 2011

Éjaculation et recueillement

dessin ejaculation faciale
taille originale : 24 x 34 cm
« Autrui qui accueille dans l'intimité n'est pas le vous du visage qui se révèle dans une dimension de hauteur — mais précisément le tu de la familiarité ; langage sans enseignement, langage silencieux, entente sans mot, expression dans le secret. La discrétion de cette présence ne se comprend et n'exerce sa fonction d'intériorisation que sur le fond de la pleine personnalité humaine mais qui, dans la femme, peut précisément se réserver pour ouvrir la dimension de l'intériorité. Et c'est là une possibilité nouvelle et irréductible, une défaillance délicieuse dans l'être et source de la douceur de soi. »

lundi 23 mai 2011

Rêve de Sodome ?

taille originale : 32 x 24 cm
(superposition numérique de deux dessin originaux)
« Ce que nous vivons en rêve, à condition que le rêve se répète souvent, finit par faire partie de l'économie de notre âme, au même titre que les choses “réellement” vécues. Le rêve nous enrichit ou nous appauvrit, nous ajoute ou nous retranche un besoin, et finalement, même au grand jour, même aux instants de magnifique et suprême lucidité où notre esprit est le mieux éveillé, nous nous sentons un peu tenus en lisière par les habitudes de nos rêves. »

jeudi 19 mai 2011

La première révolution sexuelle

taille originale : 29,7 x 42 cm


« L’amour romantique, cette représentation des relations sexuées marquées par l’empathie et la spontanéité, se définit par opposition au contrôle communautaire des relations sexuelles. La montée du romantisme parmi les gens de lettres et dans les milieux cultivés a fait de l’expérience de l’amour un des objets privilégiés de ce mouvement. L’apparition de ce que désignent les notions d’amour, de tendresse, d’affection est l’indice de la transformation des relations matrimoniales qui, jusqu’alors, n’étaient guère dissociables des relations du groupe social dont les familles faisaient partie.
La “première révolution sexuelle” correspond à l’autonomisation, certes très relative, des jeunes par rapport à leur communauté d’appartenance. La notion d’amour physique — les deux termes ont été longtemps antinomiques — n’a pris son sens moderne qu’avec ce relâchement des liens communautaires dans certaines catégories sociales des milieux les plus élevés, celles qui furent les plus affectées par le développement du travail capitaliste et de l’économie monétaire qui lui est liée. Le besoin sexuel n’était pas constitué comme tel et, quand il l’était, il n’était pas associé aux relations matrimoniales, celles-ci étant dominées par l’intérêt du groupe et de sa reproduction. Le désir sexuel, l’attrait physique, l’entente mutuelle et la “sentimentalité” n’ont été thématisés qu’à partir du moment où les relations entre jeunes se sont dégagées du “cadre des contrôles exercés par le groupe des jeunes gens et par la société des adultes dans son ensemble”.
À la différence de la haute aristocratie, dont le mode de perpétuation, l’hérédité, est largement assuré statutairement et socialement, la bourgeoisie ne dispose que de l’héritage familial, et de l’ordre juridique qui lui est associé, pour transmettre ce qui fait sa position dans l’ordre social. Dans cette classe, la phobie de la dispersion, au double sens de gaspillage et de division, se manifeste dans de nombreuses conduites : réduction des naissances, restriction de la sociabilité à l’espace familial, mode familial de socialisation des enfants, surtout les filles, gestion des œuvres charitables et du capital social, renforcement de toutes les formes de ségrégation sociale, à commencer par l’habitat et l’urbanisme. »

dimanche 8 mai 2011

Le feu au cul…

dessin pornographique sodomie
taille originale : 24 x 34 cm
« Ce feu prenait dans la chair
Et l’aube était son égale
Ce feu prenait dans les mains
Dans le regard dans la voix
Il me faisait avancer
Et je brûlais le désert
Et je caressais ce feu
Feu de terre et de terreur
Contre les terreurs de la nuit
Contre les terreurs de la cendre
Un feu comme une ligne droite
Un feu fatal dans les ténèbres
Comme un pas dans la poussière
Un feu vocal et capital
Qui criait par-dessus les toits
Au feu la mort
Ce feu prenait dans la chair
Ce feu s’en prenait aux chaînes »

mardi 3 mai 2011

Exercice et formation des premières habitudes

dessin erotique pornographique fellation
taille originale : 34 x 24 cm
« En ce qui concerne les réflexes du nouveau-né, il en résulte que ceux d’entre eux qui présentent une importance particulière pour l’avenir (les réflexes de succion ou le réflexe palmaire qui sera intégré dans la préhension intentionnelle ultérieure) donnent lieu à un “exercice réflexe”, c’est-à-dire une consolidation par exercice fonctionnel. C’est ainsi que le nouveau-né tète de façon plus assurée, retrouve plus facilement le mamelon lorsqu’il a été lâché, etc. après quelques jours que lors des premiers essais. (On observe de tels exercices réflexes également chez les animaux, comme dans les tâtonnements qui caractérisent les premiers essais de copulation chez les Limnées des étangs.) L’assimilation reproductrice ou fonctionnelle qui assure cet exercice se prolonge, d’autre part, en une assimilation généralisatrice (sucer à vide entre les repas ou sucer de nouveaux objets) et en une assimilation récognitive (distinguer le mamelon de ces autres objets).
Sans qu’on puisse parler en ces cas d’acquisitions proprement dites, l’assimilation en jeu n’en remplit pas moins un rôle fondamental, car cette activité qui interdit de considérer le réflexe comme un pur automatisme, rend compte d’autre part des extensions ultérieures du schème réflexe et de la formation des premières habitudes. Dans l’exemple de la succion, on assiste, en effet, et parfois dès le second mois, à ce phénomène banal, mais non moins instructif, d’une succion du pouce, non pas fortuite ou accidentelle, comme cela peut se produire dès le premier jour, mais systématique par coordination des mouvements du bras, de la main et de la bouche. Précisons qu’il y a bien ici acquisition proprement dite, puisqu’il n’existe pas de réflexe ou d’instinct de sucer son pouce (l’apparition de cette conduite et sa fréquence sont en effet variables). »
dessin erotique pornographique fellation
taille originale : 34 x 24 cm

dimanche 1 mai 2011

Une bouche consolatrice

dessin pornographique fellation
taille originale : 32 x 24 cm
(cliquer sur l'image animée
pour obtenir une version agrandie du dessin original)
« Sa bouche ! à moi, ce pli pudiquement martyr
Où s’aigrissent des nostalgies de nostalgies !
Eh bien, j’irai parfois, très sincère vigie,
Du haut de Notre-Dame aider l’aube au sortir
De passables orgies »

samedi 23 avril 2011

Mauvaise mémoire

dessin erotique pornographique fellation
taille originale : 27 x 36 cm 
« Quel était votre nom quel était mon visage ?
Que faisions nous ainsi l'un à l'autre inconnus ?
Sans savoir qui je suis sans savoir qui je fus
je revois une main qui se tend sous l'orage
un visage qui pleure, une porte fermée ?»

jeudi 21 avril 2011

Lettre à B [1]

dessin erotique lesbiennes
taille originale : 24 x 34 cm
« En ce qui me concerne en effet, il n’y a, entre toutes les choses qui ne dépendent pas de moi, aucune qui n’ait pour moi plus de valeur qu’une amitié entre des êtres humains aimant sincèrement la vérité. Je crois en effet que, parmi tous les objets qui ne sont pas en notre pouvoir, il n’y en a pas auxquels nous puissions en ce monde nous attacher plus tranquillement qu’à une telle amitié ; pas plus que nous ne pouvons nier l’évidence de la vérité une fois qu’on l’a perçue, il n’est possible de dissoudre l’amitié que l’on a l’un pour l’autre quand elle se fonde sur une passion commune pour la connaissance de la vérité. Parmi toutes les choses qui ne dépendent pas de nous, c’est ce qu’il y a de plus élevé et de plus agréable, puisque la vérité seule peut rapprocher les sentiments et unir des âmes différentes. Je ne dirai rien de plus sur les grands avantages qui s’en suivent, pour ne pas m’attarder sur un sujet que vous connaissez certainement, et, même si je viens de le faire à l’instant, c’est pour mieux vous exprimer combien il m’est et me sera agréable à l’avenir de saisir une telle occasion de vous rendre service. »

mercredi 20 avril 2011

Un amour illimité ?

« L’agapè, définie par le don, n’attend pas de retour, ni sous la forme d’objets, ni même sous l’espèce immatérielle d’amour en retour. Le don de l’agapè ignore le contre-don. Pour la personne en état d’agapè, ce qui est reçu ne peut être mis en rapport avec ce qu’elle a elle-même donné, à un moment précédent du temps.
dessin pornographique pisse
taille originale : 29,7 x 21 cm

Mais, ignorant l’équivalence, l’agapè ignore aussi, par là-même, le calcul. Elle ne se donne pas munie d’un espace temporel de calcul et c’est la raison pour laquelle on dit souvent qu’elle est sans limites. Cette inaptitude au calcul qui, avec la faiblesse des anticipations, inhibe l’attente d’un retour, supprime aussi la dette. La personne en état d’agapè, ne retient pas plus qu’elle n’attend. Elle ne se souvient ni des offenses subies ni des bienfaits qu’elle a accomplis, et c’est à juste titre que la faculté de pardonner est, avec la faculté de donner gratuitement, la propriété la plus souvent associée à l’agapè.
L’amour en agapè est à l’abri de l’épreuve et à l’écart de la jalousie. Et ce que la loi d’amour prescrit en premier lieu, c’est l’impossibilité de juger, et par là, la vacuité de prescrire. Saint Paul, pour marquer son opposition au juridisme, l’exprime d’un mot : “tout est permis”. Pour être gardé vivant, l’amour doit être maintenu dans l’incommensurable qui est son élément. Dans l’incommensurable, la réciprocité est infinie de part et d’autre. Celui qui aime ne peut pas calculer : aucune limite n’est fixée à l’amour ; pour que le devoir soit accompli, il faut que l’amour soit illimité, c’est-à-dire demeure immuable, quel que soit le changement survenu dans son objet. Lorsque l’amour est agapè, le fait de savoir su l’on persistera ou non à aimer ne dépend pas de la volonté d’aimer l’autre. »
dessin pornographique pisse
taille originale : 24,5 x 30,5 cm

vendredi 8 avril 2011

[Marie-]Madeleine

dessin erotique pornographique lesbiennes
taille originale : 24 x 34 cm 
« Donc, ça ne sert à rien de dire que Madeleine était une fausse blonde. De toute façon, ce sont ses cheveux qui comptent. Personne n’a jamais vu sa toison et personne ne la verra jamais. Pas même Lui. Et, justement, c’est toute la question. Ils vont encore dire que je suis fou mais moi je suis sûr que si elle a les cheveux aussi longs c’est pour détourner l’attention. Si elle les montre, si elle les étale, les dénoue, les exhibe, c’est pour mieux cacher ses poils. Pour les faire oublier.
Parce que, franchement, ces cheveux, ce n’est pas un attribut comme un autre. Ou alors, il faudrait dire qu’ils sont ses attributs. Vous voyez ce que je veux dire ? Ses attributs ; comme les hommes ont les leurs, virils. Ses cheveux seraient ses attributs féminins. Vous avez remarqué qu’il n’y a pas d’équivalent à viril pour les femmes ? Féminin, c’est comme masculin ; et femelle, c’est comme mâle. Mais, pour viril, rien ? Vous ne me direz pas que c’est par hasard ! Je n’insiste pas mais je n’en pense pas moins. C’est pour ça que j’ai dit que c’étaient ses attributs féminins.
En fait, ses cheveux sont son attribut féminin ; ils sont son image de femme, la manifestation de son corps femelle, tellement exubérante qu’elle nous empêche de rien voir. La femme, ce corps qu’on ne saurait voir, disait Tartufe. D’accord ? Là, je crois que tout le monde est d’accord. »
dessin erotique pornographique lesbiennes
taille originale : 24 x 34 cm 
« Je m’égare. Donc, Madeleine aux grands cheveux n’a jamais existé. C’est une invention. De qui ? On n’en sait rien. De personne sans doute. Ça a dû se faire peu à peu. Mais, aujourd’hui, tout le monde est d’accord : Madeleine, c’est un pot-pourri. Pardon, je me suis mal exprimé. Ce que je veux dire, c’est qu’elle mélange au moins trois figures. Et les autres, là, ceux qui aiment bien que les choses soient claires, ça leur suffit ! Pour eux, tout est simple et ils le démontrent. Premièrement le personnage de Madeleine — enfin de Marie-Madeleine — est le produit d’une confusion entre la prostituée de Naïn (ils disent prostituée, eux, pas putain), la fille de Magdala aux sept démons et Marie, la sœur de Marthe. Deuxièmement, cette confusion a été rendue possible en particulier par le texte où Luc raconte le repas chez Simon juste avant d’évoquer la fille aux sept démons. Troisièmement, ça suffit comme ça. C.Q.F.D. Pas besoin de chercher midi à quatorze heures. On peut passer à autre chose. Eh bien, moi, je dis non ! Pas d’accord ! Ce n’est pas parce qu’on a compris comment Madeleine a été inventée qu’on a compris pourquoi on l’a inventée ! »

mercredi 6 avril 2011

Une érotique irrégulière?

dessin erotique pornographique lesbiennes
taille originale : 24 x 34 cm
« Dans son Dialogue sur le Beau et le Pittoresque (Essay on the Picturesque, As Compared With The Sublime and The Beautiful, 1794), Sir Uvendale Price se livre ainsi à un singulier éloge de la beauté d’une jeune femme de son voisinage qu’il compare à celle de la maison “pittoresque” qu’elle habitait : “Elle se tenait droite, en vérité, contre les murs, mais ses traits se partageaient quelque chose de leur irrégularité et ses yeux avaient une légère tendance à croiser leurs regards, comme les toits du vieux presbytère. Sa peau était claire, ses dents blanches et propres, quoiqu’elle ne fussent pas plantées avec une totale régularité, avec cela un air d’honnêteté et de gaîté qui faisait qu’en dépit des irrégularités on la regardait avec plaisir”. Ce dernier mot est important car il ouvre la question du goût du laid et de son érotique irrégulière : “Vous [pouvez] penser comment l’âge et l’abandon inscriront leur marque sur elle comme sur la maison, et comment elle deviendra tout simplement pittoresque, quand ses joues seront légèrement creusées, son teint basané et ses dents plombées.” On n’est plus loin du moment où Victor Hugo fera l’éloge du laid, conçu comme partie d’un ensemble qui nous échappe, et où le romantisme signera la fin de la domination théorique de la pensée classique. »
dessin erotique pornographique lesbiennes
taille originale : 34 x 24 cm

Le plus noble des sens

dessin erotique pornographique cunnilingus
taille originale : 29,7 x 21 cm
(dessin avec teinte numérique)

« Dans ces descriptions par les poètes platoniciens de la fin du Moyen Âge, tout comme dans les œuvres d’art qu’elles ont inspirées, Amour, Amore, Frouwe Amour, Venus Cupido, ou l’Amour sous quelque nom qu’on le désigne, n’est jamais aveugle ; et il ne saurait l’être sous la perspective de ces Platoniciens qui croient que la plus noble des émotions pénètre jusqu’à l’âme humaine par le plus noble des sens. La poésie médiévale s’y réfère très fréquemment : “Et c’est de la vue qu’il prend naissance”, ou “Et les yeux tout d’abord suscitent l’Amour”, ou encore : “C’est à travers la forme visible qu’il atteint l’intellect”. Un commentateur de Pétrarque au XVIe siècle fait observer en parlant de l’image de l’Amour que l’on donnerait prise aux critiques si l’organe par lequel l’amour naît et ravit de plaisir (c’est-à-dire l’œil) était aveugle au lieu d’être beau, “car le principe de l’amour n’est autre que la beauté, et la beauté est toute lumière au regard”. »

lundi 4 avril 2011

Inachèvement

dessin erotique pornographique penetration
taille originale : 42 x 29,7 cm
(carton collé sur carton)

« L’art moderne, depuis la Renaissance, tout en visant, une unité picturale plus stricte — une unité qui implique le jeu réciproque de la figure et des parties du fond —, offre aussi des exemples d’œuvres laissées délibérément à l’état d’esquisses ou de fragments, ou encore d’œuvres incomplètes qui sont appréciées pour des qualités tenant à leur état d’inachèvement et même des exemples d’œuvres peintes sur une petite partie du champ, sans égard aux vides qui l’entourent. »

dimanche 3 avril 2011

Générosité pornographique

dessin pornographique fellation triolisme penetration
taille originale : 36 x 27 cm
Sur un forum consacré à une star du porno, un visiteur écrit qu’il remercie cette actrice pour sa « générosité ». Un tel remerciement ne peut qu’étonner les contempteurs de la pornographie : pour ceux-ci en effet, les amateurs de ces images considèrent les femmes (plus rarement les hommes) uniquement comme des « objets », de la « viande », des « bêtes » sans âme ni sentiments… Quant aux actrices, elles seraient censées n’agir que « pour l’argent » (poussées même par la « misère »), n’y trouver aucun plaisir et être traitées comme des esclaves.
Comment dès lors expliquer qu’un amateur de pornographie puisse parler de la « générosité » d’une telle actrice, un terme qui ne semble d’ailleurs pas étonner les autres participants à ce forum ? C’est le sens de ce terme, évident pour les uns, incompréhensible pour les autres, que je voudrais donc expliciter.
La générosité dans ce contexte tient, me semble-t-il, à deux choses.
D’abord, une actrice porno offre aux amateurs du genre, même si ce n’est qu’en images, son corps, son sexe, toute sa sexualité faite de gestes et de paroles, alors que, dans la vie « réelle », les femmes restreignent l’accès à leur « intimité » : elle ne se promènent pas nues, elles ne font pas l’amour en public, elles choisissent ceux (ou celles) avec qui elles acceptent d’avoir des rapports sexuels, et elles se refusent au plus grand nombre, étant majoritairement adeptes de la monogamie (de fait ou de droit)… Autrement dit, contrairement à l’utopie d’une liberté sexuelle généralisée, elles pratiquent une économie de la sexualité fondée (comme le capitalisme) sur la rareté : ce qui est rare est cher, et donc les femmes ne se donnent pas à n’importe qui, ni n’importe quand, ni à n’importe quelle condition.
C’est précisément cette économie (qui peut souvent paraître avaricieuse) que bousculent les actrices du porno qui offrent (au moins en images) leur sexe, leur corps, leurs gestes sans contrepartie ni monnaie d’échange, comme un pur don d’elles-mêmes. C’est cette générosité qui est incompréhensible pour toutes celles qui cherchent au contraire à préserver la valeur de leur intimité comme un trésor caché, et il faut dès lors accuser ces actrices de n’agir « que pour l’argent ». Mais les amateurs du genre savent intuitivement que ce qu’elles offrent « vaut » beaucoup plus que le prix éventuellement payé : une actrice porno se donne totalement, sans limites, sans pudeur, sans restriction alors que toutes les relations sociales entre hommes et femmes (les homosexuels sont peut-être moins restrictifs en ce domaine) sont au contraire fondées sur des règles de convenance, des restrictions, des normes, des politesses, le « respect » de l’intimité, le souci prioritaire de l’intérêt personnel, etc.
En cela et contrairement à une accusation récurrente, les amateurs du genre savent très bien faire la différence entre la pornographie et la « réalité », et, s’ils « consomment » de telles images, c’est précisément parce qu’elles ne correspondent pas à la « réalité » où règne la « propriété » des choses et des corps : dans une société de plus en plus égalitaire, les femmes sont évidemment propriétaires de leur propre corps et elles en usent à leur guise, même si c’est de façon restrictive en limitant l’accès à cette « propriété », le viol étant désormais et à juste titre considéré comme un crime majeur. L’utopie d’un « communisme sexuel », où hommes et femmes ne s’appartiendraient plus et se donneraient à tous et à toutes, se transformerait rapidement en un totalitarisme d’une violence insupportable.
Contrairement à la société environnante, la pornographie propose donc un monde d’images où des femmes exceptionnelles se donnent de façon généreuse, ne mettant aucune limite aux demandes qui leur sont adressées (sodomie, fellation, amour à trois, éjaculation faciale et bien d’autres choses encore), se soumettant à tous les caprices et toutes les fantaisies. On pourrait rétorquer que cette générosité est imaginaire, et que ces actrices ne font pas « n’importe quoi » : on suppose (et on espère) que, dans la réalité des tournages, elles peuvent négocier leurs conditions de travail (on pense notamment à la protection en matière de VIH), et il est vraisemblable qu’elle refusent certaines pratiques ou même certains partenaires. Mais ces limites — évidemment nécessaires et respectables — sont ignorées à l’écran où n’apparaît qu’une sexualité libre, généreuse, sans restrictions ni entraves.
Cette générosité n’est cependant pas uniquement celles du corps mais aussi celle de « l’âme », et c’est sur ce deuxième aspect que je voudrais à présent insister. Les grandes actrices porno — célébrées notamment sur les forums qui leur sont consacrés — ne se contentent pas en effet d’exhiber leur anatomie (comme certains le leur reprochent sommairement), et elles manifestent un entrain, un enthousiasme, une vitalité, une énergie, une endurance qui donnent toute leur valeur et toute leur saveur à leurs prestations. Telle actrice par exemple sourit et éclate même de rire après avoir reçu une dizaine d’éjaculations faciales, telle autre se renverse sans hésitation le cul en l’air pour se faire prestement sodomiser, une autre encore se saisit vigoureusement d’une bite pour la sucer et l’avaler entièrement… La caméra cherche d’ailleurs à saisir ces expressions sur leur visage, ces émotions qui révèlent leur humanité et auxquelles le voyeur peut s’identifier : il n’y a pas de pornographie sans subjectivité, sans une « âme » qui effectivement se donne et s’offre à travers les gestes et l’exhibition corporelle (sinon on filmerait des poupées gonflables ou des robots à apparence humaine).
Cette participation subjective ne prend pas nécessairement une forme rieuse ou joyeuse, et une très belle actrice porno est restée célèbre à cause de la moue ennuyée qu’elle répétait de film en film. Mais c’est précisément cette répétition, cette obstination à s’exhiber, à baiser et à se faire baiser, ce consentement sans cesse renouvelé aux gestes, aux positions, aux postures demandés, qui prouvaient ou révélaient une indéniable générosité dans le don d’elle-même à ses partenaires mais surtout à la caméra et aux spectateurs.
Il ne s’agit pas de généraliser cette analyse ni d’affirmer que tous les tournages de films pornographiques se font dans l’enthousiasme général. Il y a bien entendu une part de mise en scène, et beaucoup de cris de jouissance sont totalement artificiels. Mais les stars du porno, qui ont participé à des dizaines de films différents, ne pourraient pas répéter de telles scènes, de tels gestes, de telles exhibitions sans une espèce d’engagement subjectif qui mérite bien d’être appelé, comme l’a fait ce participant à un forum, une réelle générosité.

dimanche 27 mars 2011

Contradictions cognitives

dessin erotique pornographique fellation
taille originale : 36 x 27 cm
« La nudité est à la fois bonne et mauvaise. Il en va de même de la sexualité. L’acte est indispensable à la procréation et en même temps éminemment plaisant, mais il est presque toujours un acte privé. Pourquoi ? Invoquer la pudeur est une réponse insuffisante. À mon sens, cette situation est à mettre en rapport avec l’accouplement très personnel, qui peut susciter l’envie, voire l’hostilité des autres, assurément en tant qu’acte public ; par sa nature même, il exclut les personnes étrangères au couple en même temps qu’il oblige à se placer entre les mains d’une autre personne (généralement du sexe opposé) ; ce faisant il menace son identité la plus secrète qui fait partie du moi privé.
Le souci de l’intimité en matière sexuelle n’a pas la même force dans toutes les parties du monde. Mais dans la majeure partie du monde la sexualité est une affaire clairement privée. Les “sauvages” peuvent bien paraître dévêtus et nus aux yeux de certains observateurs extérieurs, mais, du point de vue de l’acteur, la différence est grande entre le fait de porter un fourreau pénien et ne rien porter du tout.
En conséquence, si le “puritanisme” (pour appeler ce déni d’un terme générique) est présent dans différentes sociétés à différentes époques, alors qu’il y a plus de liberté ailleurs ou en d’autres temps, c’est que le sexe et la nudité suscitent des contradictions cognitives dans l’intelligence que nous avons de nous-mêmes. Aussi leur représentation est-elle tantôt élaborée, tantôt interdite. Des formes de représentation prévalent souvent dans des contextes particuliers : les statues, notamment celles des dieux, peuvent être nues alors que les êtres humains sont habillés. Ou le temple peut être organisé autour d’un phallus, tandis qu’en réalité la pruderie domine le reste de la société. De même qu’avec le totémisme, l’expression dans un contexte, l’absence dans un autre peuvent résoudre la tension entre les deux pour la société dans son ensemble. »

samedi 26 mars 2011

Un scellé de douceur

taille originale : 24 x 34 cm
« Isabelle me tira en arrière, elle me coucha sur l’édredon, elle me souleva, elle me garda dans ses bras : elle me sortait d’un monde où je n’avais pas vécu pour me lancer dans un monde où je ne vivais pas encore ; les lèvres entrouvrirent les miennes, mouillèrent mes dents. La langue trop charnue m’effraya : le sexe étrange n’entra pas. J’attendais absente et recueillie. Les lèvres se promenèrent sur mes lèvres. Mon cœur battait trop haut et je voulais retenir ce scellé de douceur, ce frôlement neuf. Isabelle m’embrasse, me disais-je. Elle traçait un cercle autour de ma bouche, elle encerclait le trouble, elle mettait un baiser frais dans chaque coin, elle déposait deux notes piquées, elle revenait, elle hivernait. Mes yeux étaient gros d’étonnement sous mes paupières, la rumeur des coquillages trop vaste. Isabelle continua : nous descendions nœud après nœud dans une nuit au-delà de la nuit du collège, au-delà de la nuit de la ville, au-delà de la nuit du dépôt des tramways. »
taille originale : 34 x 24 cm

jeudi 24 mars 2011

Rêve et rêveries

dessin erotique pornographique lesbiennes
taille originale : 24x32 cm
« Aussi n’est-ce pas dans l’expérience commune qu’une disjonction peut être éprouvée entre un soi immatériel et un soi physique, mais dans ces états plus rares de dissociation où l’esprit et le corps — pour employer notre terminologie vernaculaire — semblent devenir indépendants l’un de l’autre. C’est le cas, de manière fugace mais quotidienne, de ces moments où la “vie intérieure” assoit son emprise, dans la méditation, l’introspection, la rêverie, le monologue mental, voir la prière, toutes occasions qui suscitent une mise entre parenthèse délibérée ou fortuite des contraintes corporelles. C’est le cas aussi, de façon plus nette, de la mémoire et du rêve. Même s’il est souvent déclenché involontairement par une sensation physique, le souvenir permet de se dématérialiser, d’échapper en partie aux déterminations temporelles et spatiales de l’instant présent pour mieux se transporter par l’esprit dans une circonstance passée où il nous devient impossible de ressentir consciemment la souffrance, le plaisir ou même la cénesthésie que nous savons pourtant associés au moment remémoré. Quant au rêve, il nous offre un témoignage plus vigoureux encore du dédoublement puisque la vivacité des images que l’on en rapporte semble mal s’accorder avec l’état d’inertie corporelle qui en est la condition. »

mercredi 23 mars 2011

Le corail secret

dessin erotique pornographique cunnilingusdessin erotique pornographique cunnilingus
taille originale = 24x32 cm
taille originale = 24x32 cm

« Ah, que l’amour, bouvier des cœurs,
Les pique, ou les délie,
Il ne fera pas que j’oublie,
Caressants, ni moqueurs,

Les plis de ta lèvre, ou ton ventre,
Et le corail secret…
Ô désir ! dont la main m’ouvrait
Les portes de cet antre.

Belle image d’ivoire et d’or,
Digne d’orner la couche
Où mourut, un doigt dans sa bouche,
Élisabeth Tudor ! »

dimanche 20 mars 2011

Le coït diabolique

dessin pornographique analingus
taille originale : 21 x 29,7 cm

« Au cours de cet entretien très personnel, le diable exige aussi qu’on lui marque le respect d’une curieuse façon. Si on ne l’a fait dès l’arrivée au sabbat, quand il siégeait sur son trône, il faut le baiser au postérieur, au moins dans certains sabbats. À Bamberg où cet acte d’adoration est souvent précédé de l’offrande à Satan de cierges faits de poix et de cordons ombilicaux, Kuninga Schrepferin et Ursula Hofmeisterin reconnaissent l’avoir exécuté. En France le baiser postérieur est encore plus fréquent et figure dans presque tous les sabbats. Dès l’affaire d’Arras, la chronique du moine Cornelius Zantfliet a raconté que les sorciers “embrassaient sous la queue un démon métamorphosé en chien très noir”. Andrée Garaude dit que “quand elle et les autres sont audit sabbat, le Diable les fait danser et y demeure bien par l’espace de deux heures, puis après le baisent au derrière”. »
dessin pornographique analingus
taille originale : 21 x 29,7 cm

« D’une façon générale, on peut dire que la majorité des sorcières européennes, contrairement à la légende, ne furent finalement pas brûlées vives. Le bûcher est le procédé de liquidation en Espagne et en Italie, mais on y tue fort peu de sorcières. À Paris même, sur les cent quatre condamnations à mort confirmées en appel qu’a étudiées A. Soman, toutes se terminent par une pendaison. Souvent, en Allemagne, les maléfiques sont condamnés au gibet. Si c’est au bûcher, on donne à quelques accusés une chemise soufrée, peut-être dans l’intention d’augmenter leurs douleurs mais dont le résultat est surtout de les asphyxier en quelques minutes. En Écosse, dans certaines principautés allemandes, on étrangle souvent avec un garrot, quelle que soit ensuite la destinée du corps.
Si le bûcher n’est pas systématiquement employé, au moins avec des condamnés vivants, c’est en raison des problèmes qu’il pose. Brûler un corps est très difficile. De plus, le public et les bourreaux n’ont pas les mêmes préférences. Le public, lui, veut jouir du spectacle. Il faut donc que la victime soit placée haut, bien visible, hors de la fumée, par exemple attachée à un poteau, les pieds sur un perchoir. Par ce moyen, même si la fumée tue vite, il faut des heures pour brûler le corps. Des heures, c’est-à-dire beaucoup de bois. Or les bourreaux fournissent ce bois et, même s’ils se font rembourser, ils trichent sur les quantités. Ils ont donc intérêt à choisir un système qui en utilise le moins possible.
Le système de crémation le plus fréquemment utilisé, celui qui servit pour Jean Hus, Jeanne d’Arc et des milliers de démoniaques, morts ou vifs, est le fortin de bois. Le condamné est ligoté à un poteau mais les pieds au sol, dans une sorte de construction en U qui l’entoure sur trois côtés, faite de fagots et rondins de bois. Seule la tête dépasse, et encore est-ce pour faire plaisir au peuple. Le supplicié ne tombe pas dans le brasier, mais le brasier s’effondre sur lui. L’assistance est toujours insatisfaite : la tête disparaît très vite et le brasier le recouvre d’une montagne de braises.
On a essayé d’autres systèmes. En Espagne, on a inventé une spécialité qui permet de placer plusieurs victimes dans un four et de gagner du temps. Chaque sorcier est préalablement mis vivant dans un moule de plâtre, qui ne laisse apparent que son visage. Très vite, par la prise du plâtre, il est immobilisé. On enfourne plusieurs de ces statues vivantes côte à côte dans un four appelé quemadero. Cette cuisine à haute température va vite, mais le public ne voit rien. »