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Un bel enculé ? Taille originale : 29,7 x 21 cm |
« Ce qui est refusé ici [par Leo Bersani], c’est l’idée répandue, théorisée et revendiquée dans la communauté SM selon laquelle il existe une discontinuité radicale et une différence de nature entre les rapports de domination (érotiques ou pas) tels qu’ils sont vécus dans la société et les rapports de pouvoir/domination tels qu’ils sont ritualisés dans une scène SM, entre les options politiques des SM et leurs comportements sexuels ; qu’il n’y a pas forcément de continuité entre les rapports de domination qu’a pu subir un sujet donné hors SM et les rapports de domination que ce même sujet vivra dans un cadre SM. La propension de Bersani à citer les adeptes du SM qui évoquent une forme de continuité en faisant référence au caractère cathartique ou thérapeutique du SM cautionne implicitement l’idée que le SM n’est rien d’autre que le sadomasochisme freudien et que c’est le SM psychique qui permet de rendre compte de l’ensemble des pratiques SM.
C’est en cet instant où s’ouvre la trappe discursive et épistémologique que le tour critique foucaldien est nécessaire. Le SM continue d’être pensé à l’aide des catégories médicales et psychiatriques datant du XIXe siècle. L’analyse de Bersani reste puissamment animée et inspirée par une nomination exogène : c’est Freud qui a accouplé les termes sadisme et masochisme… C’est Krafft-Ebing qui a créé le terme de masochisme en souvenir de Sacher-Masoch, celui de sadisme en référence à Sade. N’est-il pas temps de “traduire” sadomaso sans l’aide de Krafft-Ebing et de Freud ? Grands classificateurs devant l’éternel et dignes représentants d’un savoir/pouvoir qui sévit encore de nos jours… Ne serait-ce qu’en France où il ne se passe pas une année éditoriale sans que l’on vienne nous rabattre les oreilles avec un Sade qui n’était pas sado-maso, sadique tout au plus ?
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Admiration ? Taille originale : 29,7 x 21 cm |
L’utilisation de termes aussi chargés de ce que les SM ne sont pas — des sadiques, les héritiers directs de Sacher-Masoch, des femmes au top de leur masochisme séculaire — contribue à entretenir la confusion. Il y mille et une raisons dont certaines sont communes aux pédés, aux gouines, aux sado-masos, aux bisexuel(le)s, aux transsexuel(le)s et aux transgenres, aux travailleuses et aux travailleurs du sexe, aux minorités sexuelles en général, de créer son propre langage et d’opter pour l’auto-nomination de manière à se réapproprier leur site d’énonciation (que l’on ne parle plus à notre place) et une capacité de savoir (que l’on ne sache plus mieux que nous ce que nous sommes ou ce nous faisons). Nul doute qu’il serait politiquement intéressant et pertinent plus que correct de substituer au syntagme “sadomasochisme” celui de jeu de pouvoir (“power play”), de redéfinir périphrastiquement le SM comme “une forme d’érotisme fondée sur un échange consensuel de pouvoir” ainsi que le propose le collectif Corning to Power ou plus lapidairement d’y substituer une équation du type : pouvoir = confiance (“power = trust”).
À critiquer le néo-freudisme de Bersani, on se dit que Foucault avait raison de se méfier de la redoutable science discipline que reste la "psy" en général. Faut-il pour autant, si tant est que l’on ait envie de croire au potentiel subversif et/ou critique du SM, sur le plan personnel et politique, adhérer à l’utopie intellectuelle et discursive foucaldienne ? Cette dernière a ceci de post-moderne et de quelque peu téléologique, dans la formulation du moins, qu’elle appelle à la fuite hors d’un champ particulier maudit : celui de la psychologie. À cette vision un peu défensive, on peut opposer une perception plus modeste des glissements à l’intérieur des champs de savoir comme il est des glissements de terrains. Qui parle “psy” et comment. La voix de son maître dans l’article de Bersani. Mais dans les scènes SM et nombre d’articles des membres de la communauté SM ? Comment ne pas penser qu’il s’est produit une appropriation des concepts ressortissant de la psychologie au sens large tels qu’“identification”, “figure paternelle” ou “maternelle”, “famille”, “père et mère de substitution” comme le montre la terminologie de la scène daddy par exemple. Loin d’être les outils réservés des psychologues et sexologues, ces notions sont devenues les instruments favoris des SM, et l’exploration “mentale” l’un de leur jeu préféré. C’est dans cette instrumentalisation de la psy, du savoir et du pouvoir psy que l’on peut déceler un potentiel subversif, voire une stratégie d’appropriation et de résistance. À quoi bon partager les réticences de Foucault quant au discours psy à partir du moment où le site d’énonciation de celui-ci a changé : ce ne sont plus les médecins ou les psychanalystes qui formulent ou utilisent à eux seuls la psychologie ? Et si l’une des forces du SM, c’était — au jour d’aujourd’hui — son côté simili cuir et kitsch psy ? La récupération des concepts (une psycho pop sans psychotropes) et la création d’un langage relationnel et contractuel spécifique ? »
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Deux morts accidentelles dans un violent incendie |
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