dimanche 25 octobre 2026

La raison du sexe

Iconoclasme ?
Taille originale : 29,7 x 21 & 31,2 x 24 cm
Le feu passe au vert. Le conducteur accélère.
La raison d’être du sexe est…
Le sexe n’a pas de raison d’être.
Il peut simplement se révéler compliqué après toutes ces années. Il y a des soirs où vous vous sentez un peu… bon. Vous n’avez pas vraiment envie de faire l’amour mais vous ne voulez pas vous retrouver comme une moitié de couple avec une fille adulte, un stock de soucis personnels, une amitié bon enfant qui dure malgré les moments d’irritation, mais n’implique plus qu’on fasse l’amour un samedi soir, en rentrant d’une soirée, un peu éméché à cause de la réserve personnelle de vodka tant vantée d’Elena, suivie d’une bouteille de vin au dîner.
Il a quarante-quatre ans. Seulement quarante-quatre ans. Elle, pas encore quarante et un.
Votre estomac barbouillé ne vous aide pas à en avoir envie. Qu’est-ce que ça veut dire ? Les premiers symptômes d’un ulcère ?
Au lit, elle porte une culotte, un tee-shirt Hanes décolleté en V et des chaussettes de coton (elle a froid aux pieds jusqu’au milieu de l’été). Il porte un caleçon blanc. Ils passent dix minutes à regarder CNN (voiture piégée au Pakistan, trente-sept morts ; église incendiée au Kenya avec un nombre indéterminé de victimes à l’intérieur ; un homme qui vient de jeter ses quatre jeunes enfants du haut d’un pont de vingt-quatre mètres en Alabama - rien concernant le cheval, on en parlera plutôt dans les nouvelles locales), ils zappent un peu, s’attardent à regarder Sueurs froides, la scène où James Stewart entraîne Kim Novak (en Madeleine) en haut du clocher de la mission pour la persuader qu’elle n’est pas la réincarnation d’une prostituée morte.
“On ne va pas rester rivés devant la télé, dit Rebecca.
— Quelle heure est-il ?
— Minuit passé.
— Je ne l’ai pas vu depuis des lustres.
— Le cheval est toujours là.
— Quoi ?
— Le cheval.”
Un instant plus tard, James Stewart et Kim Novak sont assis dans une calèche ancienne derrière un cheval grandeur nature en plastique ou quelque chose de ce genre.
Sous l’œil du maître et de la caméra
“J’y suis allée. Dans cette mission. Quand j’étais à l’université. C’est exactement ce qu’on voit dans le film.
— Mais je suppose que le cheval n’y est plus.
— On ne peut pas rester scotchés comme ça.
— Pourquoi ?
— Je me sens trop fatiguée.
— Demain c’est dimanche.
— Tu sais comment ça finit ?
— Comment quoi finit ?
— Le film.
— Bien sûr que oui. Je sais aussi qu’Anna Karénine passe sous un train.
— Regarde-le, si tu veux.
— Pas si tu n’en as pas envie.
— Je suis trop fatiguée. Je serai de mauvais poil demain. Regarde-le, toi.
— Tu n’arrives pas à dormir avec la télévision allumée.
— Je peux essayer.
— Non. Ce n’est pas grave.”
Mise en scène…
« Ils continuent à regarder le film jusqu’au moment où James Stewart voit - croit voir - Kim Novak tomber du clocher. Puis ils éteignent la télévision, éteignent la lumière.
“Nous devrions le louer un jour, dit Rebecca.
— Oui. C’est un film formidable. J’avais oublié à quel point c’est formidable.
— Même mieux que Fenêtre sur cour.
— Tu crois ?
— Je ne sais pas. Je n’ai revu aucun des deux depuis si longtemps.”
Ils hésitent. Serait-elle tout aussi contente de dormir tout de suite ? Peut-être. Il y a toujours celui qui embrasse, l’autre qui est embrassé. Merci, Marcel Proust. Il devine qu’elle aimerait autant se dispenser de faire l’amour. Pourquoi devient-elle plus froide envers lui ? D’accord, il a pris quelques kilos autour de la taille et, d’accord, il n’est pas toujours terrible comme baiseur. Et si elle était en train de se détacher de lui ? Serait-ce une tragédie ou une libération ? Que se passerait-il si elle lui rendait sa liberté ?
Impossible à envisager. À qui parlerait-il, comment ferait-il les courses de la semaine, avec qui regarderait-il la télévision ? »
Les langages de l’art…

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