mercredi 18 mars 2026

Le désir et la panique

Taille originale : 24 x 32 cm
« J’entends les serments d’amour qu’il me chuchote à l’oreille, pendant une fraction de seconde je crois le sentir à côté de moi, je l’entends me dire à quel point je suis aimable, je baigne dans ce sentiment, je me sens rentrer le ventre, me faire toute petite, m’adapter à lui, je sens tout mon corps se contracter, et je regarde autour de moi, avec la sensation que les gens qui sont là m’ont surprise dans un jeu érotique.
Il s’allongea sur moi et notre poids nous enfonça profondément dans le lit. Je l’aimais, je le compris à ce moment-là, je l’aimais horriblement, d’un amour déchirant, comme on ne peut aimer que la première fois. Je voulais le retenir, le garder avec moi, tout le reste était absurde et contraire à toute loi. Mes pensées partaient au galop tandis que mon corps luttait encore avec le désir et la panique. Moi aussi, j’étais prête à entrer dans ce réduit sans lumière pour être avec lui. C’était absurde de se refuser à cette intimité. Il proférait des espèces de grognements, et je regardais vers la porte de peur que l’une des baboudas [grands-mères] ne débarque sans prévenir. Je sentis sa main glisser dans mon collant, écarter mes cuisses, j’enfouis mon visage dans son cou et je m’agrippai à lui.
— Je t’aime, Keto ! dit-il tout à coup, ce qui me fit pleurer.
Je pleurais sans bruit, il ne voyait pas mes larmes, ne les entendait pas, je pleurais de soulagement. Ma main glissa vers son pantalon, j’ouvris la fermeture Éclair, excitée par l'étrangeté de son corps ; ma curiosité était infinie. Je me dégageai, le laissai se tourner sur le dos et m’assis sur lui. Il me regarda avec confusion, les yeux embués, sidéré par mon énergie. Je ne voulais plus attendre, espérer, trembler, je ne voulais pas dépendre de sa bonne grâce, je voulais décider les choses moi-même et disposer de lui, exactement comme lui disposait de moi. Lorsque je lui retirai son pantalon, il me repoussa et me regarda d’un air ahuri.
— Qu’est-ce que tu fais, là ?
Je ne comprenais pas sa question.
— Je te touche, dis-je en regrettant aussitôt mon impatience.
Taille originale : 32 x 24 cm
J’essayais de suivre l’enchaînement de ses pensées. Il n’arrivait pas à cerner mon attitude, mon désir ; on lui avait inculqué que les femmes devaient être patientes, dévouées, ne devaient rien prendre mais toujours donner. Je sentis la consternation m’envahir de nouveau, une colère noire s’emparer de moi, suivie d’une amertume haineuse.
— Tu ne dois pas faire ça..., dit-il d’une voix hésitante, maladroit et désemparé.
Même sans beaucoup d'expérience, je sentais bien que la passion meurt dès qu’elle est domestiquée. Pourquoi ne comprenait-il pas cela ? 11 restait coincé dans cette impasse de suppositions idiotes et de conclusions dangereuses. — Mais moi j’en ai envie, répliquai-je avec l’assurance que me donnait ma colère.
Puis je l’embrassai avec fougue et exigence. Il était tellement pris au dépourvu qu’il capitula. Je me rassis sur lui, mais je n’eus pas le temps de me déshabiller complètement qu’il émit un son animal, comme une sorte de révolte, une protestation venue des tréfonds. Il tressaillit et s’enfonça dans le creux du lit.
Nous ne dîmes rien pendant un moment. Nous ne bougions pas. Notre respiration se calmait peu à peu. Je n’osais pas le regarder. Je n’osais pas le toucher. Dans la cuisine, quelqu’un ouvrit le robinet. — Toutes les femmes ne sont pas comme tu les imagines peut-être.
C’était une timide tentative d’engager une conversation sur ce qui s’était passé, mais il ferma aussitôt le verrou.
— Il faut que j’y aille, dit-il.
— Je sais.
— On se voit demain.
— Oui. »
Pornification de l’espace public ?

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