dimanche 17 juin 2012

open beautiful open good

taille originale : 27 x 36 cm

Le diable se glissa au jardin d’eden
(pelote-moi merveilleusement pelote-moi bien)
et il vit deux humains errants
—entends cet arbre gémissant
la femme mordillait et lui l'homme mordillait
(ouvre magnifiquement ouvre bien)
et leurs yeux étaient humides et brillants
—sens ce serpent qui grimpe
dieu il l’appelle et vient un ange
(baise-moi mon amour oh baise moi bien)
avec une longue et large épée toute flamboyante
—oh mon dieu je jouis

samedi 9 juin 2012

Exposition insolite

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taille du dessin original : 42 x 15 cm

« De nos jours, un nombre impressionnant d’Américains font des études artistiques plus ou moins poussées. Ils suivent des programmes universitaires, se forment à des disciplines ardues, y consacrent beaucoup de temps et d’efforts en s’imposant souvent de gros sacrifices à eux-mêmes, mais aussi à leur famille, voire à leurs amis. Au bout du compte, très peu deviennent des artistes professionnels. Aucun art ne dispose d’assez de ressources pour offrir un soutien économique ou s’intéresser de près à tous les élèves, ou même à la majorité d’entre eux, dans le cadre des mondes de l’art auxquels ils se destinent. Cette précision est importante : si les arts étaient organisés différemment (moins professionnalisés, moins axés sur le vedettariat, moins centralisés), ces moyens existeraient sans doute. Les difficultés surgissent dès lors que des milliers d’élèves espèrent avoir les honneurs de Broadway, devenir danseur étoile dans une compagnie prestigieuse ou obtenir le prix Nobel de littérature. Les arts pourraient être organisés, et l’ont été quelquefois, de manière à décourager ce genre d’ambitions. 
Malgré tout, beaucoup se préparent à des carrières artistiques. La plupart commencent une formation et l’abandonnent en cours de route. Parmi les milliers d’étudiants qui s’inscrivent chaque année dans des cours de photographie, très peu deviennent des photographes professionnels qui vivent de cette activité. Très peu aussi deviennent des photographes d’art (cette distinction s’impose parce que bon nombre des participants les plus notables au monde de la photographie d’art n’en vivent pas, ou alors ils tirent l’essentiel de leurs revenus de l’enseignement et des conférences, et non de la vente de photographies). Mais ces étudiants achètent des livres de photographie, suivent des cours, participent à des ateliers et assistent à des conférences, faisant ainsi fonctionner les rouages économiques du monde de la photographie d’art. De plus, ils forment une grosse partie du public cultivé dont les photographes d’art peuvent attendre une véritable compréhension de leur travail. Les sondages effectués dans le public actuel des galeries d’art révèlent que les artistes et les étudiants en art représentent quarante à soixante pour cent du total, les étudiants comptant pour dix à quinze pour cent. »

dimanche 3 juin 2012

Fleurs

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taille originale : 21 x 29,7 cm
(dessin avec collage numérique)

« Dans la représentation visuelle, les signes sont substitués aux objets du monde visible, et ceux-ci ne peuvent jamais être présentés comme tels. N’importe quel tableau, du fait même de sa nature, ne fait autre chose que lancer un appel à l’imagination visuelle qui, pour le comprendre, doit le compléter par des éléments qui lui font défaut. Ce n’est là qu’une autre façon de dire qu’une image ne peut représenter autre chose que certains aspects de son prototype ; sinon il ne pourrait s’agir que de la création d’un double, chose que Pygmalion lui-même n’aurait pu réaliser. Si nous sommes ignorants des conventions, nous n’aurons aucun moyen de savoir ce que représente cet aspect de ce qui nous est présenté. Même les fameuses reproductions de fleurs en verre travaillé que l’on peut voir au Musée de l’Université de Harvard ne pourraient enseigner grand-chose concernant la forme et la structure des plantes à un visiteur arrivant de la planète Mars et qui n’aurait jamais eu l’occasion d’en voir et d’en toucher aucune. Ce qui nous ramène à la sagesse de Philostrate qui, par la bouche de son héros Apollonios, nous assurait que quelqu’un qui ne saurait pas comment sont faits des chevaux ou des taureaux serait incapable de comprendre des images peintes de ces créatures.
Il n’y a rien de paradoxal dans cette assertion. Un tableau, par exemple représentant un animal ou un édifice inconnu ne saurait rien nous apprendre de ses dimensions ou de sa taille si la représentation conjointe d’un objet familier ne nous en fournissait l’échelle. »

samedi 19 mai 2012

Le glissement des existences imperceptibles

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Dessin original : 27 x 36 cm
(montage numérique)

« S'il est un plaisir
c'est bien celui de faire l'amour
le corps entouré de ficelles
les yeux clos par des lames de rasoir

Elle s'avance comme un lampion
Son regard la précède et prépare le terrain
Les mouches expirent comme un beau soir
Une banque fait faillite
entraînant une guerre d'ongles et de dents

Ses mains bouleversent l'omelette du ciel
foudroient le vol désespéré des chouettes
et descendent un dieu de son perchoir

Je sais que le soleil
lointaine poussière
éclate comme un fruit mûr
si tes reins roulent et tanguent
dans la tempête que tu désires

Mais qu'importe à nos initiales confondues
le glissement souterrain des existences imperceptiblles
il est midi »

vendredi 18 mai 2012

Le froncement de l'anus

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taille originale : 27 x 36 cm
« Au début de deux mythes salish de la côte, Coyote, solitaire, détache de son corps son propre postérieur, afin d’avoir un assistant qui puisse surveiller son barrage de pêche pendant que lui-même fabrique une pirogue. Mais le postérieur se montre successivement incapable de distinguer un saumon d’une masse d’écume, de feuilles mortes ou d’un morceau de bois flottant. Quand il a enfin réussi à prendre un poisson, Coyote, par représaille, le mange sans en offrir à son aide qui, de déception, fronce les lèvres. De là provient, après que Coyote l’a remis en place, l’aspect froncé de l’anus désormais distinct de la bouche, alors qu’ils étaient tout pareils à l’origine puisque, comme la bouche, l’anus possédait le don de parole. »

dimanche 13 mai 2012

Ardeur

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taille originale : 24 x 34 cm

« Corps, souviens-toi, non seulement de l'ardeur avec laquelle tu fus aimé, non seulement des lits sur lesquels tu t'es étendu, mais de ces désirs qui brillaient pour toi dans les yeux et qui tremblaient sur les lèvres, et qu'un obstacle fortuit à empêchés d'être exaucés… Maintenant que tout cela appartient au passé, il semble presque que tu t'y sois abandonné…
Corps, souviens-toi de ces désirs qui pour toi brillaient dans les yeux et tremblaient sur les lèvres… »

samedi 12 mai 2012

Échanges linguistiques (anglais-espagnol)

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taille du dessin original : 23 x 17,5 cm
(collage numérique)

« Ces mots même l'excitaient. Dis-moi comment s’appelle ce que tu es en train de me faire. Ils s’enseignaient mutuellement les noms des choses, les mots communs qui désignaient les trésors les plus intimes des choses, et les sensations de l’amour, les parties les plus désirées de leurs corps. Ils désignaient du doigt pour savoir, comme s’il leur fallait tout nommer dans le monde nouveau où ils s’étaient cachés, et l’exploration de l’index se transformait en caresse. Ils pressaient de leurs lèvres, leurs dents mordaient avec suavité et leur langue explorait l’endroit dont ils avaient sollicité le nom. Des mots nouveaux, jamais appliqués jusque-là à un corps né et grandi dans une autre langue ; termes enfantins, vulgaires, dévergondés, doucement grossiers, dont les nuances subtiles acquéraient la dimension charnelle de ce qui était nommé. Ils échangeaient entre eux des mots aussi bien que des sécrétions et des caresses ; en même temps qu’ils apprenaient des mots nouveaux dans la langue de l’autre, ils découvraient des sensations dont ils ignoraient qu’elles pouvaient exister. Le corps était une carte peuplée de noms dont il fallait partir à la découverte et qu’ensuite ils invoquaient de mémoire à voix basse quand chacun d’eux était seul et s’excitait à leur souvenir. En disant le mot, ils accueillaient la caresse de l’endroit nommé. Et il était bon que les choses reçoivent des noms qu’elles n’avaient jamais eus jusque-là, parce qu’ainsi la nouveauté de la langue qu’ils venaient d’apprendre répondait à la vie inédite qu’ils n’auraient pas connue s’ils s’étaient pas rencontrés, et chaque mot évoquait une partie du corps aimé, et de lui seul. »