vendredi 18 novembre 2022

Intelligence robotique

L’utilisation du libellé « f… f… » dans un précédent billet a suscité la réaction immédiate d’un robot de Google qui a jugé que ce billet avait un « contenu sensible », et qui l’a rendu aussitôt inaccessible. Un message d’avertissement demandait alors le consentement préalable du lecteur pour accéder au message original.

J’ai donc remplacé le libellé « f… f… » par « mise au poing ».

Je ne suis pas opposé à un message d’avertissement, mais un tel message est déjà présent à toute entrée de ce blog : cela a été prévu dès sa création grâce aux options proposées par Blogger. Il me paraît donc inutile de répéter une telle mise en garde pour un message en particulier. En outre, l’intelligence artificielle d’un robot est limitée, et d’autres libellés sont sans doute aussi « sensibles » : ces libellés entraîneront-ils à l’avenir les mêmes avertissements ? (Jusqu’à présent, l’étiquette « f… f… » n’irritait la sensibilité d’aucun robot.)

Pour rassurer les âmes sensibles, rappelons que le « f… f… » est une pratique dite extrême qui nécessite prudence et consentement. Et si vous étiez mal informé, Wikipedia vous en dira plus à ce propos.

jeudi 17 novembre 2022

Une si atroce licence

 

Regard expert

Au XVIe siècle européen…

« Toutes ces opinions passaient pour offenser Dieu ; en fait, on leur reprochait surtout d’ébranler l’importance de l’homme. Il était donc naturel qu’elles menassent en prison ou plus loin leurs propagateurs.
Qu’on redescendit des pures idées aux chemins tortueux de la conduite humaine, et la peur, encore plus que l’orgueil, devenait le premier moteur des exécrations. La hardiesse du philosophe qui préconise le libre jeu des sens et traite sans mépris des plaisirs charnels enrageait la multitude, sujette dans ce domaine à beaucoup de superstitions et à plus d’hypocrisie. Peu importait que l’homme qui s’y risquât fût ou non plus austère et parfois même plus chaste que ses acharnés détracteurs : il était convenu qu’aucun feu ni supplice au monde n’était capable d’expier une si atroce licence, précisément parce que l’audace de l’esprit semblait aggraver celle du simple corps. L’indifférence du sage pour qui tout pays est patrie et toute religion un culte valable à sa manière exaspérait mêmement cette foule de prisonniers ; si ce philosophique renégat, qui ne reniait pourtant aucune de ses croyances véritables, était pour eux tous un bouc émissaire, c’est que chacun, un jour, secrètement ou parfois même à son insu, avait souhaité sortir du cercle où il mourrait enfermé. Le rebelle qui se levait contre son prince provoquait chez les gens d’ordre quelque chose de la même envieuse furie : son Non dépitait leur incessant Oui. Mais les pires de ces monstres qui pensaient singulièrement étaient ceux qui pratiquaient quelque vertu : ils faisaient bien plus peur quand on ne pouvait les mépriser tout entiers. »
De main de maître
Taille originale : 21 x 29,7 cm & 29,7 x 21 cm

dimanche 13 novembre 2022

Les juges les plus dures

Titre au choix :

  • Vu de haut
  • Style ancien ou moderne
  • "Just do it"
  • Humble servante ?
  • « Être traitée en créature… »
« Elle a commencé le porno au début des années 2000. Elle a eu de la chance. Elle a connu les dernières heures de gloire de la profession. Elle gagnait bien sa vie mieux qu’elle n’avait jamais rêvé de le faire. Il y avait des connards, il y en a partout — mais c’était une bonne ambiance. On parlait encore de pornstars. Il y avait une compétition entre les filles, même si elles s’entendaient bien, elles étaient là pour être la meilleure. Pam voulait se faire un nom. Ce n’était pas donné à n’importe qui, mais ce n’était pas non plus trop compliqué. Éliminer les concurrents, capter la plus grande part de marché, chercher à valoriser ses avantages compétitifs — elle avait eu, au lycée, un prof d’économie qui l’avait marquée, elle gardait une idée très claire de ce qu’elle devait mettre en œuvre pour être la meilleure. Ça n’avait pas mal marché.
Arrêter avait été le plus difficile, pour elle comme pour les autres filles du X. Les gens continuaient de la reconnaître, dans la rue, mais l’ambiance du plateau, des sessions photo, cette ivresse d’être au centre de l’attention et d’être en mesure de donner ce qu’on attend de vous lui ont cruellement manqué. Elle adorait être traitée en créature. En star de cinéma.
Ensuite, le plus terrible, c’est de comprendre qu’on n’arrête jamais. On est coupé de son milieu, on perd ses amis, on perd l’argent facile - mais on est marqué à vie. Pendant qu’elle faisait du X, elle ne fréquentait que des gens qui faisaient le même travail, la désapprobation était un concept assez lointain. Mais porter l’étoile du X parmi les gens normaux, jour après jour, c’est une autre affaire. Elle préférerait crever que de l’admettre à voix haute, niais les braves gens finissent toujours par gagner : ils vous rendent la vie si difficile que même une fille comme elle, un jour ou l’autre, le reconnaît — elle aurait mieux fait de rester dans son coin. Dix ans plus tard, elle ne peut toujours pas faire ses courses au supermarché sans qu’une connasse la reconnaisse et la dévisage durement — les femmes sont les juges les plus dures. Celles qui se contentent de ce qu’on les laisse faire haïssent les amazones. Si elles pouvaient, elles brûleraient les idoles de leurs époux. Elles savent que leurs mecs bandent tous pour Pamela Kant, et ça les rend malades. Le porno est devenu cette industrie glauque, conforme à leurs vœux morbides. »
Ombre et lumière / clair-obscur
Taille originale : 29,7 x 21 cm
& 42 x 29,7 cm

vendredi 11 novembre 2022

Un sexe immense

Hier et aujourd’hui
« Elle se laissait aller souvent, elle oubliait le langage de Nous Deux, Brigitte, sa surface de petite fille comme il faut fichait le camp. Ensemble, on parlait de “ça”. Et de “ça”, les filles, je le savais, ne doivent pas parler. Intarissable, informée, Brigitte, avec ses propos rigolards et crus me libérait tous les dimanches. Avec elle, le monde était un sexe immense, une formidable envie, un écoulement de sang et de sperme. Elle savait tout, que des hommes vont avec des hommes et des femmes avec des femmes, comment il fallait faire pour ne pas avoir de môme. Incrédule, je fourrage dans la table de nuit. Rien. De dessous le matelas je tire une serviette froissée, empesée de taches par endroits. Objet terrible. Un vrai sacrilège. Quel mot a-t-elle employé, celui des hommes, le jus, la jute, on ne connaissait pas, le savant peut-être, qu’elle avait lu quelque part, sperme, qu’est-ce que l’écrire à côté de l’entendre résonner dans la chambre de mes parents à treize ans. On se racontait des histoires à horrifier les adultes, n’importe quel objet devenait obscène. Jambes en l’air, sexes ouverts ou dressés, banalité des revues pornos, on faisait mieux en paroles et plus gai. Pas de discrimination, le masculin et le féminin se partageaient nos conversations techniques ou blagueuses. Impossible avec Brigitte de sombrer dans la honte le jour où la première secousse m’a saisie sous les draps, elle rit, moi aussi ça m’arrive, mais ne va pas le raconter au curé, ça ne le regarde pas. »
Un voile pudique…
Déambulation matinale…
Taille originale : deux fois 29,7 x 21 cm

mercredi 9 novembre 2022

La petite étoile de mer

Ce que les hommes font aux hommes
Taille originale : 29,7 x 21 cm & 21 x 29,7 cm
« Elle ordonne : “Viens.” Quand je me redresse, elle empoigne ma quéquette, elle tire dessus comme si c’était le levier du changement de vitesse et elle la guide entre ses fesses.
“Personne n’a le droit de me faire ça, dit Julia d’une voix rauque. Seulement toi, mon Noël.”
Elle enfonce sa figure dans sa robe, le front contre son bras. Une main glisse le long de ses fesses et les écarte.
“Ici”, dit la voix de Julia enveloppée dans sa robe. “Ici et pas ailleurs.”
Il ne faut pas obéir, qu’elle a dit. J’attends. La main droite de Julia presse ma queue dressée et la pousse contre la fente.
“Ne te trompe pas de petit trou”, elle dit. Je pousse contre la petite étoile de mer chiffonnée. Je n’arrive pas à me mettre entre, à me mettre dedans. Julia soupire. Parce qu’elle soupire comme si j’avais de nouveau fait quelque chose de travers, parce que le pêcheur continue à regarder dans notre direction, parce que je suis furieux d’être si con et si lourdaud, parce que la chair blanche et tendre des cuisses montre un peu de cette cellulite dont ces dames parlent tout le temps au salon de coiffure et parce que je veux dire à Julia que j’ai appris que ça peut très bien s’éliminer, cette peau d’orange, parce que tout ça, je cogne et je fonce avec un triomphe bestial dans la pente douce entre les deux moitiés blanches, dans lesquelles les mains de Julia se sont plantées comme des griffes. Elle dit : “Oui”, et elle pousse de toutes ses forces son derrière contre mon bas-ventre, je compte les oui et puis je ne les compte plus et je mords dans sa nuque, dans le nid de cheveux, et je retombe contre son dos. Elle dit : “Reste couché”, le ton de commandement est celui de sa mère, et je reste couché les yeux fermés. Elle chante : Petit Papa Noël tout près de mon oreille, puis elle redit : “Reste couché. C’est la dernière fois. Ne dis rien !” J’obéis. Je suis heureux et je le sais. »
Dans l’escalier ?

mardi 8 novembre 2022

Méditations pornographiques [5]

L’industrie du porno a pour seul but de gagner un maximum d’argent. C’est un reproche fréquemment répété. Mais c’est là une caractéristique de tout le système capitaliste, qu’il s’agisse du spectacle sportif, du cinéma conventionnel (même réputé d’art et essai), du monde culturel, des productions médiatiques, des jeux vidéos, du monde de l’édition ou de toute autre activité, sauf bénévole. L’argent est le nerf de la guerre, et personne ne refuse de gagner plus ! Et l’on ne reproche pas aux syndicats de se battre pour obtenir des augmentations salariales.… La naïveté des consommateurs serait-elle alors la victime de cette industrie malfaisante ? Évidemment non. Ils paient pour ce qu’ils veulent voir, que ce soit de façon directe ou indirecte via les publicités sur les sites supposés gratuits. L’accusation repose en fait sur l’association implicite entre l’argent fondamentalement sale et le sexe « vénal » tout aussi sale. Autrement dit, la dénonciation de l’argent vise en fait à stigmatiser la pornographie, ceux et celles qui la produisent (au sens large), ceux et celles qui la consomment. Et l’énormité des sommes supposément en jeu discrédite non pas une économie trop rentable mais une consommation jugée non seulement excessive mais surtout illégitime.

Les yeux enfin ouverts
Taille originale : 29,7 x 42 cm & 29,7 x 21 cm

À rebours de cette interprétation bassement économique et trop facile (et en suivant quelque peu Georges Bataille), on pourrait comprendre la pornographie — celle qui aujourd’hui remplit les sites du grand réseau électronique et ses disques durs énergivores — comme une espèce de potlatch. Pour rappel, le potlatch est une cérémonie observée avec curiosité par les ethnologues chez les Amérindiens de la côte nord-ouest du Pacifique aux États-Unis et au Canada : elle consistait (et consiste encore), dans ces sociétés fortement hiérarchisées, en une distribution ou même une destruction de « cadeaux » — nourriture, couvertures, peaux d’animaux, huile de poisson, écussons de cuivre (coppers) particulièrement onéreux… — afin d’affirmer la puissance et la santé d’un chef face à un rival. Celui-ci était contraint, pour ne pas perdre la face (et le pouvoir), à un contre-don de même nature[1].

Le potlatch et plus généralement le don (que nous pratiquons largement, qu’il s’agisse de cadeaux de mariage, d’anniversaire ou autre…) créent du lien social, que ce soit sous forme de reconnaissance ou d’un pouvoir plus ou moins prestigieux (qui doit évidemment être « reconnu » par les inférieurs qui deviennent les « obligés » de leur maître ou de leur chef). Le don ne repose pas sur un strict principe d’équivalence (comme dans l’échange économique), car ce que « reçoit » ou doit recevoir l’auteur du don reste largement indéterminé. C’est particulièrement clair dans le sacrifice qui est une forme de don adressé à des divinités, à des ancêtres, à des démons ou à une puissance supérieure dont la « réponse » sera nécessairement future, indéfinie et aléatoire. Et, dans certains cas, le sacrifice peut aller jusqu’au don de soi : comment ne pas se souvenir du Christ qui meurt pour Dieu et pour le salut des hommes (et des femmes) ? Et il y a bien d’autres exemples de sacrifices sanglants, mises à mort rituelles chez les Aztèques et le Mayas, crémation des veuves en Inde (rituel dit de la sati), sacrifice d’Isaac par Abraham, miraculeusement interrompu par l’ange… Aujourd’hui que nos mœurs se sont, paraît-il, adoucies, nos sacrifices les plus habituels sont ceux des pauvres diables mourant pour la patrie, ou encore ceux d’un prépuce dont l’ablation est censée fonder une alliance privilégiée avec la divinité.

En quoi la pornographie de l’ère électronique s’apparente-t-elle à un potlatch ? Il y a évidemment cette « débauche » de corps offerts en multitude aux regards voyeurs. Mais il ne s’agit là que d’une offre commerciale surabondante. Le potlatch n’intervient que lorsque le don de soi dépasse ce qui d’une certaine manière est attendu. À ce moment, la performeuse, le performeur (gay) bascule dans une forme d’offrande totale du corps, des gestes, des orifices entièrement disponibles. On peut penser au bukkake, où le visage se couvre d’éjaculations répétées et toujours plus abondantes. Il s’agit désormais d’une figure presque banale, mais le rituel ne vaut potlatch que s’il traduit non pas le simple consentement mais l’abandon de soi jusqu’à l’extase. À ce moment seulement, les voyeurs et voyeuses doivent reconnaître la supériorité morale, spirituelle, humaine, de celle, de celui qui est capable d’un tel don de soi, d’une telle offrande entière et inconditionnelle au démon de la lubricité. Le bukkake n’est retenu ici que comme exemple à cause du caractère répétitif de son rituel où s’efface progressivement toute honte, toute pudeur jusqu’au sommet cérémoniel de l’orgasme. Mais n’importe quelle scène pornographique peut devenir potlatch si elle laisse s’y exprimer cette dépense somptuaire des corps totalement offerts, livrés, sacrifiés même au désir voyeur. Cela se voit bien sûr dans les doubles ou triples pénétrations, dans les longues cérémonies de bondage, dans l’échange et la multiplication des partenaires réduits à n’être que de simples instruments au service de l’être supérieur qui s’abandonne à un plaisir sans limites. Une banale masturbation se révèle acte de foi quand l’enthousiasme se traduit en abnégation, en pure dépense, en munificence d’une jouissance qui éclate en pleine gloire.

Les choses bien sûr n’ont pas cette clarté et sont bien plus impures, et d’aucuns dénonceront facilement les illusions du voyeur face à une mise en scène artificielle sinon mensongère où il serait bien improbable de deviner cet amour supposé inconditionnel que d’aucuns nomment agapè. Rares sans doute parmi les innombrables acteurs et actrices sont celles et ceux capables de transformer l’exhibition de leur corps en un véritable cérémonial où le don de soi dépasse visiblement les attendus de l’un ou l’autre genre pornographique. La beauté, l’innocence supposée y ont leur part quand elles paraissent abandonnées, livrées à des désirs impurs, souillées même dans une gestuelle quelque peu sacrificielle. D’autres signes manifestent cependant aux yeux des adorateurs l’engagement total, corps et âme, dans l’action pornographique : le regard qui plonge dans l’œil de la caméra, le geste décidé, le sourire soudain triomphant, l’énergie renouvelée, la détermination sans faille, la répétition jamais découragée des postures et des actions obscènes… Tout cela nous révèle celle ou celui qui s’offre sans compter, qui se dépense sans retenue, qui se donne et s’abandonne au désir triomphant. Celle-là, celui-là s’avancera alors dans une gloire inégalée, au-delà de toute rétribution matérielle, révélant une nature quelque peu divine, descendue pourtant ici-bas pour permettre à ses adorateurs de se branler sans retenue.


1. Le potlatch, d’abord considéré comme une cérémonie étrange car contrevenant aux principes de l’échange économique, a été compris notamment par Marcel Mauss dans le contexte général d’un échange social fondé sur le don suivi d’un contre-don plus ou moins équivalent (Marcel Mauss, « Essai sur le don » (1925), repris notamment dans Sociologie et Anthropologie, Paris, PUF, 2013).
Révélation

samedi 5 novembre 2022

Méditations pornographiques [4]

Ici et ailleurs…

La pornographie, comme la sexualité dont elle relève, suppose un acte de foi semblable à une conversion religieuse. Il faut croire en la pornographie pour tirer un plaisir sinon une excitation de ce spectacle, comme le croyant admet que les gestes qu’il effectue ou que le prêtre effectue complaisent à la volonté divine. Sans la foi, et d’aucuns ne l’ont pas, spectacle ou cérémonie apparaissent dans tout leur fragile arbitraire sinon dans leurs grotesques rituels. Mais quel contenu a la croyance de l’amateur ou amatrice de pornographies ? Ce que nous voyons, ce sont des corps en action, mais ce qui nous émeut, c’est l’excitation sexuelle qui s’y manifeste, le désir qui s’y révèle. Sans cette excitation, la chair n’est que matière organique, triste comme le dit le poète hautain qui vient sans doute d’éjaculer. Il faut y croire, à cette excitation, pour pouvoir la partager en retour.

Cette croyance touche au sacré comme la ferveur mystique qui abolit le monde profane aux alentours. C’est la communion des âmes, aussi illusoire soit-elle, qui nous emporte progressivement et nous plonge enfin dans l’extase. Sans la croyance, la cérémonie se réduit à des gestes prosaïques sinon grotesques, à des mises en scène dérisoires d’un désir non partagé. Cela est manifeste lorsque nous sommes confrontés à des pratiques perverses qui nous sont étrangères : le fétichisme des pieds m’indiffère, le ligotage compliqué du bondage japonais, le shibari, m’ennuie, la double ou triple pénétration anale ne vaut à mes yeux que comme exploit physique sans que transparaisse l’excitation déclencheur de la mienne propre… Et l’on comprend aussi pourquoi le rire, qui est désacralisant, est très généralement évité en pornographie : il faut prendre la chose au sérieux si l’on veut y croire.

Dans cette perspective, on voit facilement les analogies entre la pornographie et notamment la peinture baroque. Celle-ci montre des corps tout autant martyrisés qu’extatiques, mais, sous peine de ridicule, ce double excès dans la douleur physique comme dans l’élévation spirituelle nécessite que l’on partage — même si c’est de façon minimale pour un athée comme moi — la foi des personnages mis en scène.

Y a-t-il alors entrée progressive dans la croyance pornographique ou bien révélation semblable à la conversion claudélienne derrière son pilier notredamesque ? En effet, nous sommes imprégnés d’une culture religieuse qui nous fait accepter une crucifixion comme symbole divin, et une telle habituation nous rend facilement sensibles aux excès baroques. Il se peut qu’un phénomène similaire intervienne dans le passage d’un érotisme soft (celui des pin-up, des top modèles, des actrices, de toutes ces femmes jeunes et belles — et maintenant de jeunes éphèbes — dont les corps à peine dénudés s’affichent dans l’espace public) à une pornographie explicite qui peut alors être reçue comme une révélation alors que les voies qui y mènent restent inaperçues. On ne tranchera pas ici cette question à laquelle chaque pornographe répondra selon son expérience propre. On soulignera seulement que la foi peut également se perdre, souvent progressivement, et le spectacle pornographique perdre sa magie devant des corps qui semblent répéter jusqu’à l’absurde les mêmes rituels sans âme.

Enfin, si la pornographie est manifestement polythéiste, certains, certaines peuvent croire qu’il s’agit d’un culte maléfique et que c’est bien le diable, le malin, le démon qui s’agite en ces lieux. Ainsi fleurit ça et là l’iconoclasme antipornographique, la croyance au mal absolu qu’incarnerait la pornographie.

Taille originale : 29,7 x 21 cm