samedi 23 mai 2026

Se masturber frénétiquement

Montrer/cacher
Taille originale : 29,7 x 21 & 21 x 29,7 cm
« Quel espoir alors pour un élève de quatorze ans, vivant au sein d’une époque, d’une civilisation et d’une communauté qui n’encourageaient pas l’introspection ou ne savaient même pas ce que c’était ? Dans un dortoir partagé avec neuf autres élèves, les occasions d’exprimer des sentiments complexes — vos doutes, vos fragiles espérances, votre crainte de la sexualité — étaient rares. Quant au désir physique, il était noyé sous les vantardises, les railleries et des blagues extrêmement drôles ou totalement énigmatiques. En tout cas, il était obligatoire de rire. Derrière cette sociabilité anxieuse il y avait pour tous la conscience d’un nouveau et somptueux terrain d’aventures qui s’ouvrait devant eux. Avant la puberté, son existence était cachée et ne les avait jamais troublés. Soudain l’idée d’un rapport sexuel s’élevait devant eux tel un massif montagneux, magnifique, dangereux, irrésistible. Mais encore loin. Lorsqu’ils discutaient et riaient dans le noir une fois les lumières éteintes, une folle impatience flottait dans l’air, un désir ridicule pour quelque chose d’inconnu. La satisfaction de ce désir viendrait, ils en étaient foutrement sûrs, mais ils la voulaient maintenant. Dans un internat de garçons en pleine campagne, les chances étaient minces. Comment pouvaient-ils savoir à quoi “ça” ressemblait vraiment, et qu’en faire, alors que leurs seules sources d’information étaient des anecdotes et des blagues improbables ? Un soir, l’un d’eux avait dit dans l’obscurité, durant une accalmie : “Et si on mourait avant d’avoir connu ça ?” Le silence s’était fait dans le dortoir tandis qu’ils envisageaient cette éventualité. Puis Roland avait lancé : “Il y a toujours l’au-delà.” Et ils avaient tous éclaté de rire.
Un public avide ?

« Dès qu’une personne devient un objet d’appétit pour autrui, tous les liens moraux se dissolvent, et la personne ainsi considérée n’est plus qu’une chose dont on use et se sert »
« La fétichisation la plus classique consiste en la sexualisation des corps trans avec notamment l’utilisation des termes shemale et cuntboy qui désignent respectivement une femme trans (sous-entendu : avec un pénis, puisque c’est apparemment là l’objet du fantasme) et un homme trans (idem, avec une vulve). »
« Les hommes hétéros ont honte d'être attirés par les femmes trans parce qu'ils croient que nous sommes des hommes (parce que la société leur a dit que nous l’étions) et parce qu'ils croient que c'est mal d'être gay (parce que la société leur a dit que c'était mal). »
« Nous vivons dans une “société de l’aveu” qui nous mène à croire que l’aveu public de nos désirs, de nos idées et de notre soi constitue une libération, ainsi que dans un “cis-tème de l’aveu” qui pousse les personnes trans à se dénuder corps et âme devant un public avide de connaître tous les détails de leur transition. »

Un autre soir, alors que ses camarades et lui étaient encore des “nouveaux”, onze ans environ, des élèves plus âgés les avaient invités dans leur dortoir. Ils n’avaient qu’un an de plus mais semblaient former une tribu supérieure, plus avisée, plus forte et vaguement menaçante. L’invitation avait été présentée comme un secret. Roland et les autres première année ne savaient trop à quoi s’attendre. Deux grands gaillards, à la musculature précoce, se tenaient côte à côte dans l’allée entre les lits superposés. Une foule d’élèves, tous en pyjama, les entourait. Beaucoup étaient juchés sur les lits du haut. L’odeur de transpiration rappelait celle de l’oignon cru. C’était longtemps après l’extinction des feux. Dans les souvenirs de Roland, le dortoir était inondé par le clair de lune.
Il n’en était peut-être rien. Ils avaient peut-être des torches électriques. Les deux grands types avaient enlevé leur pantalon de pyjama. Roland n’avait encore jamais vu de toison pubienne ni le pénis en érection d’un adolescent. Au cri tenant lieu de signal les deux garçons se mirent à se masturber frénétiquement, leurs poings devenant flous dans ce mouvement de pompe. Des acclamations et des encouragements les accompagnaient. Le même vacarme qu’au moment du but lors d’un match important. Un mélange d’hilarité et d’admiration. La plupart des élèves présents n’étaient pas sexuellement assez mûrs pour participer à un tel concours. Il dura moins de deux minutes. Le gagnant était celui qui avait éjaculé le premier, peut-être le plus loin, ce point provoquant une contestation immédiate. Les concurrents semblaient avoir franchi ensemble la ligne d’arrivée. Leurs deux petites flaques laiteuses paraissaient à égale distance sur le lino. Mais auraient-elles été visibles à la seule lumière du clair de lune ? Les deux compétiteurs se désintéressaient déjà de la victoire. L’un d’eux entreprit de raconter une blague salace que Roland ne comprit pas. »
Paroles d’artiste
Ombre et lumière

mercredi 13 mai 2026

Les rites de la séduction

Une question de tact
Taille originale : 19,7 x 42 cm & 29,7 x 21 cm
« — Non, jamais.
Elle mit la main devant sa bouche pour étouffer un éclat de rire. Il n’y avait rien d’extraordinaire, en 1955, à ce qu’un garçon du milieu et du caractère de Leonard n’ait encore eu aucune expérience sexuelle à la fin de sa vingt-cinquième année. Mais il était remarquable qu’il l’avouât. Il le regretta immédiatement. Elle avait réussi à maîtriser son rire, mais maintenant elle rougissait. Leurs doigts entrelacés lui avaient fait croire qu’il pouvait parler sans rien dissimuler. Dans cette petite pièce nue avec son tas de chaussures appartenant à une femme qui vivait seule et qui ne s’embarrassait pas de pots à lait ni de napperons sur des plateaux à thé, il aurait dû être possible de dire la vérité sans fard.
Et, en fait, cela était possible. Si Maria rougissait, c’est qu’elle avait honte de son rire sur lequel Leonard risquait de se méprendre. Car, pour elle, ce rire n’exprimait que le soulagement et la nervosité. Elle avait été brusquement libérée des pressions et des rites de la séduction. Elle n’aurait pas à jouer un rôle conventionnel sur lequel on la jugerait, et elle n’aurait pas à se mesurer à une autre femme. Sa peur d’être abusée physiquement avait disparu. Elle ne serait pas forcée de céder contre son gré. Elle était libre, tous deux étaient libres d’inventer leurs propres relations. D’être des partenaires dans l’invention. Et elle avait vraiment découvert toute seule cet Anglais timide au regard droit et aux longs cils, elle serait la première, elle l’aurait entièrement à elle. Ces pensées, elle les formula plus tard, dans sa solitude. Sur le moment, elles jaillirent sous la forme d’un rire de soulagement vite réprimé.
Leonard but une longue gorgée de thé, reposa sa tasse et émit un “Ah” cordial et peu convaincant. Il remit ses lunettes et se leva. Après la poignée de main, rien ne semblerait plus triste que de s’en aller, de quitter l’Adalbertstrasse, de prendre l’U-Bahn et d’arriver chez lui dans la grisaille du crépuscule pour retrouver sa tasse sale du petit déjeuner et les brouillons de sa lettre absurde éparpillés sur le plancher. Il vit tout cela tandis qu’il serrait la ceinture de sa gabardine, mais il savait que son aveu était une erreur tactique humiliante et qu’il devait s’en aller. Que Maria ait rougi pour lui ne la rendait que plus attendrissante et laissait deviner l’énormité de sa bévue.
Elle aussi s’était levée et bloquait le passage entre la porte et lui.
Une interprétation matérialiste, sinon marxiste…
— Il faut vraiment que je parte maintenant, expliqua Leonard, le travail et le reste. Plus il se sentait mal, plus il s’exprimait avec légèreté.
— Vous faites merveilleusement le thé, lança-t-il en la contournant.
— Je voudrais que vous restiez un peu plus longtemps, dit Maria.
C’était exactement ce qu’il souhaitait entendre, mais il était trop convaincu de son échec. Il se trouvait à mi-chemin de la porte.
— J’ai un rendez-vous à six heures.
Un mensonge, comme un gage désespéré donné à son angoisse. Il n’en revenait pas lui-même. Il voulut rester, elle voulait qu'il reste, et voilà qu'il insistait pour s'en aller. Il se comportait comme un autre, un étranger, et il n’y pouvait rien. Il se sentait incapable d’agir dans son intérêt. À force de s’apitoyer sur lui-même, il en perdait son bon sens méticuleux ; il se trouvait dans un tunnel dont la seule issue devenait sa propre et fascinante annihilation.
Il tripotait gauchement la serrure, et Maria se tenait juste derrière lui. La délicatesse de l’orgueil masculin qu’elle percevait assez bien la surprenait toujours. Malgré une assurance de façade, les hommes se vexaient facilement. Leur humeur pouvait changer du tout au tout. Pris dans le remous d’émotions impossibles à identifier, ils avaient tendance à dissimuler leur incertitude sous de l’agressivité. À trente ans, elle n’avait pas une grande expérience et elle songeait surtout à son mari et à un ou deux soldats violents qu’elle avait connus. Le garçon qui cherchait à fuir de chez elle ressemblait moins à ces hommes-là qu’à elle-même. Elle savait exactement ce qu’il ressentait. Quand on est fâché contre soi, on a envie que les choses aillent encore plus mal. Elle lui toucha légèrement le dos, mais il ne sentit rien à travers sa gabardine. Il pensait avoir présenté des excuses acceptables et pouvoir s’enfuir avec son désespoir. Pour Maria, qui avait derrière elle la libération de Berlin et son mariage avec Otto […], toute manifestation de faiblesse chez un homme trahissait un être accessible. »
La double pénétration peut-elle être qualifiée d’intersectionnelle ?

dimanche 3 mai 2026

Une béatitude brûlante

Un espace ingrat…
Taille originale : 21 x 29,7 cm
« Tyler regarde Liz d’un air implorant. Ses yeux sont humides, sa respiration encore incertaine.
Il s’approche d’elle. Tout arrive plus vite que d’habitude ; aucun geste de séduction, même bref. Il reste un instant à la dévisager, impuissant et implorant, et l’instant d’après il presse ses lèvres sur les siennes, comme si sa bouche était un masque à oxygène. Elle accepte le baiser, le lui rend, sans avidité ni retenue. Ses lèvres sont souples mais vigoureuses, il y a une volonté derrière son baiser, elle n’est pas avide mais pas soumise non plus. Sa bouche est fraîche avec un goût d’herbe, pas d’une herbe en particulier, mais qui donne une impression de nature exubérante. Tyler se presse contre elle, la renverse sur le dos. Il peut respirer à présent, on dirait. Il peut respirer à nouveau. Il prend un de ses seins dans sa main, d’abord par-dessus son chemisier, puis en dessous. Il déboutonne le chemisier, enveloppe un sein dans sa paume. 11 la remplit entièrement. Les seins de Liz sont si petits qu’ils ne se sont pas affaissés, il n’y a rien chez elle qui puisse s’affaisser. Quand Tyler le caresse, le mamelon (plutôt grand pour de si petits seins, couleur framboise) se raidit. Elle laisse échapper un son qui est davantage un soupir qu'un gémissement. Elle enfonce ses doigts dans les cheveux de Tyler.
Il se redresse sur les genoux, ôte son jean et son caleçon. Il bande. Liz envoie valser ses bottines, tire sur son jean et son string, les fait glisser sur ses chevilles et les repousse du pied, écarte les jambes. Il jette un regard rapide à son sexe - les poils sombres épilés en une ligne verticale, le rose vif des lèvres - avant de se plaquer sur elle.
Ils savent tous deux qu’ils doivent faire vite. Il glisse sa bite en elle. Elle soupire plus fort, mais c’est encore un soupir, pas un gémissement de plaisir, bien qu’accompagné d’un léger halètement à la fin. Il la pénètre, sent la chaleur, l’étreinte humide, et, putain, il va jouir. Il se retient, reste immobile en elle, allongé sur elle, son visage pressé contre sa joue (il n’arrive pas à la regarder en face) jusqu’à ce qu’elle dise : “N’attends pas.
— Tu es sûre ?
— Je suis sûre.”
Il la pénètre une fois, prudemment. Il s’enfonce à nouveau et il part, il part dans un néant convulsif. Pendant quelques secondes, il éprouve cette déchirante perfection. Il n’y a que ça, seulement ça, il se perd, il n’est personne, il est annihilé, il n’y a plus de Tyler, il y a seulement… Il pousse un cri étouffé. Il s’enfonce dans une béatitude brûlante, extasiée, il est en train de se perdre, il est perdu, inexistant.
Et c’est fini.
Il niche sa tête dans le creux du cou de Liz. Elle l’embrasse, chastement, sur la tempe, puis lui fait comprendre qu’elle veut qu’il se retire. Il ne discute pas. Il se dégage d’elle en roulant sur le côté, se plaque contre le dossier du canapé.
Elle se lève, renfile rapidement son string et son jean, se penche pour remettre ses bottines. Ils ne parlent pas. Liz ramasse sa veste sur le plancher, l’enfile. Tyler reste étendu sur le canapé, la regarde avec une expression d’impuissance gênée et surprise. Quand elle a fini de s’habiller, elle se penche au-dessus de lui, tapote son visage du bout des doigts, et quitte l’appartement. Tyler l’entend à peine refermer la porte derrière elle, entend le bruit étouffé de ses bottines tandis qu’elle descend l’escalier. »