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lundi 12 janvier 2026

Surchauffées, sales et abjectes

Reinette d’amour
Taille originale : 21 x 29,7 cm
« Devenir chienne n’est pas une simple métaphore pour se dire, c’est fabriquer une subjectivité politique depuis une espèce qui continue de troubler nos histoires, et qui demeure une insulte à l’humanisme. Être une chienne : troubler l’ordre public et ses valeurs humanistes, révéler notre appartenance autre qu’humaine. Attention, chiennes dangereuses : voilà une bonne pancarte féministe.
Entre autres choses, les chiennes occupent indéniablement l’espace mental. Leurs ombres trament et planent. Ielles ne sont pas aimables et ielles sont impossibles à ignorer. Ielles bougent leurs corps librement plutôt que de restreindre, d’affiner et de limiter leurs mouvements de manière appropriée. Ielles grimpent dans les espaces, marchent d’un pas assuré et ne s’inquiètent pas de la manière dont leurs cuisses sont écartées quand ielles sont assises. Ielles sont débarrassées des convenances, de la gentillesse, de la discrétion, de l’opinion publique, de la “morale”, du “respect” et des trous-du-cul imbaisables. Toujours surchauffées, sales et abjectes, à voiles et à vapeurs, les BITCHES déferlent et ielles veulent du nouveau : ielles veulent sortir de la fange, bouger, décoller, sombrer dans les hauteurs.
L’humanité, nous dit Rousseau, se distingue par sa nature perfectible, par sa capacité infinie à apprendre. Mais devenir chienne, c’est désapprendre tout un encodage enregistré depuis l’enfance, celui qui nous enseigne à nous tenir bien, à ne pas déranger, à hocher la tête lorsque les garçons parlent, et à ne pas les froisser. Les chiennes sont fidèles et elles trahissent, elles représentent à la fois la liberté et la soumission, le sale et le respectable. Les chiennes nous apprennent non pas à considérer les animaux comme des exemples ou des métaphores, mais à produire un désir pour et depuis l’animalité. Désirer en chienne, c’est hacker le binarisme de la vierge et la putain, car les deux sont encore des femmes. »
Librairie muséale
Version primitive

vendredi 19 décembre 2025

Fais juste un sourire

Voyage en Italie
« Puis elles ajoutaient : “On peut faire un petit extra avec un sourire.” Il est évident qu’il n’y avait rien de honteux derrière cela, ce sourire attendu derrière le comptoir, ce sourire triste lorsque vous n’aviez pas le loyer, ou la façon mi-provocante mi-implorante de ma mère de couvrir d’amabilités le patron du magasin pour obtenir un petit crédit. Mais je détestais ça, je détestais quelle ait à le faire, tout comme ma honte chaque fois que je le faisais moi-même. Pour moi c’était de la mendicité, une quasi-prostitution que je méprisais, alors même que je continuais à compter dessus. Après tout, j’avais besoin de l’argent.
Parole d’artiste
Taille originale : 2 fois 21 x 29,7 cm
“Fais juste un sourire”, plaisantaient mes cousines, et je n’aimais pas ce qu’elles voulaient dire. Après mes études supérieures, lorsque j’ai commencé à subvenir à mes besoins et à étudier les théories féministes, je suis devenue plus méprisante que compréhensive à l’égard des femmes de ma famille. Je me disais que la prostitution était une profession qualifiée et que mes cousines n’étaient jamais que des amateures. Cela contenait une certaine part de vérité bien que, comme tout jugement sévère rendu de l’extérieur, il faisait l’impasse sur les conditions dans lesquelles on en était arrivées là. Les femmes de ma famille, y compris ma mère, avaient des papas-gâteau, pas des jules, des hommes qui leur glissaient de l’argent parce qu’elles en avaient terriblement besoin. De leur point de vue elles étaient gentilles avec ces hommes parce qu’ils étaient gentils avec elles, et ce n’était jamais un arrangement direct et grossier au point de mettre un prix sur leurs faveurs. Elles n’auraient d’ailleurs jamais décrit ce qu’elles faisaient comme étant de la prostitution. Rien ne les mettait plus en colère que de suggérer que les hommes qui les aidaient le faisaient uniquement pour leurs faveurs. Elles travaillaient pour vivre, juraient-elles, mais ça, c’était différent.
« Je suis surtout connue pour les gang bangs, simplement parce que c’est ce que j’aime faire le plus. »
Je me suis toujours demandé si ma mère détestait son papa-gâteau, ou sinon lui, en tout cas son besoin à elle de ce qu’il lui offrait, mais je n’en ai pas le souvenir. C’était un vieil homme, à moitié infirme, hésitant et dépendant, et il traitait ma mère avec beaucoup de considération et, oui, de respect. Leur relation était douloureuse, et comme ni mon beau-père ni elle ne gagnaient assez d’argent pour faire vivre la famille, maman ne pouvait pas refuser son argent. En même temps, cet homme ne donnait aucune indication comme quoi cet argent servait à acheter à maman ce qu’elle n’aurait pas normalement pu s’offrir. La vérité, je crois, est quelle l’aimait sincèrement, et que cela était en partie dû au fait qu’il la traitait si bien.
« Mais dès que je commence, je sais quoi faire. Je sais comment donner du plaisir aux mecs. Je sais quelles positions adopter. Je sais comment faire l’amour. Dès que ça commence, toute ma nervosité disparaît, ainsi qu’une grande part de ma timidité. C'est la même chose avec les séances photo. Je peux faire une séance photo glamour avec un photographe, et je peux être très maladroite, timide et même un peu raide, parce que c'est comme ça que je suis naturellement. Mais ensuite, si un autre acteur arrive et que nous faisons une séance photo classée X, je me détends. La séance photo devient plus naturelle et meilleure parce que j’interagis avec l'’autre acteur et que je sais exactement quoi faire avec les bites. »
Même maintenant, je ne suis pas sûre qu’ils avaient des relations sexuelles. Maman était une jolie femme et elle était gentille avec lui, une gentillesse dont évidemment personne n’avait fait preuve envers lui durant sa vie. De plus, il prenait grand soin de ne lui causer aucun problème avec mon beau-père. En tant qu’adolescente, avec le mépris des adolescent·e·s pour les entorses à la morale et les complexités sexuelles quelles qu’elles soient, j’étais persuadée que les relations entre maman et ce vieil homme étaient méprisables. Et aussi que jamais je ne ferais une chose pareille. Mais la première fois qu’une petite amie m’a donné de l’argent et que je l’ai pris, tout a bougé dans ma tête.
Méditation
Le montant n’était pas élevé pour elle, mais pour moi il l’était et j’en avais besoin. Alors que je ne pouvais le refuser, je me suis haïe de le prendre et je l’ai haïe de me le donner. Pire, elle faisait preuve de moins de délicatesse envers ma situation que papa-gâteau envers maman. Tout le mépris acide que j’éprouvais envers mes tantes et mes cousines dans le besoin s’est déchaîné et a consumé l’amour que j’éprouvais pour elle. J’ai rapidement mis un terme à notre relation, incapable de me pardonner d’avoir vendu ce qui, estimais-je, ne devait être qu’offert librement — pas le sexe mais l’amour lui-même »
Avertissement
Taille originale : 29,7 x 21 cm

vendredi 14 mars 2025

Hors des murs des musées

La bite de Goliath ?
Taille originale : 21 x 29,7 cm
« Repartons de quatre moments emblématiques : l’urinoir présenté par Duchamp-le-précurseur en 1917, le dessin effacé par Rauschenberg en 1953, l’écran de papier traversé par Murakami en 1955, le vide exposé par Klein en 1958. Ils exemplifient les quatre genres majeurs de l’art contemporain (mâtinés de minimalisme dans le deuxième et le quatrième cas) : le ready-made (car Duchamp a su aussi créer un genre à part entière, qui appartient de plein droit au paradigme de l’art contemporain même s’il est apparu à l’époque du paradigme moderne), l’art conceptuel, la performance, l’installation. Qu’ont-ils donc en commun ?
Le triomphe de la performeuse ?
Taille originale : 29,7 x 21 cm
Ils ont en commun une caractéristique qui rend l’art contemporain particulièrement incompréhensible aux tenants du paradigme moderne : c’est que l’œuvre d’art n’y réside plus dans l’objet proposé par l’artiste. Soit parce qu’il n’y a plus d’objet autre qu’un simple contenant (une feuille de papier, les murs d’une galerie) ou un rebut destiné à finir à la poubelle (une feuille de papier déchirée) ; soit parce que l’objet n’a pas de valeur ni même d’existence (ainsi l’urinoir originel a été perdu, ce qui ne l’a pas empêché de devenir une icône de l’art contemporain) sans les récits dont il va être le point de départ.
Le récit : voilà le point commun de ces multiples façons d’étendre l’œuvre au-delà de l’objet. Car sans le récit de la présentation de Fountain au Salon des indépendants de New York puis dans la revue The Blind Man, et de sa résurgence quarante ans plus tard sous forme de répliques, sans le récit de l’effacement du dessin de De Kooning, sans le récit de la traversée des écrans de papier, sans le récit de l’“Exposition du vide”, ce n’est pas seulement qu’il ne resterait rien de ces propositions : c’est qu’elles n’auraient pas eu plus d’intérêt que de simples blagues de potaches fomentées pour faire rigoler les copains.
Autant dire que l’art contemporain est devenu, essentiellement, un art du “faire-raconter” : un art du récit, voire de la légende, un art du commentaire et de l’interprétation — ou simplement de l’anecdote. L’objet n’y est plus qu’un prétexte, ou au mieux un activateur, qui va entraîner des actions, des mots, des opérations, des reconfigurations de l’espace (tel l’“outil visuel” de Buren en forme de rayures), dont l’ensemble est ce qui constitue l’œuvre. Mais c’est alors, bien sûr, une œuvre ouverte : loin de se réduire aux limites matérielles de l’objet, elle est susceptible de s’enrichir de tous les commentaires, de toutes les interprétations, de toutes les imitations voire de tous les actes de vandalisme qu’elle pourra engendrer.
Banalisé ou transgressif ?
C’est cette réalité — éminemment sociologique — qu’il faut avoir à l’esprit pour entrer dans le paradigme de l’art contemporain. Et c’est pourquoi tant de gens restent à l’extérieur, ne comprenant parfois même pas ce qu’il y a à comprendre : ils n’ont pas la règle du jeu. D’où, inévitablement, un conflit de paradigmes, dont témoignent les succulentes méprises dont s’alimente la légende de l’art contemporain, lorsque de simples objets usuels sinon usagés (un urinoir, une éponge, une couche de graisse, un téléviseur) sont remisés, oubliés, récurés, ou mis au rebut faute d’avoir été identifiés par les profanes comme des œuvres d’art — et pour cause, car ils n’en sont pas hors du contexte de l’art contemporain, hors des murs des musées ou des galeries qui les abritent, hors des dispositifs discursifs (notamment biographiques) qui leur donnent sens et statut. »
L’expérience des limites .

samedi 28 décembre 2024

From 4 to 5 a.m.

Aux cimaises

C’est un rêve. Est-ce que je suis en train de m’endormir

ou suis-je déjà dans un sommeil profond avec la vague conscience que je suis en train de rêver ? Je

rêve de Cléo, une ancienne collègue que j’ai revue récemment à une soirée et qui m’a semblé toujours aussi belle. Je devrais dire aussi

bandante. Pas très grande, un mètre soixante-cinq

un corps tout en courbes, de gros seins, bien montés, un visage agréable, toujours souriant. L’éclat de la jeunesse, l’éclat des clichés… Déjà, à l’époque, quand on travaillait ensemble, j’avais envie de la baiser, non seulement de la baiser mais de lui faire

une faciale sur son joli sourire. Mais je pensais n’avoir aucune chance, elle semblait tellement amoureuse de son mari, un grand mec très beau à la voix claire qui portait loin. Non, je n’étais pas

à la hauteur. Et puis, je l’avais revue, toujours aussi bien roulée, c’est le mot. À cette soirée, je m’étais retrouvé derrière elle et j’avais admiré son fessier, ses hanches, ses cuisses, qui semblaient bouger de manière aussi fluide qu’un roulement à billes. Plutôt une rotule bien huilée, un

cul fuselé par un pantalon moulant. Mais mon complexe d’infériorité était toujours le même, et j’avais essayé de ne pas trop la reluquer comme un sale voyeur. Voyeur, voyeur. La porte d’entrée, je crois que j’ai oublié de la fermer à clé. Je ne sais plus. Non, elle doit être fermée. Oublie ça. Rêve à son cul, à ce cul qui s’agite devant toi.

Hors d’atteinte

Mais, dans le rêve à présent, c’est elle qui me fait de la gringue. (D’ailleurs, oui, à cette soirée-là, elle avait été trop souriante, trop aimable avec moi, trop demandeuse

« fais-moi une faciale puisque tu en as envie… moi aussi j’ai envie » aurait-elle pu me dire.)

Assise à mes côtés, sur un tabouret de bar, comme dans un film américain, elle croise les jambes pour me faire apercevoir au travers de sa jupe fendue le haut de ses cuisses. Je sais qu’elle mouille, et j’ai hâte de lui enfoncer un doigt dans la chatte entre ses lèvres trempées. Mais ce n’est pas possible d’être

ouvertement infidèles dans cette soirée où tout le monde nous sait mariés par ailleurs. Mais, dans un rêve, il est facile de changer de pièce, et, même si les murs sont transparents, il semblerait que plus personne ne nous voie. On se trouve derrière une paroi japonaise coulissante en papier translucide. Le Fuji, Pearl Harbor. Perle, perle, clitoris. Un paysage de rêve. Le désert. S’égarer. Est-ce qu’il pleut ? Revenir, remonter, retrouver le rêve. Je rêve de caresser son clitoris gonflé, mouillé entre ses cuisses.

Quels sont nos rêves ?

Elle m’embrasse, je sens sa langue qui s’immisce pleine de désir entre mes lèvres. Elle devrait murmurer comme dans ce film déjà vu « Mike, oh Mike ». Plus directement : « J’ai envie que tu me baises ». Et je sens ma queue qui bande

spontanément. Elle se dresse dure, sans que mes doigts ne doivent l’enserrer, la branler. L’incroyable sensation de l’érection spontanée, forte, dure, dressée. Pur plaisir de l’érection dans le noir. Survient par magie un type, sans visage, mais que Cléo semble bien connaître. Il est blanchâtre, presque transparent. Il est déjà nu. Il s’appelle X. Elle semble très heureuse de le voir. Elle sourit. Elle lui dit des choses agréables. Elle se met à genoux devant lui et prend sa queue en main. « Mike, Mike, mets-toi à genoux avec moi.

Oui, oui, suce-le, suce-le ! » Elle se relève, se met derrière moi et me pousse par derrière pour que j’avale la bite de X. C’est la première fois que je suce un mec. C’est une vidéo porno, c’est une bite bien grosse, bien dure, mais terriblement agréable à sucer. J’avale,

je pompe cette queue (abstraite), je mets les mains sur les fesses de X pour mieux contrôler le mouvement. Pendant ce temps, sa bouche et celle de Cléo se mélangent, leurs langues de salopes s’échangent des baisers et de la salive. Leur excitation m’excite

et érige plus fortement encore la bite que je suce. J’attends, j’espère le foutre, saumâtre, dégoulinant dans ma bouche. Mais j’en oublie ma propre queue qui est en train de s’affaiblir. Il faut relancer la machine à fantasmes. Devinant mon injonction, Cléo se retourne — elle est nue maintenant — se dresse au-dessus de moi, sa chatte au-dessus de ma bouche

et elle se met à pisser. Ma bite durcit instantanément, m’amenant au bord de l’éjaculation. (Je sais que je rêve, je garde les yeux fermés, mais la délicieuse sensation de la bandaison est bien au bas de mon ventre, et il faut que je replonge dans le sommeil, dans le rêve, pour que l’érection se prolonge, s’accentue même, pour que cette délicieuse sensation perdure indéfiniment jusqu’à la fin de la nuit, jusqu’à la fin du sommeil.) L’infâme salope me pisse dans la bouche, sur le visage, sur le corps entier, entièrement nu, je suis sa chienne, son esclave… mais non, je vais la baiser, je vais la foutre, l’enculer, sentir sa mouille sur mes doigts, lui défoncer

le cul. «  Dans mon cul, dit-elle en se retournant à nouveau. Vas-y, fourre ta langue dans mon cul ». J’écarte ses fesses de deux mains, et je commence à lui lécher le cul, mais je suis trop excité, j’ai trop envie d’enfoncer ma langue dans son trou

et de me branler. Il faut que je me branle, que je me réveille. Je dois… continuer à rêver. Le jour se lève, ne se lève pas, c’est la nuit encore, le plaisir exquis de l’obscurité. Sombre, sombre vide, Titanic. Elle revient, elle mène la danse nuptiale,

animale. « Venez, on va faire une DP… » Une double pénétration ! elle est incroyable ! alors qu’il y a plein de monde à trois mètres de nous, juste derrière ce paravent ! Il faut aller à l’hôtel, l’hôtel à côté, une chambre, un lit. On va baiser, connaître à nouveau l’excitation

des débuts de rencontre, où l’on est encore habillé, où l’on se déshabille frénétiquement, maladroitement. Toucher les seins, les gros seins qui se libèrent du soutien-gorge, les pointes qui se dressent que j’embrasse. Je ferme les rideaux rouges, cramoisis. Elle est installée sur le lit, couchée sur le dos, les cuisses bien écartées. Elle sait que j’aime voir son sexe, ouvert, mouillé, trempé même. La sensation des doigts qui s’enfoncent dans son trou humide, la délicieuse sensation qui

me fait bander, la sensation délicieuse de la bandaison. Elle m’appelle, mène la danse bestiale. « J’ai envie que tu me baises », encore.

Je me tourne à peine, et ma queue frotte contre le drap. Elle est aimantée par la chatte où se diriger, où plonger, où s’enfoncer lentement mais jusqu’aux couilles, la chatte qui s’ouvre, qui m’engloutit comme le Titanic, non, qui engloutit mon petit chalutier… Toujours ce plaisir inouï de la bandaison s’enfonçant délicieusement dans son trou humide, trop attirant, trop aimantant. Je suis entre ses cuisses, et je la baise, je la pénètre lentement, profondément, doucement, jouissivement. Je vais jouir

pas tout de suite, pas tout de suite. Prolonger l’excitation, prolonger encore et encore, pendant que X s’approche à son tour. Il s’approche de nous, dans mon dos. Je sens sa queue, sa bite dure, énorme contre mes fesses que Cléo écarte bientôt des deux mains, pour faciliter l’intromission, tout en m’attirant plus profondément en elle. Non, ce n’était pas ce qui était prévu, ce n’était pas ça la DP ! mais je ne peux pas résister, elle veut que je me fasse enculer, et je veux aussi sentir cette bite forcer le passage, ouvrir mon cul, s’y enfoncer profondément régulièrement, sans hésitation, jusqu’aux couilles. De tout son poids, X m’écrase (mais il est tellement transparent qu’il est léger comme une plume), mon visage s’abaisse contre la joue de Cléo, ma bouche s’approche de son oreille, et je murmure : « Mon dieu, mon dieu… » (elle est trop grosse, trop dure, tellement agréable). Et je l’entends me répondre en riant : « Tu es un vrai pédé

maintenant !

— Mais qu’est-ce qui te fait penser que je suis gay ? » Je baise et je suis baisé, d’avant en arrière, c’est à moi à présent d’accomplir les mouvements, d’assurer plus exactement la mouvance qui nous unit, tant mon cul et ma bite sont lubrifiés, soyeux, mouillés. Et je vais et je viens entre X et Cléo. À la poursuite de l’orgasme… Je suis hanté. Le Cul ! le Cul ! le Cul ! le Cul  ! Mais pas de poète impuissant ici ! Personne ne bande mou dans mon cul ! Jouir

enfin. Il faut que j’éjacule tant que je sens ma bite dure, tant que dure ma bite, tant que l’érection raide… élections piège à cons ! Cléo, laisse-moi éjaculer sur ton visage, ta bouche ouverte, tes cheveux, tes lèvres, tes joues. Trop de pornographie tue la pornographie ! Je m’agenouille au-dessus d’elle, je me branle, ou plus exactement, c’est X qui a pris ma place, transparent, il m’a traversé, il est devant moi au-dessus de Cléo, il se branle, il va éjaculer, il va la couvrir de sperme, de foutre, il le fait pour moi, pour que je regarde, pour que je voie les jets de foutre, il va jouir et je jouirai en même temps. Un coup de sonnette soudainement. Il a l’air tellement

réel. Je suis éveillé. Il m’a réveillé. Je ne suis plus en train de rêver. Mais personne ne sonne à cette heure-ci. Il est trois ou quatre heures du matin : quatre heures vingt. Le coup de sonnette, je l’ai rêvé, mais il avait l’air tellement vrai. Il m’a réveillé pourtant. L’érection faiblit rapidement.

J’ai besoin de pisser. Il faut que j’aille pisser. Sorti de la chambre, je me penche par-dessus la rampe de l’escalier, mais il n’y a personne évidemment à la porte d’entrée (même si je ne peux pas en être absolument sûr, mais personne ne sonne à cette heure-ci). Je descends lentement à l’entresol vers les toilettes. Foutue prostate. HPB (hyperplasie prostatique bénigne). Ça s’est bien bloqué pendant le sommeil, pendant le rêve. Il me faut du temps pour commencer à pisser. Foutue vieillesse. Quatre-vingt-quatre ans. Je n’irai plus très loin. Je pisse lentement, par à-coups. Foutue vieillesse.

Ma vie n’a-t-elle encore de sens que parce que je bande encore, parce que je ressens au milieu de la nuit, dans un demi-sommeil, l’ineffable plaisir d’une érection spontanée ? Le rêve nécessaire car la jeunesse des corps est trop éloignée. Quelle femme, quelle belle salope aurait encore envie de moi ? J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille, Et je t'emmerde en attendant. Vieux pervers, vieillard lubrique, gros cochon, maigre lard…

Je remonte. Mourir dans son sommeil. Dormir encore.

Rêver encore.

Cinquante nuances de gris… ou de brun
Taille originale : 2 fois 21 x 29,7 cm

lundi 9 septembre 2024

La dégringolade pour deux

Ecce femină
« Elle activa les essuie-glaces et se prépara à démarrer mais, comme les vitres s’étaient embuées dans l’intervalle, elle poussa la soufflerie à fond avant de s’écarter du trottoir. Au moment de tourner à droite au croisement suivant, elle jeta un coup d’œil sur sa gauche et découvrit Brian dans le petit parc. Il avait ôté son imperméable, dont il recouvrit le sans-abri. Puis, après avoir relevé son col de chemise, il s’élança dans la rue.
Sa mère avait consacré tout un chapitre à ce qu’elle venait de voir, songea Rachel : “L’Acte qui incite à sauter le pas”.
Pour leur quatrième rendez-vous, Brian l’invita à dîner chez lui. Alors qu’il remplissait le lave-vaisselle, elle se débarrassa de son T-shirt, puis de son soutien-gorge, et s’approcha de lui seulement vêtue de son jean déchiré. Il se retourna au moment où elle le rejoignait. Ses yeux s’arrondirent de surprise tandis qu’il laissait échapper un petit “Oh !”.
Elle se sentait maîtresse d’elle-même — une fausse impression, bien sûr —, et suffisamment libre pour dicter les termes de leur premier corps-à-corps. Ce soir-là, ils commencèrent dans la cuisine et terminèrent dans le lit de Brian. Vers deux heures du matin, ils tentèrent la baignoire, et pour finir Rachel se retrouva juchée sur le meuble de la salle de bains, entre les deux lavabos. Ils retournèrent ensuite dans la chambre pour un dernier tour de piste qui s’avéra particulièrement agréable, même si Brian était à bout de course.
[…]
À l'époque, le fascisme déjà partout ?
Quand Brian sortit de la douche, elle l’attendait assise sur le meuble de la salle de bains, son pyjama en tas sur le sol. Il était déjà en érection lorsqu’il la rejoignit. Si leur corps-à-corps fut malaisé - le meuble était étroit, elle entendait les crissements de sa peau contre la surface embuée du miroir derrière elle, et il glissa hors d’elle par deux fois -, elle comprit à l’expression de son regard, une sorte de stupeur émerveillée, qu’il l’aimait comme on ne l’avait jamais aimée. Et dans la mesure où cet amour semblait parfois source de conflit en lui, ses manifestations étaient d’autant plus grisantes.
On a gagné, pensa-t-elle. On a encore gagné.
Elle se cogna la hanche contre le robinet une fois de trop et suggéra qu’ils s’allongent sur le sol. Ils terminèrent sur le pyjama froissé, elle enfonçant ses talons derrière les genoux de Brian, consciente du ridicule de leur position aux yeux de quiconque, Dieu ou leurs proches disparus, les regarderait de là-haut — si tant est que les morts puissent les voir —, mais elle s’en fichait. Elle l’aimait.
[…]
— Je suis tombé amoureux de toi, parce que c’est ce qui arrive à un homme quand il rencontre la femme auprès de qui il a envie de se réveiller chaque matin jusqu’à sa mort. Il “tombe” amoureux. Et ne se relève pas. S’il a vraiment de la chance, elle “tombe” amoureuse aussi, et c’est la dégringolade pour tous les deux. Il n’est plus question de revenir en arrière, parce que si tout était si parfait avant, personne ne serait “tombé”. »
Paralogisme ?

samedi 7 septembre 2024

Le registre sacré de l'image

La dynamique des regards
« Les portraits d’Andy Warhol, qu’il s’agisse de Marilyn Monroe, de Joseph Beuys, de Mick Jagger, de Sigmund Freud, de clients fortunés ou de lui-même, répondent tous de la même exigence. Saisis dans une pose frontale, pétrifiés par des aplats de couleurs, dépourvus de toute psychologie, ces tableaux montrent le visage et non l’expression. Ce refus de l’interprétation, de l’émotion reconnaissable, de l’esthétique, d’une vérité derrière l’apparence, d’une intériorité, se retrouve chez de nombreux artistes modernes, dans le théâtre de Robert Wilson, dans le cinéma de Robert Bresson ou Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, dans les pièces de théâtre de Samuel Beckett.
L’impressionnante série des Mao de 1972-1974 joue avec brio de la tension entre l’ordonnancement du visage sérigraphié, sorte d’effigie, et le déploiement le la couleur qui n’est plus alors descriptive, mais se montre dans sa profondeur émouvante.
Peu d’artistes ont eu, comme Warhol, un rapport aussi profond au pouvoir de l’image — l’image comme ce qui fait effet instantanément et qui dans tous les sens “éblouit” celui qui la regarde. En réalité — et il est étrange que cela ne soit pas plus souvent constaté — l’enthousiasme qui a frappé tant de gens devant l’œuvre de Warhol tient au fait qu’il est l’un des très rares artistes du XXe siècle à avoir touché à ce registre sacré de l’image avec une pudeur extraordinaire.
La peinture ne se déploie généralement qu’en abandonnant l’image. C’est en ce sens que Matisse souligne : “Un tableau de Rembrandt, de Fra Angelico, un tableau d’un bon artiste, suscite toujours cette espèce de sentiment d’évasion et d’élévation d’esprit. [...] Je ne conçois pas une peinture dépourvue de cette qualité-là. Sinon c’est une image.” La modernité cherche à être fidèle à cette dimension nommée ici par Matisse et qui n’est pas une qualité plastique ou une élaboration conceptuelle. La peinture disparaît à mesure qu’apparaît l’image comme copie, information, reproduction.
Andy Warhol est l’un des rares peintres modernes à donner à l’image un autre sens. Elle est ce qui donne à voir et rend visible. À la différence de la plupart des artistes ayant travaillé sur l’image — de Dalí à Magritte —, elle n’est jamais chez lui narrative et anecdotique.
La manière dont Andy Warhol faisait ses portraits est significative. Il prenait environ deux cents polaroïds de la personne qu’il cherchait à peindre, en choisissait un, voire prenait des éléments de plusieurs qu’il assemblait, transformait la photo couleur en photo noir et blanc, l’agrandissait, faisait faire un écran sérigraphique et y mettait des couleurs, souvent outrées et artificielles, avec un soin extrême. »
L’esprit de l’escalier

jeudi 28 mars 2024

L'emblème de la marchandisation des corps

L’excitation de la création
Taille originale : 21 x 29,7 cm
« En Italie, le meurtre vend plus que le cul. Cette maxime avait changé la vie de Luana. C’était le présentateur du JT régional de Brianza où elle avait commencé sa carrière il y avait plus de vingt ans qui lui avait dit ça, commentant une affaire particulièrement glauque qui avait défrayé la chronique pendant plusieurs semaines. Luana avait archivé cette “perle” dans sa mémoire, sachant qu’elle lui serait utile un jour. Aux dires de tous ses collègues, elle avait toujours été une très mauvaise journaliste : elle ne savait pas écrire, avait une préférence pour les opinions plutôt que pour les faits, n’avait pas la patience de se documenter et de vérifier ses sources, mais elle était ambitieuse et — à l’époque— belle et provocante. Son vrai talent était la télégénie. “On dirait que tu es née pour passer à la télé”, lui disaient les directeurs d’antenne pour l’attirer dans leur lit.
Ils savaient aussi pertinemment que son ambition effrénée finirait par lui jouer des tours, mais ils se gardaient bien de le lui dire. La vanité l’avait poussée à se plier aux logiques machistes du milieu ; elle s’était bouché le nez et elle avait dit oui à toutes les personnes qui comptaient, qui l’avaient récompensée en la mettant à la tête du deuxième journal télévisé national, n’en déplaise aux féministes qui dans des lettres enflammées l’accusaient d’être devenue l’emblème de la marchandisation du corps. Quand les journaux télévisés nationaux ne lui avaient plus suffi, Luana avait fait le grand saut en prenant la direction d’un talk-show, puis elle s’était rabattue sur une émission people quand son décolleté n’avait plus fait recette et que les invitations à dîner des producteurs s’étaient raréfiées. Mais plus les années passaient, et plus les séances de maquillage pré-antenne se rallongeaient, plus il était compliqué de se maintenir au sommet, face à une concurrence jeune et acharnée, prête à tout pour quelques minutes à l’écran. Des talk-shows aux programmes les plus trash de la télé misérabiliste, le pas avait été aussi rapide qu’humiliant. Mais son déclin ne faisait que commencer : après un trop grand nombre d’interventions de chirurgie esthétique qui n’avaient pas donné les résultats escomptés, sa présence télévisée avait été avancée de manière inexorable : d’abord en fin d’après-midi, puis à la tranche d’après déjeuner, pour finir en milieu de matinée, le placard absolu pour toute présentatrice. L’étape suivante aurait été l’humiliation suprême avant le télé-achat : les émissions diffusées à l’aube. Luana n’avait aucune intention de toucher le fond.
Dérapage, délire, déséquilibre
Taille originale  2 fois 21 x 29,7 cm
Aussi avait-elle fait fi du conseil d’une collègue plus expérimentée qui, à cause d’un mauvais choix amoureux, était passée du prime de la première chaîne privée nationale au journal d’après-midi d’une chaîne lombarde. Le conseil était le suivant : “Ne te maque jamais avec un politique. Ils utilisent les gens comme des toilettes publiques.” Luana, en désespoir de cause, avait enfreint la règle d’or, plantant le dernier clou dans le cercueil de sa dignité pour se mettre en couple avec un secrétaire de parti en pleine ascension, avec ses entrées dans le milieu et de vingt ans son aîné, qui avait vu dans cette liaison une occasion de redorer son image avant les élections. L’espace d’une saison, tout s’était passé comme prévu : grâce à ce coup de projecteur, Luana avait réobtenu le prime time, enjambant les corps encore épargnés par la chirurgie des jeunes bimbos qui la croyaient finie. Mais quand son compagnon s’était retrouvé au cœur d’un “complot judiciaire” orchestré par une frange dissidente du parti et qu’il avait fait l’objet d’une enquête pour corruption et prostitution de mineures, Luana — après quelques “invitations” dans des émissions où elle avait tenté en vain de réciter la partition de la pauvre victime d’un puissant dépravé — s’était retrouvée à cinquante ans bien tassés en marge du cirque médiatique auquel elle avait sacrifié sa jeunesse, sa dignité et sa carrière. Peu à peu, même les émissions à scandale les plus vulgaires l’avaient oubliée. Elle avait essayé de se recycler en reporter, mais on lui avait ri au nez.
« Une femme surprise… »
[…]
« Par le foutre Dieu ! »
Le succès ne se mesure pas à l’argent, mais à la beauté et à la jeunesse de qui tu mets dans ton lit. Luana ne se rappelait pas qui était l’auteur de cette perle. C’était forcément un homme ; un producteur ou un directeur de chaîne quelconque qu’elle fréquentait lorsqu’elle était au faîte de sa popularité. Mais qui que ce soit, il avait parfaitement raison.
À en juger par le jeune homme endormi à côté d’elle, elle comprit qu’elle avait renoué avec le statut de “femme à succès”. La plupart des fils de ses amies étaient plus âgés que ce tas de muscles avec une coupe à la mode qui gisait à côté d’elle. Elle l’avait ramené la veille, après une fête privée au Ceresio 7, l’Olympe des clubs glamours milanais, choisissant parmi une dizaine de stars de la téléréalité, d’acteurs à la petite semaine, de mannequins et de danseurs qui lui avaient fait les yeux doux toute la soirée tels des chiots dans un chenil. L’heureux élu était un ex-séducteur de L’Île de la tentation, beau comme un dieu grec, mais dépourvu de la moindre qualité intellectuelle ou artistique. Après une saison, sa carrière était déjà terminée. Vingt-sept ans, un corps parfait que Luana avait chevauché dans toutes les positions, l’essorant pour en tirer tout le plaisir possible.
« Où sont ceux qui t’accusaient ? »
Taille originale  29,7 x 21 cm
— Il y aurait moyen d’être invité dans ton émission ? lui avait-il demandé entre deux parties de jambes en l’air, le regard plein d’espoir.
Luana lui avait répondu exactement ce que lui disaient les producteurs télévisés trente ans plus tôt : “Ça dépend...” Ça dépend... Deux mots qui stimulaient la libido de ce genre d’apollon plus sûrement qu’une plaquette de Viagra. Il avait tout donné pour obtenir une "apparition" dans Verdict.
Les draps étaient encore humides de sueur. Le chiot dormait toujours. Luana s’apprêtait à le réveiller pour le chasser de chez elle, afin de s’accorder un bain chaud en toute solitude. »
Exhibitionnisme agressif ?
« L’exhibition sexuelle ne doit pas être confondue avec l’agression sexuelle. Il y a agression sexuelle lorsque la personne porte atteinte au corps de la victime. »

vendredi 25 août 2023

Le frottement de la corde

Elle n’a pas froid aux yeux !
Taille originale : 21 x 29,7 cm
« Émilie raconta progressivement son histoire à Pascal, qui pleura plusieurs fois en l’écoutant. L’enfance d’Émilie avait été très dure, et parfois terrifiante. Arrivée au collège encore tremblante, elle ne s’était fait qu’un seul ami, fils d’un harki réfugié en Normandie après les accords d’Évian. Karim était légèrement handicapé : il avait un pied bot et devait porter une chaussure orthopédique. Un peu plus âgé qu’Émilie, il la protégeait. Il était amoureux d’elle. En cinquième, Émilie avait traversé, après la tentative de suicide de sa mère, un long épisode mystique : elle lisait sainte Thérèse la nuit, et passait tous ses après-midis libres dans la grande basilique qui lui était consacrée. Karim, qui était musulman, l’attendait à l’extérieur de l’édifice, et la reconduisait chez elle. Elle était épuisée et bizarrement excitée. Malgré les nombreuses tentations qu’elle lui faisait subir, pour tester la valeur de son amitié, Karim n’essaya jamais d’en profiter.
L’attitude de Karim plut beaucoup à Pascal. Mais poursuivant son récit, Émilie en vint à évoquer son initiation sexuelle, ce qui éveilla la jalousie de Pascal : elle montait à la corde, dans le gymnase du collège, entourée de toute sa classe, quand le frottement l’avait fait jouir, presque par surprise un peu avant le sommet ; sans l’idée de recommencer aussitôt — il lui restait un mètre — Émilie aurait probablement lâché la corde. Elle avait fait l’amour, dès la semaine suivante, avec un garçon de troisième qui avait sport juste après sa classe — elle avait fait en sorte de le croiser nue dans les vestiaires.
Courtisane ou noble femme ?
Taille originale : 29,7 x 21 cm
Karim avait un cousin qu’il admirait beaucoup. Yazid n’était pas beau, mais avait beaucoup de charme. Sa froideur calculée séduisit Émilie, qui devint, pendant l’été, sa petite amie officielle. L’année qui suivit elle abandonna quasiment le collège, et commença à fréquenter les amis de Yazid. Elle participa à plusieurs vols de voiture et à quelques petits cambriolages. Yazid la laissait conduire sa voiture, et lui offrit une chaîne hi-fi volée — qui fut à l’origine d’une dispute très violente avec son beau-père. Dès lors, chassée de l’appartement familial, Émilie s’installa chez Yazid, qui se montra moins charmeur et beaucoup plus violent. Financièrement dépendante de lui, elle accepta bientôt de le suivre à Rouen, où il exigea qu’elle gagne de l’argent.
Jamais Yazid ne parla de prostitution. Il connaissait seulement quelqu’un, l’ami d’un ami, à qui elle plaisait particulièrement. Si elle se laissait inviter au restaurant, il saurait se montrer généreux. Elle serait bien sûr libre d’accepter ou de refuser. Yazid était ambitieux et voulait monter un réseau haut de gamme : les premiers clients d’Émilie furent surtout des notables rouennais, des médecins et des avocats. Ils possédaient souvent des caméras, et réalisèrent de nombreux films pornographiques, parfois à l’insu d’Émilie. Certains de ces films, aux contours flous et bleutés caractéristiques de la vidéo amateur sur bande magnétique, furent discrètement commercialisés. Émilie devint dès lors un personnage important du milieu libertin rouennais. Elle changea ainsi de clientèle, et fut régulièrement invitée par des couples échangistes qui l’utilisaient pour rajeunir leurs soirées. Émilie se retrouva un jour seule avec quatre hommes, mais sut gérer intelligemment la situation, du moins jusqu’à ce que l’un des hommes, alors qu’elle s’apprêtait à repartir, l’oblige, en la tirant par les cheveux, à lui faire une fellation. Elle voulut porter plainte, Yazid l’en dissuada. Dès lors, elle tenta d’échapper à son emprise, mais il lui faisait de plus en plus peur. Elle continua pendant plusieurs semaines à travailler pour lui, jusqu’au jour où, passant devant la gare, elle prit le premier train pour Paris. »
D’un côté à l’autre

vendredi 7 juillet 2023

Le langage romantique de la jalousie

« Assouvir un certain fantasme… »

Anthropologue chez les vendeurs de drogue de East-Harlem

« Tout le monde soutint Candy quand elle finit par tirer sur Félix : une balle à l’estomac. À l’époque, je pris ça pour un acte de résistance émancipateur. Pourtant Candy entendait son acte de libération comme l’éclat traditionnel de la femme jalouse incontrôlablement amoureuse de son mari infidèle. Elle s’accrochait désespérément aux valeurs familiales traditionnelles d’un passé où l’affrontement entre les sexes et l’affirmation des droits individuels s’exprimaient dans le langage romantique de la jalousie. Bien sûr, dans le contexte de la cité, les scénarios anciens sont poussés à leur paroxysme. La facilité avec laquelle on accède aux stupéfiants et aux armes fait monter les enjeux et les niveaux de souffrance humaine lors des traditionnelles bagarres entre les sexes au sein du foyer.
Comme pour la fugue amoureuse, l’amour romantique dans la relation conjugale permet à une femme soumise d’affirmer ses besoins individuels tout en restant attachée au principe du foyer nucléaire dominé par l’homme. Candy était très claire sur le fait que la trahison sexuelle par Félix de leur relation conjugale avait été le catalyseur de son geste. Elle savait depuis toujours que Félix “avait des femmes ici et là”, mais quand il viola les règles de la solidarité familiale, elle en finit avec sa dépendance de femme battue :
Candy : Les femmes pensent que le pire trauma qui peut leur arriver, c’est quand leur homme va avec une autre femme; mais c’est pas ça. [Attrapant le magnétophone] Et je le dis à toutes les femmes de New York : vous croyez que, quand votre homme vous la joue avec une autre femme, c’est mal. Non ! Le pire qui peut vous arriver c’est quand il couche avec votre propre sœur — votre propre sang ! »
« Une pratique toujours aussi inavouable ? »
« Les rages violentes et parfois suicidaires de Candy étaient destinées à conserver fidèlement un foyer sacré. Il lui fallut encore quatre mois de maltraitance pour qu’elle finisse par appuyer sur la gâchette. Condamnant son mari dans les limites des règles culturelles en vigueur du temps de sa mère et de sa grand-mère, elle exprimait son désespoir et sa colère par une jalousie hystérique dont la cause fut le manquement par son mari à respecter l’intégrité de leur conjugalité. Et si l’on suit la façon dont Candy définit ses droits individuels en termes d’amour romantique classique, c’est une trace de rouge à lèvres qui mit le feu aux poudres :
Candy: Un jour, j’étais allée chez sa mère pour savoir ce qu’il faisait. On était dehors à parler, et je vois qu’il avait du rouge à lèvres sur la bouche, alors je suis devenue folle. Tu vois, je savais qu’il sortait avec une autre femme — avec moi, ma sœur et une autre femme ! J’ai pété les plombs. Et j’ai toujours une arme avec moi, pour ma protection. Elle était dans mon sac à main.
Et c’est ce que j’ai fait. Je l’ai sortie et j’l’ai fait. J’ai carrément pété les plombs. Je lui ai tiré dessus. J’sais pas. C’est mes nerfs. »
« Un jeu sexuel… Un plaisir purement cérébral… »
Taille originale : 21 x 29,7 cm
« Candy, sa famille et son réseau d’amis avaient une explication populaire traditionnelle portoricaine pour rendre compte de son acte spectaculaire. C’étaient “ses nerfs”— ce qu’on appelle ataque de nervios sur l’ile de Porto Rico. Les psychiatres portoricains identifient ces ataques comme un “syndrome lié à la culture portoricaine” que l’on rencontre le plus souvent chez les femmes maltraitées par les hommes dès l’enfance. L’équivalent le plus proche dans la culture classe moyenne anglo-saxonne est sans doute la crise d’angoisse (panic attack). Dans la culture portoricaine rurale et ouvrière, les ataques sont un espace légitime, où une femme peut donner libre cours à sa colère contre l’homme dominant dans sa vie quand la maltraitance outrepasse les limites acceptées. La cause la plus souvent invoquée de ces éclats de violence féminins, inscrits dans la culture, est la jalousie pure et simple. En d’autres termes, quand elle a tiré sur Félix, Candy suivait dans ses plus petits détails le scénario traditionnel de la victime de maltraitance. Elle réaffirmait en fait, plutôt qu’elle ne violait, l’étiquette patriarcale quand elle brisa cathartiquement les chaînes d’une maltraitance intergénérationnelle dont elle était régulièrement victime en logeant une balle dans l’estomac de son mari. »
Dolmancé : Parlons moins, chevalier, et agissons beaucoup davantage. Je vais diriger la scène, c’est mon droit; l’objet de celle-ci est de faire voir à Eugénie le mécanisme de l’éjaculation; mais, comme il est difficile qu’elle puisse observer un tel phénomène de sang-froid, nous allons nous placer tous quatre bien en face et très près les uns des autres. Vous branlerez votre amie, madame; je me chargerai du chevalier.
Mme de Saint-Ange : Ne sommes-nous pas trop près ?
Dolmancé, s’emparant déjà du chevalier : Nous ne saurions l’être trop, madame; il faut que le sein et le visage de votre amie soient inondés des preuves de la virilité de votre frère; il faut qu’il lui décharge ce qui s’appelle au nez. Maître de la pompe, j’en dirigerai les flots, de manière à ce qu’elle s’en trouve absolument couverte.
 
[Le marquis nous permettra ainsi d'utiliser un nouveau libellé : la décharge au nez !]

Taille originale : 21 x 29,7 cm

« … faisait pénitence avec des pierres, des fouets ou d'autres moyens »
Taille originale : 29,7 x 21 cm

lundi 30 janvier 2023

Pauline et Virginien

Du grotesque

L’éjaculation faciale soumet la beauté (le plus souvent féminine) à une forme de grotesque dû aussi bien aux coulées de sperme qu’aux bouches grandement ouvertes. Le grotesque n’efface cependant pas la beauté qui est seulement souillée, offensée, humiliée, brièvement déformée par la grimace, et c’est ce paradoxe qui en justifie l’attrait et explique son succès. Il ne faut pas oublier en effet qu’en temps ordinaire la beauté qui est offerte à notre vue nous est également le plus souvent sexuellement refusée. Que d’aucunes ou d’aucuns (si l’on a des préférences gays) consentent à un tel traitement grotesque ne transforme pas ce geste en réelle domination, ni même en revanche (le vilain mot !), seulement en une sorte de célébration de la beauté elle-même qui reste présente, inaltérable même.

Et le voyeur grotesque.
Taille originale : cinq fois 21 x 29,7cm & deux fois 29,7 x 21 cm

Pastorale moderne

Pauline et Virginien étaient deux enfants vivant en Île-de-France dans des appartements voisins d’une HLM de banlieue. Leurs mères seules les élevaient, les pères ayant immédiatement fui à l’annonce d’une grossesse qui risquait de mettre fin à leurs soirées entre copains et à leurs parties de jeux vidéos. Madame Dufour, la mère de Pauline, vivait modestement d’un salaire d’infirmière dans une maison de repos. Rachida élevait de façon plus modeste encore son fils Virginien (même s’il avait été enregistré à la naissance sous le prénom d’Eadhra) grâce à l’argent des ménages qu’elle faisait de façon intermittente et de quelques allocations de survie. La nécessité plus que l’amitié les avait rapprochées, leurs horaires décalés les amenant à se confier leurs enfants respectifs quand elles devaient se rendre au travail. C’étaient des arrangements pratiques sous couvert d’amitié ou plutôt de simple voisinage, et Rachida pensait en son for intérieur que madame Dufour était une grosse imbécile — il est vrai qu’elle avait pris beaucoup de poids après son accouchement et devait à présent peser près de cent kilos pour un mètre soixante-dix —, prétentieuse de surcroît, adepte de fumeuses théories naturopathes. Et celle-ci ne pouvait s’empêcher d’estimer que sa voisine vivait, comme tous ses congénères, aux crochets des Français trop bonnes poires, même si Rachida se levait à cinq heures du matin pour aller nettoyer des bureaux à l’autre bout de la capitale…

Pauline et Virginien jouèrent et grandirent ensemble pendant une enfance ponctuée bien sûr de quelques disputes et réconciliations, mais qui leur sembla interminable. On en épargnera donc les détails au lecteur ainsi qu’à la lectrice qui, nous l’espérons, nous accompagne. Venons-en rapidement aux faits qui devraient permettre bientôt de libérer notre entre-jambes des contraintes vestimentaires et de mettre en branle nos sexes respectifs. C’est ce qui arriva d’ailleurs à nos deux héros.

À la venue de l’adolescence, quand les poils et l’acné surgirent, Pauline fut reçue à plusieurs reprises avec une froideur nouvelle par son gentil voisin. Elle s’en étonna, et les prétextes avancés — des devoirs à faire — lui parurent ridicules. Elle se doutait bien qu’il y avait anguille sous roche ou plus certainement pénis sous la couette, car on n’était plus en ces temps anciens où les mystères de la nature étaient supposément inconnus des jouvenceaux. Dans les cours d’école, les copines n’arrêtaient pas d’évoquer avec des rires complices les intenses masturbations auxquelles devait certainement se livrer tel ou tel condisciple boutonneux. Mais Pauline était désappointée que Virginien n’ait manifesté aucune envie de lui montrer comment il pratiquait la chose. Et il y avait bien longtemps qu’ils ne s’étaient plus retrouvés à jouer nus ensemble un jour de canicule dans une minuscule piscine gonflable. Elle essayait d’imaginer la forme et la taille de son pénis sans parvenir à se le figurer concrètement.

Elle mit en place quelques pauvres stratagèmes pour surprendre Virginien en pleine action, mais elle ne parvint pas à saisir le moment opportun. Heureusement, sa mère avait les clefs de sa voisine « au cas où… », dont un jour elle s’empara pour pénétrer dans l’appartement, tôt le matin, peu après le départ de Rachida. Elle attendit silencieusement dans le couloir devant la porte de la chambre de Virginien. L’attente fut longue, mais après une demi-heure environ, des bruits suspects se firent entendre, qui devinrent bientôt des aveux explicites. Elle patienta encore quelques secondes pour être sûre de le surprendre en pleine action, puis entra sans hésitation dans la chambre qui était plongée dans l’obscurité et sentait fortement la transpiration et le renfermé. Elle parvint à articuler de façon audible : « Ho ! Qu’est-ce que tu fais ? Tu dors encore ? », tout en se dirigeant vers la fenêtre dont elle entrouvrit les rideaux. Elle avait l’air assurée mais était en réalité tremblante, incapable de prononcer d’autres mots que cette formule qu’elle ruminait depuis un moment. Virginien se récria, mais Pauline était suffisamment décidée pour saisir la couverture et la rejeter violemment au pied du lit. Elle découvrit la bite de Virginien bien raide, même si sa main s’en était déjà éloignée. Le spectacle était remarquable même s’il correspondait en gros à ce qu’elle avait imaginé : la veste du pyjama était entrouverte jusqu’au nombril, et le pantalon à peine baissé laissait apparaître la bite dressée de ses douze ou treize centimètres de longueur avec les deux couilles rondes au milieu d’un petit matelas de poils noirs. Grâce à son geste décidé, Pauline avait pris l’ascendant et pouvait à présent conduire la conversation à sa guise : « Ah, ah, tu es en train de te branler ! Mais continue ! Ne te gêne pas pour moi. Si, si, vas-y, j’ai envie de voir comment tu t’y prends. Allez, ne sois pas timide, on se connaît depuis si longtemps. » Virginien obéit lentement et se caressa sans grande vigueur, manifestement perturbé dans ses rêveries fantasmatiques où Pauline n’avait sans doute pas sa place. Il est vrai qu’avec son corps d’adolescente filiforme, son visage quelconque et une acné envahissante, elle ne dégageait qu’une très faible aura érotique. Mais, toujours aussi assurée, elle s’assit au bord du lit et mit sa main sur la bite que Virginien lui abandonna : « Laisse-moi faire, je vais m’occuper de toi ». C’était sa première expérience en la matière, mais l’instinct lui indiqua rapidement comment procéder. Les leçons de la Nature sont en effet les meilleures, et l’engin qui avait déjà perdu de sa vigueur recommença à bander et répandit bientôt deux petits jets blanchâtres grâce aux caresses enveloppantes de Pauline. Virginien bredouilla : « C’est déjà la deuxième fois ce matin, alors tu comprends, il y en a moins… » « Mais ça t’a quand même bien plu », répliqua Pauline. Virginien acquiesça.

Mais son amie avait d’autres idées en tête. « Dorénavant, lui déclara-t-elle, tu ne te branleras plus tout seul. Tu devras m’appeler et c’est moi qui m’occuperai de ta bite. Notre amitié est trop longue et trop sensible pour que je t’abandonne à ta solitude. Il est juste que ce soit moi qui prenne les choses en main et te conduise régulièrement à la félicité. » Virginien approuva à nouveau. Pauline ne savait cependant pas à quoi elle s’engageait. Dès le lendemain matin, elle reçut un message de Virginien qui se déclarait en situation d’urgence. Quand elle arriva sur place, les choses étaient manifestement bien avancées, et le membre en question dur comme du bois. Virginien suppliait : « Branle-moi, branle-moi, je souffre atrocement ! » C’était un peu exagéré, mais Pauline eut un plaisir nouveau à saisir cette bite étonnamment durcie. C’était particulièrement troublant de se sentir la maîtresse de ce membre qui ne lui appartenait pourtant pas. On aurait dit un esclave dont elle pouvait profiter à sa guise, le faisant durcir, puis le relâchant, le branlant à nouveau fermement, l’astiquant de haut en bas rapidement puis plus lentement. La chose lui obéissait muettement, pleine d’une reconnaissance contenue. La moisson fut saine et abondante, montant haut dans le ciel avant de retomber en gerbe sur le ventre, le torse et même le visage de Virginien.

Pauline se réjouit de ce beau spectacle de la Nature, inédit pour elle. Ni l’un ni l’autre cependant ne pouvaient négliger ce matin-là leurs obligations scolaires. Mais à midi déjà, Pauline recevait un message désespéré de Virginien en proie à une nouvelle érection. Il fallut trouver un endroit discret aux abords du collège pour soulager le pauvre garçon. Et les appels se multiplièrent ainsi plusieurs fois par jour. Pauline s’activait autant qu’elle le pouvait, et Virginien ne manquait pas de s’exclamer à l’issue de chacune de ces précieuses masturbations : « Ah, mon amie, quelle belle action tu as faite là ! ». Chaque jour était pour ces deux amis un jour de bonheur et de paix. Ni l’envie ni l’ambition ne les tourmentaient. Pourtant, la fatigue et l’épuisement saisirent bientôt Pauline, et, n’eût été son jeune âge, elle aurait certainement été victime d’une tendinite du coude ou du poignet. Elle réussit à convaincre son jeune ami d’espacer leurs rencontres, bien qu’elle fut persuadée qu’en son absence, il reprendrait certainement ses habitudes solitaires. Mais elle sentait également que la nature faisait son œuvre en leurs âmes sensibles et que sa main laborieuse ne suffirait bientôt plus à contenter les élans qui les saisissaient tous les deux. Répondant à un nouvel appel matinal de son jeune ami, elle lui déclara qu’elle était bien disposée à lui prodiguer de tendres caresses, mais qu’il convenait d’abord qu’il prenne une douche pendant qu’elle ouvrirait la fenêtre pour profiter d’un air plus pur et du climat fort doux pour la saison. Il s’exécuta rapidement et revint bientôt complètement nu, avec une érection qui ne semblait pas avoir faibli : ainsi croissait cet enfant qu’aucun préjugé, aucune intempérance, aucune passion malheureuse n’avait détourné de la voie droite que lui dictait la Nature. Allongé sur le lit, il remettait une nouvelle fois son destin entre les mains de Pauline, mais celle-ci après quelques mouvements rapides se pencha sur l’engin de leur commune félicité et le prit en bouche. La chose lui parut délectable comme le plus succulent des fruits des Tropiques, et elle l’avala bientôt en entier, s’activant uniquement avec sa bouche pour en faire jaillir le suc exquis. Virginien s’exclama faiblement : « Mais que fais-tu, ma tendre amie ? », ce à quoi elle répondit lors d’une courte interruption : « Lorsque je prends ta bite en bouche, tu ravis tous mes sens, et si je touche tes couilles seulement du bout du doigt, tout mon corps frémit de plaisir ! » Et elle reprit aussitôt sa douce entreprise, et une espèce d’orage tropical la récompensa bientôt de ses efforts, lui remplissant la bouche d’une abondance de foutre qu’elle avala entièrement.

Fellation et masturbation alternèrent régulièrement pendant les semaines qui suivirent. L’amour, la pureté, l’innocence développaient chaque jour la beauté de leur âme et de leurs corps juvéniles en grâces ineffables et en mouvements lubriques. Une certaine langueur saisit cependant Pauline qui était prise d’une chaleur excessive lors de leurs rencontres et ne parvenait pas ensuite à trouver le repos. Dans les nuits ardentes qui suivaient, elle explorait grandement sa chatte dont elle connaissait désormais la propension à s’émouvoir ainsi que les points sensibles où devaient plonger profondément ses doigts ou qu’ils devaient habilement caresser pour atteindre l’orgasme, mais la jouissance que lui procurait ces caresses n’était que temporaire et laissait la place à la mélancolie : il fallait à présent qu’elle se fasse baiser, qu’elle se fasse mettre par la bite dont elle entretenait si vivement les érections. Mais elle n’était pas naïve, et sa mère lui avait mis depuis longtemps sous les yeux un manuel d’éducation sexuelle aux illustrations colorées. Il ne s’agissait pas qu’elle tombe enceinte du premier venu à qui le mot vertu serait inconnu et qui l’abandonnerait dès qu’on lui parlerait de responsabilité parentale !

C’est donc munie de quelques préservatifs qu’elle se rendit au nouvel appel de Virginien. Celui-ci n’était animé d’aucun vice, et sa douce confiance en Pauline l’incitait à la laisser entièrement maître de leur destin commun. Comme c’était désormais son habitude, il l’attendait sur le lit, entièrement nu, la pine dressée, après avoir pris une courte douche. Malgré l’excitation, la jeune fille était légèrement troublée par ce qu’elle s’apprêtait à faire. Sans hésitation apparente pourtant, elle saisit la bite que lui offrait Virginien et commença à la branler. Puis elle s’interrompit et se déshabilla. Heureusement, la chaleur tropicale, conséquence du réchauffement climatique, imposait des vêtements légers et rapides à enlever. Virginien découvrit dans la demi-obscurité son corps mince, ses seins menus, sa toison sombre. Mais il n’osa aucun geste en sa direction. Agenouillée sur ses cuisses, elle prit sa bite en bouche et le suça rapidement. Quand elle fut sûre que l’érection était solide, elle se releva, enfila un préservatif sur l’engin et vint s’installer au-dessus de lui. Malgré sa légère inquiétude, elle était suffisamment mouillée pour que la pénétration se fasse en douceur (ses doigts habiles et insistants avaient sans doute suffi à la débarrasser depuis quelque temps d’une virginité dont elle ne se souciait guère). Elle le baisa plus qu’il ne la baisa, à son rythme, montant et descendant sur son sexe de façon à bien sentir la dure érection dans sa chatte. D’abord prudente, elle mouilla bientôt abondamment, permettant un va-et-vient plus rapide, plus profond, plus passionné.

Pauline devint ainsi l’institutrice naturelle de Virginien, car les femmes ont contribué plus que les philosophes à former et à réformer les nations. Elles ne pâlissent point les nuits à composer de longs traités de morale ; elles ne montent point dans des tribunes pour faire tonner les lois. C’est dans leurs bras qu’elles font goûter aux hommes le bonheur d’être des amants fidèles, précautionneux, vigoureux et habiles. S’agenouillant au-dessus de son visage, Pauline apprit notamment à Virginien à utiliser sa langue pour explorer les vallons humides de sa chatte et à en atteindre les sommets les plus sensibles : là était une moisson, ici un verger.

Curieuse de découvrir les merveilles naturelles de la sexualité, Pauline aimait par ailleurs explorer les sites pornographiques sur l’ordinateur de Virginien, pour autant qu’ils soient gratuits, car elle ne disposait malheureusement pas d’une carte de crédit. Elle invitait son jeune amant à l’accompagner dans ses explorations et constatait avec plaisir combien ces promenades suscitaient l’enthousiasme de l’adolescent. Elle-même sentait souvent des torrents de mouille couler de sa chatte qu’elle lui donnait alors à goûter et à lécher avec délicatesse.

Un jour cependant, leurs jeunes yeux découvrirent ce que les hommes les plus dépravés par les préjugés du monde aiment imaginer pour satisfaire une lubricité pervertie par des jouissances artificielles. Enserrée par de nombreux liens, n’ayant pour vêtement qu’un lambeau de caleçon rose, une jeune femme blanche était réduite à l’état d’esclave, contrainte de satisfaire de la plus vile des façons les désirs apparemment insatiables de trois grands Noirs dont les sexes surdimensionnés passaient successivement de sa bouche à son sexe et de son cul à sa bouche ! L’ordre naturel des choses était complètement bouleversé ! L’infortunée créature montrait par ailleurs un corps sillonné de marques rouges, laissées par les coups de fouet qu’elle avait reçus. Et ses orifices, en particulier son anus, étaient largement défoncés, rendus béants pas les intromissions qu’on lui imposait sans relâche. Elle était en outre couverte de sécrétions diverses, bave, crachats et sperme mêlés. Lorsque ses maîtres cruels la contraignirent à se mettre en position pour satisfaire des désirs orduriers, Pauline interrompit soudainement la vidéo alors qu’un premier jet d’urine atteignait la bouche de la malheureuse. Le regard de Virginien derrière elle lui parut soudainement inconvenant et elle se sentit fort embarrassée de ce qu’ils venaient de voir. Il était temps de revenir vers les rivages ombragés d’une sexualité bienveillante, simple et pure. L’innocence de Virginien semblait préservée et sa bite se dressait bien raide sans aucun tremblement. Pauline en revanche était bouleversée par ce qu’elle venait de voir et était incapable de monter sur son jeune amant. Elle se contenta de le branler lentement puis plus vigoureusement avant de le sucer et de le faire jouir dans sa bouche. Quelques instants plus tard, il s’endormait.

Elle se sentit obligée de revenir à l’ordinateur pour y retrouver grâce à l’historique la séquence pleine de vices affreux qui l’avait tant bouleversée. Ne devait-elle pas signaler à quelque organisme de défense des droits humains l’effroyable esclavage auquel cette pauvre femme était condamnée ? N’était-elle d’ailleurs pas séquestrée en quelque lieu infâme ? De quelle tyrannie obscure était-elle la victime ? N’y avait-il pas d’ailleurs des ligues de vertu susceptibles de surveiller et, le cas échéant, de faire interdire de tels excès pornographiques ? En revenant sur cette page pleine de mœurs licencieuses, elle remarqua que le nom de l’infortunée y était affiché et que le lien renvoyait à des dizaines d’autres vidéos. Le sentiment de la vertu poussa Pauline à parcourir toutes ces nouvelles pages illustrant les perversités les plus diverses : doubles pénétrations, éjaculations multiples, ligotages serrés, fessées rudement appliquées, recours à des pénis artificiels aussi gros que le poing, soumissions aux gestes les plus rudes, baisers obscènes aux orifices honteux, passages continuels des bites d’un trou à l’autre, dilatation monstrueuse du cul, exhibitions dans les poses les plus scandaleuses et les plus humiliantes… Les perversions étaient sans fin, et la pauvre malheureuse semblait même s’en réjouir à l’issue de ces séances éprouvantes ! L’étonnement de Pauline fut redoublé quand elle découvrit une vidéo où cette femme — qu’il lui fallait sans doute considérer désormais comme une actrice experte en artifices — jouait le rôle d’une maîtresse couverte d’une casquette policière et maltraitant un esclave masculin dont les bras et les jambes étaient entravés dans un grand écartement qui permettait à celle-là de lui appliquer de vigoureux coups de pieds dans les couilles ! Pauline, qui savait qu’il s’agissait là chez le mâle de l’espèce humaine du lieu d’une sensibilité particulière, ne put s’empêcher de plaindre le malheureux soumis à un traitement aussi cruel (son dos était par ailleurs zébré des marques de coups de fouet, rougeoyant comme le soleil couchant sur les flots apaisés).

Son âme fut à peine tranquillisée par cette étonnante découverte, et son trouble perdura toute la journée et la nuit suivante. La première image qu’elle avait vue, celle d’un fort pénis noir pénétrant un orifice rose et serré, revenait régulièrement dans ses pensées et dans ses rêves. Quel singulier plaisir cette femme pouvait-elle trouver à cet acte contre nature ? Pauline se sentait agitée d’un mal inconnu. Elle se levait, elle s’asseyait, elle se recouchait, et ne trouvait dans aucune attitude ni le sommeil ni le repos.

Le lendemain matin, à l’appel de Virginien (qui était toujours particulièrement vif au sortir du sommeil), elle se rendit à l’appartement voisin, mais ne vint pas s’installer, comme à son habitude, au-dessus de lui pour le chevaucher. Elle se coucha à ses côtés en lui présentant son fessier qu’elle poussa sensiblement vers l’arrière. « Viens-là », lui dit-elle en l’obligeant à se tourner vers elle, l’un et l’autre s’étreignant tendrement comme deux cuillères jumelles. Ce doux tableau s’anima rapidement, Pauline saisissant le membre que lui offrait Virginien et le dirigeant fermement entre ses fesses. Il croyait qu’elle voulait le faire pénétrer dans sa chatte humide, mais elle lui murmura tendrement : « Vas-y, mets-la-moi dans le cul, je sais que tu en as envie, viens au fond de mon cul, j’ai envie que tu m’encules, tu peux m’enculer à ta guise. » C’était pourtant tout nouveau pour lui, et il n’aurait jamais imaginé emprunter une voie aussi étroite, mais la Nature apprend vite, et Pauline dut bientôt refréner son enthousiasme prêt à franchir trop rapidement les obstacles. Elle lui servit alors de guide en l’incitant à maintenir un patient effort : « Oh, mon ami ! un tel bienfait mérite une récompense », murmura-t-elle encore lorsqu’elle sentit l’engin parvenu à destination. Elle ne put contenir son émotion, et des larmes de joie coulèrent de ses yeux pendant que ses doigts parcouraient sans relâche son mont de Vénus et que le foutre de Virginien lui remplissait le cul. À l’issue de cette généreuse action, Virginien constata cependant que son instrument revenu du sentier obscur était légèrement souillé. Pauline remarquant sa confusion lui indiqua alors : « Va donc nettoyer ce peu de caca à l’eau claire de la salle de bains. J’ai été bien imprudente de ne pas prévenir ce léger malheur par un lavement matinal. »

Ecce homo

Il y a de grandes analogies entre la scène de l’Ecce Homo dans les évangiles et les éjaculations faciales en pornographie. Dans les deux cas, il s’agit d’une situation d’humiliation, de soumission, de déshonneur, de ridicule aussi, mais qui, en son final, conduit à une forme supérieure d’humanité (car Jésus s’est fait homme) et d’amour de l’humanité pour qui le sacrifice est accompli. Sans doute, le sacrifice est dans un cas majeur (la crucifixion) et dans l’autre mineur puisque le visage s’essuiera facilement de l’offense, mais il s’agit bien pour l’un et pour l’autre de l’acceptation consciente d’une offense qui se transforme en rédemption.

Ainsi se formait le tempérament des deux amants, et chaque rencontre renforçait leur caractère aimable et généreux. Ils furent bientôt en âge de passer le bac, professionnel pour Virginien, général pour Pauline. Ils n’étaient guère savants, ce qui leur paraissait inutile, et la réussite fut difficile bien qu’effective. Ayant toujours vécu de médiocre façon, ils n’avaient guère de projets de fortune ni de commerce aventureux. Madame Dufour avait cependant une sœur qui vivait en Allemagne et à qui elle fit part de la réussite de sa fille, sans doute le seul événement digne d’intérêt des dix dernières années. Cette sœur, qui était divorcée et se faisait appeler désormais Birgit, dirigeait une entreprise qu’elle présentait comme particulièrement prospère et qu’elle avait arrachée semble-t-il aux mains de son ex-mari. Les liens entre les deux sœurs étaient cependant bien distendus, et elles ne s’étaient guère vues qu’une fois tous les deux ou trois ans depuis leur entrée respective dans l’âge adulte. Birgit profitait occasionnellement de vacances dans le sud de la France pour faire un bref passage chez sa sœur. Il est vrai que son bolide allemand aux vitres teintées détonnait dans ce quartier de banlieue (même si d’aucuns soupçonnaient qu’il s’agissait certainement là du véhicule d’un trafiquant de drogue en gros). Cet écart de fortune, mais également de corpulence — car Birgit était mince et galbée, perchée sur de hauts talons — explique que madame Dufour se soit empressée de lui faire part au téléphone de la réussite de sa fille, ce qui était sans doute le seul avantage dont elle pouvait se prévaloir à l’égard de sa sœur. Celle-ci, divorcée donc, n’avait pas non plus d’enfant. Et il n’y avait apparemment pas d’autre homme ni d’autre femme dans sa vie.

Madame Dufour fut dès lors étonnée quand sa sœur la rappela quelques jours plus tard et voulut entamer avec elle et Pauline une plus longue conversation en visioconférence. Elle proposait d’accueillir la jeune fille chez elle en Allemagne et de lui assurer une formation professionnelle dans son entreprise, formation qui à terme pouvait déboucher sur un emploi bien rémunéré. La France était un pays en déclin irrémédiable, en proie à une dépression continue (surtout depuis ses éliminations successives aux compétitions internationales de football), alors qu’ici, les opportunités de développement étaient multiples, le dynamisme industriel intact, le commerce florissant, les perspectives de carrière innombrables. Et elle voulait bien sûr offrir à sa nièce la chance de faire à son tour fortune. Sans doute, Pauline ne parlait pas l’allemand, une langue dont la réputation de difficulté l’avait tenue éloignée dans son cursus scolaire (au profit d’un espagnol qui n’avait qu’un intérêt touristique), mais quelques mois de pratique intensive devraient remédier à cette lacune. Madame Dufour demanda quelles étaient exactement les activités de l’entreprise von Ofen GmbH et quel poste Pauline serait susceptible d’y occuper, mais les réponses furent obscures pour les deux Françaises : il s’agissait d’une maison de production doublée d’un important circuit de distribution avec à présent un grand nombre de sites payants, sous des appellations diverses, sur la grande toile électronique ; les possibilités de carrière étaient évidemment diverses et dépendraient des capacités et des intérêts de Pauline.

Celle-ci était manifestement enthousiaste, contente sans doute de quitter les tristes rivages de cette banlieue polluée, et sa mère, malgré quelques appréhensions, se réjouissait d’être débarrassée de cette adolescente paresseuse qui passait ses journées au lit ou chez le voisin, sans ranger la vaisselle sale ni lancer la machine à laver alors qu’elle-même revenait au petit matin épuisée par les nuits de garde. En outre, elle redoutait le coût d’études supérieures aussi longues qu’inutiles en cette période de chômage réputé incompressible. Elle n’avait cependant pas osé poser la question qui lui brûlait les lèvres : est-ce que Birgit envisageait, elle qui était apparemment bénie par la fortune, de prendre en charge tous les frais d’entretien de sa nièce ?

Virginien ne fut pas consulté et il ne put que faiblement déplorer le départ subit de Pauline. Celle-ci le consola en lui prodiguant moult caresses et une fellation profonde qui lui arracha un sourire de contentement, même si la mauvaise humeur le gagna bientôt à nouveau : avec son air benêt, sa tignasse rousse, son corps dégingandé, il redoutait de ne point trouver une âme assez compatissante pour le soulager de la nervosité toujours renaissante au bas de son ventre. Il savait qu’il lui faudrait certainement revenir à une pratique manuelle intensive, mais peu satisfaisante.

Pauline partit donc en train jusqu’à Francfort. Virginien et Madame Dufour reçurent d’abord de nombreux messages, toujours brefs (la jeune fille n’était pas écrivaine), mais d’une humeur joyeuse. Puis au fil des semaines et bientôt des mois, ils se raréfièrent même s’ils étaient toujours enthousiastes et accompagnés de nombreuses photos des lieux où séjournait et travaillait Pauline. Elle annonçait également voyager dans plusieurs villes d’Allemagne, d’Autriche, de Hongrie, de Tchéquie, de Roumanie, dont elle envoyait également des images : selon le défaut commun à tous ces autoportraits d’adolescents saisis par téléphone portable, elle occupait néanmoins l’essentiel de l’avant-plan derrière lequel on distinguait vaguement des chambres d’hôtel lumineuses. Elle répondit à sa mère que le travail était effectivement plaisant et intéressant, même s’il exigeait un grand investissement personnel.

L’hiver arriva répandant bientôt sa grisaille sur les banlieues françaises, et Pauline annonça qu’elle partait pour des raisons professionnelles avec sa tante aux États-Unis, à Los Angeles plus précisément. Ce voyage qui semblait tiré d’un épisode de télévision populaire piqua la curiosité de madame Dufour qui insista au retour de Pauline en Europe pour qu’elle lui fasse un compte rendu détaillé au cours d’une opportune visioconférence. Bien que l’emploi du temps de la jeune fille était fort chargé, elle consentit à une telle rencontre à laquelle Virginien et Rachida furent également conviés et qui fut heureusement enregistrée, nous permettant d’en donner une transcription presque mot pour mot où se dépeint si bien la situation et le caractère de Pauline. Malgré la circonspection de son aimable et indulgente fille, madame Dufour jugea qu’elle était bien heureuse et bien satisfaite d’une réussite qui la plaçait aujourd’hui très au-dessus de son ancienne condition.

Au-delà du grotesque

« Ma bien aimée maman, mes très chers amis, j’ai traversé bien des épreuves, mais également connu bien des plaisirs depuis notre séparation. Ma tante qui peut sembler hautaine a un caractère excessivement bienveillant et m’a transmis ces derniers mois les fruits de sa longue expérience. Elle m’a fait une place dans l’entreprise qu’elle dirige d’une main aussi habile que ferme et qui offre au public tous les produits pouvant satisfaire les besoins d’une vie sexuelle épanouie : lubrifiants, godemichés, lingerie, accessoires divers… Mais l’essentiel de l’activité réside dans la réalisation de films pornographiques de grande qualité. Comme elle est excessivement féministe, tous les postes de responsabilité sont entre les mains de dames de qualité et pleines d’attention pour la jeunette que je suis. J’ai pu faire un bref apprentissage dans les différents postes de réalisation, qu’il s’agisse du tournage, de l’éclairage, du maquillage, de la gestion des accessoires ou même des boissons et nourritures de toute une équipe. Mais ce que je préfère, c’est le travail d’actrice ou de performeuse. Bien que je sois maigrelette — ce qui, dans ce métier, est moins préféré que des courbes généreuses —, l’enthousiasme dont je fais preuve garantit, semble-t-il, mon succès auprès d’un large public disposé à payer des abonnements aux différents sites où j’apparais. Après quelques timides essais, j’ai pu maîtriser tous les savoirs et toutes les techniques nécessaires dans cette carrière exigeante.

Les choses, qui se déroulent dans un studio spécialement aménagé, peuvent sembler en effet au départ faciles. Il suffit que je me défasse rapidement des courts vêtements dont je suis vêtue, en souriant coquinement à la caméra et en balançant avec légèreté mon fessier musclé. C’est avec aisance que j’écarte ensuite les cuisses pour présenter un sexe parfaitement épilé dont j’exhibe les lèvres bientôt écartées entre mes doigts pour donner à voir la rose ouverture de mon vagin. Il ne faut cependant pas oublier pendant tout ce temps de sourire à tous ceux et à toutes celles qui découvrent ce bijou indiscret. Mais c’est bien sûr autre chose qui est universellement attendu : le trou de mon cul dans lequel il m’est demandé d’enfoncer immédiatement un godemiché heureusement lubrifié. Plus gros est-il, et plus nombreuses sont les marques de satisfaction des visiteurs de nos sites étoilés. J’ai bien appris à assouplir ce sphincter, et j’y accueille avec facilité (et un sourire toujours nécessaire) les engins les plus formidables. C’est dans diverses positions obscènes que je facilite ces intromissions répétées jusqu’à ce que surgissent de façon merveilleuse trois forts gaillards (ou parfois quatre, ou parfois cinq) qui s’empressent de m’entourer pour me rendre un hommage appuyé. Il est vrai que c’est plutôt moi qui commence par m’agenouiller, suçant bientôt alternativement leurs membres fortement érigés (grâce à des injections péniennes de puissants alcaloïdes). La gorge profonde est une technique indispensable, mais qui s’acquiert aisément avec un peu de pratique. Les minutes passent et je suis bientôt renversée sur le blanc canapé du studio, dans une position favorable à une immédiate sodomie, avant qu’un nouveau bouleversement des positions permette une double pénétration alors que je prends en bouche la dernière bite présente (parfois mes mains sont également sollicitées pour branler quelques queues supplémentaires). Bien entendu, ces réalisations élaborées exigent de fréquentes variations, et vous imaginez facilement comment mes différents orifices sont occupés tour à tour et parfois simultanément par les membres de cette cohorte. Dans les intervalles, je continue à sourire à celles et ceux qui s’étonnent qu’un corps aussi menu que le mien puisse accueillir de tels Hercules tout nus et excessivement nerveux. Comme une tempête impétueuse, le final voit une vaste nappe d’écumes blanches se répandre en mouvements irréguliers sur mon visage et dans ma bouche, et je relèche avec un regard de connivence à la caméra les dernières gouttes de foutre qui coulent sur mes doigts ou bien d’une queue noire.

— N’y a-t-il cependant pas quelque chose d’immoral dans une telle entreprise qui, quoi que vous en disiez ma fille, s’appuie sur les instincts les plus bas de l’être humain ? ne put s’empêcher de remarquer madame Dufour.

— Immoral peut-être, mais parfaitement légal en tout cas, car ma tante attentionnée vérifie bien que tous nous soyons majeurs, multiplement vaccinés et porteurs de récents tests de séronégativité. Elle est également très attentive à ce qu’un climat de douce bienveillance, plus importante même que sur les campus universitaires américains, règne sur les tournages, ainsi qu’un consentement universel et constant.

— Éclairez-nous donc, ma tendre amie, sur ces fréquents voyages que vous avez effectués puisque vous dites toujours tourner dans le même studio ? s’enquit Virginien à son tour.

— Oui, mon doux ami, nous changeons fréquemment de place et passons d’une résidence à une autre, malgré les avantages qu’offre un studio bien équipé, parce que les décors qui semblent accessoires au regard de l’intérêt principal du public essentiellement attiré par le trou de mon cul, participent au renouvellement de l’ambiance générale. L’atmosphère de luxe et de loisir que l’on recherche en ces lieux peut paraître contraire à l’ordre naturel des choses aux yeux notamment des travailleurs en permaculture, mais elle participe grandement, bien que de façon indirecte, à la satisfaction des spectateurs, comme d’ailleurs les perruques ou les accessoires vestimentaires aussi vite soient-ils enlevés ou déchirés. Des accords sont également pris par ma chère tante avec d’autres studios pour des prestations particulières…

— Qu’entendez-vous par là ? s’enquit à nouveau Virginien.

— C’est une question délicate qui pourrait effaroucher votre pudeur naturelle. Pour vous éclairer, j’évoquerai seulement un studio ici en Allemagne qui requiert des prestations très ordinaires comme d’intenses fellations, des sodomies multiples ou des doubles pénétrations, mais qui sont régulièrement accompagnées au cours de la séquence filmée d’actions visant à satisfaire un besoin qui serait naturel s’il n’était provoqué par l’ingestion préalable d’innombrables pintes d’eau ou plus vraisemblablement de bière vu les mœurs germaniques des participants. Leur nombre pourrait bien être suffisant pour former une phalange grecque ou une cohorte romaine. Il convient alors d’ouvrir la bouche et d’offrir son corps à ces flots qui ne tombent pas du ciel.

— Oh, mon Dieu, se récria madame Dufour. J’espère qu’une telle abnégation de votre part — car je comprends que vous avez participé à ce genre de représentation — est justement rémunérée. Et qu’en est-il de votre séjour aux Amériques ?

— Comment aborder ce sujet sensible ? Vous trouverez dans un célèbre roman français du XVIIIe siècle l’évocation de l’achat et de la possession d’esclaves par les deux pauvres héroïnes comme s’il s’agissait là d’un fait d’évidence sur lequel il ne convient même pas de s’interroger[1]. Et ces esclaves sont réputés aussi zélés que laborieux, car très attachés à leurs maîtresses ! Quelle atteinte, n’est-ce pas, aux droits naturels des créatures humaines, quelle effroyable injustice qui révulse notre sensibilité alors qu’aujourd’hui nous nous offusquons même du triste sort des animaux asservis à nos besoins domestiques ! N’est-il pas juste que nous payons pour les crimes affreux de nos blancs ancêtres et que nous soyons soumises à notre tour, ma chère maman, à quelque maître à la peau sombre et au pénis arrogant ? Ce studio américain permet à des personnes sensibles comme moi d’expérimenter pendant un intense moment la condition d’esclave. Loin d’être monotone, cette condition servile m’a d’ailleurs obligé à endurer mille infamies différentes au gré de l’imagination de maîtres intensément pervers. J’ai été ligotée bien sûr, dans une position de grand écartement, suspendue au plafond, bâillonnée pour m’interdire toute récrimination, enfermée dans une cage, enchaînée à un lourd carcan, le sexe toujours offert, le cul toujours disponible, tous deux ouverts aux pénétrations obscènes de godes souples et démesurés comme des pines de cheval. On m’a contrainte à toutes les humiliations, à tous les abaissements, à toutes les soumissions, m’obligeant à lécher les pieds et les orteils d’un roi africain, à embrasser successivement trois, quatre ou cinq anus alignés devant moi, à effectuer de violentes fellations sans pouvoir reprendre mon souffle, à subir des flagellations répétées sur les fesses, mais également sur les parties les plus sensibles de mon sexe. Chacun et chacune venait à sa guise me pénétrer la bouche, le con ou le cul, avec la bite, les doigts ou tout instrument susceptible de m’offenser et d’ouvrir encore un peu plus largement mes orifices. D’aucuns s’amusaient à en faire un spectacle, m’exhibant complètement nue devant le public d’un bar populaire et grossier, qui jouissait en riant de mon abaissement, rajoutant crachats, moqueries, fessées, gifles ou même bières renversées à ma disgrâce totale. Mais l’instant le plus troublant est sans doute celui de l’attente avec les yeux bandés où mes bras et jambes sont fermement attachés, relevés au-dessus de mes épaules de telle façon tout mon ventre est exposé à la concupiscence d’un maître dont je devine la présence sans connaître ses intentions : va-t-il me pénétrer, me punir de façon cruelle, me pincer les tétons, me caresser ou me lécher le clito pour me faire jouir d’indécente façon, me donner comme jouet à deux ou trois de ses amis, ou me livrer à des amies effrontées connaissant mieux que moi les limites de mon propre corps et capables d’en abuser avec une arrogante ironie… Je pense que toi aussi, mon cher Virginien, tu devrais te soumettre à de telles épreuves qui fortifient l’âme en nous faisant prendre conscience de l’injuste privilège que nous procure notre pâle couleur de peau !

— Ah, non ! s’exclama Rachida, qui s’était tue jusque-là. Ma pauvre Pauline, tu te trompes complètement de triangle intersectionnel. Tu oublies en effet la domination coloniale et post-coloniale (même si je ne suis pas sûre que le père de Virginien n’était pas ce petit blanc imbécile qui travaillait avec moi dans l’équipe d’entretien de l’hôtel où j’étais occupée il y a bientôt vingt ans). Car, de mon côté, je suis fille de harki, grande victime du colonialisme français même si je ne suis pas certaine que cette qualification puisse passer de génération en génération sous la forme d’un stress post-traumatique. Même s’il est cisgenre, Eadhra (c’est la première fois qu’elle utilisait le prénom véritable de Virginien) se trouve dans un triangle où s’exercent les dominations blanche, coloniale et… je ne sais plus ! Si, patriarcale ! puisque son père a manqué à tous ses devoirs en le laissant dans le dénuement le plus complet… Il serait juste qu’à présent, Eadhra puisse œuvrer pour une société plus juste, plus inclusive où il puisse à son tour exercer ses droits légitimes sur des femmes blanches comme toi !

— Tu as sans doute raison, ma chère maman, intervint Virginien, mais évitons de longues querelles philosophiques sur la déconstruction du phallocentrisme et le nécessaire renversement de l’onto-théologie. Et dis-moi, ma tendre amie Pauline, l’idée d’un retour prochain ne vous séduirait-elle pas ? Votre douce patrie ne vous manque-t-elle pas ? Vos activités favorites ne trouveraient-elles pas à se réaliser dans un studio local et favoriser ainsi l’économie nationale ?

— Je vis ici au milieu de la fortune et l’on m’a enseigné de grands talents qui sont mal connus en France. Ceux qu’on nomme chez vous des professionnels sont bien souvent des amateurs d’une affreuse saleté et fort malodorants. Leur réputation outre-mer et outre-Rhin est détestable, car les grandes vertus et même la simple délicatesse leur sont inconnues, et ils traitent avec bien de rudesse des personnes de qualité comme moi. Mais je ne manquerai pas de vous rendre visite, mes chers amis, à l’occasion d’un séjour sur les bords de la mer ensoleillée, là où l’on peut jouir d’une vue immense et d’une solitude profonde dans des villas protégées des regards indiscrets. »

Cet échange franc et honnête, où s’était exprimée la nature simple et aimable de cette fille sans afféteries, rassura tout le monde. Virginien en particulier se réjouissait de découvrir ces vidéos où se révélaient tous les heureux talents de Pauline.

Plusieurs mois passèrent cependant. Un soir, Virginien reçut un message énigmatique de Pauline : « On doit évacuer le navire. On se dirige vers les canots. » Il lui demanda des éclaircissements, mais ne reçut point de réponse. C’est par la télévision qu’il apprit un peu plus tard le naufrage d’un énorme navire de croisière dont l’imprudent capitaine avait voulu frôler de trop près les côtes d’une île italienne pour en saluer les habitants sur le port. Un piton rocheux avait déchiré la coque sur une longueur de plus de cinquante mètres (cet énorme bateau en faisait plus de trois cents), entraînant l’inondation des salles de machines ainsi que celles des batteries électriques. Privé de propulsion et plongé dans le noir, le navire avait commencé à dériver avant de s’incliner fortement et de s’échouer à moitié immergé au bord de l’île. On parlait de morts et de disparus, mais sans précisions. Pauline était-elle sur ce bateau ? Une longue attente commença. Virginien terriblement inquiet se demandait s’il fallait prévenir la mère de Pauline. Sans réponse à ses multiples messages, il se résolut finalement à lui faire part de ses inquiétudes. Peut-être était-elle sur ce navire ? Peut-être son téléphone était-il hors d’usage à cause de l’eau ? Peut-être était-elle sur l’île voisine avec les rescapés sans moyen de communication ?

Les nouvelles s’accumulaient au fil des heures. Plus de quatre mille personnes avaient réussi à sortir du bateau malgré la panique générale, mais il y avait une centaine de blessés provoqués par les bousculades et surtout une trentaine de morts pris au piège. C’est la mère de Pauline qui reçut l’appel téléphonique lui annonçant que sa fille était parmi les victimes sans beaucoup d’autres précisions. Elle dut se rendre en Italie pour l’identification du corps et l’organisation de son rapatriement. Puis les funérailles.

Virginien après quelques jours d’hébétude ne put s’empêcher de regarder les innombrables vidéos pornos de Pauline qu’il avait téléchargées les derniers mois. Mais en proie à une sorte d’égarement, il passait fébrilement d’une vidéo à l’autre, non pas pour ressentir une quelconque excitation comme ça avait été le cas précédemment, mais seulement pour retrouver l’image de l’être aimé. Il saisissait la souris de ses faibles mains pour découvrir à chaque minuscule mouvement de l’index une autre image, mais sa poitrine s’oppressait encore plus, et de ses yeux à demi sanglants les larmes ne s’arrêtaient de couler. Il voulut se branler pour lui rendre un dernier hommage, mais la bandaison lui fit défaut.

Pensa-t-il à mourir ? Pas vraiment, car la période romantique ou plus précisément préromantique était depuis longtemps terminée. Mais quelques années plus tard, il entreprit une transition féminine. Cela lui permit de devenir ensuite, à l’instar de celle qu’il avait tant aimée et admirée, une des actrices pornographiques (transgenres) les plus renommées sous le nom de Virginie.


1. La brave Pauline est ici injuste avec Bernardin de Saint-Pierre dont elle ne connaît pas le Voyage à l’Isle de France, à l'Isle de bourbon, au cap de Bonne-Espérance, etc dont la lettre XII et son « Post-scriptum » dénoncent de façon véhémente l’esclavage des Noirs dans les colonies françaises et ailleurs.

Tout est dit…


Note de l’éditeur : ce court roman, l’un des plus médiocres de son temps, a connu un immense succès et a fait l’objet de nombreuses rééditions tout au long du XXIe (21e) siècle. La bibliographie est immense à son sujet et nous renvoyons à celle établie par P. Branlet, Pauline et Virginien, Répertoire bibliographique et iconographique. Paris, Maisonvieille et Lafeuillederose, 2063.