dimanche 12 avril 2026

Accuser le barbare

Une haine très répandue
« Ils croient à ce mythe, et ne cherchent pas à savoir. C’est la signification même de l’intégrisme, comme je te le disais. L’argument de l’absence historique d’homosexualité en Afrique a été depuis longtemps démonté par la recherche. Le problème, c’est que ces faits ne sont connus que d’une minorité de chercheurs, qui en parlent dans des revues d’audience restreinte, parce qu’ils n’osent pas en parler dans les tribunes destinées au grand public. Ils ont peur. Mais les preuves sont là…
— Un instant, interrompis-je. Est-ce que…
À ce moment-là, une clameur immense s’éleva, noyant ma voix dans sa vague. C’étaient les premières notes du morceau à la mode qui résonnaient. Sur la piste de danse, Rama attisait toutes les convoitises. Elle dansait avec liberté, les yeux clos, sans retenue, mêlant la force à la grâce, et ses cheveux s’éparpillaient, retombaient sur ses épaules, lui couvraient le visage, fouettaient des danseurs voisins, lesquels, loin de lui en vouloir, ne la voulaient que davantage…
What ? me dit Angela lorsque nous pûmes de nouveau nous entendre parler.
— Je te disais : est-ce que tu peux me donner des exemples précis, des détails ? Des exemples d’homosexualité au Sénégal ou en Afrique plus généralement, avant la période coloniale ?
L’architecte du rock’n roll
Taille originale : 32 x 24 cm
Incredible, ce raisonnement. Comme si l’Afrique n’appartenait pas à l’humanité. Il n’y a aucune raison pour qu’il y ait un régime d’exception ici en ce qui concerne les pratiques et mœurs humaines, quelles qu’elles soient. Sur l’homosexualité… Il existe beaucoup d’écrits et de travaux, you know… Renseigne-toi. Ça t’édifiera. Cependant, even if it’s sometimes necessary, je trouve de plus en plus absurde de devoir recourir à l’histoire de l’homosexualité en Afrique pour combattre l’homophobie. C’est un faux combat, parce que quelqu’un qui hait les homosexuels se fiche de savoir que l’homosexualité est là depuis mille ans. He doesn’t give a single fuck ! Ceux qui haïssent les homosexuels dans ce pays parlent de pureté historique parce que c’est commode ; il leur permet d’accuser une fois de plus le Blanc de la responsabilité de ce qu’ils considèrent comme un Mal importé. Le système ne concerne pas que le Sénégal : chaque peuple de chaque pays du monde accuse l’étranger, le barbare, d’être la cause de sa décadence. De ce qu’il croit être la décadence. Démontre patiemment, avec la rigueur scientifique la plus irréfutable, à un homophobe sénégalais que les pratiques homosexuelles sont présentes ici depuis toujours, et alors ? And so what ? Tu crois qu’il va cesser d’être homophobe pour autant? Nope Sir. Il y a des chances qu’il le soit même plus qu’avant, qu’il se referme davantage. L’homophobie n’a pas besoin de prétexte historique. Je ne sais même pas si elle a besoin d’un prétexte : elle hait tout court. L’homophobe finit par oublier les raisons qui lui commandaient de haïr. Fais une petite expérience, marche dans la rue et demande aux gens pourquoi ils haïssent précisément les homosexuels : ils te répondent “religion !” sans pouvoir en dire plus. Ils te répondent “on ne connaît pas ça” sans pouvoir te donner d’exemples précis. Aujourd’hui, au Sénégal, c’est le principe profond, psychologique, de l’homophobie qu’il faut déconstruire. Ce n’est pas qu’une question de présence historique. C’est plus profond que ça.
— Tout le monde n’est pas aveuglément homophobe, quand même. Je pense que certains seraient prêts à faire évoluer leur jugement s’ils étaient mieux informés sur l’histoire de l’homosexualité ici.
Oh no, Jésus, please, wake up, guy !
« célébrer les corps noirs »
Taille originale : 21 x 29,7 cm
— En plus, continuai-je malgré ses mimiques d’Américaine libre et outrée, je ne suis pas certain que les gens, comme tu sembles le croire, aient perdu de vue la raison pour laquelle ils rejettent l’homosexualité. Ils savent que c’est une question de religion, et même s’ils ne sont pas capables de citer les versets coraniques exacts ou des passages de la Bible relatifs à une condamnation morale de l’homosexualité, ils savent que Dieu la proscrit. Ça leur suffit. Leur rejet relève de la foi. Et la foi, je ne suis pas certain que tu puisses la “déconstruire”, comme tu dis… Cette manie occidentale de vouloir tout déconstruire… Bref. Retiens : on refusera toujours que l’homosexualité s’affirme ici.
— Mais l’homosexualité est déjà ici !
— On refusera dans ce cas qu’elle y prolifère. Qu’elle aille s’étendre ailleurs, pourvu qu’elle ne s’incruste pas ici, voici ce que beaucoup de mes compatriotes disent et veulent. Et ça, je peux le comprendre.
— Moi non. I can't understand qu’un homme meure, soit battu ou envoyé en prison parce qu’il vit, dans le privé, sans l’imposer, une sexualité qu’il n’a pas choisie.
— Qu’il n’a pas choisie… Il faut le prouver à pas mal de monde, ça. Et ce serait peine perdue, d’ailleurs. Tu as raison : il n’est pas question de logique ici, mais d’irrationnel. On ne veut pas des homosexuels, c’est tout. On n’a pas forcément besoin de savoir pourquoi. L’humanisme ne sert à rien ici. On lui préfère, je le répète, une conviction plus forte encore : la foi. Ne sous-estime pas sa puissance.
— La sous-estimer ? It’s a joke, right ? Comment puis-je la sous-estimer alors que je vois ce qu’elle est capable de faire à des garçons qui s’étaient enfermés chez eux ? C’est cette même foi qui justifie l’inquisition, l’intrusion dans la vie privée. Bientôt, on viendra vérifier dans les maisons qui est croyant et qui ne l’est pas, qui prie et qui ne prie pas, who is fucking who, in which hole, in which position and for how fucking long… Une foi qui déborde l’intimité pour… How can I say it ? Prétend to rule l’espace public, cette foi-là devient totalitaire. Tout l’inverse de la foi…
— En matière d’homosexualité, la perception sociale est toujours relative aux espaces, aux cultures, aux traditions. Ce relativisme est inévitable.
— Il est aussi dangereux. Tout le monde semble dire, dans un unanimisme stupide, que chaque pays a ses réalités, and all that shitty true stuff. Mais ce n’est pas une justification pour arrêter de sauver la vie des gays. Il faut se battre pour qu’ils puissent vivre, et vivre comme les autres dans la société. »
« Les stéréotypes racistes sur la taille du pénis »

samedi 4 avril 2026

Empêcher les femmes

« Incarner les péchés »
« Mon ex ne m’a bien sûr pas raccompagnée. À la place, j’ai erré, complètement ivre, de la rue principale à la voie ferrée, où je me suis allongée pour écouter le silence du monde. Puis, couchée sur le dos, j’ai fumé une cigarette en ayant l’impression de faire partie du sol, d’être devenue l’une des sombres créatures égarées de la nuit.
D’aussi loin que je me souvienne, c’est l’une de mes sensations préférées. Être seule dans un lieu public, errant dans la nuit ou étendue par terre, anonyme, invisible, flottant sur le sol. Être “un homme de la foule” ou au contraire seule avec la Nature, voire Dieu. Réclamer sa part d’espace public alors qu’on a l’impression de disparaître dans son immensité, sa sublimité. S’entraîner à la mort, se sentir complètement vide, mais en tenant d’un fil à la vie. On a souvent voulu empêcher les femmes d’éprouver cette sensation, à des époques et dans des lieux très divers. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. Ne vous a-t-on pas répété des millions de fois qu’une femme se promenant seule la nuit court à la catastrophe ? Dans ces conditions, impossible de décider si vous êtes courageuse et libre ou idiote et portée à l’autodestruction. Car parfois, s’entraîner à la mort se résume bien à cela. Adolescente, j’aimais prendre des bains dans le noir avec des pièces de monnaie sur les yeux.
Intensité baroque
Taille originale : 28,2 x 21 cm
Adolescente, j’aimais aussi boire. Je me saoulai pour la première fois à l’âge de neuf ans, au [re]mariage de ma mère. Des photos me montrent dans une robe mauve à fleurs, effondrée sous une table basse en verre, serrant contre moi un ours en peluche. J’avais alors le pied cassé, fracture que je m’étais infligée en dansant pour mon père. Mais comme tout le monde pensait qu’il s’agissait d’une réaction psychosomatique au mariage de ma mère, je n’étais pas encore allée voir le médecin. Sur toutes les photos de la cérémonie, je me tiens en équilibre sur un pied. Je boitai jusqu’à l’autel.
Je n’ai jamais dit à personne que, quelques jours avant le mariage, seule dans ma chambre arc-en-ciel chez mon père, je me donnai des coups de poing dans le pied pour essayer de rendre ma blessure plus visible. D’une certaine manière, cela fonctionna - ma plante de pied enfla terriblement, et la douleur devint beaucoup plus vive. Quelques semaines plus tard, une radio révéla des fractures de fatigue dans une constellation d’os baptisés “sésamoïdes”, et je rentrai une fois de plus à la maison avec un plâtre. Je n’ai jamais su si j’avais causé ces fractures moi-même, dans ma chambre, ou si elles résultaient de la blessure initiale.
Un peu de méditation
Mais j’appris vraiment à boire - ou à ne pas le faire - en Espagne, à quinze ans, lors d’un échange scolaire. Mon séjour là-bas s’est dissous dans une succession embrumée d’un gin tonic, por favor ; de schnaps à la pêche bus à la bouteille dans des chambres d’hôtel ; de cena tardifs vomis juste après m’avoir été servis par ma famille d’accueil pour me nourrir avant la discoteca – je me souviens vaguement des tortilla atún servis en grandes quantités - ; de bouches rincées après avoir dégueulé pour retourner aussitôt dans le bar ; de virées dans la campagne à bord de voitures conduites par des inconnus ivres ; d’errances nocturnes dans ma petite ville industrielle, émerveillée par le phénomène alors nouveau de vision double, et par la façon dont mon espagnol s’améliorait considérablement quand j’étais bourrée ; de baisers échangés avec des garçons sans visages à la cuadra, le quartier des bars de la ville, dans une confusion de lèvres humides et de bites en érection. C’est à cette époque que j’ai découvert combien le fait d’être saoule ou défoncée fait barrage à la peur, combien il favorise le sentiment périlleux mais profondément reposant d’avoir renoncé une fois pour toutes au souci permanent de sa sécurité. Plus tard, je passerais environ une décennie à New York à travailler dans des bars puis à rentrer chez moi en déambulant, fidèle à ce principe. »
Auto-présentation
Taille originale : 29,7 x 21 cm

lundi 30 mars 2026

Capitulation générale

Mansplaining ?
Taille originale : 24 x 37,8 cm
« Ça m’a quand même pris trois ans, mais j’étais assez intelligent pour savoir qu’il fallait absolument qu’elle devienne ma femme. Et on s’en sortait bien, tous les deux, essentiellement parce que j’avais très vite compris le secret des mariages qui marchent : la capitulation générale. J’avais découvert qu’essayer de débattre avec Lita était une très mauvaise stratégie. Lui donner des ordres était une très, très mauvaise stratégie. La seule chose qui marchait, c’était la reddition : ce que Lita veut, Lita l’obtient. Ça marchait d’autant mieux que quand je me rendais sans condition et que j’implorais sa clémence, Lita avait l’habitude d’accorder une amnistie et de revenir d’elle-même à une position de compromis. Évidemment, elle était maline ; quand je commençais à dire que j’étais d’accord avec elle et à abandonner toute résistance, elle me traitait de petite lavette, mais avec ce seul résultat qu’on se mettait à rigoler tous les deux.
Avec les années, je me suis rendu compte que pour tous les êtres humains, avoir raison, c’est une mauvaise stratégie. Plus je suis convaincu d’avoir raison, plus je rends les autres autour de moi malheureux, plus je me rends moi-même malheureux. Si j’aime bien débiter des conneries, c’est que, justement, pendant que je les radote, il n’y a aucune chance que je m’imagine avoir raison.
Donc, après notre mariage, j’ai été raisonnable, je me suis calmé, j’ai économisé mon fric et je me suis acheté un bateau au lieu de continuer à trimer sur celui d’un autre. Après, on a eu deux mômes, et je suis devenu l’adorable ours mal léché que je suis aujourd’hui, et nous avons vécu heureux.
Ouais, ouais, c’est ça… »
« Il est temps de reconnaître la pornographie comme une forme d'art à part entière. […] Les femmes doivent être respectées, protégées et se sentir en sécurité. Nous pouvons admirer les femmes tout en garantissant toujours leur sécurité. » (traduction)

 

« Rubrique des faits divers
Le principal candidat du Parti républicain
Se déclare en faveur de l’argent
(Riyad, Arabie Saoudite, 28 juillet)
Le principal candidat aux primaires du Parti républicain, qui se trouve actuellement en Arabie Saoudite, a déclaré aujourd’hui qu’il était en faveur de l’argent.
“Notre grande nation ne se porte pas bien”, a-t-il dit lors d’un discours prononcé devant les membres de l’Association saoudienne pour le pétrole et les profits. “Il y a une raison à cela : notre président ne comprend pas, refuse d’accepter que ce qui a fait la grandeur des États-Unis, c’est l’argent.”
Le charismatique candidat a ensuite expliqué que l’argent devait absolument être la seule et unique source de motivation du peuple, à moins de voir le capitalisme américain moderne tomber en désuétude.
“Tous les plus grands penseurs, d’Adam Smith à Ronald Reagan et à Rush Limbaugh, savent que le plus pur égoïsme économique - c’est-à-dire la recherche d’argent - permet le bon fonctionnement du capitalisme. S’il fallait que nos citoyens et nos entreprises, au lieu de chercher à satisfaire leur propre égoïsme économique, se contentent de faire ce que recommandent les Démocrates les plus radicaux, par exemple s’inquiéter de la santé des travailleurs, de l’intérêt général, de la qualité de l’environnement, des inégalités sociales, le système s’enrayerait et notre pays perdrait de son autorité morale.”
Pendant la séance de questions, on lui a demandé s’il envisageait juste de réduire les impôts des riches tout en sabrant dans les programmes destinés à soulager les maux des pauvres ; le richissime candidat a donné une réponse éloquente et a indiqué que la prospérité de ceux qui ont du succès permet seule de soulager, éventuellement, les souffrances des autres.
“Si la pauvreté sévit en notre belle nation, a-t-il dit, c’est seulement parce que les impôts trop élevés restreignent la liberté de tous ces millionnaires qui triment avec tant d’acharnement. Je compatis sincèrement avec les souffrances des pauvres, c’est d’ailleurs précisément pour cette raison que j’ai consacré ma vie à accumuler le plus d’argent possible. Je me permets d’ailleurs de vous rappeler qu’il s’agit du devoir de tout bon citoyen américain. Je voulais que les autres puissent à terme, et indirectement, bénéficier de mes efforts pour m’enrichir.”
“Il n’y a rien de mal, a-t-il ajouté, à ce que des œuvres de bienfaisance ou des travailleurs sociaux ou tout autre organisme bien intentionné fassent des choses pour aider les pauvres, mais à la seule condition qu’ils soient payés pour le faire. Aider un autre être humain, aider votre prochain sans recevoir de compensation économique détruit les fondements de la libre entreprise et donc de toute notre existence. Ces gens-là veulent semer la ruine dans notre grand pays.” »

samedi 21 mars 2026

Stop tassa etica

éthique hypocrite, moralisme discriminatoire

Soutenez l'action de Valentina Nappi (et de bien d'autres) :

« La présente proposition de loi [italienne] vise à supprimer la “taxe éthique”, une surtaxe de 25 % sur l’IRPEF [Impôt sur les revenus des personnes physiques] et l’IRES [Impôt sur les sociétés] qui est appliquée aux revenus provenant d’activités tout à fait licites dans le secteur pornographique. Introduite en 2006, il s’agit d’une taxe supplémentaire qui, pour les personnes travaillant dans ce domaine, s’ajoute aux autres impôts ordinaires déjà dus. Elle entraîne un traitement fiscal discriminatoire fondé non pas sur la capacité contributive, mais sur une évaluation morale du contenu de l’activité professionnelle exercée. Cette approche est contraire aux principes fondamentaux de l’ordre constitutionnel : la laïcité de l’État, qui impose la neutralité vis-à-vis des choix moraux individuels; l’égalité fiscale, qui interdit toute discrimination arbitraire entre les contribuables; la liberté d’expression et le principe de la capacité contributive, selon lequel chacun doit contribuer aux dépenses publiques proportionnellement à son revenu. La taxe éthique frappe en effet les travailleuses et les travailleurs qui exercent une activité légale non pas en fonction de ce qu’ils gagnent, mais de ce qu’ils produisent, transformant le fisc en un instrument de jugement éthique et de stigmatisation sociale. La proposition vise donc à rétablir un système fiscal équitable, neutre et conforme aux principes constitutionnels, en supprimant une mesure punitive qui ne protège aucun intérêt public et qui constitue un dangereux précédent dans l’utilisation du levier fiscal comme instrument de contrôle moral. »
stoptassaetica.it

jeudi 19 mars 2026

Comme une voyeuse

Drôle de pub
« — Nene, laisse-la partir, dis-je, comprenant qu’Ira ne plaisantait pas.
— Non, non, notre Irine veut aussi un baiser, hein, hein, c’est pas vrai ? insista Nene. Tu veux que je te montre comment on fait ? Je peux t’apprendre, il paraît que j’embrasse très bien !
Et, sans attendre de réponse, elle s’approcha d’Ira, se hissa sur la pointe des pieds comme elle l’avait décrit quelques minutes plus tôt et embrassa sa meilleure amie. Elle l’embrassa avec une ferveur, une passion qui n’était pas de son âge. Je les fixais comme une voyeuse, sans savoir ce qui me fascinait le plus — le talent de Nene ou le fait qu’elle donna la preuve de son talent avec notre amie. Je restais là, figée, les yeux écarquillés, ne pouvant me détacher de ce spectacle : deux personnes radicalement différentes se donnaient quelque chose et se le retiraient en même temps, l’une procurant à l’autre une joie fugace tout en la contaminant d’un mal fatal qui s’enracina instantanément. »

mercredi 18 mars 2026

Le désir et la panique

Taille originale : 24 x 32 cm
« J’entends les serments d’amour qu’il me chuchote à l’oreille, pendant une fraction de seconde je crois le sentir à côté de moi, je l’entends me dire à quel point je suis aimable, je baigne dans ce sentiment, je me sens rentrer le ventre, me faire toute petite, m’adapter à lui, je sens tout mon corps se contracter, et je regarde autour de moi, avec la sensation que les gens qui sont là m’ont surprise dans un jeu érotique.
Il s’allongea sur moi et notre poids nous enfonça profondément dans le lit. Je l’aimais, je le compris à ce moment-là, je l’aimais horriblement, d’un amour déchirant, comme on ne peut aimer que la première fois. Je voulais le retenir, le garder avec moi, tout le reste était absurde et contraire à toute loi. Mes pensées partaient au galop tandis que mon corps luttait encore avec le désir et la panique. Moi aussi, j’étais prête à entrer dans ce réduit sans lumière pour être avec lui. C’était absurde de se refuser à cette intimité. Il proférait des espèces de grognements, et je regardais vers la porte de peur que l’une des baboudas [grands-mères] ne débarque sans prévenir. Je sentis sa main glisser dans mon collant, écarter mes cuisses, j’enfouis mon visage dans son cou et je m’agrippai à lui.
— Je t’aime, Keto ! dit-il tout à coup, ce qui me fit pleurer.
Je pleurais sans bruit, il ne voyait pas mes larmes, ne les entendait pas, je pleurais de soulagement. Ma main glissa vers son pantalon, j’ouvris la fermeture Éclair, excitée par l'étrangeté de son corps ; ma curiosité était infinie. Je me dégageai, le laissai se tourner sur le dos et m’assis sur lui. Il me regarda avec confusion, les yeux embués, sidéré par mon énergie. Je ne voulais plus attendre, espérer, trembler, je ne voulais pas dépendre de sa bonne grâce, je voulais décider les choses moi-même et disposer de lui, exactement comme lui disposait de moi. Lorsque je lui retirai son pantalon, il me repoussa et me regarda d’un air ahuri.
— Qu’est-ce que tu fais, là ?
Je ne comprenais pas sa question.
— Je te touche, dis-je en regrettant aussitôt mon impatience.
Taille originale : 32 x 24 cm
J’essayais de suivre l’enchaînement de ses pensées. Il n’arrivait pas à cerner mon attitude, mon désir ; on lui avait inculqué que les femmes devaient être patientes, dévouées, ne devaient rien prendre mais toujours donner. Je sentis la consternation m’envahir de nouveau, une colère noire s’emparer de moi, suivie d’une amertume haineuse.
— Tu ne dois pas faire ça..., dit-il d’une voix hésitante, maladroit et désemparé.
Même sans beaucoup d'expérience, je sentais bien que la passion meurt dès qu’elle est domestiquée. Pourquoi ne comprenait-il pas cela ? 11 restait coincé dans cette impasse de suppositions idiotes et de conclusions dangereuses. — Mais moi j’en ai envie, répliquai-je avec l’assurance que me donnait ma colère.
Puis je l’embrassai avec fougue et exigence. Il était tellement pris au dépourvu qu’il capitula. Je me rassis sur lui, mais je n’eus pas le temps de me déshabiller complètement qu’il émit un son animal, comme une sorte de révolte, une protestation venue des tréfonds. Il tressaillit et s’enfonça dans le creux du lit.
Nous ne dîmes rien pendant un moment. Nous ne bougions pas. Notre respiration se calmait peu à peu. Je n’osais pas le regarder. Je n’osais pas le toucher. Dans la cuisine, quelqu’un ouvrit le robinet. — Toutes les femmes ne sont pas comme tu les imagines peut-être.
C’était une timide tentative d’engager une conversation sur ce qui s’était passé, mais il ferma aussitôt le verrou.
— Il faut que j’y aille, dit-il.
— Je sais.
— On se voit demain.
— Oui. »
Pornification de l’espace public ?

samedi 14 février 2026

Un désir trop sauvage, trop incivilisé

Grand angle grand écart
Taille originale : 24 x 32 cm
« J’avais envie de poser contre elle toute la longueur de ma langue, de me baver sur le menton, d’aplatir mes joues contre le tissu et d’agiter ma tête sur les coutures de son jean comme un chien sur un bel os blanc. Mais ça aurait été trop vrai, trop cru. Bobby ne serait jamais restée tranquillement assise pour ça. Je la retenais par l’irréalité de ma soif, par ma lente langue civilisée qui la grignotait à petites bouchées.
Oh, Bobby adorait cette partie-là, tout comme elle adorait son canapé en chintz, l’armoire ancienne avec l’étagère pliante qui lui servait de bureau, l’étalage soigneusement équilibré d’alcools convenables quelle ne touchait jamais - contrairement aux bouteilles sur les étagères de la cuisine quelle vidait et remplaçait chaque semaine. Bobby adorait l’aura d’acceptabilité, la possibilité d’être enfin bourgeoise, civilisée et respectable.
J’étais l’élément incivilisé de la vie de Bobby, celui qui lui rappelait le goût de la faim, le souvenir de la sueur puante de sa mère, son propre désir. Je suis devenue du sexe pour elle. Je l’ai gardée en moi, dans la pression de mes cuisses contre les siennes, jusqu’à ce qu’elle m’attrape enfin et me traîne dans la citadelle de sa chambre à coucher. Je me suis retenue, contenue, abstenue. J’ai fait ce que j’avais à faire pour l’atteindre, pour me procurer ce dont on avait toutes les deux envie. Mais on a payé un tel prix pour ce que j’ai fait.
Ce que j’ai fait.
Ce que j’étais.
Ce que je fais.
Ce que je suis.
Un dangereux désir
Taille originale : 29,7 x 21 cm
J’ai payé le prix fort pour devenir qui je suis. Son mépris, sa terreur n’en étaient qu’une infime partie. Mon mépris, ma terreur ont pris le contrôle de ma vie, parce que c’étaient les premières choses que je ressentais quand je me regardais, jusqu’à devenir totalement incapable de me voir vraiment. “T’es un animal”, elle me disait souvent dans l’obscurité, ses dents contre ma cuisse, et je la croyais, lui répondais en grognant et avalais tout le poison qu’elle pouvait déverser dans mon âme.
Aujourd’hui, je m’assois et je pense aux cuisses de Bobby, à ses jambes qui s’ouvrent dans le noir, là où personne ne peut les voir et certainement pas elle-même. À mes propres jambes qui s’ouvrent. C’était il y a si longtemps et loin d’ici, mais pas si loin que ça, puisqu’elle a fini par s’enfuir quand elle n’a plus pu supporter, quand le désir que je lui faisais ressentir est devenu trop sauvage, trop incivilisé, trop dangereux. Aujourd’hui, je pense à ce que j’ai fait.
Ce que j’ai fait.
Ce que j’étais.
Ce que je fais.
Ce que je suis.
“Du sexe, je lui ai dit, je serai du sexe pour toi.”
J’ai jamais demandé : “Toi, tu seras quoi pour moi ?”
Maintenant, je m’assure de demander. Je garde Bobby en tête lorsque je fixe les cuisses des femmes. Je passe mes doigts sur les coutures de mon jean, je montre mes dents et je le dis franchement.
“Toi, tu t’autoriseras à être quoi pour moi ?” »
La direction décline toute responsabilité