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lundi 3 août 2026

L'endroit où la nature a placé ce qui est doux…

Suite de la démolition
« Les lois somptuaires reflètent elles aussi un souci permanent de rang social et d’identité sexuelle. Endosser l’habit de l’autre sexe est universellement condamné, ce qui n’empêche pas les femmes d’emprunter des accessoires au vestiaire masculin, à la grande horreur de leurs contemporains. La législation somptuaire insiste à maintes reprises sur les folles dépenses des femmes futiles, accusées d’être la cause d’une série de calamités, de la ruine de l’économie nationale et de la crise démographique jusqu’à l’homosexualité de leur mari. Si les distinctions de classe et de sexe apparaissent de plus en plus marquées, à la fois dans le vêtement et dans les attitudes au cours des XVIe et XVIIe siècles, le XVIIIe assiste à une “féminisation” du costume des gentilshommes. Leurs soies et leurs dentelles encourent la désapprobation d’une bourgeoisie “masculine” pour laquelle délicatesse et raffinements “efféminés” ne constituent pas des critères suffisants de supériorité sociale ou morale.
Alors que la culture des clercs au Moyen Âge tendait à inculquer la peur de la beauté féminine et redoutait le pouvoir qu’elle donne à la femme sur l’homme, la Renaissance néoplatonicienne attribue une valeur nouvelle à la beauté en déclarant qu’elle est le signe visible et extérieur d’une “bonté” intérieure invisible. La beauté ne représente plus un danger, c’est un attribut nécessaire de la personnalité morale et de la position sociale. Être beau devient une obligation, car la laideur est associée à l’infériorité sociale et même au vice. La syphilis ne rend-elle pas les prostituées horribles à regarder et les pauvres atteints de maladies de la peau ou de la gale ne sont-ils pas monstrueux ? L’enveloppe extérieure du corps humain est désormais considérée comme un miroir dans lequel l’être intime est livré aux regards.
« Ainsi, tirer la langue en signe de provocation a un double sens : exprimer le mépris, l'effroi, l’agressivité ; et en même temps séduire l’adversaire, en lui montrant justement sa fragilité et la disposition dans laquelle on est de jouer avec lui, pour mieux le provoquer en retour. »
Exaltée comme garantie de probité morale et source d’inspiration pour ceux qui ont le privilège de contempler un joli visage, la beauté n’en est pas moins codifiée par une production massive de poèmes d’amour, de traités de civilité et de recettes de fards. Elle s’inscrit dans une définition précise, et les femmes se donnent beaucoup de mal et dépensent des sommes folles pour rendre leur apparence conforme à des critères qui resteront presque immuables pendant toute l’époque moderne. En Italie, en France, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre, les règles de l’esthétique sont les mêmes : peau blanche, cheveux blonds, lèvres et joues rouges, sourcils noirs. Le cou et les mains doivent être longs et minces, le pied petit, la taille souple. Les seins sont fermes, ronds et blancs, avec des aréoles roses. La couleur des yeux peut varier (de préférence verte en France, brune ou noire en Italie) et on fait parfois des concessions aux cheveux bruns, mais les canons de l’apparence féminine restent pratiquement identiques pendant quelque trois cents ans.
Une tradition orale et littéraire attribue à la femme une liste de “beautés” dont le nombre varie de 3 à 30 au cours du XVIe siècle. Morpugo en donne même une liste encore plus longue dans son Costume de la donne (1536). Sa femme idéale ne possède pas moins de 33 perfections :
Trois longues : les cheveux, les mains et les jambes
Trois menues : les dents, les oreilles et les seins
Trois larges : le front, le torse et les hanches
Trois étroites : la taille, les genoux, et “l’endroit où la nature a placé tout ce qui est doux”
Trois grandes (“mais bien proportionnées”) : la taille, les bras et les cuisses
Trois fines : les sourcils, les doigts, les lèvres
Trois rondes : le cou, les bras et le...
Trois petites : la bouche, le menton et les pieds
Trois blanches : les dents, la gorge et les mains
Trois rouges : les joues, les lèvres et les tétons
Trois noires : les sourcils, les yeux et “ce que vous savez”.
Vice versa
Taille originale : 2 fois 24 x 31,5 cm
Au cours du XVIe siècle, se répand un genre littéraire nouveau, les poèmes (ou blasons) en l’honneur d’une dame, qui détaillent un ou plusieurs de ses charmes. Clément Marot publie en 1543 un recueil de blasons parmi lesquels son célèbre Blason du tétin, suivi de poèmes sur le front, le sourcil, la gorge, la joue, la langue, le nez, les dents, la fesse, la voix, le pied, les cheveux, la main, la vulve, la bouche, la cuisse, le bras, le cœur, l’oreille, etc. Inutile de préciser que certains sont assez crus et licencieux, et de nombreuses éditions de ces blasons anatomiques sont illustrées d’estampes grossières représentant les différentes parties du corps louées. Mais on imagine mal que ces images, souvent d’un réalisme très cru, aient pu stimuler l’imagination érotique de qui que ce fût.
Vers 1550, la vogue des descriptions de la beauté féminine s’est ancrée dans les mœurs. Les poèmes en l’honneur d’une dame tendent à la décrire suivant des normes esthétiques et les femmes elles-mêmes adoptent fards, corsets, et talons hauts pour se conformer aux canons en vigueur. Les défauts sont corrigés ou cachés autant que possible et, comme le fait remarquer “Vrai-Savoir” dans l’Epicoene de Johnson (1609) :
“Une femme intelligente qui se connaît le moindre défaut sera très désireuse de le cacher : et il lui sied. Si elle est petite, qu’elle s’assoit souvent, de sorte que, debout, on la croit assise. Si elle a le pied mal fait, qu’elle porte une robe plus longue et des chaussures plus étroites. A-t-elle la main grasse et les ongles décolorés, qu’elle ne découpe rien à table et qu’elle mette des gants. En cas de mauvaise haleine, qu’elle ne cause jamais à estomac vide et qu’elle parle toujours à distance. Si elle a les dents noires et gâtées, qu’elle ne se laisse pas aller à rire, surtout si elle rit la bouche grande ouverte.” »
Odalisque d’un genre nouveau

jeudi 26 juin 2025

Cette obsession de tous les instants

« Je sais que les hommes sont lâches. Aussi lâches que les femmes sont compliquées. »
« Et je me promène maintenant dans ma robe sac, le ventre bombé, ma ceinture ajustée sous les seins pour que nul n'ignore mes cinq mois de grossesse, un Romain Gary à la main ; mes meilleurs amis, les hommes de ma vie à l’exception de Jules, sont entièrement dans les livres et je goûte leur compagnie comme jamais auparavant, squattant les terrasses ensoleillées dans une félicité intérieure où ma perception de mon corps se noie entièrement. J’ai fait un deuil paisible de mon moi sexuel, il ne me semble plus vivre qu’a travers ce ventre où je sens parfois se déplacer quelque chose.
« Finalement, même s’ils ont les cheveux poivre et sel aujourd’hui, les hommes qu’on fréquente sont toujours aussi bébés. Toi et moi, et toutes les filles qu’on connaît, nous n’avons fait que suivre un processus logique de maturation. La seule chose qui ait vraiment changé depuis la seconde, c’est la taille de notre trou du cul.
— Élégant !
 »
J’imagine une époque où je serai à nouveau aussi mince que toutes ces filles autour de moi. La sensualité, cette obsession de tous les instants, m’apparaît comme un passé lointain ou un futur étrange, presque imaginaire. Sans doute est-ce dû à l’âge que je prends plus qu’à la grossesse - j’ai une nostalgie poignante de ces courses folles dans Paris où chaque regard d'homme m'était une bouffée d'air. Leur façon de tourner la tête ; comme je tournais la mienne alors. Étourdie par la possibilité de. Affolée par ce que je les imaginais imaginer. Cette conscience de ma chair, ce confort infini d’être et de bouger, cet amour de moi. Ces regards que j’emportais jusque dans les confins de ma banlieue, toute brûlante d’être passée sous leur nez comme une odeur exquise. Ces manigances intérieures à propos du premier venu que je ne reverrais jamais, et à propos de ceux que je côtoyais quotidiennement ; ce travail de sape acharné pour un sourire que je trouvais plus franc que d'habitude. Ces couilles énormes que je me sentais pousser. Ce besoin pathologique de les savoir mordus - le pire et le plus délicieux de tous mes esclavages.
C’est étonnant que je puisse aujourd’hui m’en foutre à ce point. Disons plutôt que j’ai renoncé à cette distraction pendant que je suis enceinte.
jin, jîyan, azadî
Enfermée en moi-même, Romain Gary à mes côtés, bras dessus bras dessous. Je ris aux éclats. Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable ; quelle misère que ces contingences humaines, n’est-ce pas ? Cette manie de la queue dure, quand l’amour nom de Dieu se suffit pleinement d’une communion des âmes. Jouir - oui, bon. C’est si limité, si restreint. Des heures de contorsions et d’ahanements pour le simple plaisir de jouir à deux, par la main d’un autre - quand on torcherait ça soi-même avec un tel brio. Tout ce raffut pour un spasme ; n’importe quel homme sensé y renoncerait.
Maintenant que le sexe me semble vain, c’est dire si je suis dans les conditions parfaites pour me faire surprendre par une liaison d’une envergure sans précédent. »
Ne pas toucher, ne pas s’asseoir
Taille originale : deux fois 29,7 x 21 cm

jeudi 10 octobre 2024

Tu aimes peut-être les ennuis ?

Exhibition ?
Version ancienne

 

« Le docteur Evans et Joseph étaient assis sous la véranda lorsque Catherine démarra. Elle klaxonna et les salua de la main.
“Tu ne crois pas que tu devrais t’en tenir aux adultes pour ce qui est de la bagatelle, gros malin ?”
“Oui.” Joseph savait qu’il fallait s’attendre à une réflexion de ce genre.
“Quand elles sont aussi jeunes que ça, et aussi détraquées que ça, on risque des ennuis. Je soigne sa mère.”
Le docteur sirota son verre. “Bien sûr, tu aimes peut-être les ennuis. Alors tu peux être sûr que tu vas en avoir. Ça fait combien de temps que ça dure cette histoire ?”
“Depuis octobre. C’était son idée à elle.”
Un nouveau cadre
Le docteur siffla et persifla. “Tu as quarante-trois ans et elle en a dix-sept, et tu voudrais me faire croire que c’était son idée. Tu dérailles, mon garçon.”
“Comment va ma mère ?” Il vida son verre et se leva pour s’en servir un autre.
“Elle ne passera pas le mois. Et toi non plus si le major découvre le pot-aux-roses.”
En perspective
Autre mise en scène
Le docteur riait à cette idée. “Bien sûr, il a probablement des doutes sur la nature profonde de sa fille. Peut-être se contentera-t-il de tirer dans ta jambe valide.” Il se remit à rire. “Elle n’a pas l’air mal du tout, surtout pour la région. Elles ont tendance à engraisser assez jeunes par ici. Tu prends des vitamines ? […] Bien sûr, tu sais que ça ne peut pas durer et qu’il faudra en finir d’une manière ou d’une autre.”
Effet de miroir
Joseph, d’abord troublé, se rebella. “Si ça doit finir un jour, autant que ça dure le plus longtemps possible, parce que c’est bon et parce que j’ai déjà perdu trop de temps dans ma vie, à attendre comme un con.”
“Ne monte pas sur tes grands chevaux. J’ai presque soixante-dix ans et je me débrouille encore pas trop mal quand l’occasion se présente et elle se présente plus souvent qu’on ne pourrait le croire. Mon père me disait qu’on ne regrette pas les coups qu’on tire quand on est vieux, on regrette seulement ceux qu’on n’a pas tirés.”
Le docteur lui donna une tape sur la jambe et lança :
“Et si on s’en prenait un autre ?”
Regarder, photographier
Joseph emporta son verre. “Tu veux toujours aller au Canada en juin ?”
“Si tu ne te fais pas descendre.” Le docteur le suivit à l’intérieur de la maison et désignant les côtelettes de daim que Joseph avait fait dégeler sur le comptoir de la cuisine : “Est-ce que je peux rester pour le dîner ?”
“Bien sûr. À condition que je ne t’entende plus dire que je vais me faire descendre.” »
Vice et versa

mardi 9 juillet 2024

Profiter de la vue

Frotti-frotta
Taille originale : deux fois 29,7 x 21 cm
« J’avais à peine refermé la porte de l’appartement que Grace me clouait contre le mur et m’embrassait à pleine bouche. De sa main gauche, elle m’agrippa la nuque ; la droite explorait déjà mon corps comme un petit animal affamé. Je suis plutôt du genre porté sur la chose, mais si je n’avais pas arrêté de fumer depuis des années, Grace m’aurait envoyé directement en soins intensifs.
- Apparemment, la dame a décidé de diriger les opérations, ce soir.
- La dame, chuchota-t-elle en me mordillant l’épaule sans retenue excessive, a tellement le feu au cul qu’il va falloir sortir la lance d’incendie.
- Je le répète, le gentleman que je suis ne demande qu’à rendre service.
Grace recula, et sans me quitter des yeux, ôta sa veste qu’elle envoya balader dans le salon. Elle n’était pas trop maniaque de l’ordre. Puis, sur un baiser presque brutal, elle pivota et s’engagea dans le couloir.
- Où tu vas ?
Ma voix me parut un rien enrouée.
- Sous la douche.
Elle se débarrassa de son T-shirt à la porte de la salle de bains. Une petite flèche de lumière extérieure traversait la chambre et pénétrait dans le corridor, où elle joua sur les muscles de son dos. Après avoir suspendu le vêtement à la poignée, Grace se retourna pour me regarder, les bras croisés sur ses seins nus.
- Tu prends racine ? me lança-t-elle.
- Non, je profite de la vue.
Aussitôt, elle décroisa les bras, se passa les deux mains dans les cheveux, le dos cambré, la poitrine arrogante. Rencontrant de nouveau mon regard, elle se débarrassa de ses tennis, puis de ses chaussettes.
Ses doigts s’attardèrent sur son ventre avant de dénouer le cordon de son pantalon. Celui-ci tomba sur ses chevilles, et Grace s’en dégagea.
- Tu commences à émerger de ton hébétude ? me demanda-t-elle.
- Que oui.
Appuyée contre le chambranle, elle coinça les pouces dans l’élastique de son slip noir, arqua un sourcil en me voyant approcher. Ses lèvres dessinaient un sourire diabolique.
- Dites, vous voulez bien m’aider à enlever ce truc, monsieur le détective ?
Je l’aidai. Sans ménager ma peine. Je trouve ça épatant d’aider les autres. »
Prise en main

mardi 7 mai 2024

Une bacchanale foutraque

Une pornographie carnavalesque ?
Taille originale : 21 x 29,7 cm
« En un mot, il n’existe pas un schéma unique [dans les organisations saisonnières des sociétés anciennes, notamment chez les peuples de chasseurs-cueilleurs]. Le seul phénomène commun à toutes ces configurations, c’est la transformation même et la conscience qu’elle fait naître des diverses sociétés possibles. Voilà qui nous confirme que cherches les “origines de l’inégalité” est une fausse piste. Comment après tant d’allées et venues entre des organisations sociales aussi variées, avons-nous pu nous retrouver coincés dans un modèle unique ? Comment avons-nous perdu la conscience politique qui faisait autrefois la spécificité de notre espèce ? Comment la domination et l’asservissement en sont-ils venus à représenter à nos yeux des éléments incontournables de notre condition humaine plutôt que de simples expédients temporaires ou même les fastes de quelque grandiose comédie saisonnière ?
Dans l’immédiat, nous voulons souligner un point fondamental : cette souplesse et le potentiel de conscience politique qu’elle contient n’ont jamais vraiment disparu. La saisonnalité fait encore partie de nos existences, bien qu’elle ne soit plus que l’ombre d’elle-même. Ainsi, le monde chrétien a toujours la période hivernale des “fêtes”, au cours de laquelle on observe une forme d’inversion des valeurs et des modes d’organisation — par exemple, les médias et annonceurs qui colportent leur individualisme consumériste enragé tout le reste de l’année se mettent soudain à clamer que l’important, c’est la relation aux autres et que donner vaut mieux que recevoir. (Et puis, dans les pays “éclairés” comme la France de Marcel Mauss, il y a aussi les grandes vacances estivales, quand tout le monde pose ses outils et fuit les villes pour un bon mois.)
Vue d’automne
Taille originale : deux fois 21 x 29,7 cm
Ici, la corrélation historique est évidente. Nous avons vu que, dans de nombreuses sociétés, comme les Inuits ou les Kwakiutls, les temps de rassemblement saisonniers étaient également des saisons rituelles presque entièrement dédiées à la danse, aux cérémonies et aux représentations théâtrales. Dans certains cas, cela incluait la création d’un roi éphémère, voire d’une police rituelle dotée d’un véritable pouvoir coercitif (même si, bizarrement, ses membres faisaient souvent aussi office de clowns). Dans d’autres, par exemple lors des “orgies” d’hiver inuites, toutes les normes de rang et de propriété se voyaient dissoutes.
Tout est possible…
Une autre mise en scène…
C’est une dichotomie qui s’observe presque partout lors d’occasions festives. Pour prendre un exemple connu, les fêtes des saints dans l’Europe du Moyen Âge faisaient alterner, d’une part, de grands spectacles solennels où s’étalaient les hiérarchies ultra-complexes de la société féodale (elles apparaissent encore lors des cérémonies de remise des diplômes dans les universités américaines, pour lesquelles on revêt d’ailleurs temporairement un costume médiéval), et, d’autre part, des carnavals déjantés où l’on jouait à “mettre le monde sens dessus dessous”. Durant le carnaval, tout était possible: les femmes pouvaient commander les hommes, les enfants pouvaient diriger le gouvernement, les domestiques pouvaient faire trimer leurs maîtres, les ancêtres pouvaient revenir d’entre les morts, des “rois” pouvaient être couronnés, puis détrônés, des dragons géants en osier pouvaient être fabriqués puis brûlés, ou bien tous les rangs officiels pouvaient être pulvérisés pour laisser place à une bacchanale foutraque d’un genre ou d’un autre*.
De même que pour la saisonnalité, il n’y a pas de modèle unique. »
* Sur le “carnavalesque”, le grand classique est de Mikhaïl Bakhtine, L’Œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance (1982).
Sens dessus-dessous…

vendredi 5 avril 2024

Les bonnes mœurs

« Montrer ses seins ou son sexe, ses fesses à un public qui ne l’a pas choisi, c’est une forme d’agression… »
Emprisonnement d’un mois à deux ans et une amende de 50.000 à 500.000 francs
La peine ci-dessus pour quiconque :
1. fabrique, détient, importe, exporte, transporte en vue d’en faire commerce, distribution, location, affichage ou exposition, tous imprimés, tous écrits, dessins, affiches, gravures, peintures, photographies, films ou clichés, matières ou reproductions phonographiques, emblèmes et d’une manière générale, tous objets ou images contraires aux bonnes mœurs ;
2. vend, loue, même à titre gratuit et même non publiquement, sous quelque forme que ce soit, affiche, expose ou projette les documents imprimés ou objets énumérés ci-dessus ;
3. fait entendre par geste, propos, cri ou menace, par écrit, image, dessin, imprimé, document, placard ou affiche ou tout autre moyen sonore ou visuel soit dans un lieu public ou ouvert au public, soit par un moyen permettant le contact visuel ou auditif du public, des chants, cris et discours contraires aux bonnes mœurs ;
4. attire publiquement l’attention sur une occasion de débauche ou publie une annonce ou une correspondance de ce genre quels qu’en soient les termes.

« Eh ! vous ne savez rien ?
Apprenez donc que vingt femmes de bien
Sont dans Marseille étroitement unies
Pour corriger nos jeunes étourdies,
Pour réformer tout le train d’aujourd’hui,
Mettre à sa place un noble et digne ennui,
Et hautement, par de sages cabales,
De leur prochain réprimer les scandales. »

Taille originale : 21 x 29,7 cm


jeudi 22 février 2024

Le désir éperdu de voir briller le soleil

Contre-plongée
« Il nous révèle quelque chose d’essentiel sur le soldat, non pas seulement celui de cette guerre mais celui de toujours, quelque chose que personne n’a jamais exprimé plus complètement, plus éloquemment que lui. L’appréhension du lendemain, la hantise de la mort, le désir éperdu de voir briller le soleil du jour suivant, du mois suivant, de l’année suivante, de l’époque glorieuse du retour. Cette aspiration à la vie fut vraiment le plus profond et le plus constant de nos sentiments, celui qui vraisemblablement nous assimilait le mieux aux soldats de toutes les guerres et celui qui était le moins concevable aux civils et aux soldats abrités. La raison en est que la vie est un privilège dont nous jouissons sans nous en rendre compte jusqu’au jour où, à la guerre, nous tombons sous la menace de la mort, menace répétée, de plus en plus redoutable à mesure que nos chances semblent s’user et se réduire. La vie se révèle alors au soldat comme le don suprême, celui sans lequel plus rien ne compte ; elle se parait à nos yeux de beautés inconnues, elle était infiniment désirable et nous en venions à concevoir le bonheur absolu dans la condition de l’homme tout simplement vivant et assuré de rester en vie par la même assurance que nous avions en temps de paix. Tous les poilus écrivains ont plus ou moins bien exprimé ce sentiment du soldat mais [Paul] Lintier l’a interprété de la façon la plus suggestive, il en a donné la sensation la plus rapprochée de la réalité, il l’a répété d’un bout à l’autre de chacun de ses livres comme ces aspirations se répétaient sans cesse dans le fond de nos cœurs. Et quand on sait que l’échéance qu’il redoutait a enfin surpris Lintier le 15 mars 1916, dans le secteur le plus paisible, on trouve un accent encore plus poignant à ses tragiques appréhensions. »
Lever les yeux au ciel
Taille originale : 2 fois 21 x 29,7 cm
« L’amour peut transformer les objets les plus vils, le néant même, et leur donner de la grâce et du prix. L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’âme ; et voilà pourquoi l’ailé Cupidon est peint aveugle ; l’âme de l’amour n’a aucune idée de jugement : des ailes, et point d’yeux, voilà l’emblème d’une précipitation inconsidérée ; et c’est parce qu’il est si souvent trompé dans son choix, qu’on dit que l’Amour est un enfant. Comme les folâtres enfants se parjurent dans leurs jeux, l’enfant amour se parjure en tous lieux. »

dimanche 24 septembre 2023

Marcher main dans la main

« Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ?
L’esprit est ardent, mais la chair est faible.
 »
« — Sans toi, je suis rejetée, amputée. Je suis une proscrite, une ombre de moi-même — »
Trop loin…
« — Et si tu ne m’aimes plus et ne souhaites pas que je te revienne, voudras-tu m’écrire pour me le dire ? C’est le silence qui me tue, le suspens qui, hors de ce silence, s’étire pour s’emparer de ma force et de mon esprit. Écris-moi pour me dire que ta vie est celle que tu veux, que tu es gai, ou malheureux, ou content ou inquiet. — Où es-tu, Geoffrey ? Je ne sais même pas où tu es. Oh, tout cela est trop cruel. Où sommes-nous partis, je me le demande ? Dans quel pays lointain marchons-nous toujours la main dans la main ? — »
Taille originale : deux fois 21 x 29,7 cm
« — Où es-tu, Geoffrey ? Si je savais seulement où tu es, si je savais seulement que tu me voulais, tu sais que j’aurais depuis longtemps été avec toi. Car ma vie est irrévocablement et à jamais liée à la tienne. Ne va jamais penser qu’en me relâchant tu seras libre. Tu ne ferais que nous condamner à un suprême enfer sur la terre. Tu ne ferais que libérer quelque chose d’autre pour nous détruire tous deux. J’ai peur, Geoffrey. Pourquoi ne me dis-tu pas ce qui est arrivé ? De quoi manques-tu ? Et qu’attends-tu, mon Dieu ? Quelle libération peut se comparer à celle de l’amour ? Mes cuisses brûlent du désir de t’étreindre. Le vide de mon corps n’est que famine de toi. Dans ma bouche ma langue se dessèche de soif de notre langage. Si tu laisses quoi que ce soit t’arriver tu me feras mal dans mon esprit, dans ma chair. Maintenant je suis dans tes mains. Sauve  — »

samedi 27 mai 2023

Enquête sur un tournage chaotique…

Male gaze ?
Taille originale : 21 x 29,7 cm et 29,7 x 42 cm
« Par ailleurs, la réduction de la viande est le geste écologique individuel le plus efficace, de très loin »

selon nos informations…

« On n’est plus à une époque où le geste artistique justifie tous les dérèglements »

est également questionnable…

 

selon nos informations…

désespérément attachée à une vision romantique de l’artiste qui se consume et brûle au passage celles et ceux qui se dévouent à ces côtés

est également questionnable…

 

selon nos informations…

en espérant saisir l’inattendu, la vie même, à l’heure où des intercesseurs d’intimité se chargent de contenir les zones floues, propices aux transgressions

est également questionnable…

 

selon nos informations…

l’indulgence des proches à l’égard des débordements

est également questionnable…

 

selon nos informations…

dans un contexte où les excès en tout genre sont valorisés

est également questionnable…

…sauf erreur de notre part

Révélation
Slogan renouvelé
Mise à jour

samedi 5 mars 2022

400 messages ou 40 000 ans

Vue générale du tunnel Matuvu
Période mésoapocalyptique (40 000 ans avant l’ère de la Sagesse)

 

Vue gauche du tunnel :
deux phallus archaïques

 

Vue centrale du tunnel :
phallus et vulve primitifs

 

Vue droite du tunnel :
vulves et coït (exceptionnellement représenté)

 

Il ne faut pas confondre dans les réalisations du paléolithique l’art pariétal qui s’exerce dans les cavernes — des lieux reculés, obscurs, difficiles d’accès, sans doute secrets — et l’art rupestre que l’on trouve sur des parois extérieures (éventuellement protégées par un surplomb rocheux) visibles par toutes et tous, intégrés au paysage environnant et que l’on parcourt de façon libre (alors que la grotte impose un cheminement plus ou moins contraint). L’art pariétal s’est épanoui (si l’on tient compte des cavernes aujourd’hui découvertes) il y a environ 40 000 ans et est fortement localisé essentiellement en Europe, notamment dans la région franco-cantabrique L’art rupestre se retrouve quant à lui sur tous les continents.

Par ailleurs, il ne faut pas négliger l’art mobilier de l’époque préhistorique qui regroupe des dizaines de milliers d’objets (actuellement retrouvés) facilement transportables, objets utilitaires plus ou moins décorés ou objets sans fonction pratique apparente comme les célèbres Vénus paléolithiques.

« Si l’art pariétal est strictement localisé dans l'espace, il est inégalement réparti dans le temps. Les grottes ornées attribuées aux périodes antémagdaléniennes (de l'Aurignacien au Solutréen) sont beaucoup plus rares que les grottes magdaléniennes. Quelles que soient les raisons qui ont motivé l'appropriation des milieux souterrains, il est évident que porter un geste artistique dans des grottes profondes constitue un acte original, presque anormal ou contre-nature, dont la résonance symbolique a pu être puissante. À l'opposé des objets, qui sont ancrés dans un quotidien prosaïque où les activités techniques semblent dominantes, l'univers des grottes constitue le terrain de l’ailleurs et de toutes les expériences sensibles. Dans les méandres de la vie nocturne souterraine, secrète et mystérieuse, agissent des forces qui transcendent les individus. Les grottes sont des univers clos aux dimensions multiples, naturellement architecturés, parfois inhospitaliers, souvent d'accès malaisé, toujours éloignés du temps des hommes et la plupart du temps plongés dans une obscurité totale. Ces milieux extrêmes ont vraisemblablement exercé sur ceux qui s'y sont aventurés une grande fascination et ont nourri leur imaginaire.
On peut supposer que les grottes revêtaient des qualités et des propriétés spécifiques dans lesquelles des histoires ou des messages pouvaient prendre corps et se transmettre durablement. Mais il n'est pas naturel de vivre sous terre, sauf à penser que l'expérience souterraine était vécue comme une nécessité fondamentale, la condition par laquelle était confiée à l'éternité, au silence et à l'intimité de la pierre la mémoire des hommes. Si l'environnement de ces hommes a radicalement changé depuis la fin du Paléolithique et si les objets qu'ils ont fabriqués, dont les œuvres d'art, ne nous sont parvenus pour la plupart que sous forme de fragments peu loquaces, les grottes profondes ont conservé une excellente mémoire du passé. Les dessins, les peintures, les gravures et les modelages, qui traduisent les pensées et les croyances les plus profondes, les rêves et la vision du monde de leurs créateurs, ont défié le temps et ses conséquences destructrices. Comme l'écrit Denis Vialou, “les Paléolithiques ont donné à leurs œuvres la durée qui porte la création de génération en génération”. Mais en avaient-ils conscience ? »
Ci-dessous,
Phallus, vulves et coït
Relevés du tunnel de Matuvu
faits par l'auteur
La signification de ces peintures reste mystérieuse.
 
Phallus monté

Phallus courbe

Phallus ruisselant

Vulve ouverte

Vulve mouillée

Coït banal