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mercredi 13 mai 2026

Les rites de la séduction

Une question de tact
Taille originale : 19,7 x 42 cm & 29,7 x 21 cm
« — Non, jamais.
Elle mit la main devant sa bouche pour étouffer un éclat de rire. Il n’y avait rien d’extraordinaire, en 1955, à ce qu’un garçon du milieu et du caractère de Leonard n’ait encore eu aucune expérience sexuelle à la fin de sa vingt-cinquième année. Mais il était remarquable qu’il l’avouât. Il le regretta immédiatement. Elle avait réussi à maîtriser son rire, mais maintenant elle rougissait. Leurs doigts entrelacés lui avaient fait croire qu’il pouvait parler sans rien dissimuler. Dans cette petite pièce nue avec son tas de chaussures appartenant à une femme qui vivait seule et qui ne s’embarrassait pas de pots à lait ni de napperons sur des plateaux à thé, il aurait dû être possible de dire la vérité sans fard.
Et, en fait, cela était possible. Si Maria rougissait, c’est qu’elle avait honte de son rire sur lequel Leonard risquait de se méprendre. Car, pour elle, ce rire n’exprimait que le soulagement et la nervosité. Elle avait été brusquement libérée des pressions et des rites de la séduction. Elle n’aurait pas à jouer un rôle conventionnel sur lequel on la jugerait, et elle n’aurait pas à se mesurer à une autre femme. Sa peur d’être abusée physiquement avait disparu. Elle ne serait pas forcée de céder contre son gré. Elle était libre, tous deux étaient libres d’inventer leurs propres relations. D’être des partenaires dans l’invention. Et elle avait vraiment découvert toute seule cet Anglais timide au regard droit et aux longs cils, elle serait la première, elle l’aurait entièrement à elle. Ces pensées, elle les formula plus tard, dans sa solitude. Sur le moment, elles jaillirent sous la forme d’un rire de soulagement vite réprimé.
Leonard but une longue gorgée de thé, reposa sa tasse et émit un “Ah” cordial et peu convaincant. Il remit ses lunettes et se leva. Après la poignée de main, rien ne semblerait plus triste que de s’en aller, de quitter l’Adalbertstrasse, de prendre l’U-Bahn et d’arriver chez lui dans la grisaille du crépuscule pour retrouver sa tasse sale du petit déjeuner et les brouillons de sa lettre absurde éparpillés sur le plancher. Il vit tout cela tandis qu’il serrait la ceinture de sa gabardine, mais il savait que son aveu était une erreur tactique humiliante et qu’il devait s’en aller. Que Maria ait rougi pour lui ne la rendait que plus attendrissante et laissait deviner l’énormité de sa bévue.
Elle aussi s’était levée et bloquait le passage entre la porte et lui.
Une interprétation matérialiste, sinon marxiste…
— Il faut vraiment que je parte maintenant, expliqua Leonard, le travail et le reste. Plus il se sentait mal, plus il s’exprimait avec légèreté.
— Vous faites merveilleusement le thé, lança-t-il en la contournant.
— Je voudrais que vous restiez un peu plus longtemps, dit Maria.
C’était exactement ce qu’il souhaitait entendre, mais il était trop convaincu de son échec. Il se trouvait à mi-chemin de la porte.
— J’ai un rendez-vous à six heures.
Un mensonge, comme un gage désespéré donné à son angoisse. Il n’en revenait pas lui-même. Il voulut rester, elle voulait qu'il reste, et voilà qu'il insistait pour s'en aller. Il se comportait comme un autre, un étranger, et il n’y pouvait rien. Il se sentait incapable d’agir dans son intérêt. À force de s’apitoyer sur lui-même, il en perdait son bon sens méticuleux ; il se trouvait dans un tunnel dont la seule issue devenait sa propre et fascinante annihilation.
Il tripotait gauchement la serrure, et Maria se tenait juste derrière lui. La délicatesse de l’orgueil masculin qu’elle percevait assez bien la surprenait toujours. Malgré une assurance de façade, les hommes se vexaient facilement. Leur humeur pouvait changer du tout au tout. Pris dans le remous d’émotions impossibles à identifier, ils avaient tendance à dissimuler leur incertitude sous de l’agressivité. À trente ans, elle n’avait pas une grande expérience et elle songeait surtout à son mari et à un ou deux soldats violents qu’elle avait connus. Le garçon qui cherchait à fuir de chez elle ressemblait moins à ces hommes-là qu’à elle-même. Elle savait exactement ce qu’il ressentait. Quand on est fâché contre soi, on a envie que les choses aillent encore plus mal. Elle lui toucha légèrement le dos, mais il ne sentit rien à travers sa gabardine. Il pensait avoir présenté des excuses acceptables et pouvoir s’enfuir avec son désespoir. Pour Maria, qui avait derrière elle la libération de Berlin et son mariage avec Otto […], toute manifestation de faiblesse chez un homme trahissait un être accessible. »
La double pénétration peut-elle être qualifiée d’intersectionnelle ?

dimanche 3 mai 2026

Une béatitude brûlante

Un espace ingrat…
Taille originale : 21 x 29,7 cm
« Tyler regarde Liz d’un air implorant. Ses yeux sont humides, sa respiration encore incertaine.
Il s’approche d’elle. Tout arrive plus vite que d’habitude ; aucun geste de séduction, même bref. Il reste un instant à la dévisager, impuissant et implorant, et l’instant d’après il presse ses lèvres sur les siennes, comme si sa bouche était un masque à oxygène. Elle accepte le baiser, le lui rend, sans avidité ni retenue. Ses lèvres sont souples mais vigoureuses, il y a une volonté derrière son baiser, elle n’est pas avide mais pas soumise non plus. Sa bouche est fraîche avec un goût d’herbe, pas d’une herbe en particulier, mais qui donne une impression de nature exubérante. Tyler se presse contre elle, la renverse sur le dos. Il peut respirer à présent, on dirait. Il peut respirer à nouveau. Il prend un de ses seins dans sa main, d’abord par-dessus son chemisier, puis en dessous. Il déboutonne le chemisier, enveloppe un sein dans sa paume. 11 la remplit entièrement. Les seins de Liz sont si petits qu’ils ne se sont pas affaissés, il n’y a rien chez elle qui puisse s’affaisser. Quand Tyler le caresse, le mamelon (plutôt grand pour de si petits seins, couleur framboise) se raidit. Elle laisse échapper un son qui est davantage un soupir qu'un gémissement. Elle enfonce ses doigts dans les cheveux de Tyler.
Il se redresse sur les genoux, ôte son jean et son caleçon. Il bande. Liz envoie valser ses bottines, tire sur son jean et son string, les fait glisser sur ses chevilles et les repousse du pied, écarte les jambes. Il jette un regard rapide à son sexe - les poils sombres épilés en une ligne verticale, le rose vif des lèvres - avant de se plaquer sur elle.
Ils savent tous deux qu’ils doivent faire vite. Il glisse sa bite en elle. Elle soupire plus fort, mais c’est encore un soupir, pas un gémissement de plaisir, bien qu’accompagné d’un léger halètement à la fin. Il la pénètre, sent la chaleur, l’étreinte humide, et, putain, il va jouir. Il se retient, reste immobile en elle, allongé sur elle, son visage pressé contre sa joue (il n’arrive pas à la regarder en face) jusqu’à ce qu’elle dise : “N’attends pas.
— Tu es sûre ?
— Je suis sûre.”
Il la pénètre une fois, prudemment. Il s’enfonce à nouveau et il part, il part dans un néant convulsif. Pendant quelques secondes, il éprouve cette déchirante perfection. Il n’y a que ça, seulement ça, il se perd, il n’est personne, il est annihilé, il n’y a plus de Tyler, il y a seulement… Il pousse un cri étouffé. Il s’enfonce dans une béatitude brûlante, extasiée, il est en train de se perdre, il est perdu, inexistant.
Et c’est fini.
Il niche sa tête dans le creux du cou de Liz. Elle l’embrasse, chastement, sur la tempe, puis lui fait comprendre qu’elle veut qu’il se retire. Il ne discute pas. Il se dégage d’elle en roulant sur le côté, se plaque contre le dossier du canapé.
Elle se lève, renfile rapidement son string et son jean, se penche pour remettre ses bottines. Ils ne parlent pas. Liz ramasse sa veste sur le plancher, l’enfile. Tyler reste étendu sur le canapé, la regarde avec une expression d’impuissance gênée et surprise. Quand elle a fini de s’habiller, elle se penche au-dessus de lui, tapote son visage du bout des doigts, et quitte l’appartement. Tyler l’entend à peine refermer la porte derrière elle, entend le bruit étouffé de ses bottines tandis qu’elle descend l’escalier. »

mardi 26 août 2025

Vanité de la beauté

Petite mise à jour d’un dessin ancien
Taille originale : 36 x 27 cm

« La beauté, quelle qu'elle soit, nous donne une jouissance et une satisfaction particulières ; de même la difformité produit-elle du déplaisir, en quelque sujet qu'elle se trouve, qu'il s'agisse d'un être animé ou d'un être inanimé. Si cette beauté ou cette difformité est celle de notre propre visage, de notre silhouette ou de notre personne, le plaisir ou le malaise se convertit en orgueil ou en humilité.
Mise en situation (avec extincteur)
Il semblerait bien que l'essence de la beauté réside entièrement dans son pouvoir de produire du plaisir. Tous ses effets doivent donc procéder de cette composante ; et si la beauté est aussi universellement sujet de vanité, elle le doit seulement au fait qu'elle est cause de plaisir. »
En profondeur

mercredi 13 août 2025

Un dernier remède à nos maux…

Pointer du doigt
Taille originale : 2 fois 29,7 x 21 cm
« Les dieux sont seuls à ne connaître ni la vieillesse ni la mort. Tout le reste subit les bouleversements qu’inflige le Temps souverain. Ne voit-on pas dépérir la force de la terre comme dépérit la force d’un corps ? La loyauté se meurt, la félonie grandit, et ce n’est pas le même esprit qui toujours règne entre amis, pas plus que de ville à ville. Aujourd’hui pour tels, et pour tels demain, la douceur se change en aigreur, et puis redevient amitié. De même pour Thèbes : aujourd’hui, à ton égard, règne la paix la plus sereine. Mais le Temps infini enfante à l’infini et des nuits et des jours, au cours desquels, sous un léger prétexte, on verra soudain la guerre disperser à tous les vents les assurances qui vous unissent aujourd’hui. »
La fin de l'apartheid ?
« Quiconque veut prolonger la courte durée de sa vie me paraît bien insensé, car souvent les jours, en se multipliant, ne font qu'approcher de nous les chagrins. Appelez de vos vœux une longue vie, à peine y trouverez-vous quelque charme; et quand paraît la parque, qui ne connaît ni l'hyménée, ni les chants, ni les danses, alors enfin la mort apporte un dernier remède à nos maux, en nous conduisant tous également aux enfers. Le mieux pour l'homme serait de ne pas naître; le second degré du bonheur de rentrer au plus tôt dans le néant d'où il serait sorti. En effet, sitôt qu'arrive la jeunesse apportant avec elle l'imprudence et la folie, que de travaux, que de peines viennent fondre sur elle ! Les meurtres, la discorde, les querelles, les combats et l'envie ; la vieillesse arrive enfin, la vieillesse odieuse, débile, inabordable, sans amis, et qui rassemble en elle tous les maux. »

mardi 29 juillet 2025

Une prolifération des genres

Lutter contre les contenus « préjudiciables » ?
« La bourgeoisie culturelle est, aujourd’hui, un environnement privilégié pour la formation de pratiques corporelles et de discours sur le changement d’identification genrée, soutenue par des collectifs militants structurés depuis quelques années autour de la critique queer (dont le refus de la binarité du genre au profit d’une prolifération des genres constitue un axe central), par des pratiques culturelles subversives et festives compatibles avec d’autres pratiques propres à ce milieu social. Leurs référents ne sont pas d’abord français mais tournés vers les États-Unis et sont relayés sur les réseaux sociaux et dans des lieux de sociabilité parisiens, comme il n’en existe (à ma connaissance) ni en milieu rural ni dans les cités d’habitat social périurbaines. Le répertoire de la fille non binaire procure une échappatoire à l’alternative étroite, asphyxiante, du genre, en raison de l’émergence d’une mobilisation collective internationalisée qui, de ce fait, a tous les atours d’une avant-garde et se trouve dès lors particulièrement appropriable par ce segment de la bourgeoisie, dont une part de la reproduction sociale s’appuie sur la légitimation culturelle de nouvelles avant-gardes1. Le fait que j’ai enquêté dans ce segment de l’espace social en dernier ne permet pas de mesurer la diffusion des formes de subversion ou de contestation queer au sein des populations vivant aujourd’hui sur les lieux de mes deux premiers terrains [rural et populaire] - dont il est difficile de penser qu’ils y soient totalement étanches (à cause notamment de la puissance de diffusion, en particulier sur ce type de sujet, des réseaux sociaux dont on sait qu’ils ne sont pas utilisés seulement dans les classes dominantes) sans que l’on en sache vraiment plus pour l’instant, faute d’enquête spécifique sur ce sujet.
La fille non binaire vient compléter la galerie des filles bonshommes et autres garçons manqués, comme une possibilité d’échapper au stigmate de la pute [particulièrement répandu à l'adolescence] par le refus du grime de la-féminité mais, contrairement au garçon manqué et à la fille bonhomme, la fille non binaire n’est pas prisonnière de l’enfance : en faisant de ses traits masculins une revendication, un acte volontariste, culturel et politique, elle permettait, sur mon troisième terrain [la bourgeoisie], de mettre à distance le stigmate sans interférer avec le passage à l’âge adulte. »
1. Pierre Bourdieu, La Distinction, 1979.
Un nouvel imprimatur
Reprise ancienne
Taille originale : 21 x 29,7 cm

samedi 3 mai 2025

Le sanglot du sexe

David et Goliath•e
« à quel instant comprenez-vous que vous aimez le sexe mais que vous êtes affligée par la mélancolie ? »
Taille originale = 29,7 x 21 cm

vendredi 2 mai 2025

L'a enflamé Ardent désir

Grand format
« Pour ce qu’en ce point estoye,
À mon pouoir je mettoye
Peine à me tenir jolie,
Une heure triste, autre lie,
Selon les divers assaulx
Qu’Amours livre à ses vassaulx
Or plouroie, ores chantoie.
Mes compaignes pou hantoye,
Fors Lorette qui savoit
Tout quanque mon cuer avoit.
Si n’est riens qui ne soit sceu
Au derrain et apperceu,
Et à peine, quoy que on die,
Muce amant sa maladie :
S’il est fort d’amer ataint.
Fort est qu’il ne pere au taint.
Si commença grant murmure
Du fait qui ancores dure,
Aussitost qu’à estranger
Je pris bergiere et berger
Et je me tins solitaire. »
À l’ombre
« Comme j’étais amoureuse,
Je mettais toute ma peine
À être la plus jolie.
Quoique je fusse tantôt
Triste, tantôt euphorique,
Selon les sautes d’humeur
Imposées par Amour :
Je pleurais, puis je chantais.
Je ne voyais que Lorette
Qui savait ce que j’avais
Au cœur. Mais quoi que l’on fasse,
Tout finit par se savoir,
Et un amant ne peut pas
Cacher le mal qui l’atteint :
S’il est malade d’amour,
C’est son teint qui le trahit,
On commença à parler,
Et on en parle toujours,
Dès que j’eus pris mes distances
Des bergers et des bergères

dimanche 26 janvier 2025

La dernière et plus violente secousse

Promesse d’ivresse
« Le smartphone ne se trompe pas. On remballe nos matelas et nos duvets, et on rejoint une faille abritée en contrebas du crêt de la Neige, une faille au fond de laquelle repose tout au long de l’année un névé qui prend la forme d’un cétacé échoué, un béluga, pourquoi pas. Au fond de ce trou, c’est un vrai frigo, on raconte d’ailleurs que les vieux bergers venaient y dissimuler des bouteilles d’alcool, des morceaux de viande, de la crème, du beurre, du lait. Quand l’orage éclate, du fait de l’inclinaison des parois, la pluie ne nous atteint pas, mais chaque coup de tonnerre nous défonce les tympans. Nadia évoque ces dessins animés où un chat se fait claquer la tête entre deux couvercles de poubelle en fer, c’est à peu près ce qu’on ressent. On ne grelotte plus seulement de froid, c’est la répercussion du son d’une paroi à l’autre qui nous ébranle entièrement.
Délicatesse
Taille originale : 29,7 x 42 cm
Après la dernière et plus violente secousse, Nadia me saute dessus - cette fois on a l’air de deux matelots qui s’agrippent l’un à l’autre tandis que leur rafiot coule à pic. Les nuages noirs se dispersent et le jour se lève enfin. En remontant à la surface on s’étale sous un petit résineux. Nadia se déshabille alors que ses habits sont secs, je fais de même. On s’enlace brutalement. On sait que personne ne risque de nous repérer. On peut crier autant qu’on veut, on peut rire aux éclats, on peut exagérer, on peut simuler l’orgasme du siècle. On doit avoir besoin de se décharger de toute l’électricité qu’on vient de se prendre dans la face, dans le ventre, jusqu’au bout des doigts de pied. On n’a jamais été aussi excités, mais ce n’est presque pas sexuel. Ça pourrait être un nouveau sport, une sorte de lutte à peine plus douce, ou bien du karaté allongé. Difficile de dire qui l’emporte à l’arrivée. Non, personne, il s’agissait d’un match coopératif - Nadia m’a présenté récemment ces jeux où il n’y a ni compétition ni vainqueur, mais ce ne sont pas ceux qu’Elliot préfère.
Du vent dans les voiles
Taille originale : 29,7 x 21 cm
On s’arrête aux chalets de Lâchât en redescendant à La Rivière, le premier chalet est ouvert et on refait l’amour dans un grand lit en bois massif, le genre de lit qu’on trouve dans les contes, dans Boucle d’or : ici, ce serait le lit du papa ours. On fait l’amour normalement, si ça peut vouloir dire quelque chose, on semble avoir besoin maintenant de se décharger de la tension physique engendrée pour notre performance artistique sans public, on baise et on prend notre pied, on jouit à trois secondes d’intervalle, et sans tambour ni trompette, comme on en avait pris l’habitude dans le sous-sol de chez Mireille. On rejoint de nouveau le chemin. Dans certains virages en surplomb, on aperçoit le fond de la vallée. On ne parle plus, on se contente du bruit de nos pas dans les cailloux et dans les feuilles mortes, et une question me tourmente et je suis obligé de me mordre les lèvres pour ne pas la laisser s’échapper. Une question qui me travaille depuis un moment déjà. »
  Caricature et clichés

[75 pages plus loin]

« Je la suis dans la cage d’escalier. Je la suis sur le parking de l’immeuble jusqu’à sa voiture. On s’enlace une dernière fois devant la Dacia dont la portière du conducteur est ouverte, et je lui répète encore que je ne l’oublierai pas et que je l’attendrai autant qu’il faudra. Elle s’installe au volant, elle claque la portière. J’avance à côté du véhicule qui sort du parking en marche arrière, j’accélère le pas quand elle s’élance sur la route, je m’interromps rapidement, le souffle court, je ne peux pas courir, je n’en ai pas la force. Je la laisse filer sur la départementale, je m’immobilise le long de la chaussée, je ne la vois plus. Elle est partie. Elle a disparu. Je suis décimé. »
Quand la porte s’ouvre… ou se referme

samedi 2 novembre 2024

La pénétration dialogique

Parole d’artiste
« Au lieu de la plénitude inépuisable de l’objet lui-même, le prosateur découvre une multitude de chemins, routes, sentiers, tracés en lui par sa conscience sociale. En même temps que les contradictions internes en l’objet même, le prosateur découvre autour de lui des langages sociaux divers, cette confusion de Babel qui se manifeste autour de chaque objet ; la dialectique de l’objet s’entrelace au dialogue social autour de lui. Pour le prosateur, l’objet est le point de convergence de voix diverses, au milieu desquelles sa voix aussi doit retentir : c’est pour elle que les autres voix créent un fond indispensable, hors duquel ne sont ni saisissables, ni “résonnantes” les nuances de sa prose littéraire.
L’artiste-prosateur érige ce plurilinguisme social à l’entour de l’objet jusqu’à l’image parachevée, imprégnée par la plénitude des résonances dialogiques, artistement calculées pour toutes les voix, tous les tons essentiels de ce plurilinguisme. Mais aucun discours de la prose littéraire, — qu’il soit quotidien, rhétorique, scientifique — ne peut manquer de s’orienter dans le “déjà dit”, le “connu”, l’“opinion publique”, etc. L’orientation dialogique du discours est, naturellement, un phénomène propre à tout discours. C’est la fixation naturelle de toute parole vivante. Sur toutes ses voies vers l’objet, dans toutes les directions, le discours en rencontre un autre, “étranger”, et ne peut éviter une action vive et intense avec lui. Seul l’Adam mythique abordant avec sa première parole un monde pas encore mis en question, vierge, seul Adam-le-solitaire pouvait éviter totalement cette orientation dialogique sur l’objet avec la parole d’autrui. Cela n’est pas donné au discours humain concret, historique, qui ne peut l’éviter que de façon conventionnelle et jusqu’à un certain point seulement. »
Actionnisme (pas très viennois ?)
« La parole peut être tout entière perçue objectivement (quasiment comme une chose). Telle est-elle dans la plupart des disciplines linguistiques. Dans cette parole objectivée, le sens aussi est réifié : il ne permet aucune approche dialogique, immanente à toute conception profonde et actuelle. C’est pourquoi la connaissance est ici abstraite : elle s’écarte totalement de la signification idéologique de la parole vivante, de sa vérité ou de son mensonge, de son importance ou de son insignifiance, de sa beauté ou de sa laideur. La connaissance de cette parole objectivée, réifiée, est privée de toute pénétration dialogique dans un sens connaissable, et l’on ne peut converser avec une telle parole.
Toutefois, la pénétration dialogique est obligatoire en philologie (car sans elle, aucune compréhension n’est possible : elle découvre dans la parole de nouveaux éléments (sémantiques, au sens large) qui, révélés d’abord par la voie du dialogue, se réifient par la suite. Tout progrès de la science de la parole est précédé de son “stade génial” : une relation dialogique aiguë à la parole, révélant en elle de nouveaux aspects.
« Mon corps est devenu un lieu de débat »
C’est cette approche qui s’impose, plus concrète, ne s’abstrayant pas de la signification idéologique actuelle de la parole, et alliant l’objectivité de la compréhension à sa vivacité et sa profondeur dialogiques. Dans les domaines de la poétique, de l’histoire littéraire (de l’histoire des idéologies en général), et aussi, dans une grande mesure, dans la philosophie de la parole, aucune autre approche n’est possible : dans ces domaines, le positivisme le plus aride, le plus plat, ne peut traiter la parole de façon neutre, comme une chose, et se trouve contraint ici de se référer à la parole, mais aussi de parler avec elle, afin de pénétrer dans son sens idéologique, accessible seulement à une cognition dialogique incluant tant sa valorisation que sa réponse. Les formes de transmission et d’interprétation qui réalisent cette cognition dialogique peuvent, pour peu que la cognition soit profonde et vive, se rapprocher considérablement d’une représentation littéraire bivocale de la parole d’autrui. Il faut absolument noter que le roman lui aussi inclut toujours un élément de cognition de la parole d’autrui représentée par lui. »
Peut-on y voir une mise en pratique ?
Taille originale : 21 x 29,7 cm
« Tel est le sens du thème de l’homme qui parle dans tous les domaines de l’existence courante et de la vie verbale et idéologique. D’après ce qui vient d’être dit, on peut affirmer que dans la composition de presque chaque énoncé de l’homme social, depuis la courte réplique du dialogue familier jusqu’aux grandes œuvres verbales idéologiques (littéraires, scientifiques et autres), il existe, sous une forme avouée ou cachée, une part notable de paroles notoirement “étrangères”, transmises par tel ou tel procédé. Dans le champ de quasiment chaque énoncé a lieu une interaction tendue, un conflit entre sa parole à soi et celle de “l’autre”, un processus de délimitation ou d’éclairage dialogique mutuel. Il apparaît donc que l’énoncé est un organisme beaucoup plus compliqué et dynamique qu’il n’y paraît, si l’on ne tient compte que de son orientation objectale, et de son expressivité univocale directe.
Le fait que la parole est l’un des principaux objets du discours humain, n’a pas encore été pris suffisamment en considération, ni apprécié dans sa signification radicale. La philosophie n’a pas su largement embrasser tous les phénomènes qui s’y rapportent. On n’a pas compris la spécificité de cet objet du discours, qui commande la transmission et la reproduction de l’énoncé “étranger” lui-même : on ne peut parler de celui-ci qu’avec son aide, en y intégrant, il est vrai, nos propres intentions, en l’éclairant à notre façon par le contexte. Parler de la parole comme de n’importe quel autre objet, c’est-à-dire de manière thématique, sans transmission dialogique, n’est possible que si cette parole est purement objectivée, réifiée ; on peut parler ainsi, par exemple, du mot dans la grammaire, où nous intéresse, précisément, son enveloppe réifiée, amorphe. »
Serait-ce donc un mythe ?
Taille originale : 21 x 29,7 cm

mercredi 31 juillet 2024

Elle veut du sexe

« Le visage me parle et par là m’invite à une relation sans commune mesure avec un pouvoir, fût-il jouissance ou connaissance. L’idée de l’infini se produit concrètement sous les espèces d'une relation avec le visage. »
« Ce sont des corps de femmes que l’on voit. Et souvent des corps de femmes sublimés. Quoi de plus troublant qu’une hardeuse ? On n’est plus ici dans le domaine de la “bunny girl”, la fille d’à côté, qui ne fait pas peur, qui est facile d’accès. La hardeuse, c’est l’affranchie, la femme fatale, celle qui attire tous les regards et provoque forcément un trouble, qu’il s’agisse de désir ou de rejet. Alors pourquoi plaint-on si volontiers ces femmes qui ont tous les attributs de la bombe sexuelle ?
Ce qui m’a frappée en compagnie de [hardeuses] n’est pas que les hommes les traitaient comme des moins-que-rien, ni qu’ils dominaient la situation. Au contraire, je n’ai jamais vu les hommes aussi impressionnés. Si, comme ils l’affirment si bruyamment, rien n’est plus beau pour une femme que de faire rêver les hommes, pourquoi s’obstiner à plaindre les hardeuses ? Pourquoi le corps social s’acharne-t-il à en faire des victimes, alors qu’elles ont tout pour être les femmes les plus accomplies en matière de séduction ? Quel tabou est ici transgressé qui vaille cette mobilisation fiévreuse ?
« La présentation du visage — l’expression — ne dévoile pas un monde intérieur, préalablement fermé, ajoutant ainsi une nouvelle région à comprendre ou à prendre. Elle m’appelle au contraire, au-dessus du donné que la parole met en commun entre nous. La présentation du visage me met en rapport avec l’être. L’exister de cet être s’effectue dans l’inajournable urgence avec laquelle il exige une réponse. »
La réponse, après avoir regardé quelques centaines de films pornographiques, me semble simple : dans les films, la hardeuse a une sexualité d’homme. Pour être plus précise : elle se comporte exactement comme un homosexuel en back-room. Telle que mise en scène dans les films, elle veut du sexe, avec n’importe qui, elle en veut par tous les trous et elle en jouit à tous les coups. Comme un homme s’il avait un corps de femme.
Si on regarde un film X hétérosexuel, c’est toujours le corps féminin qui est valorisé, montré, sur lequel on compte pour produire de l’effet. On ne demande pas au hardeur la même performance, on lui demande de bander, de s’agiter, de montrer le sperme. Le travail est fait par la femme. Le spectateur du film X s’identifie surtout à elle, plus qu’au protagoniste masculin. Comme on s’identifie spontanément à qui est mis en valeur, dans n’importe quel film. Le X est aussi la façon qu’ont les hommes d’imaginer ce qu’ils feraient s’ils étaient des femmes, comme ils s’appliqueraient à donner satisfaction à d’autres hommes, à être de bonnes salopes, des créatures bouffeuses de bites. On évoque souvent la frustration de la réalité, comparée à la mise en scène pornographique, ce réel où les hommes doivent baiser avec des femmes qui effectivement ne leur ressemblent pas, ou pas souvent. Il est à ce propos intéressant de remarquer que les femmes “réelles” qui surcumulent les signes de féminité, celles qui répètent douze fois dans une conversation qu’elles se sentent “tellement femmes”, et qui participent d’une sexualité compatible avec la sexualité des hommes, sont souvent les plus viriles. La frustration du réel, c’est le deuil que les hommes doivent faire, s’ils veulent entrer en hétérosexualité, de l’idée de baiser avec des hommes qui auraient des attributs externes de femmes. »
« Le visage à la limite de la sainteté et de la caricature s’offre encore… »
Taille originale : 2 fois 21 x 29,7 cm

lundi 22 janvier 2024

Un formidable appareil de contrôle

Ce n’est pas l’âne de Buridan

 

« Cet intérêt très marqué de l’Église pour les questions familiales a reçu nombre d’explications. Le lier à des préoccupations supérieures d’ordre éthique ou moral semble largement une explication post factum (même si leurs conséquences ont été importantes), et ne rend pas compte de contradictions patentes (tel le fait que le Nouveau Testament révèle une hostilité aux liens familiaux). En fait, l’explication de cet intérêt est à chercher moins loin  : on a pu soutenir qu’“il n’avait rien à voir avec les questions de succession et que son seul but était d’imposer le contrôle ecclésiastique sur une étape capitale de la vie du croyant”. Nul doute que cette volonté de contrôle ait joué  : placer dans les mains du clergé les événements que sont la naissance, le mariage et la mort donnait à l’Église un immense pouvoir, incarné par le prêtre officiant dans chaque paroisse, et lui-même soumis à l’autorité d’un évêque. Il semble qu’aucune autre religion se soit jamais dotée d’un appareil de contrôle local aussi formidable, lié aux succès de son activité missionnaire.
Pas de jalousie ou Par-devant et par-derrière
Il faut faire également la part des bénéfices considérables, spirituels et matériels, que ce contrôle procurait à l’Église, lequel, à son tour, libérait les couples (et d’abord les femmes) de l’autorité parentale. L’histoire de Roméo et Juliette (où les deux amants bénéficient de l’appui d’un prêtre face à l’hostilité de leurs familles respectives) illustre bien le conflit entre les objectifs du groupe de parenté et ceux de l’Église  : en reconnaissant la liberté de choix, elle “favorisait objectivement les femmes”, et celles-ci ont su en profiter. Toute activité religieuse inclut nécessairement des dons de l’homme à la divinité (à travers ses représentants sur cette terre), sous forme d’offrandes, de sacrifices, de prières, d’art et de rituels. Les dons à la divinité requièrent une aliénation (un “sacrifice”) de la part de l’individu ou de la famille, comme c’est aussi le cas dans la charité, quel qu’en soit le destinataire. Bien entendu, cela s’accompagne de récompenses et de dons en retour, mais, globalement, tout acte de charité implique un don de biens matériels en échange d’un bénéfice spirituel. L’Église dépendait de ces dons pour devenir une “grande organisation”, pour l’édification et la maintenance de ses lieux de culte, pour l’entretien de son personnel et le financement de ses multiples activités, éducatives, charitables, sacerdotales.
Taille originale : 2 fois 21 x 29,7 cm
Au départ, l’Église chrétienne ne possédait rien, elle était même vouée à la pauvreté. Peu à peu, elle a acquis des responsabilités (à l’égard de ses veuves, par exemple), un personnel, des lieux d’assemblée, toutes choses qui demandaient une capacité de soutien matériel, notamment après la conversion de l’empereur Constantin (en 312) qui lui assignait un rôle officiel. Le cas des veuves est intéressant. La pratique antérieure, qui voulait qu’elles fussent prises aussitôt en mariage (léviratique) ou en quasi-mariage par un frère de leur défunt époux, était désormais interdite, bien qu’elle eût été largement répandue dans le monde méditerranéen. Une des raisons possibles de cette interdiction était que l’Église entendait veiller sur ses ouailles alors que le lévirat impliquait un risque, pour la veuve et ses enfants, de passer sous la coupe d’un nouvel époux qui ne serait pas chrétien, et qu’il la privait de l’exercice de sa libre volonté dans le choix du conjoint. Qui plus est, on pouvait espérer que des veuves non remariées apporteraient à l’Église une contribution plus efficace (en legs et en participation à des activités religieuses) que des veuves remariées. Simultanément, les veuves pauvres (moins susceptibles de se trouver un nouvel époux) devaient être aidées par l’Église, ce qui lui donnait une raison toute particulière de solliciter des legs. »
Casser les stéréotypes ?
[Et au palier supérieur…]

dimanche 24 décembre 2023

Une loi brutale et sale

Climat social
« Elle est incapable de lever les yeux sur lui, dans un affolement délicieux. Elle n’en revient pas de ce qui lui arrive. Il chuchote, on sort ? Elle dit oui, ils ne peuvent pas flirter devant les autres. Ils sont dehors, longent les murs de l’aérium enlacés. Il fait froid. Près du réfectoire, devant le parc obscur, il la plaque contre le mur, il se frotte contre elle, elle sent son sexe contre son ventre au travers du jean. Il va trop vite, elle n’est pas prête pour tant de rapidité, de fougue. Elle ne ressent rien. Elle est subjuguée par ce désir qu’il a d’elle, un désir d’homme sans retenue, sauvage, sans rapport avec celui de son flirt lent et précautionneux du printemps. Elle ne demande pas où ils vont. À quel moment a-t-elle compris qu’il l’emmenait dans une chambre, peut-être l’a-t-il dit ?
Ils sont dans sa chambre à elle, dans le noir. Elle ne voit pas ce qu’il fait. À cette minute, elle croit toujours qu’ils vont continuer de s’embrasser et de se caresser au travers des vêtements sur le lit. Il dit “Déshabille-toi”.
Depuis qu’il l’a invitée à danser, elle a fait tout ce qu’il lui a demandé. Entre ce qui lui arrive et ce qu’elle fait, il n’y a pas de différence. Elle se couche à côté de lui sur le lit étroit, nue. Elle n’a pas le temps de s’habituer à sa nudité entière, son corps d’homme nu, elle sent aussitôt l’énormité et la rigidité du membre qu’il pousse entre ses cuisses. Il force. Elle a mal. Elle dit qu’elle est vierge, comme une défense ou une explication. Elle crie. Il la houspille : “J’aimerais mieux que tu jouisses plutôt que tu gueules !” Elle voudrait être ailleurs mais elle ne part pas. Elle a froid. Elle pourrait se lever, rallumer, lui dire de se s’habiller et de s’en aller. Ou elle, se rhabiller, le planter là et retourner à la sur-pat. Elle aurait pu. Je sais que l’idée ne lui en est pas venue. C’est comme s’il était trop tard pour revenir en arrière, que les choses doivent suivre leur cours. Qu’elle n’ait pas le droit d’abandonner cet homme dans cet état qu’elle déclenche en lui. Avec ce désir furieux qu’il a d’elle. Elle ne peut pas imaginer qu’il ne l’ait pas choisie — élue — entre toutes les autres.
La suite se déroule comme un film X où la partenaire de l’homme est à contretemps, ne sait pas quoi faire parce qu’elle ne connaît pas la suite. Lui seul en est le maître.
Il a toujours un temps d’avance. Il la fait glisser au bas de son ventre, la bouche sur sa queue. Elle reçoit aussitôt la déflagration d’un flot gras de sperme qui l’éclabousse jusque dans les narines. Il n’y a pas plus de cinq minutes qu’ils sont entrés dans la chambre. »
Loin de la foule déchaînée ?
« Ils se rhabillent. Elle le suit dans sa chambre à lui, qu’il occupe seul en tant que moniteur-chef. Elle a abdiqué toute volonté, elle est entièrement dans la sienne.
Dans son expérience d’homme. (À aucun moment elle ne sera dans sa pensée à lui. Encore aujourd’hui celle-ci est pour moi une énigme.)
Je ne sais pas à quel moment elle, non pas se résigne, mais consent à perdre sa virginité. Veut la perdre. Elle collabore. Je ne me rappelle pas le nombre de fois où il a essayé de la pénétrer et qu’elle l’a sucé parce qu’il n’y arrivait pas. Il a admis, pour l’excuser, elle : “Je suis large.”
Il répète qu’il voudrait qu’elle jouisse. Elle ne peut pas, il lui manie le sexe trop fort. Elle pourrait peut-être s’il lui caressait le sexe avec la bouche. Elle ne le lui demande pas, c’est une chose honteuse à demander pour une fille. Elle ne fait que ce dont il a envie.
Ce n’est pas à lui qu’elle se soumet, c’est à une loi indiscutable, universelle, celle d’une sauvagerie masculine qu’un jour ou l’autre il lui aurait bien fallu subir. Que cette loi soit brutale et sale, c’est ainsi.
Il dit des mots qu’elle n’a jamais entendus, qui la font passer du monde des adolescentes rieuses sous cape d’obscénités chuchotées à celui des hommes, qui lui signifient son entrée dans le sexuel pur :
Je me suis masturbé cet après-midi.
Toutes des gouines dans la boîte où tu es, non ? »
La touffe de Marie Madeleine
« Protocole de nettoyage renforcé »
Taille originale : 29,7 x 42 cm & 29,7 x 21 cm

samedi 6 mai 2023

Posséder une liberté comme liberté

Pornographie divine ?
Taille originale  : 3 fois 29,7 x 21 cm
« Cette notion de “propriété” par quoi on explique si souvent l’amour ne saurait être première, en effet. Pourquoi voudrais-je m’approprier autrui si ce n’était justement en tant qu’Autrui me fait ? Mais cela implique justement un certain mode d’appropriation : c’est de la liberté de l’autre en tant que telle que nous voulons nous emparer. Et non par volonté de puissance : le tyran se moque de l’amour ; il se contente de la peur. S’il recherche l’amour de ses sujets, c’est par politique et s’il trouve un moyen plus économique de les asservir, il l’adopte aussitôt. Au contraire, celui qui veut être aimé ne désire pas l’asservissement de l’être aimé. Il ne tient pas à devenir l’objet d’une passion débordante et mécanique. Il ne veut pas posséder un automatisme, et si on veut l’humilier, il suffit de lui représenter la passion de l’aimé comme le résultat d’un déterminisme psychologique : l’amant se sentira dévalorisé dans son amour et dans son être. Si Tristan et Iseut sont affolés par un philtre, ils intéressent moins ; et il arrive qu’un asservissement total de l’être aimé tue l’amour de l’amant. Le but est dépassé : l’amant se retrouve seul si l’aimé s’est transformé en automate. Ainsi l’amant ne désire-t-il pas posséder l’aimé comme on possède une chose ; il réclame un type spécial d’appropriation. Il veut posséder une liberté comme liberté.
Beauté grecque…
Mais, d’autre part, il ne saurait se satisfaire de cette forme éminente de la liberté qu’est l’engagement libre et volontaire. Qui se contenterait d’un amour qui se donnerait comme pure fidélité à la foi jurée ? Qui donc accepterait de s’entendre dire : “Je vous aime parce que je me suis librement engagé à vous aimer et que je ne veux pas me dédire : je vous aime par fidélité à moi-même” ? Ainsi l’amant demande le serment et s’irrite du serment. Il veut être aimé par une liberté et réclame que cette liberté comme liberté ne soit plus libre. Il veut à la fois que la liberté de l’Autre se détermine elle-même à devenir amour — et cela, non point seulement au commencement de l’aventure mais à chaque instant — et, à la fois, que cette liberté soit captivée par elle-même, qu’elle se retourne sur elle-même, comme dans la folie, comme dans le rêve, pour vouloir sa captivité. Et cette captivité doit être démission libre et enchainée à la fois entre nos mains. Ce n’est pas le déterminisme passionnel que nous désirons chez autrui dans l’amour, ni une liberté hors d’atteinte : mais c’est une liberté qui joue le déterminisme passionnel et qui se prend à son jeu. »
Dans un autre espace-temps…

vendredi 10 février 2023

Les pantelantes humiliations de la chair

L’image traumatisante ? Un commentaire plus complet…
Taille originale : 21 x 29,7 cm
« Bien que les heures de bureau d’Ahmed Sinai fussent remplies de rêves de secrétaires prenant des lettres dans le costume d’Eve, de visions de Fernanda ou de Poppy traversant la pièce dans le plus simple appareil, les fesses marquées par le cannage des chaises, son attirail refusait de répondre ; et un jour, alors que la vraie Fernanda ou Poppy était rentrée chez elle et qu’il jouait aux échecs avec le docteur Narlikar, sa langue (et son jeu) se relâchant à cause des djinns, il confia maladroitement : “Narlikar, je crois que j’ai perdu tout intérêt pour vous savez quoi.”
Discrètement les adultes
Taille originale : 21 x 29,7 cm
Le luisant gynécologue rayonna de plaisir; son fanatisme pour le contrôle des naissances jaillit de ses yeux et il fit le discours suivant : “Bravo! Frère Sinai ! Ça fait plaisir à entendre ! Vous et puis-je ajouter moi-même ? — oui, vous et moi, Sinai bhai, nous sommes des gens d’une rare spiritualité ! Loin de nous les pantelantes humiliations de la chair — n’est-ce pas une excellente chose, je vous le demande, de renoncer à la procréation — de s’abstenir d’ajouter encore une existence misérable aux vastes multitudes qui mendient actuellement dans notre pays — et, à la place, d’employer toute notre énergie à leur trouver plus de terre où vivre ? Je vous le dis, mon ami, vous et moi, et nos tétrapodes, nous allons tirer de la terre des océans eux-mêmes !” Pour consacrer ce discours, Ahmed Sinai remplit les verres… »
Mourir de rire  ?
Taille originale : 21 x 29,7 cm