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dimanche 3 août 2025

Après quatre ou cinq générations

La fausse servante…
… ou le pervers puni
Taille originale : 29,7 x 21 cm
« Je me surprends à songer : Savoir qui a bien pu s’y coucher, sur ce sommier ? Quand ce hameau était encore habité, quand il était encore posé sur un châssis de métal ou de bois, et qu’il soutenait un matelas de laine de plus en plus tassé qu’on cardait peut-être de temps en temps, ou peut-être pas, parce que le cardeur, avec sa machine garnie de pointes opposées qui griffaient les bourrelets de laine tassée, ne montait pas jusqu’ici, il y avait trop peu de gens pour que ça vaille le déplacement... Quelque personne seule qui se couchait chaque nuit sur l’épaisseur de plus en plus réduite du matelas, durant les mois froids de l’hiver, à l'étage d’une de ces maisons qui sont désormais des ruines envahies par la végétation et où hibernent les chauves-souris, accrochées aux poutres, où autrefois ils mettaient le foin pour les bêtes qui étaient au rez-de-chaussée, dans l’étable, avec ces trois marches de pierre fendues où les vaches montaient en glissant sur leurs sabots, incitées par les cris de quelqu’un qui était derrière et leur frappait la croupe de la main et les poussait avec force pour les faire entrer. Des maisons qui n’étaient pas chauffées parce que la cheminée était en bas, et éteinte, il n’y restait à présent que quelques braises froides et noires. Ou bien quelque vieille restée seule. Ou, bien avant encore, quelque couple plus jeune. Et l’homme se couchait sur la femme, sur ce sommier-là, il entrait dans son corps à moitié endormi et engourdi par le froid, même pas lavé parce que la nuit l’eau gelait, le châle de laine sur la chemise de nuit soulevée à la hauteur des hanches, lui avec un pull de travail troué qu’il gardait même la nuit, de plus en plus rapidement dans le corps de la femme qui continuait à dormir, dont la respiration devenait parfois plus lourde, plus rauque, et on ne comprenait pas si c’était à cause du poids de l’homme sur son corps ou bien parce qu’elle ronflait, et alors le lit grinçait un peu plus fort. À la fin, tous les deux avec les couvertures tirées jusque sous le menton pour ne pas attraper froid. Et c’était comme ça toutes les nuits, toutes les nuits, tandis que quelque chose grandissait dans le noir à l’intérieur du ventre de cette femme à moitié endormie et engourdie, sur ces sommiers qui sont là désormais et servent de porte aux potagers abandonnés, quelque petit être désespéré avec sa petite queue remontait le canal vaginal pour être le premier à briser la membrane d’un des ovules qui pullulaient aveugles dans la matière aveugle de sa chair, pour donner vie à de nouveaux corps et à de nouveaux petits êtres dotés d’une queue et à de nouveaux ovules au milieu de tout ce désespoir végétal et de ce froid. Pour quelle raison ? Pourquoi ? Comme ces surgeons qu’il y a partout et qui s’élèvent le long des arbres presque à les étouffer, toujours plus haut, plus haut, qui arrivent presque avec leurs feuilles à la cime de l’arbre autour duquel ils ont poussé jusqu’à l’emprisonner. Il se passe la même chose avec les êtres de notre espèce. Toutes ces vies qui s’emprisonnent les unes dans les autres, cette création continue de colonies pour occuper des portions de plus en plus grandes de territoire en les soustrayant à d’autres. Pourquoi ? Pourquoi ? Pour perpétuer son propre ADN ? Alors que, de toute façon, après seulement quatre ou cinq générations, un battement de cils dans le temps, il ne reste plus rien du patrimoine chromosomique ni de l’ADN originel dans les nouveaux êtres qui ont pris vie, lesquels à leur tour, après quatre ou cinq générations, ne transmettront rien de leur ADN dans les nouveaux êtres à qui ils auront donné vie ! »
Qui tire la ficelle ?
Taille originale : 2 fois 29,7 x 21 cm

dimanche 5 mars 2023

Huit bras, huit jambes…

Taille originale :
29,7 x 21 & 21 x 29,7 cm
« Les voix s’arrêtèrent enfin, bien que maintenant seul le bouddha [surnom d’un des personnages] (avec sa bonne oreille) pût les entendre ; quand les quatre vagabonds étaient au bord de la panique, la jungle leur fit traverser un rideau d’arbres moussus et leur fit voir un spectacle si charmant qu’ils en eurent la gorge serrée. Même le bouddha sembla étreindre plus fort son crachoir. Avec une seule bonne oreille pour quatre, ils s’avancèrent dans une clairière qu’emplissaient les douces mélodies des chants des oiseaux, et au centre de laquelle se dressait un temple hindou monumental, sculpté il y a des siècles dans un seul rocher escarpé ; les murs dansaient de frises d’hommes et de femmes, représentés accouplés dans des positions acrobatiques imbattables, et parfois d’une absurdité hautement comique. Le quartet s’avança vers ce miracle d’un pas incrédule. À l’intérieur, ils trouvèrent enfin quelque répit à la mousson infinie, et aussi l’immense statue d’une déesse noire en train de danser et dont les enfants-soldats du Pakistan ne connaissaient pas le nom ; mais le bouddha savait que c’était Kali, horrible et féconde, avec des restes d’or sur les dents. Les quatre voyageurs s’allongèrent à ses pieds et sombrèrent dans un sommeil sans pluie qui s’acheva à ce qui aurait pu être minuit, quand ils se réveillèrent en même temps pour découvrir les sourires de quatre jeunes filles d’une beauté dépassant toute description. Shaheed, qui se souvint des quatre houris qui l’attendaient dans le jardin des camphriers, pensa tout d’abord qu’il était mort pendant la nuit; mais les houris semblaient tout à fait vraies, et leur sari, sous lequel elles ne portaient absolument rien, était déchiré et taché par la jungle. Et, tandis que huit yeux en regardaient huit, on déroula les saris, on les plia soigneusement et on les posa sur le sol ; ensuite, les quatre filles de la forêt, nues et identiques, s’approchèrent d’eux, huit bras s’enroulèrent à huit bras, huit jambes à huit jambes; aux pieds de la statue aux nombreux membres de Kali, les voyageurs s’abandonnèrent aux caresses qui semblaient tout à fait vraies, aux baisers et aux morsures d’amour doux et douloureux, aux griffures qui laissaient des marques, et ils comprirent que cela cela cela était ce dont ils avaient besoin, ce qu’ils avaient désiré sans le savoir, qu’ayant traversé les régressions infantiles et les douleurs enfantines de leurs premiers jours dans la jungle, ayant survécu à l’assaut de la mémoire et de la responsabilité et aux souffrances plus grandes encore des accusations renouvelées, ils laissaient à jamais l’enfance derrière eux et, oubliant les raisons, les conséquences et la surdité, oubliant tout, ils se donnèrent aux quatre beautés identiques sans une arrière-pensée.

Titre au choix :

  • De quoi avons-nous peur ?
  • Une extrême sensibilité
  • Deux générations irréconciliables ?
  • Un douloureux plaisir
  • Une sale histoire
Après cette nuit, ils furent incapables de quitter le temple, sauf pour aller chercher de quoi manger, et chaque nuit les douces jeunes filles de leurs rêves les plus réfrénés revinrent en silence, sans jamais parler, avec des saris toujours propres et nets, et conduisirent invariablement le quartet perdu vers un sommet incroyablement uni de délices. Aucun d’eux ne sut combien de temps dura cette période, parce que dans la jungle des Sundarbans le temps suivait des lois inconnues, mais le dernier jour vint quand en se regardant ils s’aperçurent qu’ils devenaient transparents, qu’on pouvait voir à travers leur corps, pas encore très nettement, mais de façon indistincte, comme à travers du jus de mangue. Dans leur inquiétude, ils comprirent que c’était le dernier et le pire des tours de la jungle, que leur donnant ce que désiraient leurs cœurs, elle les trompait en épuisant leurs rêves et, tandis que leur vie rêvée sortait d’eux, ils devenaient creux et aussi transparents que du verre. Le bouddha se rendit compte que l’absence de couleur des insectes, des sangsues et des serpents était sans doute plus responsable des déprédations exercées sur leur imagination insectifiée, sangsuifiée et serpentifiée, que l’absence de soleil… éveillés, comme si c’était la première fois, par le choc de la translucidité, ils regardèrent le temple d’un œil neuf et virent des fissures béantes dans le rocher. Ils comprirent alors que d’énormes morceaux pouvaient se détacher et s’écraser sur eux à n’importe quel moment ; et, dans un coin sombre du lieu saint abandonné, ils virent les restes de ce qui avait pu être quatre petits feux — de vieilles cendres, des traces de brûlé sur la pierre — ou peut-être quatre bûchers funéraires; et, au centre de chacun d’eux, un petit tas d’os noircis et rongés par la flamme. »

mercredi 19 octobre 2022

Le comble du luxe

Mâle bêta ?
« L’ascenseur s’ouvrit sur une pièce au plafond si haut qu’on le distinguait à peine, voilé de gris et de noir pour étouffer la lumière qui entrait à flots par la baie ouverte sur les remparts de la vieille ville, au bout du quartier de Mamilla.
Murs blancs et nus, assortis à la moquette et au canapé géant, aucun objet, aucune trace d’être humain, le comble du luxe.
Soukolov se rua dans sa chambre, une pièce sans fenêtre, ronde, de même forme que le lit qui trônait au milieu, et se débarrassa de ses vêtements comme on s’arrache une peau morte. Un peignoir et il s’affala sur le canapé, boîtier en main. Il avait dix minutes pour s’informer de la marche du monde.
Le mur qui lui faisait face s’ouvrit en deux, laissant apparaître un écran géant. Au même moment, une jeune femme brune en robe rouge se glissa dans la pièce par une porte escamotée poussant un chariot avec divers ustensiles et deux bassines d’eau. Sokolov s’enfonça dans le canapé avec un soupir d’aise et ferma les yeux. Le monde pouvait bien patienter quelques secondes.
La jeune femme s’agenouilla à ses pieds, écarta doucement les deux pans du peignoir qui dégagèrent un sexe tendu à rompre. Visage impénétrable, gestes précis, elle saisit une sorte de gant éponge qu’elle mouilla d’eau chaude avant de le glisser délicatement sur le corps du Russe qui s’abandonnait sur son siège, jambes écartées, bouche entrouverte. Quand le gant attaqua son sexe, il siffla entre ses dents : “Vite !” Elle écarta à son tour le haut de sa robe qui s’ouvrit sur une poitrine gonflée par la pression du tissu, il empoigna les deux seins en grognant tandis qu’elle tendait ses lèvres laquées de rouge vers le sexe qu’il tentait fébrilement d’approcher de son visage. L’affaire fut expédiée en quelques secondes, le Russe n’était pas du genre à perdre son temps. »
Tirage au sort ?
Taille originale : 29,7 x 21 cm et 29,7 (+ 7) x 21 cm

samedi 3 avril 2021

D'un autre temps

 

Scène coupée

Trompe-l’œil

« Dans les plus vastes partouzes auxquelles j’ai participé, il pouvait se trouver jusqu’à cent cinquante personnes environ (toutes ne baisant pas, certaines venues là seulement pour voir), parmi lesquelles on peut en compter environ un quart ou un cinquième dont je prenais le sexe selon toutes les modalités : dans les mains, dans la bouche, par le con et par le cul. Il arrivait que j’échange baisers et caresses avec des femmes, mais cela restait secondaire. Dans les clubs, la proportion était beaucoup plus variable en fonction de la fréquentation bien sûr mais aussi des usages de l’endroit. L’estimation serait encore plus difficile à faire pour les soirées passées au Bois : ne faudrait-il prendre en considération que les hommes que j’ai sucés, la tête coincée contre leur volant, ceux avec qui j’ai pris le temps de me déshabiller dans la cabine d’un camion, et négliger les corps sans tête qui se relayaient derrière la portière de la voiture, secouant d’une main folle leur queue diversement raide, tandis que l’autre main plongeait par la vitre ouverte pour malaxer énergiquement ma poitrine ? Aujourd’hui, je suis capable de comptabiliser quarante-neuf hommes dont je peux dire que leur sexe a pénétré le mien et auxquels je peux attribuer un nom ou, du moins, dans quelques cas, une identité. Mais je ne peux chiffrer ceux qui se confondent dans l’anonymat. Dans les circonstances que j’évoque ici, et même s’il y avait, dans les partouzes, des gens que je connaissais ou reconnaissais, l’enchaînement et la confusion des étreintes et des coïts étaient tels que si je distinguais les corps, ou plutôt leurs attributs, je ne distinguais pas toujours les personnes. Et même lorsque j’évoque les attributs, je dois avouer que je n’avais pas toujours accès à tous ; certains contacts sont très éphémères et, si je pouvais les yeux fermés reconnaître une femme à la douceur de ses lèvres, je ne la reconnaissais pas forcément à des attouchements qui pouvaient être énergiques. Il m’est arrivé de ne réaliser qu’après coup que j’avais échangé des caresses avec un travesti. J’étais livrée à une hydre. »
Une auteure d'un autre temps
 
Dies irae
Taille originale : 42 x 29,7 cm
  
 
#balancetonporc
Taille originale : 21 x 29,7 cm


dimanche 3 janvier 2016

L’homme est un monstre

dessin pornographique ballbusting
taille originale : 29,7 x 21 cm

« Mais l’œuvre de la main est plus riche que nous ne le pensons habituellement. La main ne fait pas que saisir et attraper, ne fait pas que serrer et pousser. La main offre et reçoit, et non seulement des choses, car elle-même s’offre et se reçoit dans l’autre. La main garde, la main porte. La main trace des signes, elle montre, probablement parce que l’homme est un monstre. Chaque mouvement de la main dans chacune de ses œuvres est porté par l’élément de la pensée, il se comporte dans cet élément. Toute œuvre de la main repose dans la pensée. »