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lundi 13 juillet 2026

Se montrer complètement nu

Voie étroite
« L’une des facettes de l’identité sociale consiste en l’adoption des attributs propres à un groupe dans l’objectif de se faire reconnaître en tant que membre genré de cette communauté. Elle doit donc être visible et s’exprime notamment dans le vêtement et ses composantes - tissus, attaches, ornements et accessoires, parures et bijoux - ainsi que dans les objets qui caractérisent une fonction, un statut, une activité prise en charge par l’individu qui en est porteur. Un autre élément réside dans le corps et ses représentations physique, sociale et mentale. Cet aspect est intimement lié au costume dès lors que celui-ci sert à modeler ou à modifier le corps, à le faire valoir ou à le cacher, l’association des deux formant l’apparence d’un individu, dont l’affichage de son genre.
Le vêtement et le corps sont donc les ateliers de la construction sociale du genre. Dans presque toutes les régions du monde, la vêture des femmes se distingue de celle des hommes, mais notons qu’en la matière, ce ne sont pas toujours elles qui présentent les tenues les plus voyantes ou les plus extravagantes. Chez les Baruya par exemple, les hommes sont les seuls à porter le bandeau rouge couleur de soleil ainsi que les coiffes de plumes - et de manière générale, sur l’île de Nouvelle-Guinée, ce sont les hommes qui portent les beaux atours. En Occident, le vêtement des élites masculines comme féminines était particulièrement exubérant jusqu’à la Révolution française. Si, parfois, l’habillement et ses accessoires invisibilisent ou exposent les femmes, ils sont aussi souvent un moyen d’entraver, d’empêcher leur libre mouvement, de les dominer : robes longues, avec ou sans traîne, robes à paniers, corsets, baleines, pieds bandés en Chine, femmes girafes Padaung de Birmanie, ou Ndebele d’Afrique du Sud, chaussures à talons hauts, jupes crayons, burqa, etc.
Doigté féminin
Le vêtement est donc l’un des moyens de contrôler les corps mais aussi les esprits. Prenons l’exemple des habits de l’élite de la fin du Moyen Âge, que l’historienne Odile Blanc a étudiés à travers les miniatures ornant les manuscrits princiers. Elle montre qu’au XIVe et au XVe siècles, les costumes masculins raccourcissent ; ils sont taillés près du corps et révèlent les formes de leur porteur, tout en permettant le mouvement et l’exercice physique ; ceux des femmes au contraire ne soulignent qu’une partie de leur anatomie, d’abord la nudité du cou jusqu’à la naissance des seins, puis le haut du buste moulé dans l’étoffe, le restant étant enfoui dans de larges jupes à traîne ne permettant que des déplacements contraints. À cette période, le décolleté féminin, en ce qu’il découvre tout en cachant l’essentiel, est l’un des symboles de la femme tentatrice, de la pécheresse dont, selon les moralistes de l’époque, les hommes doivent se méfier. Mais il est aussi un marqueur de la fragilité et de la vulnérabilité des femmes, dont le corps en partie dénudé ou seulement couvert d’une mince étoffe doit être protégé. Le costume masculin, court et moulant en bas, et ample et garni de fourrure en haut, traduit autant les valeurs masculines de virilité dans l’action que celles relatives à la protection et à l’enveloppement des êtres faibles tels que les femmes. La représentation d’un couple vêtu de la sorte dans l’Épître d’Othea à Hector de Christine de Pizan (1364-1431) en est un parfait exemple. Pour Odile Blanc, à la fin du Moyen Âge, “cette maîtrise des apparences […] est sans aucun doute au service de l’affirmation du pouvoir des hommes dans la société”. Autrement dit, l’habillement des femmes est bien souvent une affaire d’hommes qui traduit la place que la société veut bien leur accorder afin, ce faisant, de valoriser la puissance masculine.
Pente glissante
Comme le montre cet exemple, le vêtement couvre la nudité en laissant voir - ou deviner - certaines parties du corps tandis qu’il en dissimule d’autres. Ce jeu d’exposition et de dissimulation contribue à donner au corps son identité sociale. C’est pourquoi, dans la plupart des sociétés, il est interdit de se montrer complètement nu : ce serait s’exposer aux regards sans les oripeaux culturels qui font de vous un être social reconnu, autrement dit se montrer comme départi de son humanité. Et ce n’est pas le pourcentage de peau recouverte, le métrage d’étoffe ou le nombre d’accessoires qui importent. Chez les peuples où le vêtement est minimal en raison de la chaleur du climat, l’enlèvement, la perte ou le détachement en public de l’étui pénien ou du cache-sexe provoque, dans la plupart des situations, un sentiment de honte chez l’individu concerné qui, involontairement ou volontairement, n’a pas respecté les conventions sociales et les règles de la pudeur. »
Courage, dit-elle

mardi 29 juillet 2025

Une prolifération des genres

Lutter contre les contenus « préjudiciables » ?
« La bourgeoisie culturelle est, aujourd’hui, un environnement privilégié pour la formation de pratiques corporelles et de discours sur le changement d’identification genrée, soutenue par des collectifs militants structurés depuis quelques années autour de la critique queer (dont le refus de la binarité du genre au profit d’une prolifération des genres constitue un axe central), par des pratiques culturelles subversives et festives compatibles avec d’autres pratiques propres à ce milieu social. Leurs référents ne sont pas d’abord français mais tournés vers les États-Unis et sont relayés sur les réseaux sociaux et dans des lieux de sociabilité parisiens, comme il n’en existe (à ma connaissance) ni en milieu rural ni dans les cités d’habitat social périurbaines. Le répertoire de la fille non binaire procure une échappatoire à l’alternative étroite, asphyxiante, du genre, en raison de l’émergence d’une mobilisation collective internationalisée qui, de ce fait, a tous les atours d’une avant-garde et se trouve dès lors particulièrement appropriable par ce segment de la bourgeoisie, dont une part de la reproduction sociale s’appuie sur la légitimation culturelle de nouvelles avant-gardes1. Le fait que j’ai enquêté dans ce segment de l’espace social en dernier ne permet pas de mesurer la diffusion des formes de subversion ou de contestation queer au sein des populations vivant aujourd’hui sur les lieux de mes deux premiers terrains [rural et populaire] - dont il est difficile de penser qu’ils y soient totalement étanches (à cause notamment de la puissance de diffusion, en particulier sur ce type de sujet, des réseaux sociaux dont on sait qu’ils ne sont pas utilisés seulement dans les classes dominantes) sans que l’on en sache vraiment plus pour l’instant, faute d’enquête spécifique sur ce sujet.
La fille non binaire vient compléter la galerie des filles bonshommes et autres garçons manqués, comme une possibilité d’échapper au stigmate de la pute [particulièrement répandu à l'adolescence] par le refus du grime de la-féminité mais, contrairement au garçon manqué et à la fille bonhomme, la fille non binaire n’est pas prisonnière de l’enfance : en faisant de ses traits masculins une revendication, un acte volontariste, culturel et politique, elle permettait, sur mon troisième terrain [la bourgeoisie], de mettre à distance le stigmate sans interférer avec le passage à l’âge adulte. »
1. Pierre Bourdieu, La Distinction, 1979.
Un nouvel imprimatur
Reprise ancienne
Taille originale : 21 x 29,7 cm

mercredi 23 avril 2025

Le marteau-pilon !

Portrait moderne
Taille originale : 29,7 x 21 cm
Toute pornographie n'est pas bonne à voir
Taille originale : 24 x 32 cm
« Ils gagnent bientôt un nouveau territoire, descendent à l’angle de la 28e et de Broadway, le mot BATH est gravé sur le trottoir, Rudi ajuste sa vieille casquette en cuir, Victor frappe quatre fois à la porte, le code, puis lance Salutations ! au jeune homme qui ouvre, ils posent leur argent sur le comptoir, on leur donne leurs serviettes, ils avancent le long du couloir lambrissé, dans une lumière indéfinie, vers les vestiaires, ils se déshabillent en se laissant engloutir par les bruits, le flip-flap des pieds nus, l’eau qui goutte, la vapeur qui siffle, rires et petits cris distants, puis, la serviette autour de la taille, la clé du casier accrochée à la cheville, Rudi et Victor partent vers le cœur de l’Everard, qui a tout finalement d’un ballet aussi - ici s’exerce le commerce mécanique de la fesse, c’est un sommet en ville -, mecs à boucles d’oreilles, mecs à talons hauts, mecs à mascara, mecs en robe droit sortis des décors d’Autant en emporte le vent, mecs dans leur maillot du Viêt-nam, mecs à lunettes d’aviateur, mecs barbouillés de graisse, mecs au look de gonzesse, mecs qui veulent en être une, des mecs entre-deux, des mecs bien dressés, des malheureux en berne, quelques-uns accroupis au-dessus d’un jet d’eau pour un lavement rapide, un braillement dans les douches, et tout le monde qui baise, qui baise dans les cabines, baise à la fontaine, baise dans les saunas, baise à la chaudière, dans le placard à balais, dans les toilettes, dans les bains, et qui fiste, et qui doigte, même avec les orteils, qui baise en groupe, en grappes, qui s’encule et qui se feuille-de-rose, le super pour ordinaire, des sandwiches de chair, comme si Victor-Rudi avait jeté la pilule à baiser dans toute la plomberie, gloire à elle, alléluia ! Avé sainte Baise ! au travail ! bienvenue ! qui que vous soyez ! petit ou gros ! grand ou mince ! riche ou pauvre ! long ou court ! (long surtout !) jouissons au Ever-Hard ! et Victor repère un mec, bourré d’adrénaline et d’amphés, vêtu en tout et pour tout d’un gant de boxe lubrifié, qui gueule Viens te le mettre, viens te le mettre, je suis gaucher ! et un autre, silencieux dans un coin, qui regarde, l’alliance au doigt, un tout autre genre de trou du cul, Victor déteste les hommes mariés, ce sans-gêne sournois avant de rentrer chez bobonne, mais qu’importe, on s’en fout, de ceux-là, il y a largement de quoi se sustenter, et il se tourne vers Rudi et dit Fais tes courses ! car jamais ils ne se servent ensemble, ils restent séparés, chacun son choix dans l’éventail, et, l’instant d’après, Rudi est là-bas au fond du couloir, pendant que Victor sillonne ici, sonde l’atmosphère, scrute et mesure, visages et balisage, le rituel des dix premières minutes, car, attentif, sérieux, Victor se demande toujours par quel bout commencer, il collecte les données — c’est mission impossible, il le sait, de se ruer dans la mêlée —, il se rince la figure devant un tuyau qui fuit, traverse le courant, la serviette sur les hanches, bandit armé, baisse les cils pour dire. Non, je n ’ai pas envie, et je n’aurai jamais envie, même s’il ne restait que toi et moi sur Terre, ou il les relève pour, Peut-être, voire ouvre grand les yeux et c’est, Oui oui oui, son attention soudain sollicitée par une jambe dans les douches, une chute de reins, la courbure d’un torse, l’arc d’une bouche, la ligne d’une hanche, et il marche en sentant son moteur s’emballer, le sang bouillonner, le désir monter, la vapeur l’enveloppe maintenant, oui oui oui oui, il hoche la tête à un petit blond barbu tout seul dans l’embrasure de la cabine, l’œil bleu, grave, et l’instant d’après ils sont emboîtés sous la lampe rouge, ignorent le triste matelas tassé par terre, ils y vont contre le mur, le glissement de la peau et l’appétit qui gifle, Victor laisse faire, un souffle brûlant sur sa nuque, la main tendue pour flatter derrière lui ces bourses amoureuses, plutôt piéton comme baise, pense-t-il, ne choisit pas qui est emprunté, il se reprend quand le type a fini, Gracias !, et il repart à l’attaque, décide qu’il sera actif maintenant toute la nuit, car il préfère, cheval, locomotive, Gracias ! Gracias ! Gracias ! un raz-de-baise arrive, brutal et sans pitié, d’abord un gamin, puis un mec, puis encore un gamin, celui-là a certainement les plus belles omoplates que Victor ait connues, il adore les omoplates, adore passer la langue dans le creux puis glisser sa bouche sur la nuque quand son amant frissonne, gémit, et mordiller l’épine dorsale, Victor n’est jamais fatigué de baiser, espère ne jamais l’être — ses rares amis hétéros, ceux mariés surtout, refusent foncièrement de croire qu’il puisse baiser une journée entière et recommencer le lendemain, ils le tiennent pour menteur quand il affirme avoir consommé plus d’amants que de repas chauds, mais c’est la vérité, la vérité toute nue, La bouffe, mon gars, c’est largement surfait, et il continue, passe de corps en corps, avant de décider, finalement, de se reposer cinq minutes, une petite pause, il part vers les bains, satisfait, heureux, chasse momentanément interrompue, glisse dans la vapeur puis dans l’eau apaisante, flotte tranquillement pendant qu’autour de lui se poursuit la gymnastique — il fut un temps où ces bains étaient propriété des Italiens et des Irlandais, mais, depuis la fin des années 60, ces glorieuses sixties où la chair s’est faite mœurs, ils appartiennent aux Victor du monde, victorieux, triomphants, affaire à risque toutefois, sujette aux descentes de flics, et Victor a passé des nuits au trou, où d’ailleurs persiste l’esprit des bains, franche camaraderie ! merveilleuse courtoisie ! ah, les rockers du bagne ! — et, tandis qu’il s’enfonce tout entier sous l’eau, Victor se demande où en est Rudi, mais il sait qu’il n’a pas de souci à se faire, Rudi, c’est du papier tue-mouches, les mecs restent collés à lui, à la force de l’instant, ils en reparleront à voix basse pendant des années, Eh, j’ai lutté contre la guerre froide, moi ! Ouais, je me suis fait baiser par Noureïev ! Et, je vais te dire un truc, mec, sa faucille, c’était le marteau-pilon ! et chacun ira de sa petite histoire, vraie ou fausse, la taille de sa bitte, les battements de son cœur, le toucher de ses doigts, le goût de sa langue, la sueur sur ses cuisses, l’empreinte de ses lèvres, peut-être même le souvenir de leur propre cœur brisé contre les os des côtes tandis qu’il s’en allait »
Décidément !
Rétrospectivement…

dimanche 30 mars 2025

Une fois la ville et les réverbères éteints

Jeter un coup d’œil ?
Taille originale : 24 x 32 cm & 29,7 x 21 cm
« Tard le soir dans le square Ekaterina, dans la poussière antique de Leningrad, une fois la ville et les réverbères éteints, nous arrivions, épars, silencieux et furtifs, des différents quartiers pour longer les arbres alignés du côté du théâtre. En cas d’interpellation par la milice, nous avions nos papiers, un motif de travail, l’insomnie, nos épouses, et nos enfants chez nous. Parfois des inconnus nous faisaient signe, mais nous n’étions pas fous et disparaissions vite. Les voitures de la perspective Nevski nous prenaient dans leurs phares, oblitéraient nos ombres, et il nous semblait un instant que celles-ci partaient à l’interrogatoire. Nous nous imaginions déjà sur le strapontin du panier à salade, puis dépêchés dans les camps, car nous étions des goluboy*, des “bleu clair”, des pervers. Toute arrestation serait forcément rapide et brutale. Nous gardions chez nous, au cas où, un petit sac prêt, caché. La menace aurait dû suffire : forêts, gamelles, casernes, les planches de bois superposées en guise de lits, cinq années, le claquement du métal sur les troncs gelés. Mais il y avait des nuits sans bruit dans le square, et nous attendions dans la brume, debout contre les grilles, en fumant.
Un gamin maigre grattait avec un canif les ressorts de sa montre, sculptait le temps. C’était une montre à gousset, qui se balançait sur ses hanches. Deux frères débouchaient chaque jeudi du passage souterrain, après une bonne douche à l’usine. On voyait leurs cheveux noirs, puis leurs chaussures usées. Un ancien combattant s’était attitré un arbre. Il savait siffler un grand nombre des belles rhapsodies de Liszt. C’était lui qui répétait à haute voix : Pourquoi attendre la mort pour mériter le bonheur ? Il sifflotait jusqu’au matin, jusqu’à ce que, sur le fleuve, les vapeurs le fassent taire. Parfois des rideaux s’ouvraient et se refermaient dans les immeubles autour du square, révélant un instant des silhouettes. Des Volga noires quittaient le bord du trottoir pour s’enfoncer dans les rues sombres. Des rires nerveux fusaient. Le frottement du papier à cigarettes, roulé, léché, le clic des tabatières. Personne ne buvait - l’ivresse délie les langues et confère aux vivants une haleine mortelle. La sueur tachait le col de nos vêtements. Nous frappions du pied, soufflions.de l’air chaud dans nos gants, forcions nos corps au-delà de l’insomnie, et plus longtemps encore, jusqu’à parfois nous croire incapables de dormir.
Regard mâle ?
La nuit passait sur un désir secret, cousu peut-être sur la doublure de nos manteaux. Nous ne les ôtions jamais, c’était juste le toucher, le frisson d’un signe de reconnaissance, nos manches qui chuchotaient quand nous nous offrions du feu. La haine aussi, d’être trop semblables.
Les portes du théâtre se rouvraient tard le soir, libérant les acteurs, les danseurs et les machinistes. Parfois ils venaient à pied du Kirov, vingt minutes de marche. Ils s’adossaient aux grilles, enveloppés de leurs écharpes, de leurs gants, de leurs jambières. Il y avait un garçon aux cheveux de sable qui levait une jambe, posait le pied entre deux piquants, et il s’étirait dans un souffle de buée, la tête contre les genoux, une casquette en cuir vissée sur l’arrière du crâne. Son corps révélait une grande aisance, ses orteils ses pieds ses jambes sa poitrine ses épaules son cou sa bouche ses yeux. Ses lèvres étaient d’un rouge extraordinaire. Et cette casquette, d’être si souvent coiffée, avait la forme de sa tête. Il ne s’attardait que rarement dans le square, c’était un privilégié qui avait d’autres endroits où aller - caves, coupoles, appartements -, mais, une fois ou deux, il est resté là, à donner des coups de pied sur les grilles.
Nous attendions de le revoir, seulement il devenait bien trop reconnaissable, sa tête était dans les journaux, sur les affiches. Il restait présent, en pensée.
Quand arrivaient les rumeurs du matin, nous partions aux premiers clignotements des réverbères. Nous nous effilochions dans les rues, à la recherche du gamin à la montre, des frères de l’usine, du danseur aux cheveux de sable, de l’empreinte de son pied sur les trottoirs humides, son manteau fendu par ses jambes, et l’écharpe flottant derrière sa nuque. Parfois, près des marches de pierre menant aux eaux sombres d’un canal, une silhouette mouvante brisait les ombres lunaires, et nous nous retournions pour la suivre. Mais, même alors, à l’approche du matin, l’esprit voyait encore les courants cachés sous la glace. »

* Hérité du vieux slave oriental golobŭ. La racine gólub’ signifie “pigeon, colombe”, et l'adjectif golubój désigne la teinte bleutée du plumage du cou de l'oiseau.
L'usage pour « homosexuel » est dérivé d’un mot d’argot utilisé par les homosexuels dans les années 1960, faisant référence aux pigeons de la place Sverdlov à Moscou où les homosexuels avaient l'habitude de se rencontrer secrètement. L'usage est également dérivé d’une chanson du film d’Ivan Pyriev et Joris Ivens (1951) Pour la paix et l'amitié. Cette chanson écrite par le poète Mikhail Matusovsky commençait par les vers « Volez, colombes, volez » qui ont alors été utilisés pour avertir les homosexuels d’une descente imminente de la police ou du KGB. [D’après Wiktionary en anglais]
Regard féminin ?

lundi 27 janvier 2025

Être l'objet d'un fantasme

L’art de la joie
taille originale : 29,7 x 21 cm

À l’école aujourd’hui :

« Les filles “non binaires” (c’est-à-dire refusant d’être identifiées comme fille ou garçon) peuvent être même acceptées, voire même être valorisées pour cela, et plusieurs filles ont eu des expériences sexuelles et conjugales avec d’autres filles, au vu et au su de l’espace scolaire. Si l’homosexualité féminine est loin d’aller de soi, outre qu’elle peut faire partout l’objet d’un fantasme pour les garçons hétérosexuels (ce qui n’est pas sans problème bien sûr), elle peut se faire signe distinctif dans la bourgeoisie culturelle, à l’intérieur du groupe des filles. Au contraire, quand il est question de garçons qui jouent sur les normes de genre, qui se disent “non binaires”, ou qui désirent d’autres garçons et couchent avec eux, la réprobation peut être forte. »

mercredi 15 janvier 2025

Usurper le rôle de l'homme

Porte étroite
« Les actes “contre nature” donnent lieu chez Artémidore [dans La Clef des songes, IIe siècle après J.-C.] à deux développements successifs : l’un concerne ce qui s’écarte de la position fixée par la nature (et ce développement vient en annexe de l’interprétation des rêves d’inceste) ; l’autre concerne les relations dans lesquelles c’est le partenaire qui par sa “nature” propre définit le caractère contre nature de l’acte. […]
Dilemmes contemporains
Taille originale : 29,7 x 21 cm
Quant aux relations entre femmes, on peut se demander pourquoi elles apparaissent dans la catégorie des actes “hors nature”, alors que les rapports entre hommes se distribuent dans les autres rubriques (et essentiellement dans celle des actes conformes à la loi). La raison en est sans doute dans la forme de relation qu’Artémidore retient, celle de la pénétration : par un quelconque artifice, une femme usurpe le rôle de l’homme, prend abusivement sa position, et possède l’autre femme. Entre deux hommes, l’acte viril par excellence, la pénétration, n’est pas en lui-même une transgression de la nature (même s’il peut être considéré comme honteux, inconvenant, pour l’un des deux de le subir). En revanche, entre deux femmes un pareil acte qui s’effectue en dépit de ce qu’elles sont l’une et l’autre, et par le recours à des subterfuges, est tout aussi hors nature que la relation d’un humain avec un dieu ou un animal. Rêver de ces actes signifie qu’on aura des activités vaines, qu’on se séparera de son mari, ou qu’on deviendra veuve. Le rapport entre les deux peut aussi signifier la communication ou la connaissance des “secrets” féminins. »
Issue de secours

lundi 7 octobre 2024

Même si la mer se déversait entre nous

Sous le regard… (d'un possible échevin amstellodamois)
À son aimée, fermement retenue dans le secret d’une mémoire éternelle : tout ce qui mène à l’être dont la plénitude ne manque de rien.
Ceux qui nous envient, que les motifs de leur envie se prolongent et qu’ils se languissent longtemps de notre fortune, puisque c’est là ce qu’ils désirent. Me séparer de toi, même si la mer se déversait entre nous, serait impossible. Je t’aimerai toujours, je te garderai toujours à l’esprit. Tu ne dois pas t’étonner qu’une jalousie mauvaise jette ses regards sur une amitié aussi remarquable et harmonieuse que la nôtre, car si nous étions pitoyables, assurément nous pourrions vivre tant bien que mal parmi les autres sans subir la moindre marque d’envie. Qu’ils médisent donc, qu’ils calomnient, qu’ils mordent, qu’ils croupissent sur place, que notre bonheur fasse leur amertume : toi, pourtant, tu seras ma vie, mon esprit, mon réconfort dans les difficultés et pour finir ma joie parfaite.
Porte-toi bien, toi qui me fais bien porter.
Obsession muséale
Mise au goût du jour d'un dessin ancien

En latin médiéval

Dilecte in eterna memoria, tenaciter recondite : quicquid ad illud esse conducit, cuius plenitudini nichil déficit.
Qui nobis invident, utinam invidendi longa eis materia detur, et utinam nostris opimis rebus diu marcescant, quandoquidem ita volunt. Me a te separare, ipsum si nos mare interluat, non potest ; ego te semper amabo, semper in animo gestabo. Nec mirari debes si in nostram tam insignem, tam aptam amiciciam, prava emulacio suos obliquat oculos, quia si miseri essemus sine omni profecto livida notacione vivere cum aliis utcumque possemus. Rodant ergo, detrahant, mordeant, in seipsis liquescant, nostra bona suam amaritudinem faciant ; tu tamen mea eris vita, meus spiritus, mea in angustiis recreacio, meum denique perfectum gaudium.
Vale que valere me facis.

jeudi 12 septembre 2024

Les dépayser de leur propre vie

Que de questions !
Taille originale : 2 fois 21 x 29,7 cm

En Grèce ancienne

« Il y a donc, dans la pensée religieuse des Grecs, comme une tension entre deux pôles, tantôt elle suppose un monde divin relativement proche des hommes, des interventions directes des dieux dans les affaires humaines, leur présence au côté des mortels, mais en contrepartie l’impossibilité de franchir les échelons entre l’homme et les dieux, d’échapper à la condition humaine. Tantôt elle admet une coupure plus nette, une distance plus grande entre les dieux et les hommes, mais en contrepartie elle ouvre la perspective d’une ascension humaine jusque vers le monde des dieux.
Douleur et extase
Polarité enfin dans le culte lui-même. D’un côté une religion civique et politique dont la fonction essentielle d’intégrer celui qui accomplit les actes religieux dans les groupes sociaux auxquels il appartient, de le qualifier comme magistrat, citoyen, père de famille, hôte, etc., et non de l’arracher à sa vie sociale pour l’élever à un plan supérieur ; dans ce contexte religieux, la piété, eusébeia, ne s’applique pas seulement aux rapports des hommes avec les dieux, elle embrasse toutes les relations sociales qu’un sujet peut avoir avec ses concitoyens, ses parents, vivants et morts, ses enfants, sa femme, ses hôtes, les étrangers, les ennemis. De l’autre côté, une religion dont la fonction est en quelque sorte inverse et qui apparaît complémentaire de la première : elle s’adresse à des dieux qui ne sont pas politiques, qui n’ont pas ou peu de temples, qui entraînent leurs fidèles loin des villes, dans la nature sauvage, et qui ont pour rôle d’arracher les individus à leurs relations sociales ordinaires, à leurs occupations habituelles, pour les dépayser de leur propre vie et comme d’eux-mêmes. Ce type de religion est spécialement l’affaire des femmes, dans la mesure où elles sont moins bien intégrées que les hommes à la cité, où elles sont précisément exclues de la vie politique. Socialement disqualifiées en tant que femmes pour participer de plain-pied avec les hommes aux affaires publiques, elles se trouvent religieusement qualifiées pour animer ces cultes qui sont d’une certaine façon le contraire de la religion officielle. Cette religiosité “mystique” si différente de la piété grecque commune, par sa recherche d’une évasion, sa culture de la folie, de la mania, sa quête d’un salut individuel, se manifeste dans des groupements sociaux qui sont, eux aussi, en marge de la cité et de ses cadres normaux : thiases, confréries, mystères, constituent des formes de groupements extérieurs à l’organisation familiale, tribale et civique. Ainsi, par une sorte de paradoxe, ces puissances de l’au-delà que les hommes ont créées, dans des conditions sociales définies, agissent en retour sur ces conditions sociales et provoquent des groupements d’un type nouveau, des formes institutionnelles originales. »

vendredi 12 avril 2024

La certitude qu'il allait mourir

Montage numérique d'un dessin de fist-fucking dans un espace muséal
La chaise du gardien
« Mais lui, Evandro Manolo Torres, n’avait que cinq ans lorsque la certitude qu’il allait mourir s’était imposée à lui avec la force d’une révélation. Peut-être pas tout de suite, bien sûr. Ou peut-être que si.
Cette prise de conscience avait déclenché un compte à rebours dans sa tête et un glas dans son cœur, qui sonnait les heures — toutes les heures.
Alors Torres priait. Il allait à la messe. Il lisait la Bible. Il essayait de communier tous les jours avec le Seigneur Notre Sauveur et Père à tous.
Et il buvait trop.
Durant un temps, il avait aussi trop fumé et abusé de la coke, deux dépendances nocives dont il s’était cependant libéré cinq ans plus tôt.
Il aimait sa femme et ses enfants, et il s’efforçait de le leur montrer tous les jours.
Ce n’était cependant pas suffisant.
Ève, la première femme, confrontée artistiquement à des jeunes filles d’aujourd'hui
Sorties du paradis !
Taille originale : 21 x 29,7 cm
Le gouffre en lui — l’abîme, la béance, la plaie ouverte dans son cœur - ne se refermait pas. Quelle que soit l’image que les autres avaient de lui, quand Torres se regardait, il voyait un homme foncer vers un point à l’horizon qu’il n’atteindrait jamais. Et, un jour, la lumière s’éteindrait d’un coup, interrompant sa course effrénée. Pour ne jamais se rallumer. Pas dans ce monde.
Cette pensée affolait le compte à rebours, faisait résonner plus fort le glas, et plongeait Torres dans un état de panique totale, mélange d’impuissance et du désir désespéré de se raccrocher à quelque chose, n’importe quoi, qui puisse l’ancrer dans le présent.
Or, depuis qu’il était en âge de l’apprécier, c’était la chair qui avait cet effet sur lui.
Ce qui expliquait pourquoi il s’apprêtait aujourd’hui à partager de nouveau le lit de Lisa, deux ans après en être sorti. Déjà, ils retrouvaient les gestes d’avant, comme s’ils ne s’étaient jamais quittés, s’accordant chacun au rythme de l’autre avant même d’atterrir sur le matelas, le souffle et la peau imprégnés d’alcool, mais rendus brûlants par le désir. Lorsqu’il jouit, Torres sentit l’onde de plaisir se propager dans tout son corps. Lisa jouit en même temps que lui, et laissa échapper un râle à faire trembler le plafond.
Il fallut à Torres cinq secondes pour se dégager, et cinq autres pour éprouver la morsure du regret.
Vision artistique et muséale de deux lesbiennes en action
Entrée au paradis ?
Taille originale : 29,7 x 42 cm
Elle s’assit dans le lit, attrapa la bouteille de rouge sur la table de nuit et but au goulot. “Dieu que c’était bon”, dit-elle. Et : “Oh, putain.” Et : “Fait chier.”
Puis elle lui tendit la bouteille.
Il avala une gorgée de vin. “Eh, te bile pas. Ça arrive, ce genre de truc.
— C’est pas pour autant que ça devrait, connard.
— Pourquoi tu me traites de connard.
— Parce que t’es marié.
— Mal.”
Elle reprit la bouteille. “T’es pas heureux ?
— Non, c’est pas ça, répondit-il. On est même plutôt heureux, dans l’ensemble, c’est juste qu’on a des problèmes avec le concept de fidélité conjugale. Pour nous, c’est aussi abscons que la théorie des cordes. Merde, quand je pense que je vais devoir confesser toutes ces conneries au prêtre demain, en le regardant bien en face...
- T’es le pire catholique que je connaisse.”
Il lui fit les gros yeux en étouffant un petit rire. “Ça m’étonnerait.
- Ah oui ? Et qu’est-ce qui te rend si sûr de toi, pécheur de mes deux ?
- Ce qui compte, c’est pas de pécher, expliqua-t-il. C’est d’accepter que t’es né déchu et que tu passes ta vie à essayer de te racheter.”
Elle leva les yeux au plafond. “Pourquoi tu déchoirais pas de mon lit pour foutre le camp ?”
Montage numérique de deux images de la  féminité
Préparez vos cartes de crédit !
Avec un soupir, il repoussa les draps. Il enfila son pantalon, assis au bord du matelas, puis chercha sa chemise et ses chaussettes. Quand il croisa le regard de Lisa dans le miroir, il comprit que, malgré tous ses efforts pour se persuader du contraire, elle l’aimait bien.
Merci, mon Dieu, pour les petits miracles. »
Montage d'un dessin pornogaphique et d'une citation d'une performeuse
Ce qu’elle en pense

samedi 16 décembre 2023

Le mâle prouve ses capacités…

Les dilemmes de l’art contemporain
« Si les liens affectifs sont à l’origine du comportement d’assistance, ce sont sans doute les soins parentaux qui en sont la source ultime d’un point de vue évolutif. Comme l’a expliqué Irenäus Eibl-Eibesfeldt, les soins parentaux sont apparus de façon évolutive chez les oiseaux et les mammifères et ont d’abord consisté à nourrir les jeunes, à leur tenir chaud, à les nettoyer, à apaiser leur détresse, et à les toiletter. En retour, se sont développés les cris d’appel des nouveau-nés, destinés à provoquer les soins parentaux. À partir du moment où ces échanges affectueux entre parents et progéniture furent établis, ils ont été étendus à d’autres relations, y compris celles entre adultes non apparentés. C’est ainsi que, chez les oiseaux, la femelle demande la nourriture à son partenaire en observant la même attitude que les oisillons affamés — bec grand ouvert et battements d’ailes —, tandis que le mâle prouve ses capacités de fournir des soins en lui donnant une bonne becquée.
Peux-tu repérer le trou de son cul ?
ou
Quel est l'objet de son adoration ?
Bien sûr, les attitudes caractéristiques des soins parentaux s’expriment aussi chez les êtres humains. Par exemple, les amoureux se donnent des petits noms (tels que “bébé”), et les adultes prennent une voix aiguë pour s’adresser autant à de très jeunes enfants qu’à des partenaires intimes. Dans le même ordre d’idée, Eibl-Eibesfeldt suggère que le baiser dérive probablement du bouche-à-bouche utilisé par les parents pour donner des aliments mastiqués à leurs petits. Le baiser, sans transfert de nourriture, est le moyen presque universellement employé par les êtres humains pour exprimer l’amour et l’affection. Or, d’après Eibl-Eibesfeldt, pour s’embrasser, “l’un des partenaires joue le rôle de celui qui reçoit, en ouvrant la bouche à la façon d’un bébé, tandis que l’autre exécute des mouvements de langue, comme s’il poussait de la nourriture”. Il est intéressant de remarquer que les chimpanzés nourrissent leurs petits au bouche-à-bouche et pratiquent aussi le baiser entre adultes. Un proche parent du chimpanzé, le bonobo, pratique même des baisers avec la langue. On n’a sans doute pas encore déterminé tous les maillons de la chaîne menant du nourrissage parental à l’attachement et au comportement d’assistance ; cependant on peut difficilement contester son existence. »
Taille originale : 29,7 x 21 cm et 21 x 29,7 cm

lundi 18 septembre 2023

Pensée intempestive

Hubris sexuelle ?
Taille originale : 21 x 29,7 cm (et 29,7 x 21 cm)

Le récit biblique de Suzanne et les vieillards raconté dans le Livre de Daniel peut être facilement lu dans une perspective féministe : la jeune femme surprise au bain est la victime du désir lubrique des deux vieillards qui violent son intimité, puis qui exercent un chantage agressif à son égard pour qu’elle cède à leurs exigences. La situation est celle d’une brutale domination masculine rendue possible par une position d’autorité — les deux vieillards sont des juges susceptibles d’accuser Suzanne d’adultère et de la faire condamner à mort —. Les analogies sont évidentes avec des situations contemporaines largement dénoncées, qu’il s’agisse d’un simple harcèlement de rue, de voyeurisme, de la divulgation non consentie d’images intimes ou bien sûr d’un viol imposé notamment par force, menace, ruse…

Mais la représentation de ce récit par d’innombrables peintres depuis la Renaissance (Tintoret, Véronèse, Rubens, Rembrandt, Artemisia Gentileschi, Jordaens pour citer les plus connus) a également été dénoncée à cause de son évidente ambiguïté puisque ces œuvres donnent à voir au spectateur (ou à la spectatrice) la nudité que Suzanne cherche précisément à protéger. Le point de vue adopté est similaire à celui des vieillards qui essaient de surprendre l’intimité de la jeune femme : c’est évident dans le célèbre tableau du Tintoret qui nous expose le sexe de Suzanne que le vieillard en bas à gauche tente également d’apercevoir. Le peintre « offre » aux spectateurs ou spectatrices ce qui est à cet instant précisément refusé aux deux personnages, et son « regard » sera dès lors facilement jugé trop « masculin » (le fameux male gaze dénoncé par Laura Mulvey)[1].

« Toute perversion active s'accompagnera de la perversion passive : celui qui, dans son inconscient, est exhibitionniste, sera en même temps un voyeur. »

Mais une critique féministe plus radicale peut être faite de ce récit biblique. La domination masculine s’y exerce en effet par l’intériorisation des normes patriarcales, traduites en injonctions divines : Suzanne refuse de céder aux vieillards d’abord et avant tout parce qu’elle est mariée et qu’elle ne veut pas être accusée d’adultère (ce qui, dans le contexte, signifierait une condamnation à mort), ni surtout enfreindre la loi divine. « De tous côtés, dit-elle, je suis prise au piège : si je vous cède, c’est la mort pour moi ; et si je refuse de céder, je n’échapperai pas à vos mains. Mieux vaut pour moi tomber entre vos mains sans vous céder, plutôt que de pécher aux yeux du Seigneur. » N’est-ce pas au fond le patriarcat qui commande entièrement l’attitude de Suzanne, au point de lui faire préférer la mort au « déshonneur » ? Et ne pourrait-on imaginer au contraire une société semblable à celle des singes bonobos où Suzanne dirait aux deux vieillards lubriques quelque chose comme : « Venez, je vais vous montrer ce que vous avez envie de voir, et, si vous insistez, je branlerai vos membres chenus, car je ne crois pas que vous soyez encore capables d’une vigoureuse pénétration pouvant me donner un vif plaisir sinon une réelle satisfaction » ?

D’aucunes parmi les féministes se récrieront et prétendront que cette intériorisation des normes patriarcales est secondaire et que ce qui importe ici c’est la violence faite au libre consentement, quelles que soient les motivations de la jeune femme. Cela est vrai, mais, dans une perspective matérialiste (qui semble bien oubliée aujourd’hui), il n’existe pas de liberté subjective qui ne soit l’effet plus ou moins inconscient de normes, de contraintes, d’habitudes, de modèles d’origine sociale[2]. Or les normes et attitudes promues par nombre de femmes et féministes sont en la matière similaires à celles du patriarcat qui fait du sexe féminin un bien précieux qui doit être protégé et qui ne doit pas être dilapidé. Il suffit à ce propos de consulter les nouveaux manuels d’éducation sexuelle qui insistent sur la nécessaire dimension affective (pas de sexualité sans amour), sur la nécessité de ne pas « aller trop vite ni trop tôt », sur le temps indispensable de la « réflexion », sur le besoin d’être « sûre (ou sûr) de soi », sur les « risques » à prévenir (ce qui est nécessaire sans doute mais transforme la sexualité en activité nécessairement dangereuse). Sans prétendre qu’il s’agit là d’un retour aux valeurs de la nécessaire virginité des jeunes filles, ce modèle imprègne encore la promotion de ce que j’appellerais une sexualité « restreinte », monogame, sans « excès », ni « frénésie »[3], ni « précipitation funeste », à l’abri notamment des supposées paraphilies. Il suffit de voir les dénonciations récurrentes de la pornographie dont les scénarios ne seraient que fiction et invraisemblance, puisque les femmes sont censées ne pas baiser après quelques minutes avec le plombier venu réparer l’évier, ni faire l’amour avec trois ou quatre individus surgis par magie dans leur appartement, ni participer à des orgies de corps de toutes espèces et de toutes origines. Bien entendu, les scénarios pornographiques sont peu « réalistes » (au sens littéraire du terme), mettant en scène des « performances » qu’il n’est pas donné à tout le monde de réaliser, illustrant souvent des pratiques rares, exceptionnelles, nées de l’imagination de scénaristes en quête d’inédit, d’inouï, d’étonnant, de stupéfiant. Mais il y a dans ces mises en garde récurrentes contre l’imaginaire pornographique la conception implicite d’une sexualité prudente, mesurée, foncièrement conjugale et gentiment caressante.

Il y a peu de chances que notre société se transforme bientôt en joyeuse bande de bonobos pratiquant l’amour libre et polymorphe, et je pense au contraire que l’exemple incarné par Suzanne protégeant sa vertu restera encore longtemps le modèle dominant. Par ailleurs cependant, comme les tableaux du Tintoret et d’autres mais avec moins d’hypocrisie, la pornographie minoritaire et stigmatisée continuera à illustrer l’utopie d’une sexualité évidente et facile, impudique et généralisée.

« Les religieuses bolognaises possèdent, plus qu’aucune autre femme de l’Europe, l’art de gamahucher des cons ; elles font passer leurs langues avec une telle rapidité, du clitoris au con, et du con au cul, que, quoiqu’elles quittent un moment l’un pour aller à l’autre, il ne me semble pas qu’elles varient ; leurs doigts sont d’une flexibilité et d’une agilité surprenantes, et elles ne les laissent pas oisifs avec leurs Saphos… Délicieuses créatures ! […]
Enfin, je les priai de m’enculer. On plaçait un con sous ma bouche, dont j’avalais le foutre : ce con se relayait à chaque fois qu’un nouveau godemiché m’entrait dans le cul. »

Taille originale : 29,7 x 21 cm (et 29,7 x 21 cm)


1. Il y aurait bien d’autres remarques à faire sur ce tableau remarquable du Tintoret, notamment le fait que Suzanne se contemple dans un miroir : regarde-t-elle son propre sexe ? et que cherchent les doigts de ses mains dans les plis du blanc tissu ?
2. « Tout est politique » rappellent souvent les féministes, et le consentement lui-même est une construction sociale.
3. Ainsi, la publicité faite aujourd’hui à « l’asexualité », définie comme une nouvelle minorité supposée stigmatisée sinon opprimée, contraste avec la conception de l’addiction sexuelle comme une dangereuse pathologie. D’un côté, l’absence de sexualité est normalisée, tandis que, de l’autre, on stigmatise encore et toujours les « obsédés sexuels » et bien sûr les « nymphomanes ».

La Comtesse, souriant.
Eh non, non ; Madame est trop sage.

La marquise.
Point de raillerie : viens, mon âme, que je te donne du plaisir.

La Comtesse, l’embrassant.
Soit. Mais, dans ce cas, fais ce qui peut m’être agréable.
(Elle tire de sa poche un godemiché d’une forme gigantesque).
Tiens. — Laisse-toi ceindre de ces attaches, et puis tu fourbiras ton amie à la faire expirer.

La marquise.
D’où te vient cette monstrueuse machine ? Quoi ! tu peux te résoudre à souffrir une véritable torture ! car, en effet, il y a là de quoi mourir.

La Comtesse, achevant d’attacher.
Ah, point de réflexion morale, et songe à contenter mon envie.

jeudi 14 septembre 2023

L'exploitation de la femme…

Étude de doigté lesbien [1]
« Et, en quelques phrases dites à l’oreille du baron Hartmann, comme s’il lui eût fait de ces confidences amoureuses qui se risquent parfois entre hommes, il acheva d’expliquer le mécanisme du grand commerce moderne. Alors, plus haut que les faits déjà donnés, au sommet, apparut l’exploitation de la femme. Tout y aboutissait, le capital sans cesse renouvelé, le système de l’entassement des marchandises, le bon marché qui attire, la marque en chiffres connus qui tranquillise. C’était la femme que les magasins se disputaient par la concurrence, la femme qu’ils prenaient au continuel piège de leurs occasions, après l’avoir étourdie devant leurs étalages. Ils avaient éveillé dans sa chair de nouveaux désirs, ils étaient une tentation immense, où elle succombait fatalement, cédant d’abord à des achats de bonne ménagère, puis gagnée par la coquetterie, puis dévorée. En décuplant la vente, en démocratisant le luxe, ils devenaient un terrible agent de dépense, ravageaient les ménages, travaillaient au coup de folie de la mode, toujours plus chère. Et si, chez eux, la femme était reine, adulée et flattée dans ses faiblesses, entourée de prévenances, elle y régnait en reine amoureuse, dont les sujets trafiquent, et qui paye d’une goutte de son sang chacun de ses caprices. Sous la grâce même de sa galanterie, Mouret laissait ainsi passer la brutalité d’un juif vendant de la femme à la livre : il lui élevait un temple, la faisait encenser par une légion de commis, créait le rite d’un culte nouveau ; il ne pensait qu’à elle, cherchait sans relâche à imaginer des séductions plus grandes ; et, derrière elle, quand il lui avait vidé la poche et détraqué les nerfs, il était plein du secret mépris de l’homme auquel une maîtresse vient de faire la bêtise de se donner.
— Ayez donc les femmes, dit-il tout bas au baron, en riant d’un rire hardi, vous vendrez le monde ! »
« Sortir de l’hétérosexualité a été un énorme soulagement. »
« À partir de ce moment, Denise s’intéressa aux histoires tendres de son rayon. En dehors des heures de gros travail, on y vivait dans une préoccupation constante de l’homme. Des commérages couraient, des aventures égayaient ces demoiselles pendant huit jours.
Clara était un scandale, avait trois entreteneurs, disait-on, sans compter la queue d’amants de hasard, qu’elle traînait derrière elle ; et, si elle ne quittait pas le magasin, où elle travaillait le moins possible, dans le dédain d’un argent gagné plus agréablement ailleurs, c’était pour se couvrir aux yeux de sa famille ; car elle avait la continuelle terreur du père Prunaire, qui menaçait de tomber à Paris lui casser les bras et les jambes à coups de sabot. Au contraire, Marguerite se conduisait bien, on ne lui connaissait pas d’amoureux ; cela causait une surprise, toutes se racontaient son aventure, les couches qu’elle était venue cacher à Paris ; alors, comment avait-elle pu faire cet enfant, si elle était vertueuse ? et certaines parlaient d’un hasard, en ajoutant qu’elle se gardait maintenant pour son cousin de Grenoble. Ces demoiselles plaisantaient aussi Mme Frédéric, lui prêtaient des relations discrètes avec de grands personnages ; la vérité était qu’on ne savait rien de ses affaires de cœur ; elle disparaissait le soir, raidie dans sa maussaderie de veuve, l’air pressé, sans que personne pût dire où elle courait si fort. Quant aux passions de Mme Aurélie, à ses prétendues fringales de jeunes hommes obéissants, elles étaient certainement fausses : on inventait cela entre vendeuses mécontentes, histoire de rire. Peut-être la première avait-elle témoigné autrefois trop de maternité à un ami de son fils, seulement elle occupait aujourd’hui, dans les nouveautés, une situation de femme sérieuse, qui ne s’amusait plus à de pareils enfantillages. Puis, venait le troupeau, la débandade du soir, neuf sur dix que des amants attendaient à la porte ; c’était, sur la place Gaillon, le long de la rue de la Michodière et de la rue Neuve-Saint-Augustin, toute une faction d’hommes immobiles, guettant du coin de l’œil ; et, quand le défilé commençait, chacun tendait le bras, emmenait la sienne, disparaissait en causant, avec une tranquillité maritale. »
Étude de doigté lesbien [2]
« La grande puissance était surtout la publicité. Mouret en arrivait à dépenser par an trois cent mille francs de catalogues, d’annonces et d’affiches. Pour sa mise en vente des nouveautés d’été, il avait lancé deux cent mille catalogues, dont cinquante mille à l’étranger, traduits dans toutes les langues. Maintenant, il les faisait illustrer de gravures, il les accompagnait même d’échantillons, collés sur les feuilles. C’était un débordement d’étalages, le Bonheur des Dames sautait aux yeux du monde entier, envahissait les murailles, les journaux, jusqu’aux rideaux des théâtres. Il professait que la femme est sans force contre la réclame, qu’elle finit fatalement par aller au bruit. Du reste, il lui tendait des pièges plus savants, il l’analysait en grand moraliste. Ainsi, il avait découvert qu’elle ne résistait pas au bon marché, qu’elle achetait sans besoin, quand elle croyait conclure une affaire avantageuse ; et, sur cette observation, il basait son système des diminutions de prix, il baissait progressivement les articles non vendus, préférant les vendre à perte, fidèle au principe du renouvellement rapide des marchandises. Puis, il avait pénétré plus avant encore dans le cœur de la femme, il venait d’imaginer “les rendus”, un chef d’œuvre de séduction jésuitique. “Prenez toujours, madame : vous nous rendrez l’article, s’il cesse de vous plaire.” Et la femme, qui résistait, trouvait-là une dernière excuse, la possibilité de revenir sur une folie : elle prenait, la conscience en règle. Maintenant, les rendus et la baisse des prix entraient dans le fonctionnement classique du nouveau commerce. »
« L’art est une extension de l'imaginaire masculin. »

mardi 1 août 2023

Exercice de réécriture littéraire

Point sensible
Taille originale : 29,7 x 21 cm

Mettez au féminin le texte suivant, puis donnez-en une version lesbienne.

« Les hommes qui poursuivent une multitude de femmes peuvent aisément se répartir en deux catégories. Les uns cherchent chez toutes les femmes leur propre rêve, leur idée subjective de la femme. Les autres sont mus par le désir de s’emparer de l’infinie diversité du monde féminin objectif.
L’obsession des premiers est une obsession romantique : ce qu’ils cherchent chez les femmes, c’est eux-mêmes, c’est leur idéal, et ils sont toujours et continuellement déçus parce que l’idéal, comme nous le savons, c’est ce qu’il n’est jamais possible de trouver.
Comme la déception qui les pousse de femme en femme donne à leur inconstance une sorte d’excuse mélodramatique, bien des dames sentimentales trouvent émouvante leur opiniâtre polygamie.
L’autre obsession est une obsession libertine, et les femmes n’y voient rien d’émouvant : du fait que l’homme ne projette pas sur les femmes un idéal subjectif, tout l’intéresse et rien ne peut le décevoir.
Et précisément cette inaptitude à la déception a en soi quelque chose de scandaleux. Aux yeux du monde, l’obsession du baiseur libertin est sans rémission (parce qu’elle n’est pas rachetée par la déception).
Comme le baiseur romantique poursuit toujours le même type de femme, on ne remarque même pas qu’il change de maîtresses ; ses amis lui causent de perpétuels malentendus car ils ne perçoivent pas de différence entre ses compagnes et les appellent toutes par le même nom.
Dans leur chasse à la connaissance, les baiseurs libertins s’éloignent de plus en plus de la beauté féminine conventionnelle (dont ils sont vite blasés) et finissent immanquablement en collectionneurs de curiosités. Ils le savent, ils en ont un peu honte et, pour ne pas gêner leurs amis, ils ne se montrent pas en public avec leurs maîtresses. »
Toucher du doigt
Taille originale : 21 x 29,7 cm
« Les femmes qui poursuivent une multitude d’hommes peuvent aisément se répartir en deux catégories. Les unes cherchent chez tous les hommes leur propre rêve, leur idée subjective de l’homme. Les autres sont mues par le désir de s’emparer de l’infinie diversité du monde masculin objectif.
L’obsession des premières est une obsession romantique : ce qu’elles cherchent chez les hommes, c’est elles-mêmes, c’est leur idéal, et elles sont toujours et continuellement déçues parce que l’idéal, comme nous le savons, c’est ce qu’il n’est jamais possible de trouver.
Comme la déception qui les pousse d’homme en homme donne à leur inconstance une sorte d’excuse mélodramatique, bien des messieurs sentimentaux trouvent émouvante leur opiniâtre polygamie.
L’autre obsession est une obsession libertine, et les hommes n’y voient rien d’émouvant : du fait que la femme ne projette pas sur les hommes un idéal subjectif, tout l’intéresse et rien ne peut la décevoir.
Et précisément cette inaptitude à la déception a en soi quelque chose de scandaleux. Aux yeux du monde, l’obsession de la baiseuse libertine est sans rémission (parce qu’elle n’est pas rachetée par la déception).
Comme la baiseuse romantique poursuit toujours le même type d’homme, on ne remarque même pas qu’elle change d’amant ; ses amies lui causent de perpétuels malentendus car elles ne perçoivent pas de différence entre ses compagnons et les appellent tous par le même nom.
Dans leur chasse à la connaissance, les baiseuses libertines s’éloignent de plus en plus de la beauté masculine conventionnelle (dont elles sont vite blasés) et finissent immanquablement en collectionneuses de curiosités. Elles le savent, elles en ont un peu honte et, pour ne pas gêner leurs amies, elles ne se montrent pas en public avec leurs amants. »
Espace muséal inoccupé
« Les femmes qui poursuivent une multitude de femmes peuvent aisément se répartir en deux catégories. Les unes cherchent chez toutes les femmes leur propre rêve, leur idée subjective de la femme. Les autres sont mues par le désir de s’emparer de l’infinie diversité du monde féminin objectif.
L’obsession des premières est une obsession romantique : ce qu’elles cherchent chez les femmes, c’est elles-mêmes, c’est leur idéal, et elles sont toujours et continuellement déçues parce que l’idéal, comme nous le savons, c’est ce qu’il n’est jamais possible de trouver.
Comme la déception qui les pousse de femme en femme donne à leur inconstance une sorte d’excuse mélodramatique, bien des femmes sentimentales trouvent émouvante leur opiniâtre polygamie.
L’autre obsession est une obsession libertine, et les autres femmes n’y voient rien d’émouvant : du fait que la femme ne projette pas sur les femmes un idéal subjectif, tout l’intéresse et rien ne peut la décevoir.
Et précisément cette inaptitude à la déception a en soi quelque chose de scandaleux. Aux yeux du monde, l’obsession de la baiseuse libertine est sans rémission (parce qu’elle n’est pas rachetée par la déception).
Comme la baiseuse romantique poursuit toujours le même type de femme, on ne remarque même pas qu’elle change d’amante ; ses amies lui causent de perpétuels malentendus car elles ne perçoivent pas de différence entre ses compagnes et les appellent toutes par le même nom.
Dans leur chasse à la connaissance, les baiseuses libertines s’éloignent de plus en plus de la beauté féminine conventionnelle (dont elles sont vite blasés) et finissent immanquablement en collectionneuses de curiosités. Elles le savent, elles en ont un peu honte et, pour ne pas gêner leurs amies, elles ne se montrent pas en public avec leurs maîtresses. »

lundi 26 juin 2023

De l'importance d'être beau

Au passage
« À force de nager je suis plutôt bien gaulée. Je dis ça au passage. C’est important d’être beau. Beau et fort. Je me serais foutue en l’air depuis longtemps sinon. Chaque jour je me sauve. Bien sûr il faut recommencer le lendemain. Et puis les filles. Seulement deux cet automne-là. Mais c’était bien. C’était nécessaire. C’était vital tout ce temps avec elles. À vérifier que j’étais vivante. Je ne vois pas ce qu’on peut faire d’autre quand on est un peu déprimé que ce small talk avec quelqu’un qu’on ne connaît pas. Ça déstresse, le sexe. Et puis c’est gratuit, c’est comme la messe. Je vais aussi dans les églises d’ailleurs. Je mets un cierge, je demande la rémission de mes péchés.
[…] »
“ Le plus beau singe est laid au regard du genre humain »
« C’est quelque chose en elles qu’elles ne veulent pas voir. Qui se voit dans leur dégaine, leur façon de marcher, leurs fringues, dans leur façon de parler. Pas des camionneuses, non, et moins ambiguës que moi sans doute, que moi maintenant ou que moi toujours, mais toujours un petit truc. Je ne dis rien. Je ne leur dis pas, ça les vexerait, je ne sais pas pourquoi, c’est si beau pourtant. C’est comme mes potes pédés qui croient que ça ne se voit pas. Qui tiennent à ce que ça ne se voie pas. Ça ne les intéresse pas, on dirait. Elles couchent avec moi sans se poser de questions. Elles font ça comme si ça ne changeait rien que je sois une femme, comme si ça ne disait rien d’elles. Comme si l’homosexualité n’existait pas. Comme si c’était juste de l’amour. Parfois j’en aime une plus que l’autre. Parfois j’aime les deux. Parfois je n’en aime aucune. Parfois je les largue. L’une ou l’autre. Par souci de clarté. Et puis je les reprends. Elles insistent. Elles m’aiment. Elles ne me demandent rien. Rien que ma bouche mes mains mon cul.
[…] »
Taille originale : deux fois 29,7 x 21 cm
« J’ai grandi dans des familles où les femmes étaient viriles, où elles chassaient, elles conduisaient, elles fumaient, où les hommes pouvaient préférer dessiner, lire Rimbaud et ne pas aimer la chasse. C’était gender fluid, la noblesse de maman et la bourgeoisie de papa. Au moins dans l’allure, mais c’était déjà beaucoup pour moi, c’était un bon point de départ. J’ai eu ma première carabine à quinze ans. Cadeau de ma mère, ancien mannequin toujours parfumée toujours maquillée. À ton âge il serait temps que tu apprennes à tirer. Conduire, naturellement, je savais déjà. »