jeudi 18 avril 2013

Timidité…

dessin erotique pornographique masturbation triolisme
taille des dessins originaux : 42 x 29,7 cm

« L'ennemi laisse béer l’ouverture : on s’y engouffre sans délai et on se rend maître de quelque point vital, sans lui laisser deviner la date choisie pour l’engagement.
Combinez vos plans en fonction des mouvements de l’ennemi et décidez alors du lieu et du moment de la bataille décisive. Vous vous présentez d’abord comme une vierge timide : l’ennemi ouvre sa porte, alors, rapide comme le lièvre, vous ne lui laissez pas le temps de la refermer »

jeudi 4 avril 2013

Il n’y a pas d’éducation sexuelle

dessin erotique pornographique strapon femdom sodomie
taille originale : 36 x 24 cm

Une éducatrice à la santé écrit que « son but est de déconstruire auprès des jeunes les principaux stéréotypes véhiculés par la pornographie et surtout de leur permettre de comprendre qu’il s’agit d’une fiction » (je souligne). « Sans entrer dans un discours moralisateur ni alarmiste », elle dénonce ensuite une supposée hypersexualisation qu’elle résume par les mots « trop, trop vite, trop tôt ».
Derrière la tolérance apparente, on voit bien à l’œuvre une entreprise de normalisation des comportements qui suppose d’abord qu’il y a un bon âge pour entrer dans la sexualité — « ni trop tôt, ni trop vite » — (et ce sont les supposés éducateurs qui savent, semble-t-il, quel est ce bon âge), et surtout que la sexualité ne doit pas occuper une place « trop » importante dans l’existence individuelle. La pornographie devient ainsi le « bouc émissaire » de cette supposée « hypersexualisation » qui dessine en creux l’idéal d’une subordination de la sexualité à la dimension affective des relations : la norme sous-jacente, c’est bien sûr que la sexualité ne doit pas se vivre sans amour, sans sentiment, sans une affectivité plus ou moins durable (amour rimant encore avec toujours…). Toute une série de comportements ou de situations illustrées par la pornographie — sexualité de groupe, jeux de domination, pratiques bizarres ou perverses, inégalités de toute sortes, par exemple d’âge, entre les partenaires, rencontres éphémères ou ponctuelles… — apparaissent en revanche comme des « excès » qui menacent une relation idéalement « équilibrée ».
D’autres ont déjà dénoncé cette vision complètement stéréotypée de la pornographie dont l’extrême diversité est réduite par cette éducatrice au supposé cliché de « l’homme fort, puissant, performant et de la femme sexy et soumise ». La normalisation des comportements, sous-jacente à « l’éducation sexuelle », visant en particulier des pratiques perçues comme « perverses », a également fait l’objet, il y a près de quarante ans déjà, d’une critique cinglante d’une féministe comme Xavière Gauthier (Dire nos sexualités, Galilée, 1976) qui mettait au contraire l’accent sur la singularité individuelle des fantasmes, irréductible à toute « normalité » supposée [1]. Mais j’entends surtout remettre en question l’idée que la pornographie serait une « fiction » et affirmer qu’elle contient au contraire une vérité essentielle dont toute « éducation sexuelle » devrait tenir compte.
Il est en effet absurde de parler de « fiction » alors que la pornographie dans nombre de ses formes [2] — par exemple le « gonzo » ou les films amateurs ou pseudo-amateurs — a pratiquement éliminé tout élément narratif, se contentant d’aligner des séquences d’une sexualité brute, réduite à une pure gestualité, sans aucune histoire ni récit. Et les gestes mis en scène ne sont pas « feints », ne résultent d’aucun trucage et peuvent même être considérés dans certains cas comme de véritables performances corporelles. Quoi qu’on pense de telles pratiques, les éjaculations faciales (avec des formes extrêmes comme le bukkake), les doubles pénétrations, les ligotages plus ou moins raffinés du bondage sont « vrais », non simulés, même s’il y a souvent des effets de montage, et que les attitudes, positions et paroles sont très généralement commandées par un réalisateur. Personne ne peut croire que ces actions sont spontanées ou « prises sur le vif », mais l’ensemble de la mise en scène pornographique n’est pas plus artificiel qu’une compétition sportive de gymnastique ou de plongeon, un numéro de music-hall ou même un spectacle de danse contemporaine que personne ne définira comme une « fiction ».
Il s’agit bien plutôt là de « performances » — artistiques, sportives ou sexuelles —, et l’on ne peut parler de « fiction » que si l’on pense que la pornographie est ou qu’elle prétend être une représentation de la sexualité « générale », et qu’elle donnerait ainsi une « image » — évidemment fausse — des pratiques sexuelles « courantes » (qui restent bien sûr à définir)… Or il est peu vraisemblable que les consommateurs ou consommatrices de pornographie estiment que ces images sont représentatives d’une « réalité » beaucoup plus large, d’une sexualité qui serait partagée par un grand nombre d’individus et qu’on pourrait même considérer d’une manière ou d’une autre comme une « norme » généralement reconnue. Si certaines personnes sont attirées par la pornographie, on peut en effet supposer que c’est précisément parce qu’elle s’éloigne de leur propre « réalité » sexuelle, qu’elle offre un « piment » d’étrangeté, d’excès, de transgression, d’inédit par rapport à leur propre quotidien (que l’on ne réduira pas cependant au cliché d’une supposée misère sexuelle dont la pornographie serait alors seulement le pauvre palliatif). D’autres indices suggèrent également que c’est le caractère exceptionnel de la pornographie qui explique au moins en partie l’attrait qu’elle exerce (et non au contraire son supposé caractère représentatif d’une sexualité générale) : c’est le cas en particulier des « stars » du porno, souvent inconnues du grand public mais dont les noms circulent sur Internet et qui sont appréciées par leurs admirateurs comme des personnes singulières que ce soit pour leur séduction physique ou pour la qualité de leurs performances (ou pour toute autre raison particulière). Ces acteurs ou actrices sont bien vus comme des personnes singulières, évidemment différentes sinon supérieures en certains points aux gens ordinaires.
Ainsi, la pornographie est très généralement perçue comme un univers séparé, exceptionnel à bien des égards, à distance du monde commun, sans doute artificiel, mais qui ne prétend pas représenter une autre réalité qu’elle-même, celle saisie au moment du tournage ou de la prise photographique. S’il est ainsi absurde de parler de fiction et donc d’un mensonge en ce domaine, il peut en revanche paraître beaucoup plus hasardeux de parler d’une vérité ou d’une forme de vérité de la pornographie comme on l’a énoncé précédemment. Un exemple simple permettra pourtant d’éclairer facilement ce point.
La pornographie gay constitue un secteur très important et relativement circonscrit dans ce champ de production (même s’il existe quelques zones de recouvrement avec les productions « hétérosexuelles »). Si ces films, images ou vidéos résultent, comme l’ensemble de la production pornographique, d’une mise en scène largement artificielle, que les faits et gestes représentés sont sans doute relativement rares sinon exceptionnels et qu’ils ne reflètent nullement la réalité habituelle ou quotidienne de la majorité des gays (même si l’on insistera encore une fois sur la difficulté à définir de façon exacte ce que serait cette réalité), personne ne prétendra que l’homosexualité ainsi illustrée est essentiellement un « stéréotype », et que le désir homosexuel en particulier est une fiction : le partage entre pornographie gay et pornographie hétérosexuelle correspond évidemment à des orientations sexuelles différentes, très profondément ancrées chez les individus, et la « vérité » de la pornographie gay (ou au contraire hétérosexuelle) réside évidemment dans ce désir et plus spécifiquement dans l’orientation de ce désir qu’elle illustre et qui est partagé par ses consommateurs éventuels. Dans cette perspective, prétendre que la pornographie est essentiellement une fiction revient à nier la vérité mais aussi la diversité des désirs mis en scène et mis en jeu dans ce genre de représentations.
Il est évident (sauf pour certains homophobes…) qu’aucun homosexuel ne changera d’orientation sexuelle sous prétexte que les films gays seraient fondamentalement une fiction. Mais cette affirmation vaut pour tous les désirs représentés dans tous les genres pornographiques : non seulement la fellation vue à l’écran est réelle — c’est le pacte d’authenticité fondamentale de la pornographie à l’ère photographique —, mais elle traduit un désir qui est partagé aussi bien par les personnes mises en scène que par celles regardant cette scène. Ce désir est sans doute divers, de nature et d’intensité variables chez les unes et chez les autres, mais lui seul explique la participation subjective à ce spectacle aussi bien du côté des acteurs [3] que des spectateurs. Lorsqu’on voit sur un site web des hommes soumis, attachés, bâillonnés et sodomisés par des maîtresses armées d’un gode-ceinture, personne ne doute qu’il s’agit d’une pratique rare (?), « extrême », fruit d’une mise en scène plus ou moins appuyée, avec peut-être même une part de simulation (par exemple des cris de souffrance), mais l’on ne considérera évidemment pas qu’il s’agit là d’une « fiction », ni que les désirs ainsi illustrés seraient faux ou mensongers comme des stéréotypes.
Ce qui gêne alors l’éducatrice à la santé ci-dessus, ce n’est pas que la pornographie soit une fiction, mais bien que certaines formes de désir illustrées par la pornographie contreviennent à ses propres normes et valeurs. C’est le cas, on le devine, pour la dissociation pratiquement constante en ce domaine entre la sexualité et l’amour : pour cette éducatrice comme pour d’autres sans doute, il ne convient pas de faire l’amour « si vite, si tôt », le premier soir, à la première rencontre… C’est sans doute également le cas des jeux de domination sexuelle où des femmes apparaissent en position dominée (je suppose que cette éducatrice laissera le libre choix de leurs fantasmes aux « esclaves » mâles…). Même s’il n’y a pas de statistiques en ce domaine, il est assez évident que ces situations (où les femmes sont dominées) sont plus fréquentes dans les réalisations pornographiques que les situations inverses : non seulement les jeux de domination peuvent déplaire à certains, mais le fait que ce soient les femmes qui y soient le plus fréquemment dans des rôles de soumission peut heurter les convictions égalitaires de beaucoup de personnes (hommes ou femmes d’ailleurs).
On ne parle ici que de relations entre adultes consentants, et personne bien sûr n’est obligé ni de goûter ni de participer à de tels jeux, mais les désirs qui s’expriment à travers ces jeux et qui sont représentés par de nombreuses productions pornographiques ne relèvent pas de la fiction et sont bien « réels ». Il serait alors absurde dans une perspective éducative de nier leur réalité, d’en dénoncer le caractère illusoire, ou de vouloir les « redresser » et les rendre conformes à l’on ne sait quelle norme supérieure (de la même façon qu’à une certaine époque on a voulu « guérir » les homosexuels de leurs supposés « penchants » [4] ). Il s’agit bien plutôt d’en prendre conscience, de les assumer, d’apprendre éventuellement à les gérer en particulier dans une relation amoureuse, érotique ou sexuelle qui encore une fois suppose le consentement des différents partenaires. Mais nier l’existence de tels désirs, les traiter comme une pure « fiction », les soumettre à un processus vague mais contraignant de normalisation visant à en effacer la dimension excessive, les aspects plus ou moins transgressifs, les formes extrêmes ou bizarres, conduit inévitablement aux mensonges et aux différente formes de refoulement.
Cela vaut pour les jeux de domination mais également pour toutes les autres situations illustrées par l’extrême diversité des productions pornographiques. Reconnaître la vérité (et la variété) des désirs qui s’expriment à travers ces productions ne signifie évidemment pas que ces désirs trouveront facilement à s’accomplir dans une relation individuelle ni qu’ils soient réalisables en d’autres lieux ni avec n’importe quels partenaires. La pornographie elle-même peut alors être une manière d’assumer et de gérer de tels désirs qui ne dépasseront pas alors le cadre d’une consommation voyeuriste.
Il est clair aussi que de nombreuses formes de désir ne trouvent pas à s’exprimer dans les productions pornographiques et leur sont même contradictoires (il suffit de penser à la sentimentalité que révèle la littérature « à l’eau de rose » qu’il serait également absurde de réduire à une pure « fiction » sans en comprendre la vérité profonde), mais il faut prendre en considération la variété et la réalité de ces désirs dans le cadre d’une éventuelle « éducation » qui ne soit pas simplement une entreprise de normalisation.

1. Pour éviter toute ambiguïté, je préciserai que les seules normes admissibles en matière de sexualité sont à mon estime celles de la loi condamnant en Occident les violences infligées à autrui (sans son consentement) ainsi que la pédophilie. La « normalisation » que vise l’éducation sexuelle (ou une certaine éducation sexuelle) concerne en revanche des comportements licites (au regard de la loi) mais que certains éducateurs estiment condamnables pour des raisons essentiellement morales.
2. Bien entendu, on trouve des films pornographiques avec une dimension narrative plus ou moins développée, mais ces éléments narratifs se caractérisent le plus souvent par leur manque de réalisme, le caractère artificiel et invraisemblable de la fiction étant alors très généralement souligné, et il faudrait être bien naïf pour croire que les situations mises en scène reflètent une quelconque réalité. Mais il est clair aussi que ces aspects narratifs ne retiennent que faiblement l’intérêt des spectateurs qui attendent évidemment autre chose, à savoir la représentation d’actes sexuels non « simulés ».
3. Les contempteurs de la pornographie affirment souvent que les actrices ne tourneraient ce genre de films que pour des raisons financières et qu’elles seraient donc essentiellement dans la simulation ; en revanche, il ne semble y avoir aucun doute sur l’authenticité du désir des acteurs masculins et de la jouissance qui accompagne leurs éjaculations spectaculaires (même si l’on sait aussi que beaucoup recourent à des produits comme le Viagra®…). Encore une fois, il ne s’agit pas ici de prétendre que les performances représentées ne sont pas largement « travaillées » et mises en scène de façon plus ou moins artificielle, mais il serait tout aussi absurde de prétendre que seules des contraintes externes (l’argent ou pire la violence) expliqueraient l’engagement des actrices dans ce type d’activités, et que leur participation subjective (comme celles des acteurs d’ailleurs) serait de nature fondamentalement différente de celle par exemples des sportifs en compétition (d’amateurs ou de professionnels).
4. Il est aussi absurde de penser que la vision d’images pornographiques gay pourrait transformer un hétérosexuel en homosexuel que de croire que des images de femmes soumises vont installer chez des jeunes gens des tendances profondes à la domination ou à la soumission. C’est la préexistence de ces tendances qui explique au contraire la consultation éventuelle de ce genre d’images.

dimanche 10 mars 2013

Trop sensible…

dessin pornographique bondage gay
Taille des dessins originaux : 24 x 32 cm

« Le colonel appela St. et l'entraîna à l'écart, dans l'ancien bivouac ennemi, en contrebas du sommet.
— Je vous relève de votre commandement, St., annonça-t-il sans préambule.
Sa figure, cette figure, cette face vieille et juvénile, tellement plus juvénile et plus sympathique que celle de St., était figée en un masque dur et sévère. St. sentit soudain son cœur battre à ses oreilles, mais il ne dit rien.
— C'est dur, je le sais. Et cette décision m'a été pénible. Mais je crois simplement que vous ne ferez jamais un bon officier de première ligne. J'ai mûrement réfléchi.
— C'est à cause d'hier matin ? demanda St.
— En partie... En partie. Mais il y a autre chose, au fond. J'ai l'impression que vous n'êtes pas assez dur. Je vous trouve trop mou, trop faible. Trop sensible. Vous avez trop de cœur… Je crois que vous vous laissez trop gouverner par vos nerfs, par vos sentiments. Comme je vous l'ai dit, j'y ai mûrement réfléchi.
St. ne disait rien, et soudain cette impression d'écolier pris en faute l'envahit à nouveau, le sentiment de culpabilité et la peur du «savon». Il n'arrivait pas à s'en défendre. C'était risible.
— A la guerre, les soldats se font tuer, reprit le colonel. On ne sort pas de là, St. Et un bon officier doit s'y résigner, accepter le fait, et calculer les pertes de vies humaines en fonction du gain éventuel. Je ne vous crois pas capable de le faire.
— Je n'aime pas voir mes hommes se faire tuer, c'est tout ! s'écria St. avec éclat, pour se défendre presque malgré lui.
— Naturellement, voyons ! Aucun bon officier n'aime ça. Mais le bon officier doit être capable de le supporter. Et parfois, il doit même être capable de leur en donner l'ordre !
St. ne répondit pas. »

samedi 2 février 2013

… et mon cerveau jouit, seul et silencieux, magnifiquement seul.

taille originale : 24 x 34 cm
« Je ne voulais que ça. Faire l'amour, tout le temps, sans rage, avec patience, obstination, méthodiquement. Aller au bout. Il était comme une montagne à escalader, et il me fallait arriver en haut, comme dans mes rêves, mes cauchemars. Le mieux aurait été de l'émasculer tout de suite, manger ce morceau de chair toujours dur toujours dressé toujours réclamant, l'avaler et le garder dans mon ventre, définitivement. »

dimanche 18 novembre 2012

triomphante nue

taille originale : 21 x 29,7 cm

« Je n’ai confiance que dans la nuit
ombre où les murmures promettent
l’éternité
je n’ai plus honte
je vois et j’appelle
je crie
Tout se tait
et tu apparais triomphante nue
les bras tendus heureuse
tu dis alors alors
et je suis ton ombre
j’écoute et j’obéis
le silence t’appartient
et je suis le silence
Je te retiens
tandis que le monde s’évanouit
un nuage
Tu demeures
tu es la nuit
la nuit tout entière
dans l’espace et le temps confondus
tu es la vérité
oh incendie
flamme qui s’empare et conquiert
qui d’un seul coup d’un regard
envahit
Oh toi
Tes mains saisissent et donnent
l’oubli
Oh diamant oh source
Métamorphose
Je n’ai confiance que dans la nuit
Je n’ai confiance qu’en toi
dont le nom
a la forme de tes lèvres
Nuit
Toi nuit »

dimanche 9 septembre 2012

L'œil fixe et fou, les dents serrées

dessin erotique pornographique masturbation
dessin erotique pornographique masturbation
dessin erotique pornographique masturbation
taille originale des dessins : 21 x 29,7
« Ce soir si je t’écris, c’est qu’on m’a mise de bonne humeur, un fait humain m’a remise dans mon assiette à 4 heures du matin ! Après des virées épuisantes dans la ville bondée d’imbéciles teutoniques et saouls venus rituellement élargir leur cervelle bornée au salon de l’Auto, je marchais loin de tout sur un trottoir désert quand je vois s’approcher de moi quelqu’un que j’ai d’abord pris pour un échappé de Bel-Air. L’œil fixe et fou, les dents serrées et la démarche saccadée, il s’approchait vêtu d’une gabardine. J’ai reculé d’abord, puis on s’est expliqué.
C’était un étudiant en médecine venant de passer des examens, puceau et misogyne de surcroît, 23 ans, une carrure de taureau nain, une sorte de petit Aubert en très jeune, très intelligent et d’une nervosité, d’une angoisse, concentrées et refoulées au maximum.
Il m’a fait un grand discours sur l’immense responsabilité que je prenais en l’emmenant chez moi, que c’était la première fois et pouvait aussi être la dernière s’il était déçu. Du coup, je me suis sentie à la hauteur d’une tâche maternelle et universelle, ça c’est du boulot, on passe au creuset un futur médecin, il peut en ressortir transformé à jamais en un ami, un confident des femmes, ou en leur ennemi !
Je dois dire qu’il est reparti extrêmement content de lui et de moi, je lui ai consacré le supplément de temps nécessaire à faire de lui un futur champion humain. Maintenant, après un dernier Suisse allemand venu des brumes d’Olten, pas trop saoul, je vais rentrer dormir auprès d’Edgar qui aura passé une partie de la nuit au piano avec une sourdine. Il est toujours aussi charmant et dévoué, mais je lui ai quand même fait une scène hier soir. J’ai explosé. Je lui ai dit qu’il était injuste et dégueulasse que je doive me crever toutes les nuits que personne ne me payait pour que je puisse faire de la peinture ou du piano et qu’il fallait qu’il gagne sa vie comme tout le monde, ou alors qu’il s’en trouve une autre.
Moi, tu me connais, je suis féroce, la rage concentrée de toutes ces nuits d’humiliations et de tortures me donnent des forces. Si la semaine prochaine il n’a rien fait, je le vire de chez moi, un point c’est tout, il n’y a pas de gentillesse ni de galanterie qui tiennent, je ne veux pas être seule à bouffer toujours la mauvaise part du gâteau. »

Le statut de l'image visuelle

taille originale : 29,7 x 42


« Tout le monde sait une chose sur le Bouddha : il est entré dans le nirvana, et, en ce sens, il n'existe plus. Mais malgré tout, on continue à prier devant une statue du Bouddha. Savoir quel est le statut de cette statue n'est pas si évident. Mais en réalité, nous ne sommes pas tellement logiques dans notre manière de vivre ces questions. Peut-être est-ce une erreur de vouloir être trop logique. Quand on parle de religion, les gens ne sont pas tellement rationnels.
Pour un esprit naïf ou pour un esprit mystique, il est impensable que les personnifications ne soient que des signes comme la lettre “A”. Elles sont plus que cela. Mais quoi exactement ? »