jeudi 3 novembre 2022

Méditations pornographiques [3]

Lever les yeux

La pornographie ne serait pas « réaliste », nous disent notamment les éducateurs et éducatrices à la santé : elle montrerait des comportements artificiels et extrêmes, ainsi que des personnes hors normes comme des « hardeurs » au sexe surdimensionné… En négatif se dessine alors une « normalité » sexuelle qui serait l’inverse du porno : la douceur du couple monogame qui prend son temps avec un minimum de fantaisie…

Mais si la pornographie est fiction, mythe ou mensonge, quelle en est néanmoins la part de vérité ? Après tout, les meilleurs analystes reconnaissent à la littérature romanesque (qui est également fiction) une forme de vérité médiate. Dans Les Misérables, « Victor Hugo nous conte avec justesse le destin tragique de ces enfants du bas peuple entre injustice, maltraitance et infortune ». Cosette n’a pas « réellement » existé mais elle représenterait tous ces enfants du bas peuple, etc. Que représente alors la pornographie ? Un pur mensonge ? À ce propos, il faut remarquer qu’entre vérité et fausseté, entre réalité et fiction, il n’y a sans doute pas de rupture franche (si du moins l’on considère les choses humaines et non le domaine des sciences pures), mais des continuités et des nuances qui vont du vrai au faux en passant par le vraisemblable, le général, l’habituel, le fréquent, le rare, l’exceptionnel, le subjectif, l’artificiel, l’invraisemblable (qui pourtant arrive parfois), le mensonge derrière lequel peut se deviner une vérité…

Taille originale : 21 x 29,7 cm
& 29,7 x 21 cm

Dans le désordre, examinons.

De scénario, il y en a très peu, et ces faibles récits sont orientés vers leur issue prévisible : l’accouplement, la baise, la pénétration multiple des orifices… Et cela sans trop attendre. On connaît la blague : la pornographie donne une image irréaliste de la vitesse à laquelle un plombier peut arriver chez vous… Mais de quelle réalité s’agit-il ? Celle des conventions sociales : la pornographie est bien évidemment une infraction aux normes de la décence, de la pudeur, de la retenue qui régissent la sexualité dans la vie publique. En principe — je dis bien en principe —, les femmes ne baisent pas immédiatement avec des inconnus au hasard des rencontres… Et les groupes de gays ne violent pas des hétéros obtus dans les toilettes publiques pour leur faire découvrir les plaisirs sodomites et autres. L’infraction peut être plus ou moins grave, passer même inaperçue. Mais elle est au cœur de la pornographie : ce qui n’est pas permis, pas possible dans la vie sociale ou plus exactement publique, s’y réalise comme par enchantement. En cela, la pornographie est porteuse d’une utopie plus ou moins heureuse, celle d’une sexualité qui ne serait plus régie par des normes sociales mais pas le seul désir qui s’exprimerait sans contraintes ni limites. Mais désir de l’individu voyeur, entièrement soumis à sa perversion à laquelle se soumet magiquement la « réalité ». Fiction utopique et pleinement égoïste donc, masturbatoire sans doute, ce qui choque celles et ceux qui croient nécessaire une morale en tout lieu, même le plus intime, même le plus imaginaire.

Du réel, il y en a bien pourtant, essentiel : les bites dressées, les chattes ouvertes, les culs exposés et les actes commis, exécutés, accomplis. C’est bien cette réalité-là que veut voir le voyeur, la spectatrice. Ce réel-là, habituellement caché, enfin se dévoile dans toutes ses formes, dans toutes ses expressions, même s’il y a artifice, mise en scène, technique préparatoire : la bite passe du trou du cul à la bouche avide, mais l’on sait ou l’on devine qu’il y a eu moult lavements préalables pour permettre l’acte obscène. Et la papavérine est injectée de façon répétée.

Mais le réel est ici singulier, extrême. La pornographie ne prétend pas représenter une sexualité « normale » (celle d’une supposée majorité) puisque cette « normalité » sexuelle est insatisfaisante, ce qui justifie le recours à la pornographie. Celle-ci m’offre ce que ma « vie » sexuelle ne m’accorde pas, qu’il s’agisse seulement de la « pimenter » ou de m’en donner un « substitut » plus ou moins total. La pornographie est un de ces « dangereux suppléments » qui prennent la place du « réel » (relisez, si vous en avez envie, Derrida[1]) ; la pornographie supplée la réalité sous une forme dérivée, nécessairement transgressive des normes sexuelles aussi diverses, multiples et variables selon les individus soient-elles. La première et la plus essentielle de ces transgressions est la représentation elle-même, le filmage, l’acte photographique auxquels se soumettent les performeuses et performeurs : les personnes « ordinaires » ne filment pas leurs ébats (sous peine de « revanche pornographique » des amants désappointés). Mais de façon générale, la pornographie se doit de montrer une réalité hors normes, celle d’un désir multiple surgissant et s’accomplissant sans contrainte, sans retenue.

Pas étonnant dès lors que beaucoup de situations représentées relèvent de la performance, performance semblable à celle des gymnastes livrant leurs corps à des tensions et des contorsions extrêmes. Mais, encore une fois, ces performances sont réelles, même si bien peu d’entre nous sommes capables d’effectuer un double salto arrière aux barres asymétriques ou de prendre part à une double pénétration anale suivie d’une triple éjaculation faciale…

Tout cela est évidemment mis en scène, organisé, dirigé pour le regard de la caméra. C’est un spectacle, et l’artifice comme celui du théâtre ou de l’opéra s’impose immédiatement au public mais s’efface progressivement jusqu’à l’acmé de la représentation dans l’illusion d’une excitation ou même d’une jouissance partagée. Le comble de l’artifice se transcende au moment du chant lyrique — la cavatine de Barberina, E lucevan le stelle dans la Tosca, l’aria du Cold Genius… — en une émotion pleine, authentique, et l’excitation surgit pareillement devant l’acte obscène, gonflant lentement verges et clitoris avant enfin de les libérer de leur excitation longtemps contenue.

Démolition/disparition

C’est là sans doute que se joue l’essentielle vérité de la pornographie car l’émotion trouble, l’excitation incontrôlée ne surgit pas devant n’importe quelle image et varie grandement selon les individus. Autrement dit, ce n’est pas l’image qui crée l’excitation mais la rencontre entre une image et un désir singulier, un désir singulièrement enfoui d’ailleurs. Et l’image agit comme révélateur de ce désir. Il est donc absurde de prétendre, comme le font les contempteurs de la pornographie, que celle-ci modèle les désirs comme l’empreinte d’un sceau sur de la cire molle. Car, si c’était le cas, n’importe quelle image — pornographique mais également autre : accident de voiture, violence corporelle, portrait masculin ou féminin, photo d’animal… — serait susceptible de provoquer l’excitation érotique, ce qui n’est évidemment pas le cas. Souvenons-nous de Crash de David Cronenberg : l’excitation des personnages naît notamment d’images de corps mutilés, accidentés ; si cela est évidemment possible, comment ne pas constater que ce désir singulier — que la plupart d’entre nous ne partageons sans doute pas — résulte de la rencontre entre une psyché singulière et des images qui révèlent quelque chose qui y est profondément enfoui. Alors, la pornographie peut être fiction, mise en scène, imagerie fantasmatique, le désir qui s’y manifeste est quant à lui incontestablement vrai car c’est lui détermine le regard pornographique. D’où la diversité des pornographies, toutes plus ou moins perverses au sens freudien, mais aussi leur « incommunicabilité » : l’hétérosexuel (masculin) appréciera généralement peu la pornographie homosexuelle, et la plupart des amateurs et amatrices de sodomies ne goûteront sans doute pas l’objet de la passion des scatophiles.

Il y a une vérité statistique dans la pornographie, car, si les désirs sont singuliers, souvent irréductibles les uns aux autres, ils sont néanmoins partagés par un nombre plus ou moins grand d’individus : l’éjaculation faciale par exemple a été à une époque largement populaire, sans doute moins aujourd’hui (car, en pornographie, il y a des modes aussi). Vient alors la grande accusation à l’encontre de la pornographie hétérosexuelle, qui serait seulement illustration et défense de la domination masculine. Et, comme tout est politique, même l’inconscient, cette imagerie est condamnable car faisant partie du continuum allant de la violence psychologique à l’assassinat bestial. Sauf que. L’imagerie est fantasmatique et illustre non pas ce qui est, ni ce qui devrait être (le supposé patriarcat), mais un désir qui, on l’a dit, lui préexiste, même s’il est plus vague, plus indécis que l’image qui apparaîtra alors comme une révélation (« c’est cette actrice-là qui me fait bander ! »). La question est donc bien celle du désir et non celle d’une supposée influence de la pornographie sur les comportements. Ce désir-là est d’abord fantasmatique, car la pornographie est bien évidemment un substitut, un « supplément » à une réalité qui est insatisfaisante (partiellement ou totalement) : elle m’offre ce dont la réalité me prive présentement. La domination en pornographie est une domination rêvée, imaginaire, comme le révèle son envers supposé, le masochisme masculin. Que celui-ci soit apparemment moins fréquent que le désir de domination ne signifie pas que l’un soit plus vrai que l’autre : tous les deux sont vrais, authentiques, et c’est cette vérité que révèle la pornographie. La manière dont se gère alors ce désir au-delà de la pornographie est affaire d’individus et relève d’une autre réalité, nécessairement diverse (encore une fois, pensez à la manière dont vit le masochiste dans la vie courante)..

Cette vérité mérite d’être interrogée, non pas de façon naïvement politique, ce qui ne conduirait qu’à la tentation du refoulement, de la répression, de la normalisation, c’est-à-dire au déni de la réalité (comme c’est le cas pour la consommation des dites « drogues »), mais de façon humaine (psychologiquement, sociologiquement…) de façon à en éclairer même de façon partielle les « mécanismes ». Pour reprendre l’exemple de l’éjaculation faciale, qu’en est-il de ce désir-là ? chez les hommes mais aussi chez les femmes qui paraissent s’en réjouir ? À qui d’ailleurs s’identifie le spectateur ou la spectatrice ? à l’éjaculateur ou à celle dont le visage s’offre au foutre jaillissant ? Et quelle rôle la beauté joue-t-elle dans ce spectacle ? Quel sens, quelles émotions entrent ici en jeu ? De quelle domination, de quelle soumission s’agit-il vraiment quand notamment le visage féminin offert à la supposée offense est souriant sinon même rieur ? Aucune de ces questions n’a de réponse évidente ni immédiate, car cette vérité de la pornographie doit nécessairement être interprétée, et cela d’une façon qui ne soit ni sommaire ni unilatérale.


1. Jacques Derrida, De la grammatologie. Paris, Minuit, 1967, p. 203-234.
Sous l'œil des caméras

lundi 31 octobre 2022

Méditations pornographiques [1-2]

Impromptue

Pornographique peut s’appliquer selon certains (mais qui serais-je pour interdire l’usage métaphorique des mots ?) à ce qui n’est pas la pornographie : à un régime politique, à une quelconque publicité, à certaines photos de presse, à l’un ou l’autre spectacle sportif, à la guerre ou à la famine comme spectacle télévisuel, au règne général des médias ou de l’image… L’époque elle-même pourrait être, selon un quelconque philosophe, qualifiée de pornographique. Dans cette utilisation élargie, le terme semble synonyme d’obscène, mais la signification est plus complexe : on nous impose ce que nous ne voulons pas voir, ce qui nous est insupportable à voir — ça, c’est l’obscène — mais surtout on nous le présente, on nous l’offre pour susciter en sous-main un désir malsain, un désir de voir ce que nous devrions ne pas désirer voir. C’est, ce serait le pornographique. Dans une telle perspective, intensément moralisatrice, le désir devrait rester caché, et rien ne devrait le susciter, l’éveiller, le titiller. Plus profondément même, le désir — en particulier le désir de voir — ne devrait pas exister. La « Vertu », que l’on croyait obsolète, reste l’idéal à peine masqué de bien de philosophes et d’essayistes amoureux ou amoureuses de la morale.

*

Avant l’effondrement

C’est souvent répété par les contempteurs de la pornographie comme des performeuses elles-mêmes[1] : les actrices pornographiques ne jouissent pas quand elles tournent un film. C’est sans doute vrai : les conditions d’un tournage avec de multiples prises de vue et des injonctions visant à favoriser certains angles, certains gestes, certaines attitudes imposent des contraintes peu compatibles avec l’expression du désir et du plaisir. Deux réflexions cependant. Personne ne semble s’interroger sur la jouissance des performeurs masculins dont les éjaculations sont abondamment filmées. Leur plaisir est-il feint (on sait qu’ils prennent tous des stimulants érectiles) ? Ou leur orgasme est-il sans valeur ? Malgré les mêmes conditions de tournage, ils parviennent visiblement à l’orgasme (ou une forme d’orgasme).

Par ailleurs, est-il réellement inconcevable que ces actrices puissent de façon rare non seulement trouver du plaisir mais une jouissance dans leurs performances ? De leur point de vue, ce déni (qui n’est pas général d’ailleurs) s’explique assez facilement : il s’agit de maintenir leur « vraie » vie, leur « véritable » personnalité à l’abri des fantasmes d’admirateurs plus ou moins envahissants (mais à quel niveau d’imbécillité les utilisateurs des réseaux supposés sociaux sont-ils tombés pour croire qu’une personnalité publique — sportive, culturelle, politique, pornographique ou autre — qui reçoit des centaines, des milliers sinon de millions de sollicitations est susceptible de leur répondre personnellement ?). Mais, du côté des contempteurs de la pornographie, l’on devine qu’il faut absolument préserver une dernière parcelle d’intimité sexuelle, un dernier « mystère » de la féminité, une dernière forme de « vertu » féminine. Non, une femme ne peut pas se donner ainsi, s’abandonner sans retenue à un plaisir purement « animal », s’abaisser, s’avilir ainsi en oubliant toute « pudeur »… Ce n’est sans doute pas une nouvelle variation sur la maman et la putain (quoique !) mais plutôt une survivance de l’idéalisation de la Femme impliquant sa désexualisation : une femme ne peut pas jouir (car elle ne serait qu’amour, sentiment, noblesse ou pire chasteté, vertu désexualisée…), et seul l’homme serait la victime de sa double nature, à la fois spirituelle et animale (et, dans ce cas, surtout animale !).


1. « Mais non, je ne jouis pas ! Le cinéma porno, c’est de la fiction, vous le savez bien, on n’arrête pas de le répéter ! c’est mis en scène de façon complètement artificielle comme un film de super-héros, c’est organisé pour la caméra, seulement pour la caméra ! Ma sexualité n’a rien à voir avec ce que vous voyez à l’écran ! », s’exclame une actrice lors d’un échange avec un correspondant anonyme quelque peu maladroit dans son questionnement.
Taille originale : 29,7 x 21 cm
Taille originale : 29,7 x 21 cm et 29,7 x 42 cm

samedi 22 octobre 2022

Une grotesque parodie

Rentre ton glaive,
car tous ceux qui prennent le glaive
périront par le glaive.
« Jed l'ignorait alors, et Vanessa tout autant, mais les fleurs ne sont que des organes sexuels, des vagins bariolés ornant la superficie du monde, livrés à la lubricité des insectes. Les insectes et les hommes, d'autres animaux aussi, semblent poursuivre un but, leurs déplacements sont rapides et orientés, alors que les fleurs demeurent dans la lumière, éblouissantes et fixes. La beauté des fleurs est triste parce que les fleurs sont fragiles, et destinées à la mort, comme toute chose sur Terre bien sûr mais elles tout particulièrement, et comme les animaux leur cadavre n'est qu'une grotesque parodie de leur être vital, et leur cadavre, comme celui des animaux, pue — tout cela, on le comprend dès qu'on a vécu une fois le passage des saisons, et le pourrissement des fleurs, Jed l'avait pour sa part compris dès l'âge de cinq ans et peut-être avant, car il y avait beaucoup de fleurs dans le parc autour de la maison du Raincy, beaucoup d'arbres aussi, et les branches des arbres agitées par le vent étaient peut-être une des premières choses qu'il avait aperçues lorsqu'il était roulé dans son landau par une femme adulte (sa mère ?), en dehors des nuages et du ciel. La volonté de vivre des animaux se manifeste par des transformations rapides — une humectation du trou, une raideur de la tige, et plus tard l'émission du liquide séminal — mais cela il ne le découvrirait que plus tard, sur un balcon de Port-Grimaud, par l'entremise de Marthe Taillefer. La volonté de vivre des fleurs se manifeste par la constitution de taches de couleur éblouissantes, qui rompent la banalité verdâtre du paysage naturel, comme la banalité en général transparente du paysage urbain, dans les municipalités fleuries tout du moins. »
#Notallmen ?!
Taille originale : 21 x 29,7 cm et 29,7 x 21 cm

mercredi 19 octobre 2022

Le comble du luxe

Mâle bêta ?
« L’ascenseur s’ouvrit sur une pièce au plafond si haut qu’on le distinguait à peine, voilé de gris et de noir pour étouffer la lumière qui entrait à flots par la baie ouverte sur les remparts de la vieille ville, au bout du quartier de Mamilla.
Murs blancs et nus, assortis à la moquette et au canapé géant, aucun objet, aucune trace d’être humain, le comble du luxe.
Soukolov se rua dans sa chambre, une pièce sans fenêtre, ronde, de même forme que le lit qui trônait au milieu, et se débarrassa de ses vêtements comme on s’arrache une peau morte. Un peignoir et il s’affala sur le canapé, boîtier en main. Il avait dix minutes pour s’informer de la marche du monde.
Le mur qui lui faisait face s’ouvrit en deux, laissant apparaître un écran géant. Au même moment, une jeune femme brune en robe rouge se glissa dans la pièce par une porte escamotée poussant un chariot avec divers ustensiles et deux bassines d’eau. Sokolov s’enfonça dans le canapé avec un soupir d’aise et ferma les yeux. Le monde pouvait bien patienter quelques secondes.
La jeune femme s’agenouilla à ses pieds, écarta doucement les deux pans du peignoir qui dégagèrent un sexe tendu à rompre. Visage impénétrable, gestes précis, elle saisit une sorte de gant éponge qu’elle mouilla d’eau chaude avant de le glisser délicatement sur le corps du Russe qui s’abandonnait sur son siège, jambes écartées, bouche entrouverte. Quand le gant attaqua son sexe, il siffla entre ses dents : “Vite !” Elle écarta à son tour le haut de sa robe qui s’ouvrit sur une poitrine gonflée par la pression du tissu, il empoigna les deux seins en grognant tandis qu’elle tendait ses lèvres laquées de rouge vers le sexe qu’il tentait fébrilement d’approcher de son visage. L’affaire fut expédiée en quelques secondes, le Russe n’était pas du genre à perdre son temps. »
Tirage au sort ?
Taille originale : 29,7 x 21 cm et 29,7 (+ 7) x 21 cm

lundi 17 octobre 2022

Une traînée pas possible

Azulejos ou carreaux de Delft ?
Taille originale  : 21 x 28,2 cm
« Une fois, les deux femmes en étaient venues à évoquer cette indémerdable contradiction à laquelle elles se trouvaient parfois confrontées dans l’intimité, quand le grand projet d’émancipation féminine se heurtait à ces drôles d’aspirations à la bassesse.
— Mais évidemment meuf ! avait clamé Lison, dialectique d’instinct. Ça n’a rien à voir.
— Ouais, je sais pas.
— Mais non, voyons !
Elles finissaient leur deuxième pinte d’IPA, et Lison, la stagiaire, passé le taux d’alcool réglementaire, s’arrogeait aisément les fonctions de management.
— Moi, par exemple, je kiffe quand on me crache dessus.
Hélène avait ouvert des yeux ronds et éclaté de rire, avant d’inciter la jeune fille à poursuivre. C’était quoi encore cette histoire ?
— Je sais pas pourquoi, ça me rend dingue. On en parlait l’autre fois avec un pote, Robin, il est gay, ingénieur qualité dans je sais pas quoi, irlandais à la base tu vois, un pur beau mec, super cool, tu verrais chez lui c’est magnifique, des plantes vertes partout, je sais pas comment il fait, moi elles crèvent toutes direct, et alors une traînée pas possible, ces mecs sont sans limite dans le cul en vrai, ils te racontent des trucs, tu te dis vous êtes pas sérieux ? Donc cracher, lui, il survalide évidemment. Mais y avait notre pote Laura. La meuf m’a mis la misère. Tu te respectes pas, le mec te crache dessus, c’est n’importe quoi. Ça a duré dix minutes, j’en pouvais plus. J’ai fini sur un eye roll. Qu’est-ce que tu veux faire ? En tout cas, je laisse le gouvernement de mon cul à personne. »
You Know I'm No Good
Taille originale  : 21 x 29,7 cm
« Plus tard, Hélène avait partagé l’anecdote avec Christophe que l’idée avait plutôt séduit.
— On devrait essayer.
— C’est moi qui te crache dessus, ouais.
Il avait fait miam. Tout n’était pas si moche, en fin de compte. La complicité gagnait, leurs limites se faisaient plus perméables et parfois, au détour d’une phrase, des déclarations risquées se frayaient un chemin. »
Avertissement ailleurs, sur la grand toile électronique
« Indémerdable contradiction »

samedi 15 octobre 2022

Les seins qui paraissent

Un moment paroxystique
Tailles originales : 29,7 x 21 cm,
42 x 21 cm et 59,6 x 40 cm
« Assis sur un muret, il les regarde jouer pendant des heures. Les types orgueilleux et bien bâtis servent comme des brutes, montent systématiquement au filet et se tapent dans la main à chaque point marqué. Ils ont les épaules qui pèlent, des sourires aveuglants et portent autour du cou des colliers heishi comme les surfeurs à Malibu. Mais ce sont surtout les filles qui intéressent Christophe, leurs fesses rondes et leurs queues de cheval qui volent quand elles cavalent, leur fausse indifférence, leurs petits groupes papoteurs sur les rochers qui cascadent depuis la route. Certaines ne portent même pas de haut.
Déconstruit / reconstruit
ou la Nouvelle Isis
Christophe a notamment repéré deux sœurs, des Néerlandaises, la plus grande avec vachement de poitrine, les cuisses mouvantes et qui fait penser à une brioche tout droit sortie du four, et l'autre, plus élancée, les lèvres minces et des grains de beauté dans le dos dont il connaît le dessin par cœur. Elles viennent assez tard dans l'après-midi, la démarche lourde d'après la sieste et, à chaque fois, il leur faut des plombes pour rentrer dans l'eau. Frileuses, elles barbotent sans conviction, se mouillent les épaules et la nuque, font des mines. On sait qu'ensuite, elles iront se sécher au soleil et fumer une cigarette après avoir dénoué le haut de leur maillot. Tous les garçons attendent sans en avoir l'air cette seconde de leurs seins qui paraissent et Christophe comme les autres, les jambes ballantes et les yeux fixes. C'est vraiment chiant de porter un slip bleu quand on voudrait avoir sa place dans la vie de deux Hollandaises de dix-sept ans. »
Sans issue ou issue de secours

vendredi 14 octobre 2022

Plus rien à foutre

Madonna del pompino
« Alors, elle fit remonter sa jupe sur ses cuisses moites. Elle respirait vite, au bord du sanglot, le dos mouillé et la nuque chaude. Une fois ses jambes ouvertes, sa main droite trouva tout de suite le repli de son sexe sous le coton de sa culotte. Elle opéra vite, à deux doigts, les fesses soudées au cuir de la voiture, le geste précis, pile au renflement, en tournant et pressant, avec une insistance têtue. Sa chatte s’ameublit, et elle éprouva bientôt cette impression délicieuse, à l’intérieur, comme une bulle, la possibilité tiède qui lui traversait le ventre. Elle n’avait besoin que d’une minute, et se hâtait, sûre d’elle, décidée comme un enfant. Ce geste, elle le connaissait depuis si longtemps, elle l’avait perfectionné toute sa vie. C’était son havre et son droit. Bien sûr, elle aimait le cul avec les mecs. Leurs corps lourds, leurs poils partout, leur odeur copieuse. Ils vous retournaient, vous enfermaient dans leurs bras, vous faisaient sentir toute petite et crever de bonheur sous leur poids. Elle aimait ça, et même les déceptions recélaient en général leur petit quelque chose de piquant. N’empêche, cette chose-là, toute personnelle, délicate et sans vergogne, l’emploi de son sexe, l’usage facile de son plaisir, elle n’en cédait rien. Elle se caressait souvent, même amoureuse, même enceinte, même heureuse, sous la douche, le matin, au travail, dans les avions parfois, et dans sa caisse, si ça lui chantait. De temps à autre, l’envie la prenait, si forte et impromptue, qu’elle était tentée de s’arrêter sur une bande d’arrêt d’urgence. Dans l’habitacle étouffé, ce jour-là, elle se branla vite, fermant les yeux par instants, épiant de possibles silhouettes à travers la buée, rejouant en pensée une situation qui lui faisait toujours de l’effet et elle jouit d’un coup, un plaisir clair et situé, qui fit sa décharge neutre, la laissant presque apaisée, un peu moins confuse en tout cas. Au moins, elle serait détendue pour son rencard. Puis s’étant rajustée, elle démarra et prit la route. Elle n’en avait plus rien à foutre. »
Portrait en majesté
Taille originale : 2 fois 29,7 x 21 cm