lundi 17 mars 2014

viele, viele Monde

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taille des dessin originaux : 33 x 26

« Ce jour-là dans le mois bleu de septembre
Au calme sous un jeune prunier
Je la tenais là, l’amour pâle et calme
Dans mes bras comme un rêve tendre.
Et au-dessus de nous dans le beau ciel d’été
Il y avait un nuage que j’ai vu un long moment
Très blanc et très haut,
Mais quand je le regardai à nouveau, il n’était plus là.
Depuis ce jour, beaucoup, beaucoup de mois
Se sont doucement écoulés.
Les pruniers ont sans aucun doute été abattus
Et tu me demandes : qu’en est-il de l’aimée ?
Aussi je te réponds : je ne peux pas m’en souvenir
Et, pourtant, je sais bien ce que tu veux dire.
Mais je ne connais plus son visage,
Je me souviens seulement : je l’ai embrassée.
Et ce baiser, je l’aurais depuis longtemps oublié
Si n’avait été ce nuage.
Ça, je le sais bien et je le saurai à jamais
Qu’il était très blanc et glissait d’en haut.
Les pruniers fleurissent peut-être encore
Et elle a peut-être un septième enfant.
Mais ce nuage n’a fleuri que quelques minutes
Et quand j’ai levé les yeux, il disparaissait déjà dans le vent. »

samedi 15 mars 2014

La première mondialisation

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Taille originale : 29,7 x 21

« Le principe fondamental de toute morale, sur lequel j’ai raisonné dans tous mes Ecrits, et que j’ai développé dans ce dernier avec toute la clarté dont j’étois capable, est que l’homme est un être naturellement bon, aimant la justice et l’ordre ; qu’il n’y a point de perversité originelle dans le cœur humain, et que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits. J'ai fait voir que l'unique passion qui naisse avec l'homme, savoir l'amour de soi, est une passion indifférente en elle-même au bien et au mal; qu'elle ne devient bonne ou mauvaise que par accident et selon les circonstances dans lesquelles elle se développe. J'ai montré que tous les vices qu'on impute au cœur humain ne lui sont point naturels ; j'ai dit la manière dont ils naissent; j'en ai, pour ainsi dire, suivi la généalogie, et j'ai fait voir comment, par l'altération successive de leur bonté originelle, les hommes deviennent enfin ce qu'ils sont.
J’ai encore expliqué ce que j’entendois par cette bonté originelle, qui ne semble pas se déduire de l’indifférence au bien et au mal, naturelle à l’amour de soi. L’appétit des sens tend à celui du corps, et l’amour de l’ordre à celui de l’ame. Ce dernier amour développé et rendu actif porte le nom de conscience ; mais la conscience ne se développe et n’agit qu’avec les lumieres de l’homme. Ce n’est que par ces lumieres qu’il parvient à connoître l’ordre, et ce n’est que quand il le connoît que sa conscience le porte à l’aimer. La conscience est donc nulle dans l’homme qui n’a rien comparé, et qui n’a point vû ses rapports. Dans cet état l’homme ne connoît que lui ; il ne voit son bien-être opposé ni conforme à celui de personne ; il ne hait ni n’aime rien ; borné au seul instinct physique, il est nul, il est bête ; c’est ce que j’ai fait voir dans mon Discours sur l’inégalité.
Quand, par un développement dont j’ai montré le progrès, les hommes commencent à jetter les yeux sur leurs semblables, ils commencent aussi à voir leurs rapports et les rapports des choses, à prendre des idées de convenance, de justice et d’ordre ; le beau moral commence à leur devenir sensible et la conscience agit. Alors ils ont des vertus, et s’ils ont aussi des vices c’est parce que leurs intérêts se croisent et que leur ambition s’éveille, à mesure que leurs lumieres s’étendent. Mais tant qu’il y a moins d’opposition d’intérêts que de concours de lumieres, les hommes sont essentiellement bons. Voilà le second état.
Quand enfin tous les intérêts particuliers agités s’entrechoquent, quand l’amour de soi mis en fermentation devient amour-propre, que l’opinion, rendant l’univers entier nécessaire à chaque homme, les rend tous ennemis nés les uns des autres et fait que nul ne trouve son bien que dans le mal d’autrui, alors la conscience, plus foible que les passions exaltées, est étouffée par elles, et ne reste plus dans la bouche des hommes qu’un mot fait pour se tromper mutuellement. Chacun feint alors de vouloir sacrifier ses intérêts à ceux du public, et tous mentent. Nul ne veut le bien public que quand il s’accorde avec le sien ; aussi cet accord est-il l’objet du vrai politique qui cherche à rendre les peuples heureux et bons. Mais c’est ici que je commence à parler une langue étrangere, aussi peu connue des Lecteur que de vous.
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le bleu du ciel
Voilà, Monseigneur, le troisieme et dernier terme, au delà duquel rien ne reste à faire, et comment l’homme étant bon, les hommes deviennent méchans. »
Art nouveau

dimanche 2 mars 2014

Dans l'ombre je te vois divinement pâlir


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taille originale : 29,7 x 21 cm
Premier état
«  J'adore la langueur de ta lèvre charnelle
Où persiste le pli des baisers d'autrefois.
Ta démarche ensorcelle,
et la perversité calme de ta prunelle
A pris au ciel du nord ses bleus traîtres et froids.
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Deuxième état
Le soir voluptueux a des moiteurs d'alcôve;
Les astres sont comme des regards sensuels
Dans l'éther d'un gris mauve,
Et je vois s'allonger, inquiétant et fauve,
Le lumineux reflet de tes ongles cruels.
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Troisième état
Sous ta robe, qui glisse en un frôlement d'aile,
Je devine ton corps, — les lys ardents des seins,
L'or blême de l'aisselle,
Les flancs doux et fleuris, les jambes d'Immortelle,
Le velouté du ventre et la rondeur des reins. »
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Montage numérique

lundi 10 février 2014

Pragmatique…

Diptyque

La signification d'un geste ne peut jamais être définie de façon isolée ou abstraite, et dépend toujours du contexte où il apparaît et en particulier du statut des différents protagonistes en cause, à savoir celui qui fait le geste, celui à qui il s'adresse et les témoins éventuels de la situation. Loin d'avoir une signification universelle, le même acte — qu'il s'agisse d'un geste proprement dit, d'une parole ou d'une attitude — variera en fonction de la position des uns et des autres : c'est particulièrement clair lorsqu'on considère les relations entre hommes et femmes dans notre société.
On sait que les femmes par exemple sont particulièrement sensibles aux interpellations masculines dans l'espace public qu'elles perçoivent très généralement comme menaçantes et agressives. Une formule comme “Tu as un beau cul, tu sais !”, qui se veut peut-être flatteuse, va immédiatement mettre en jeu tous les schémas plus ou moins latents de la domination masculine, et la femme ainsi interpellée se demandera immanquablement quelle est la portée du propos : celui qui l'énonce va-t-il poursuivre sa tentative de séduction maladroite ? Va-t-il entreprendre un véritable harcèlement ? Va-t-il même chercher à abuser de sa force physique ? Qu'il y ait une part de clichés et même de fantasmes dans une telle réaction ne change pratiquement rien à la perception que peuvent avoir la plupart des femmes dans une telle situation. Et la présence d'un public mâle, qu'il soit indifférent ou au contraire complice de l'interpellant, ne fera qu'accentuer cette impression. La domination masculine la plus archaïque sur l'espace public[1] transforme une telle interpellation en agression, et seule une minorité de femmes seront capables de prendre le risque de l'affrontement, c'est-à-dire de répliquer — vertement ou de façon humoristique — à celui qui les interpelle. On ne s'étonnera d'ailleurs pas que certaines d'entre elles aient préféré recourir à la voie indirecte d'un blog pour répliquer par l'ironie à ce qui est en fait pour elles une violence de rue.
En revanche, énoncée par une femme à l'adresse d'un passant inconnu, la même formule sera perçue comme humoristique ou légèrement incongrue, mais n'induira aucune impression menaçante. L'homme en sera peut-être même flatté, mais il jugera de toute façon le propos sans véritable portée.
Un troisième cas de figure est particulièrement intéressant à considérer dans la même perspective : il s'agit de la situation où un homosexuel masculin (réel ou supposé d'ailleurs) interpellerait de la même façon un autre homme en rue. Il est évident qu'il s'exposerait alors à une réaction violente (même physiquement) de la part de cet autre individu qui pourrait considérer qu'il s'agit là d'une “insulte” à son hétérosexualité ou à sa “masculinité”. Bien loin de juger cette phrase anodine, surtout en présence d'un public supposément hétérosexuel, de nombreux hommes estimeraient alors nécessaire de restaurer leur “virilité” en rabaissant (au moins verbalement) leur interlocuteur. Si l'on peut estimer que les préjugés à l'égard de l'homosexualité sont en diminution dans de nombreux milieux, on voit bien qu'aujourd'hui encore la plupart des gays évalueront de manière relativement prudente la portée de leurs propos, surtout lorsqu'ils s'adressent à des inconnus.
Ces quelques exemples suffisent à montrer que la pragmatique qui, à l'exemple de John Austin, prétend étudier les “actes de langage” de façon abstraite ne peut pas se concevoir sans une sociologie concrète qui tient compte des positions différentes occupés par les individus.

 


1. Pierre Bourdieu a bien montré comment les schèmes pratiques comme la préséance masculine se répliquent pratiquement dans toutes les situations et structurent par exemple l'opposition entre un espace public réservé aux hommes et un espace privé privé, celui de la maison, qui serait le domaine privilégié des femmes. Même si l'on peut avoir l'impression que l'exigence d'égalité entre les sexes estompe de tels partages, l'exemple de la drague masculine en rue révèle la prégnance encore actuelle de tels schèmes.
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Taille originale : 21 x 29,7Taille originale : 29,7 x 21

mardi 14 janvier 2014

L'abandon des corps

En situation
taille originale : 29,7 x 21 cm

« Lorsque deux systèmes de représentation sont en dysharmonie, l'interprétation de la réalité peut prendre des tournures parfois cocasses. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les occasions de rencontres amoureuses entre Américains et jeunes Anglaises se multiplièrent et celles des désaccords aussi. Un sérieux malentendu sembla persister longtemps entre les deux partis qui s'accusaient mutuellement de manquer de délicatesse en amour. Si l'on examine, afin d'éclaircir ce mystère, le détail du jeu de la séduction dans les deux cultures, on peut considérer que, du premier regard à la consommation sexuelle, il y a une trentaine d'étapes intermédiaires. Or, l'ordre de ces étapes n'est pas le même selon qu'on l'examine du point de vue britannique ou nord-américain. La place du baiser en particulier est très différente. Alors que les Américains considèrent qu'il s'agit d'une étape normale du flirt qui n'implique que peu de choses quant à l'abandon des corps, les Anglaises, au contraire estiment qu'il ne s'agit pas d'un acte anodin, mais qu'il véhicule une charge érotique très importante. En d'autres termes, le baiser n'intervient pas ordinalement au même niveau dans les deux cultures. Alors que les Américains tentent très rapidement d'embrasser leur conquête potentielle, les Anglaises se sentent lésées d'un certain nombre d'étapes nécessaires au consentement. Elles se croient confrontées, en acceptant d'embrasser, à l'urgence d'une décision grave, tandis que l'Américain ne voit là que badineries.
Dans ces conditions, l'incompréhension ne peut être que grande car, alors que le jeune homme ne s'attend a rien d'autre qu'à un innocent baiser, la probabilité est importante que la jeune femme décide de rompre ou s'offre tout entière. Dans les deux cas de figure, le soldat ne pourra que juger ce comportement indigne, tandis que la jeune femme sera persuadée d'avoir affaire à un rustre (à qui elle peut céder éventuellement). »

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Premier état
Deuxième état
Troisième état

jeudi 2 janvier 2014

L'exotisme sexuel

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taille originale : 29,7 x 21 cm
« Mais, à partir du XVIe siècle, la relation des bizarreries sexuelles des populations lointaines s’adjoignit un tout autre sens ; les multiples récits de voyage, souvent grossis d’une tradition antique ou médiévale, firent éclore un véritable goût de l’exotisme sexuel, appelé à la fois par le plaisir de la transgression par procuration et par une affirmation du relativisme des mœurs et des doctrines. Ce dernier aspect est particulièrement net à la fin du XVIe siècle, lorsque le choc des guerres de religion induisit un doute général sur l’universalité de la vérité : le domaine de la certitude tendait à perdre ses zones externes (les rites, les comportements et même les dogmes) pour se restreindre à l’espace intérieur de la foi individuelle. »
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taille originale : 29,7 x 21 cm