lundi 21 septembre 2026

La fragilité de la chair

« Dans cette œuvre, l’artiste s’empare d’images issues de l’univers de la pornographie montrant trois femmes posant, le regard dirigé dans la même direction. »
Taille originale : 3 fois 24 x 31,5 cm
« Rebecca boit lentement son café d’un air songeur. Elle ne semble pas prête à le rassurer. Il ne peut s’empêcher de remarquer son teint terne, le désordre matinal de ses cheveux drus striés de gris.
Meurs jeune, reste belle. C’est ce que dit Blondie, non ? Nous le tenons pour un phénomène moderne, ce culte de la jeunesse, mais pensez à tous, ces superbes portraits, certains vieux de plusieurs siècles. Ces déesses de Botticelli, de Rubens, La Maja de Goya, Madame X. Pensez à L’Olympia de Manet, qui choqua à l’époque, car il avait peint sa maîtresse avec la voluptueuse admiration réservée aux honnêtes femmes de l’aristocratie qui servaient de modèles aux déesses. Presque personne ne sait aujourd’hui, et personne ne s’en soucie, qu’Olympia était la putain de Manet ; bien qu’il y ait toutes les raisons de penser que, dans la vie, elle était fantasque, vulgaire et d’une hygiène douteuse (étant donné ce qu’était Paris dans les années 1860). Elle est aujourd’hui immortelle, une merveilleuse beauté historique, purifiée par l’attention d’un artiste célèbre. Et nous ne pouvons manquer de remarquer que Manet ne l’a plus peinte vingt ans plus tard, quand le temps avait commencé à faire son œuvre. Le monde a toujours adoré la beauté naissante. Que le monde aille se faire foutre. »
Différence et répétion graphiques
La répétition, malgré la différence, fait-elle disparaître la fascination et l’excitation ?
Et la beauté s’annihile-t-elle par là-même ?
« C’est ce que Peter attend de l’art. Cette maladie de l’âme, cette impression d’être soi-même en présence de quelque chose de magnifique et d’évanescent, de quelque chose (de quelqu’un) qui brille à travers la fragilité de la chair, oui, comme la déesse-putain de Manet, une beauté débarrassée de sentimentalité parce que Mizzy est (n’est-ce pas ?) un dieu-putain à sa manière - il serait moins fascinant s’il était le personnage bienveillant, brillant, spirituel qu’il dit vouloir être.
La beauté - la beauté que Peter désire par-dessus tout - est donc celle-ci : un alliage humain de grâce accidentelle, de destin funeste et d’espoir. Mizzy doit espérer, il le doit, il ne resplendirait pas comme il le fait s’il se sentait véritablement désespéré, et en plus il est jeune, qui donc dans ce monde se désespère avec plus d’exquise cruauté que la jeunesse, une vérité que les aînés ont tendance à oublier. Le voici, [Mizzy] dit The Mistake, impudique et dévergondé, accro à la drogue, incapable de vouloir ce qu’il est censé vouloir. Ce serait le moment de le transformer en bronze, de tenter de représenter ses nerfs douloureusement à vif, les derniers éclats de sa jeunesse, alors qu’il commence à comprendre que son état, comme celui de chacun, est sérieux, mais avant qu’il ne prenne les mesures nécessaires pour vivre plus ou moins en paix dans le monde réel.
Entre-temps, il ne faut pas qu’il meure. »

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