dimanche 10 mars 2013

Trop sensible…

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Taille des dessins originaux : 24 x 32 cm

« Le colonel appela St. et l'entraîna à l'écart, dans l'ancien bivouac ennemi, en contrebas du sommet.
— Je vous relève de votre commandement, St., annonça-t-il sans préambule.
Sa figure, cette figure, cette face vieille et juvénile, tellement plus juvénile et plus sympathique que celle de St., était figée en un masque dur et sévère. St. sentit soudain son cœur battre à ses oreilles, mais il ne dit rien.
— C'est dur, je le sais. Et cette décision m'a été pénible. Mais je crois simplement que vous ne ferez jamais un bon officier de première ligne. J'ai mûrement réfléchi.
— C'est à cause d'hier matin ? demanda St.
— En partie... En partie. Mais il y a autre chose, au fond. J'ai l'impression que vous n'êtes pas assez dur. Je vous trouve trop mou, trop faible. Trop sensible. Vous avez trop de cœur… Je crois que vous vous laissez trop gouverner par vos nerfs, par vos sentiments. Comme je vous l'ai dit, j'y ai mûrement réfléchi.
St. ne disait rien, et soudain cette impression d'écolier pris en faute l'envahit à nouveau, le sentiment de culpabilité et la peur du «savon». Il n'arrivait pas à s'en défendre. C'était risible.
— A la guerre, les soldats se font tuer, reprit le colonel. On ne sort pas de là, St. Et un bon officier doit s'y résigner, accepter le fait, et calculer les pertes de vies humaines en fonction du gain éventuel. Je ne vous crois pas capable de le faire.
— Je n'aime pas voir mes hommes se faire tuer, c'est tout ! s'écria St. avec éclat, pour se défendre presque malgré lui.
— Naturellement, voyons ! Aucun bon officier n'aime ça. Mais le bon officier doit être capable de le supporter. Et parfois, il doit même être capable de leur en donner l'ordre !
St. ne répondit pas. »

samedi 2 février 2013

… et mon cerveau jouit, seul et silencieux, magnifiquement seul.

taille originale : 24 x 34 cm
« Je ne voulais que ça. Faire l'amour, tout le temps, sans rage, avec patience, obstination, méthodiquement. Aller au bout. Il était comme une montagne à escalader, et il me fallait arriver en haut, comme dans mes rêves, mes cauchemars. Le mieux aurait été de l'émasculer tout de suite, manger ce morceau de chair toujours dur toujours dressé toujours réclamant, l'avaler et le garder dans mon ventre, définitivement. »

dimanche 18 novembre 2012

triomphante nue

taille originale : 21 x 29,7 cm

« Je n’ai confiance que dans la nuit
ombre où les murmures promettent
l’éternité
je n’ai plus honte
je vois et j’appelle
je crie
Tout se tait
et tu apparais triomphante nue
les bras tendus heureuse
tu dis alors alors
et je suis ton ombre
j’écoute et j’obéis
le silence t’appartient
et je suis le silence
Je te retiens
tandis que le monde s’évanouit
un nuage
Tu demeures
tu es la nuit
la nuit tout entière
dans l’espace et le temps confondus
tu es la vérité
oh incendie
flamme qui s’empare et conquiert
qui d’un seul coup d’un regard
envahit
Oh toi
Tes mains saisissent et donnent
l’oubli
Oh diamant oh source
Métamorphose
Je n’ai confiance que dans la nuit
Je n’ai confiance qu’en toi
dont le nom
a la forme de tes lèvres
Nuit
Toi nuit »

dimanche 9 septembre 2012

L'œil fixe et fou, les dents serrées

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taille originale des dessins : 21 x 29,7
« Ce soir si je t’écris, c’est qu’on m’a mise de bonne humeur, un fait humain m’a remise dans mon assiette à 4 heures du matin ! Après des virées épuisantes dans la ville bondée d’imbéciles teutoniques et saouls venus rituellement élargir leur cervelle bornée au salon de l’Auto, je marchais loin de tout sur un trottoir désert quand je vois s’approcher de moi quelqu’un que j’ai d’abord pris pour un échappé de Bel-Air. L’œil fixe et fou, les dents serrées et la démarche saccadée, il s’approchait vêtu d’une gabardine. J’ai reculé d’abord, puis on s’est expliqué.
C’était un étudiant en médecine venant de passer des examens, puceau et misogyne de surcroît, 23 ans, une carrure de taureau nain, une sorte de petit Aubert en très jeune, très intelligent et d’une nervosité, d’une angoisse, concentrées et refoulées au maximum.
Il m’a fait un grand discours sur l’immense responsabilité que je prenais en l’emmenant chez moi, que c’était la première fois et pouvait aussi être la dernière s’il était déçu. Du coup, je me suis sentie à la hauteur d’une tâche maternelle et universelle, ça c’est du boulot, on passe au creuset un futur médecin, il peut en ressortir transformé à jamais en un ami, un confident des femmes, ou en leur ennemi !
Je dois dire qu’il est reparti extrêmement content de lui et de moi, je lui ai consacré le supplément de temps nécessaire à faire de lui un futur champion humain. Maintenant, après un dernier Suisse allemand venu des brumes d’Olten, pas trop saoul, je vais rentrer dormir auprès d’Edgar qui aura passé une partie de la nuit au piano avec une sourdine. Il est toujours aussi charmant et dévoué, mais je lui ai quand même fait une scène hier soir. J’ai explosé. Je lui ai dit qu’il était injuste et dégueulasse que je doive me crever toutes les nuits que personne ne me payait pour que je puisse faire de la peinture ou du piano et qu’il fallait qu’il gagne sa vie comme tout le monde, ou alors qu’il s’en trouve une autre.
Moi, tu me connais, je suis féroce, la rage concentrée de toutes ces nuits d’humiliations et de tortures me donnent des forces. Si la semaine prochaine il n’a rien fait, je le vire de chez moi, un point c’est tout, il n’y a pas de gentillesse ni de galanterie qui tiennent, je ne veux pas être seule à bouffer toujours la mauvaise part du gâteau. »

Le statut de l'image visuelle

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taille originale : 29,7 x 42


« Tout le monde sait une chose sur le Bouddha : il est entré dans le nirvana, et, en ce sens, il n'existe plus. Mais malgré tout, on continue à prier devant une statue du Bouddha. Savoir quel est le statut de cette statue n'est pas si évident. Mais en réalité, nous ne sommes pas tellement logiques dans notre manière de vivre ces questions. Peut-être est-ce une erreur de vouloir être trop logique. Quand on parle de religion, les gens ne sont pas tellement rationnels.
Pour un esprit naïf ou pour un esprit mystique, il est impensable que les personnifications ne soient que des signes comme la lettre “A”. Elles sont plus que cela. Mais quoi exactement ? »

dimanche 19 août 2012

En souvenir

taille du dessin original : 24 x 32 cm

« Je prenais des clichés plus compromettants. J'installais un Nikon automatique sur un pied pour conserver une trace de nos activités sexuelles. Il ne détestait pas la présence de l'appareil. Il jouait avec la peur qu'un jour les images soient divulguées. L'objectif le stimulait. Un frisson le parcourait à chaque fois que l'obturateur clignait, une chair de poule dont je pouvais palper le grain quand le latex ne gainait pas sa peau.
Rentrée chez moi, j'en sélectionnais quelques-unes pour les retirer sur mon imprimante. »