dimanche 2 octobre 2011

Amour, sexualité et mélancolie…

Taille originale : 27 x 36 cm


Chez les Achuar (le véritable nom des Jivaros) :
« Dans sa forme la plus extrême, l'affliction amoureuse devient une mélancolie pathologique, reconnue comme un trouble de la personnalité et causée, comme il se doit, par un chamane malveillant. Elle affecte surtout des gens jeunes, hommes ou femmes, qu'ils soient ou non mariés. Sombrant dans l'abattement et le dégoût de soi-même, en particulier au crépuscule, la victime est agitée de pulsions suicidaires et de désespoirs incontrôlables. Shakaim, un gendre encore presque adolescent de Naanch, m'a ainsi confié son chagrin à Capahuari : le cœur gros d'une indéfinissable insatisfaction, il contemple chaque jour le lever et le coucher du soleil en pleurant silencieusement, persuadé contre toute évidence que sa jeune et tendre épouse ne l'aime plus. D'une voix entrecoupée de sanglots, il me disait l'irrépressible désir de quitter sa belle-famille, la vision du soleil posé sur l'horizon étant comme la promesse d'un ailleurs radieux qui rendait plus pénible sa condition présente. Préoccupé par l'état pitoyable de Shakaim, Naanch était résolu de conduire son gendre à Montalvo pour qu'un chamane le délivre de sa neurasthénie.
Que l'amour soit une tension vers une plénitude inaccessible plutôt qu'un état de bonheur satisfait se trouve bien exprimé dans la sémantique du terme qui est le plus proche équivalent en achuar : aneamu combine étroitement affection, vouloir, tendresse, souvenir et désir de la présence de l'être cher. L'organe en est le cœur, ininti, siège de la pensée, des émotions et de l'intentionnalité, racine aussi d'une constellation de mots apparentés : aneajai, "je languis pour", "j'ai la nostalgie", inatamprajai "je me souviens de", initaimsajai "je pense à", j'agis par la pensée sur". Le désir charnel, kunkatmamu, et la copulation, nijirmamu, n'appartiennent pas à cette configuration terminologique, portant témoignage que, pour ce qui est du sens en tout cas, le domaine de l'affectivité et celui de la sexualité sont relativement séparés. »

dimanche 11 septembre 2011

L'exactitude du portrait

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taille originale : 24 x 32 cm

« Les cris de protestation qu’élevaient à cette époque de nombreux artistes contre la photographie avaient, bien souvent, un motif tout à fait intéressé. La plaque, en un temps étonnamment court, avait conquis le domaine du portrait. Sa concurrence, imbattable par le graveur et le miniaturiste, devenait également dangereuse pour le peintre portraitiste. Et cela à une époque où la mode du portrait s’introduisait dans tous les milieux bourgeois. La commande des portraits formait la base principale des bénéfices du peintre. Aux expositions annuelles, la proportion de portraits grandissant d'une année à l’autre, par rapport aux paysages et aux natures mortes, révélait la tendance de l’époque.
À mesure que le portrait se multipliait, ses dimensions se rapetissaient; il ne devait plus orner la vaste galerie des ancêtres, mais bien trouver place sur les murs des appartements bourgeois. Mais le bourgeois était économe et, de plus en plus, il se contentait de la photographie qui, entre autres avantages, avait celui d’une grande exactitude. Pour quelques francs de supplément, d’ingénieux opérateurs coloriaient l’épreuve de roses et de bleus irrésistibles et tout à fait naturels. L’artiste, qui vivait du portrait, voyait de jour en jour diminuer ses commandes; le grand coupable était la photographie, et il n’est pas étonnant que la plupart de ces artistes, notamment ceux d'un talent moyen, aient voué une hostilité profonde à cette mode qui ne cessait de gagner du terrain. »

samedi 3 septembre 2011

Ciels hollandais

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taille originale : 24 x 32 cm
(dessin avec collage numérique)

 

« C'est parce que le ciel est essentiellement non-composé que le rôle organisationnel de la découpe est particulièrement mis en avant par les clichés de nuages. Il n'y a pas ici une mise en scène de l'objet en fonction d'un projet de création esthétique (la volonté du photographe de rendre telle ou telle valeur plastique). Il y a seulement un geste de découpage, de mise en pièces du tissu continu de l'espace céleste. »

 

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taille originale : 24 x 32 cm
(dessin avec collage numérique)

 

« En d'autres termes, l'espace photographique des clichés de nuages est un espace non-déterminé par rapport à notre positionnement topologique; c'est un espace qui n'a pas de gauche ou de droite, où nous ne comprenons pas ce qui est en haut et ce qui est en bas. Un espace mobile et indépendant du monde. Une image entièrement libérée, radicalement coupée de ses amarres, flottant en plein ciel, exactement comme un nuage. »

 

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taille originale : 24 x 32 cm
(dessin avec collage numérique) 

samedi 27 août 2011

Un premier plan dilaté

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taille originale : 21 x 29,7 cm

« La désagrégation de l’ordonnance spatiale semble indiquer les heurts, secousses et agitations de la vie moderne, en même temps que le point de vue plus délibérément subjectif du peintre. Elle se caractérise entre autres par la façon dont les silhouettes des personnages, amputées par les bords de la toile ou recouvrant parfois la surface de haut en bas, font pièce à toute entrée calculée dans le tableau. En attirant l’attention sur la surface de l’image, ce premier plan dilaté commence aussi à souligner la nature d’objet idéel qui est celle du tableau. »

lundi 15 août 2011

À une femme infidèle que je ne soupçonnais pas…

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taille originale : 29,7 x 21 cm
(dessin sur papier avec effet numérique)
« À l'avènement du fleuve, les flammes du silence pénétraient la mer »


Exploration urbaine ?

samedi 13 août 2011

Désir en brouillard

dessin erotique pornographique sodomie
taille originale : 21 x 29,7 cm
(dessin sur papier avec effet numérique)

« Il faut aller à sa rencontre
sur la route contre le vent
et surtout ne plus attendre
que s'évanouissent les fumées
les heures les nuits les années
toutes plus blanches que les ossements »
S’interroger

lundi 1 août 2011

Le doigt dans…

dessin erotique penetration
taille originale : 34,5 x 24 cm
(crayon sur papier de couleur avec transformation numérique)
« Ces jeux sont une bagatelle comparés à ceux des singes capucins au Costa-Rica. Personne n'autoriserait des humains à les copier, et n'importe quel avocat les déconseillerait vivement. Ces petits singes se livrent là-haut, dans les arbres, à des amusements si absurdes que je n'y croyais pas avant d'avoir visionné les vidéos qu'une primatologue américaine projette à des spectateurs crispés d'empathie. Ils raffolent de deux jeux typiques : “on se met le doigt dans le nez” et “on se fourre le doigt dans l'œil”.
Dans le premier jeu, deux singes se font face, assis sur une branche, chacun insérant un doigt de plus en plus profondément dans la narine de l'autre jusqu'à la disparition de la première phalange. En se balançant doucement, ils restent ainsi avec une expression dite de “transe”. Les petits singes se caractérisent en temps normal par leur hyperactivité et leur sociabilité, mais les fourreurs de doigt dans le nez se tiennent à l'écart du groupe et peuvent rester jusqu'à une demi-heure concentrés de cette façon l'un sur l'autre.
Encore plus curieux est le second jeu, dans lequel un singe insère un doigt presque entier entre la paupière et le globe oculaire d'un autre. Les petits singes ont de petits doigts, mais en réalité pas plus que les nôtres compte tenu de la taille de leurs yeux et de leur nez. Et puis leurs doigts ont des ongles, pas spécialement propres, qui peuvent griffer la cornée ou provoquer des infections. De plus, mieux vaut que les singes restent parfaitement immobiles, sinon l'un des deux y laissera un œil. Ces amusements sont une torture pour le spectateur [=l’observateur scientifique]. Le couple garde la posture durant plusieurs minutes, rien n'empêchant celui qui a un doigt dans l'œil de fourrer un des siens dans la narine de l'autre.
L'objectif de ces jeux tordus reste obscur, mais on a avancé l'hypothèse que les singes testeraient ainsi leurs liens. La même explication a été proposée pour certains rituels humains dans lesquels nous nous mettons en état de vulnérabilité. Le baiser avec la langue, par exemple, risque de transmettre des maladies. Le baiser intime est infiniment délectable ou totalement répugnant suivant le partenaire, et il nous en dit long sur l'idée que nous avons de notre relation amoureuse. Dans un couple, le baiser servirait à tester l'amour, l'ardeur, voire la fidélité du partenaire. Peut-être les singes capucins cherchent-ils aussi à mesurer leur affection mutuelle, pour savoir ensuite sur quels appuis compter lors de conflits au sein du groupe.
Une seconde explication veut que ces jeux aident les singes à réduire le stress, et ils en ont à revendre. Leur vie en groupe regorge de calamités. Pendant qu'ils se fourrent le doigt dans l'œil ou dans le nez, ils semblent entrer dans un état inhabituel de calme et de rêverie. Explorent-ils la frontière entre la douleur et le plaisir, libérant peut-être ce faisant des endorphines ? »