samedi 12 février 2022

La douleur cristallisée en passion

Taille originale : 21 x 29,7 cm
Baroque ou rococo…
« Comme il lui disait : “C’est plus que du sexe”, elle avait répondu, catégorique : “Non, C’est parce que tu as oublié ce que c’est que le sexe. Le sexe, c’est ça. Va pas te foutre en l’air en prétendant que c’est autre chose.”
Qui sont-ils à présent ? L’épure d’eux-mêmes. L’essence de la singularité. La douleur cristallisée en passion. Ils ne regrettent peut-être même plus que les choses soient ce qu’elles sont. Ils sont trop retranchés dans l’écœurement pour ça. Ils ont réussi à faire surface malgré ce qui s’est amoncelé sur eux. Dans la vie, plus rien ne les tente, ne les excite, n’éclipse leur haine de la vie que cette intimité. Qui sont ces gens si radicalement disparates, si incongrûment alliés, à soixante et onze et trente quatre ans ? »
Taille originale : 21 x 29,7 (ou plus) cm

Taille originale : 21 x 29,7

dimanche 6 février 2022

L’évanescence des poils

Taille originale : 21  x 29,7 cm

Le corps féminin (mais aussi masculin) était entièrement couvert. Les beaux-arts seuls, sculpture et peinture, permettaient d’imaginer ce qu’étaient les seins, les hanches, les fesses, mais pas le sexe féminin définitivement masqué entre les jambes fermées (quant au sexe masculin, il avait alors des allures de micro-pénis). C’est la photographie qui révélera enfin ce qui était caché. Le nombril d’abord, piètre révélation cependant que chacun pouvait observer sur son propre corps mais qui annonçait une fille quelque peu dévergondée (pour reprendre une expression désuète). Celle-là n’avait pas honte de son corps ni surtout du regard que l’on pouvait porter sur elle : la pin-up souriait de se savoir vue et admirée, Aphrodite moderne se riant de ses mortels admirateurs maintenus à distance par l’infranchissable épaisseur du papier.

Mais la première véritable transgression fut celle qui dévoila (photographiquement) les seins, parce que, oui, les seins sont féminins. Et plus bas, les fesses seulement. Deux attitudes étaient alors possibles. Soit elle regardait l’objectif, et l’on devinait qu’elle s’amusait de façon mutine — on était loin de la provocation car les censeurs veillaient— de l’émoi que suscitait la vision de ses seins généreux et généreusement offerts. Soit elle regardait ailleurs, s’exhibant nue, révélant l’une et l’autre face (mais jamais la toison) comme s’il lui était naturel de se promener en tout lieu à moitié ou complètement nue, comme si le regard que l’on pouvait poser sur elle jamais ne la troublerait. Ce n’étaient pas des marbres antiques. Chacune d’entre elles se savait regardée, et le voyeur savait qu’elle le savait. C’était une relation à double entente qui seule pouvait provoquer l’excitation. Elle tirait fierté, plaisir, satisfaction, argent, ironique supériorité de son exhibition, mais surtout elle s’affirmait nue. C’était une affirmation : je suis nue, naturellement, immédiatement, facilement, évidemment. Intersubjectivité, sans doute largement fantasmée par le voyeur mais indispensable à l’expérience érotique[1].

L’histoire ensuite est bien documentée[2]. Il faut montrer la toison pubienne. D’abord le triangle plongé dans l’ombre puis révélé dans la lumière. La transgression est là. Cela ne s’était jamais vu sinon clandestinement (même l’Origine du monde de Courbet n’est pas visible dans ces années-là et restera, malgré quelques reproductions, dans une collection particulière jusqu’en 1995). Les poils sont abondants, bien fournis, sombres le plus souvent même chez les blondes. Elles continuent à sourire, à poser naturellement dans une euphorie partagée. Mais quand elles écartent les jambes — car il faut qu’on y arrive —, les photos changent de sens. La position est parfois encore celle d’une belle endormie mais l’ouverture des cuisses avec le regard plongé dans l’objectif est désormais provocation, audace, affranchissement, évidente supériorité. C’est bien le sexe, surtout le sexe que l’on veut voir, et elle le montre, de façon obscène : elle sait que son geste est scandaleux.

L’échange de regards semble perdu : elle me regarde, mais je regarde son sexe, tout en sachant qu’elle me regarde le regarder. Pourtant je remonte vers le visage. Le corps se voit encore en entier (on n’est pas dans la pornographie pure qui prospère ailleurs). Et ses yeux m’interpellent. Elle sourit, elle rit même de moi : c’est ce que tu veux voir, aimable pervers, cochon affamé, voyeur impatient, je te le montre, car je suis sublime putain…

Oui, elle est sublime. Son visage surtout. C’est le lieu de la beauté mais aussi de la personnalité, quoi qu’on en dise sur le caractère stéréotypé de ces nudités. Elles peuvent être arrogantes, mystérieuses, aimables, enjouées, sévères, sportives, sensuelles, sophistiquées, provocantes, naïves (faussement) ou n’importe quoi d’autre, mais le voyeur ne les confond pas. Et des préférences s’expriment. Les noms (qu’il s’agisse de pseudonymes importe peu) circulent et pour certains deviennent célèbres. Filles de papier pour les contempteurs ou contemptrices, mais pleinement femmes évidemment singulières sinon uniques pour les voyeurs, elles ont bien plus que tout autre objet inanimé une âme.

De l’anatomie mystérieuse fallait-il encore révéler aux adolescents le dessin précis. Les toisons échevelées font obstacle au regard (et aux derniers soubresauts de la censure), et les lèvres buissonnières s’éclaircissent complètement avant que le pubis ne devienne un mont chauve.

Quand le sexe est enfin exhibé, il n’y a plus rien à voir, tout est vu. Il n’y aura pas d’autre révélation. Le désir change alors de sens. Il ne porte plus sur une femme dont le corps serait superbement dévoilé en même temps que son âme révélée — ne répétez pas stupidement que tout cela n’est que fiction —, et la dynamique des gestes obscènes saisie par la caméra prend désormais le pas sur l’aimable posture photographique. Aux sourires magnifiques se substitue la beauté des visages en pleine fellation. À l’écartement maximal des cuisses s’ajoute la profonde sodomie jusqu’aux couilles. À l’exposition fessière, la double pénétration apporte l’éclat d’une performance inédite. Les pratiques audacieuses importent plus que la jeune femme dans sa sublime nudité, et le voyeur est désormais à la recherche d’un corps en action, traversé par le désir, bandé par le plaisir.

Le poil est largement absent à quelques exceptions près. Pourtant il ne masquerait plus rien face à l’insistance des gros plans sur les vulves et les anus grands ouverts. Il ne faut sans doute pas surinterpréter ce qui n’est sans doute qu’une mode contestée par ailleurs pour différentes raisons. On ne croira pas non plus aux motifs esthétiques qui préféreraient un corps glabre à une pilosité mal venue : les crânes rasés devraient alors être universellement préférés. Ce dernier exemple peut cependant nous interpeller : certaines performeuses se font remarquer par leur tête rasée (mais pas nécessairement la chatte !), et l’on peut admirer leur singulière beauté. L’on comprend facilement qu’il s’agit là d’une inversion des signes : la chevelure longue et abondante est connotée féminine, et les poils dispersés ou en toison seront perçus comme masculins. Si la beauté est réelle, elle est également idéalisation, accentuation, uniformisation de la réalité : le poil pourtant bien présent disparaît du corps féminin que l’on veut « féminiser ». Mais de ces signes, il est toujours possible de jouer : crânes rasés, chattes poilues.

Une célèbre performeuse italienne a récemment demandé à ses « suiveurs » si elle devait se raser la chatte qu’elle avait laissé repousser : beaucoup de réponses furent négatives et déplorèrent la possible disparition de cette pilosité jugée attractive. D’un point de vue érotique, le poil est signe ou plus exactement rappel de la réalité alors que l’obscénité pornographique est précisément dévoilement d’une réalité que l’on voudrait « cacher » : les poils peuvent être perçus comme plus « obscènes » qu’une épilation qui « masque » ou qui « neutralise » la réalité (ou une part du réel).

Et d’un point de vue artistique, le poil a l’élégance des calligraphies à l’encre de Chine. Pour ces raisons mineures ou majeures, il me paraît préférable dans un esprit véritablement pornographique de maintenir les pilosités dans mes créations graphiques même si une esthétisation picturale en accentue peu ou prou l’élégance.


[1] Preuve s’il en est qu’il ne s’agissait pas de femmes-objets : le succès des personnalités connues, actrices essentiellement, lorsqu’elles posaient pour ces magazines. Pour le voyeur, cette actrice, qu’il connaissait par ailleurs (même si bien sûr ce n’était que médiatiquement), soudain franchissait le pas, n’hésitait pas à se montrer nue… C’est cet affranchissement de la norme, cette audace plus grande sans doute pour une personnalité connue, qui, pour le voyeur, était admirable et excitante, tout autant que le corps dénudé.
[2] Du moins sur la version française de Wikipedia (version du 30 septembre 2021 à 14:49)
Évanescence du poêle

mardi 1 février 2022

Réécriture sauvage

Analytique de l'éjaculation faciale
Taille originale : 21 x 29,7

 

« Il y a désormais cette injonction à ne pas jouir pour les femmes, car il ne faut pas que les hommes aient accès facilement aux corps féminins.
L’injonction de ne pas jouir est désormais une condition de la santé et de l’équilibre mental. Bref, les femmes qui trouvent leur “point G” doivent se culpabiliser d’avoir un orgasme vaginal plutôt qu’un orgasme clitoridien. Ça va comme ça ne devrait pas aller. Les femmes ont beaucoup de facilités à assumer cette idée qu’elles peuvent être performantes : non seulement elles peuvent faire jouir leur partenaire, mais elles veulent jouir elles-mêmes absolument ! Cette soi-disant trouvaille débouche sur une optimisation des performances coïtales et la possibilité de jouissances multiples.
Dans des interviews réalisées avec de jeunes hommes, il y avait une pratique qui revenait très fréquemment, c’était la sodomie passive. Des jeunes gens qu’on a interviewés avaient accepté de de se faire sodomiser avec un gode ou avec les doigts, parce qu’ils trouvaient ça excitant et que cela faisait plaisir à leur compagne. Les filles trouvaient que ce n’était pas un problème et même que c’était très érotique. Donc, les enquêtes féminines sur la sexualité induisent des comportements où l’assujettissement du partenaire masculin devient un simple jeu sexuel normal. »
Le rire
 
Le Cri
Taille originale : 21 x 29,7

mercredi 12 janvier 2022

Le plus haut degré de la félicité

Taille originale : 42 x 29,7 cm
« J’avais conservé le sentiment de l’existence pour jouir de cet instant, peut-être marqué par le ciel, comme le dernier et le plus haut degré de la félicité qu’il me destine. Quel sentiment délicieux le bonheur de ce qu’on aime ne fait-il pas éprouver ! Personne, personne au monde, se faisant l’idée de cette félicité, ne renoncerait à l’éprouver. »
Vision de Clément VI

dimanche 9 janvier 2022

Est-ce que je suis pédé maintenant ?

Female gaze
Taille originale : 21 x 28,3 cm
« Après, il faisait déjà sombre, lorsqu’ils étaient arrivés au club, haletant à cause de leur aventure, glacés mais en sueur, ils se mirent sous la douche bien chaude et y restèrent un si long moment que Quique se mit à plaisanter avec ta zézette qu’est pas plus grosse qu’un pois chiche et tout le saint-frusquin, mais à force de jouer sous l’eau les zézettes n’étaient plus comme des pois chiches et Quique lui tailla la première pipe des trois cent vingt-deux auxquelles Marcel devait se prêter au cours de son existence ; tout cela fut si étrange qu’il resta deux très longs week-ends sans monter, à se demander allons bon, est-ce que je suis pédé maintenant, parce que ça m’a plu, et se mettant à pleurer parce qu’il ne voulait pas être pédé et c’est alors qu’il s’imposa de draguer toutes les femmes qu’il avait à sa portée, pour se démontrer à lui-même que moi, pédé, pas question, et c’est ainsi qu’était née sa réputation parmi les nanas de la fac. Le plus étrange, c’est que moi aussi ça m’a plu de le lui faire et Quique en perdait le souffle quand je. Enfin. Ils n’en parlèrent jamais plus mais Marcel évita dorénavant de se doucher dans les locaux des moniteurs, sait-on jamais. »
Scénographie muséale
Taille originale : 21 x 28,3 cm

mercredi 29 décembre 2021

Perspective esthétique

Taille originale : 21 x 29,7 cm
« Un deuxième symptôme de l’attention orientée esthétiquement est le phénomène de la saturation attentionnelle. Cette expression désigne le fait que, dans l’expérience esthétique, le nombre de différenciations perceptuelles ou conceptuelles susceptibles d’être activées lors d’une séquence d’exploration donnée est plus grand, toutes choses étant égales par ailleurs, que dans le cas d’une exploration non esthétique. L’exemple (fictif) de la saturation cognitive donné par Goodman est devenu célèbre : imaginons que le tracé d’un diagramme de la Bourse ou celui d’une courbe de fièvre coïncide en tout avec le tracé de la ligne de crête du mont Fuji dans une estampe de Hokusai. Malgré cette identité perceptuelle, nous traiterons les tracés différemment dans les deux cas. Dans le diagramme boursier et la courbe de fièvre, seul un nombre restreint de caractéristiques du tracé seront pertinentes. En fait seul comptera le positionnement relatif de la ligne par rapport aux coordonnées cartésiennes. Toutes les autres propriétés, par exemple l’épaisseur du trait ou sa couleur, seront “neutralisées”. En revanche, dans la ligne de crête du Fujisan toute différence perceptible sera (potentiellement) pertinente. Contrairement au phénomène de la densification, qui désigne le fait que pour chaque type de propriété nous avons tendance à abaisser le seuil de discrimination des différences pertinentes, le phénomène de saturation naît de notre tendance à prendre en compte un nombre plus grand de types de propriétés différentes que dans l’attention courante. Ainsi, lorsque nous contemplons un dessin dans une perspective esthétique nous prenons en compte non seulement le trait, mais aussi la couleur, son épaisseur, la façon dont il se fond dans, ou fait contraste avec, l’arrière-plan, et ainsi de suite. Le “ainsi de suite” indique que rien ne limite a priori le nombre de types de propriétés différentes qui pourraient se trouver activées par le regard esthétique. »
Tant qu’elle a pu des cœurs attirer les hommages,
Elle a fort bien joui de tous ses avantages.