mardi 23 novembre 2021

Un acte si libérateur…

Occuper l'espace
Taille originale : 14,8 x 21 cm
« J’ai rompu avec le catholicisme pratiquant dès mon premier trimestre à Oxford, en même temps que j’ai perdu ma virginité. Les deux événements étaient liés : je ne pouvais sincèrement confesser en tant que péché un acte que j’avais trouvé si libérateur, ni promettre de ne pas recommencer. Le rejet intellectuel du reste de la doctrine catholique a rapidement suivi, conséquence ou rationalisation de cette rupture, difficile à déterminer. Quelques années plus tard, au prix de quelques tricheries et dissimulation, mon mariage fut célébré dans une église catholique pour éviter de faire de la peine à mes parents mais aussi parce qu’au bout du compte, je ne me serais pas sentie dûment mariée par les seuls services de l’état civil. »
Dans le fond
Taille originale : 21 x 29,7 cm

 

lundi 22 novembre 2021

La confrontation de l’idéal avec l’hideuse réalité

Architecture classique
« Pour des raisons que je ne peux examiner en détail ici, le développement des rapports de pouvoir dans les sociétés étatiques en voie d’industrialisation aux XIXe et XXe siècles a permis - avec toutes sortes de retours en arrière et d’interruptions - la découverte et l’introduction dans le débat public d’aspects de l’existence humaine contredisant tant les idéaux traditionnels que les aspirations effectives de l’humanité. En conséquence, sous une forme ou l’autre, le conflit entre l’idéal et la réalité - ou bien encore, selon les cas, la plainte au sujet d’un rêve déçu, ou plus simplement, au sujet des aspects indésirables de l’existence humaine - devint l’un des thèmes permanents du débat littéraire, artistique, et, en partie aussi, philosophique en cours. On peut dire qu’au fil d’une confrontation qui fut longue et, dans une certaine mesure, acharnée, les produits culturels conçus en fonction de la trinité traditionnelle du Bien, du Beau et du Vrai, à laquelle s’attachait habituellement une note optimiste, ont, sans disparaître tout à fait, perdu leur prééminence. Les produits culturels qui présentaient ouvertement et clairement l’affrontement, le conflit, les nombreux aspects de la réalité humaine qui étaient auparavant refoulés, passés sous silence, devinrent au contraire prédominants, souvent associés à une note très pessimiste.
Architecture moderne
La confrontation de l’idéal avec l’hideuse réalité prend alors sa valeur paradigmatique. Celle-ci ne réside pas tant dans le fait que les êtres se heurtent aux aspects amers, indésirables du monde naturel et humain. Cela a bien sûr toujours existé. Ce qui, à cette étape du développement social, annonçait le passage à une nouvelle mentalité, un changement de la structure sociale de la personnalité, c’est la transformation du canon social de la production culturelle qui se manifeste alors. À l’évidence, il y a toujours eu des hommes désespérés, mais que l’on juge digne et important de faire du désespoir ou, comme dans le cas qui nous occupe, du contraste effrayant entre la réalité et l’idéal, l’objet d’une publication littéraire, en comptant manifestement que cette expérience trouvera un écho au sein du public des lecteurs, c’est l’expression hautement caractéristique d’une situation nouvelle radicalement modifiée.
Au fil de l’eau
Le laid, le mauvais, le mal dans le monde devenaient désormais objets de la “bonne littérature”, des belles lettres, et même de beaux poèmes. Naturellement, tout cela était aussi fait pour “épater le bourgeois”. »
Voué à la disparition

lundi 15 novembre 2021

L'âge classique

taille originale : 21 x 14,8 cm
« Parlons présentement, mon enfant, de ces chatouillements excessifs que vous sentez souvent dans cette partie qui a frotté à la colonne de votre lit : ce sont des besoins de tempérament aussi naturels que ceux de la faim et de la soif. Il ne faut ni les rechercher ni les exciter, mais dès que vous vous en sentirez vivement pressée, il n’y a nul inconvénient à vous servir de votre main, de votre doigt, pour soulager cette partie par le frottement qui lui est alors nécessaire. […]
taille originale : 21 x 14,8 cm
Au reste, comme ceci, je vous le répète, est un besoin que les lois immuables de la nature excitent en nous, c’est aussi des mains de la nature que nous tenons le remède que je vous indique pour soulager ce besoin. Or, comme nous sommes assurés que la loi naturelle est d’institution divine, comment oserions-nous craindre d’offenser Dieu en soulageant nos besoins par des moyens qu’il a mis en nous, qui sont son ouvrage, surtout lorsque ces moyens ne troublent point l’ordre établi dans la société. […]
Je vous ai indiqué un remède qui modérera l’excès de vos désirs et qui tempérera le feu qui les excite. Ce même remède contribuera bientôt au rétablissement de votre santé chancelante et vous rendra votre embonpoint. »
Les expos de l’année

dimanche 14 novembre 2021

J’adore votre ouvrage, j’adore mon délire, mon égarement…

De quoi avons-nous honte ?
Taille originale : 29,7 x 21 cm
« Ah ! combien il est dangereux d’aimer, quand on aime à un tel excès ! Je me craignais, cette crainte fit longtemps ma sûreté ; mais je n’avais point d’idées de ce que j’éprouve. Mon âme est enivrée, l’amour fait un exemple de moi ; je l’ai fui, je l’ai bravé, il se venge. Je fais des imprudences affreuses, je ne vois plus rien… Cher amant, je ne me plains pas, je m’accuse ; hélas ! de quoi ? vous êtes coupable de mes fautes ; cruel, ce sont les vôtres. Vous vous faites trop aimer et j’adore votre ouvrage, j’adore mon délire, mon égarement, j’en adorerais les suites, fussent-elles le courroux, le mépris, le déchaînement de toute la nature… Va, il me serait doux de l’endurer pour toi… »

samedi 13 novembre 2021

La peinture de l'âme

 

Taille originale : 21 x 28,4 cm & 20,7 x 14,7 cm

« Ce qui caractérise la nouvelle façon de peindre qui naît en Bourgogne et en Flandres à cette époque [dès le XVe siècle], c’est l’irruption de la figuration de l’individu […] dans des tableaux que singularisent la cohérence des espaces mis en scène, la précision avec laquelle sont restituées les caractéristiques du monde matériel telles qu’elles sont perçues par les humains, et l’individuation de ces derniers, chacun doté d’une physionomie qui lui est propre et du caractère qu’elle laisse transparaître. La révolution picturale qui se produit alors installe durablement en Europe un art de figurer qui choisit de mettre l’accent sur l’identité reconnaissable tout à la fois de l’artiste, de l’œuvre figurative, de l’objet dépeint et du destinataire de l’image, un art qui se traduit par une virtuosité sans cesse croissante dans deux genres inédits : la peinture de l’âme, c’est-à-dire la représentation de l’intériorité comme indice de la singularité des personnes humaines, et l’instauration de la nature, à savoir la représentation des contiguïtés matérielles au sein d’un monde physique qui mérite d’être observé et décrit pour lui-même. »


Semblant

vendredi 12 novembre 2021

Échange de points de vue

« Il n’en reste pas moins que le mouvement vers l’individuation des personnes dont témoigne l’art naissant du portrait reflète, ou conditionne, l’attention croissante portée dès cette époque à l’expression de l’intériorité par le regard et les expressions du visage. Ainsi Georges Chastellain, un chroniqueur attaché à la cour de Philippe le Bon au moment où Jan van Eyck transforme l’art du portrait, écrit-il de son protecteur qu’il “avoit une identité de son dedans à son dehors”, signifiant par là que son intériorité singulière devenait flagrante dans ses attitudes, son regard et sa physionomie. Des peintres comme Jan van Eyck ou Dürer, dans ses autoportraits, y parviennent au premier chef par le traitement des yeux. Tandis que l’icône du Christ des époques antérieures portait son regard indifféremment sur tous les humains qui voyaient dans son visage, non un sujet quelconque, mais l’image d’une vérité, le regard des portraits flamands invite le spectateur à un échange de points de vue analogue à celui qu’établissent deux humains de chair et d’os ; autrement dit, il instaure une situation d’intersubjectivité avec un artefact mimétique. Ce qui importe n’est donc pas de savoir si ces portraits sont plus ressemblants que ceux réalisés plus tôt, mais le fait qu’ils affirment avec vigueur l’idée d’une individualité de certains humains transparaissant sur leur visage depuis leur for intérieur. »


Taille originale : 21 x 29,7 cm

mardi 9 novembre 2021

Les derniers foutrages

Taille originale : 29,7 x 21 cm
Style roman
« Le docteur Bayer est mort lui aussi. Avide de découvertes il passait l’éponge sur nos frasques de jeunes filles sans trop se faire prier. “Déshabillez-vous”, hurlait-il devant les spectateurs à groin de porc qui hantaient son vestibule. Il fouillait nos sphères sensibles de la cave au pignon sculpté de notre frise. La langue rose du docteur achevait sa propre enquête quand le bistouri de l'homme en blanc vous forçait à courber l’échine. “Tu vois, ceux qui ont des pompons rouges ? Ce sont des cadeaux de la marine”, criait-il triomphant, un doigt à l’orée de l’orifice anal, l'autre tendu raide vers l’auditoire surchauffé. Tout était faux et profond et réel en même temps. On se laissait dévorer par le docteur Bayer sans songer à jouer la comédie : on écartait ses cuisses avec une fureur volcanique devant la vieille ganache. “Les derniers foutrages”, minaudait la demoiselle de la poste qui, friande du spectacle, fut souvent “de passage”.
Ils sont tous morts, ces vieux docteurs, et ceux qui prennent leur place, si semblables dans leur jeunesse, ne sont qu'un monceau d'ordures.
Je commence à comprendre le fameux renoncement à soi-même prescrit avec plus ou moins de clarté par toutes les religions. La suppression des penchants en partant du plus bas. Le détachement. Se détacher (détacher) de l’amour. Gommer la haine, oublier l’amitié même. Le monde n'est pas identique pour différents individus, il n'est le même que lorsqu'il est privé de vie ou que nos relations avec lui sont privées de vie. Tel le cri poussé dans la forêt illogique de l’hôpital, tel son écho au-dehors. En écoutant les réponses le crieur discerne peu à peu s'il a crié juste ou faux. Je me détache de mon courage. Je ne suis plus coquette, ni soignée ni lavée certains jours. Je me détache de mon passé. Je ne cherche plus à m'évader. Le hasard lui-même n'a plus de portée significative, il tombe dans la banalité dès sa parution. D'abord, ne sommes-nous pas là pour afficher nos vices et nos tares, nos extraordinaires singularités ? Personne n'a le temps d'écouter le voisin, personne n'a envie de le regarder. Sans prise de conscience, sans tension ni étonnement ; sans coup de téléphone aux amis, le hasard perd de son charme. Il n'émeut plus. On l'oublie. Je renonce à comprendre la raison de ma présence ici. Je laisse la question en suspens. J'ai libéré mon entourage de mon fantôme : je sais que “dehors” les visites sont considérées comme une corvée désagréable. Je n'en reçois plus. Je ne lis plus. Je n'écris plus. J'attends. »
Bauhaus