dimanche 26 avril 2015

Moderne/contemporain [2]

L'apparition [1]
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L'apparition [2]
« La modernité repose sur une reconsidération du statut de l’œuvre, qui devient le lieu même de toute apparition, et ce alors même que notre temps la nie, la réduisant à un divertissement social. L’œuvre moderne se montre d’abord elle-même, dans sa matérialité propre. Elle donne à voir ce qui n’a pas été vu avant qu’elle l’instaure. C’est en peignant que le peintre découvre le sens et la direction de son travail. Son œuvre ne tente pas de restituer quelque chose qui lui préexisterait, elle est espace d’apparition Elle donne forme au lieu de refléter. »
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À distance
taille originale : 29,7 x 21 cm
« Si le propre de l’art contemporain est de cultiver toutes sortes de distances (physique, entre l’artiste et son matériau ; juridique et morale, avec les règles de la vie en société ; culturelle, avec le bon goût ; ontologique, avec les critères de l’art), rien d’étonnant alors si la distance ironique par le “second degré” est une constante chez les artistes contemporains, que ce soit par l’ostentation d’insincérité, d’intéressement voire de cynisme, par le trucage assumé ou par la blague, la dérision, l’absence affichée de sérieux, régulièrement pratiqués depuis Rauschenberg ou Johns. »

dimanche 12 avril 2015

Le vol des hirondelles

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taille originale : 21 x 29,7 cm

« Étais-je, vieillissant, victime d’une sorte d’andropause ? Cela aurait pu se soutenir, et je décidai pour en avoir le cœur net de passer mes soirées sur Youporn, devenu au fil des ans un site porno de référence. Le résultat fut, d’entrée de jeu, extrêmement rassurant. Youporn répondait aux fantasmes des hommes normaux, répartis à la surface de la planète, et j’étais, cela se confirma dès les premières minutes, un homme d’une normalité absolue. Ce n’était après tout pas évident, j’avais consacré une grande partie de ma vie à l’étude d’un auteur souvent considéré comme une sorte de décadent, dont la sexualité n’était de ce fait pas un sujet très clair. Et bien, je sortis tout à fait rasséréné de l’épreuve. Ces vidéos tantôt magnifiques (tournées avec une équipe de Los Angeles, il y avait une équipe, un éclairagiste, des machinistes et des cadreurs), tantôt minables mais vintage (les amateurs allemands) reposaient sur quelques scénarios identiques et agréables. Dans l’un des plus répandus, un homme (jeune ? vieux ? les deux versions existaient) laissait sottement dormir son pénis au fond d’un caleçon ou d’un short. Deux jeunes femmes de race variable s’avisaient de cette incongruité, et n’avaient dès lors de cesse de libérer l’organe de son abri temporaire. Elles lui prodiguaient pour l’enivrer les plus affolantes agaceries, le tout étant perpétré dans un esprit d’amitié et de complicité féminines. Le pénis passait d’une bouche à l’autre, les langues se croisaient comme se croisent les vols des hirondelles, légèrement inquiètes, dans le ciel sombre du Sud de la Seine-et-Marne, alors qu’elles s’apprêtent à quitter l’Europe pour leur pèlerinage d’hiver. L’homme, anéanti, par cette assomption, ne prononçait que de faibles paroles ; épouvantablement faibles chez les Français (“Oh putain !”, “Oh putain je jouis !”, voilà à peu près ce qu’on pouvait attendre d’un peuple régicide), plus belles et plus intenses chez les Américains (“Oh my God !”, “Oh Jesus-Christ !”), témoins exigeants, chez qui elles semblaient une injonction à ne pas négliger les dons de Dieu (les fellations, le poulet rôti), quoi qu’il en soit je bandais, moi aussi, derrière mon écran iMac 27 pouces, tout allait donc pour le mieux. »
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D'un autre point de vue…

 

En médaillon rococo…

lundi 6 avril 2015

Moderne/contemporain

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Taille originale : 29,7 x 21 cm


« Cet œil libéré, c'est celui qui s'affranchit non seulement des conventions de la figuration classique (on n'en est plus là), mais aussi de cette exigence constitutive de l'art moderne qu'est l'expression de l'intériorité de l'artiste, quelles qu'en soient les formes. Car qu'y a-t-il de commun entre les gestes de Rauschenberg, de Murakami ou de Klein, et entre les grandes cibles ou les drapeaux de Johns, les compositions géométriques de Stella et les assemblages bricolés de — encore lui — Rauschenberg, sinon qu'ils ne peuvent en aucune manière être perçus ou interprétés comme l'expression de leur intériorité ? Soit qu'il n'y ait plus rien à voir, soit qu'aucun contenu personnel, aucune psychologie n’y soient plus perceptibles, soit même que la continuité avec le corps de l'artiste se trouve rompue par la monumentalité des œuvres ou le recours à des matériaux qu'il n'a pas même fabriqués : en tout cas, l'œuvre ne donne plus aucune prise à l'attente d’expression de l’intériorité. Or cette attente est précisément ce qui fait la spécificité de l'art moderne : et en amont, contre les conventions collectives de l'art académique à partir de l'impressionnisme; et en aval, contre la logique du jeu distancié avec les limites, qui va focaliser l'énergie des praticiens de l'art contemporain. C'est pourquoi celui-ci doit se comprendre avant tout comme une rupture avec l'art moderne qui, à partir des années 1950, s'était imposé comme le nouveau sens commun de l'art.
Mais c'est aussi un monde éclaté : contrairement au XIXe siècle, où il n'y avait qu'un seul “monde de l'art” focalisé sur quelques institutions emblématiques (dont le fameux Salon de peinture), la seconde moitié du XXe siècle voit coexister plusieurs mondes : celui, traditionnel et en perte de vitesse, de l’art académique, qui n'existe plus que dans quelques institutions ou dans des segments reculés du marché ; celui, advenu récemment à une position dominante, de l'art moderne, qui a conquis le marché et est en train de pénétrer les institutions; et celui, émergent, de l'art contemporain, qui n'existe encore qu'à la marge mais est en passe de concurrencer sérieusement l'art moderne, voire de le supplanter. Comme y insiste, Pomian, l'art du XXe siècle, loin de se réduire à “l'avant-garde radicale” qu'aiment privilégier maints historiens d'art, est un art pluriel, où deux conceptions hétérogènes de l'avant-garde coexistent avec la tradition des beaux-arts.
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Taille originale : 29,7 x 21 cm

En dépit de tous les indices, la radicalité de cette rupture semble pourtant, étrangement, avoir échappé à maints analystes, qui s'accrochent encore à une définition purement chronologique de l'art contemporain, refusant de considérer l'adjectif “contemporain”, au-delà de son sens littéral de découpage temporel, comme une catégorisation générique (alors qu'il ne vient à l'esprit de personne de considérer que l'expression consacrée de “musique contemporaine” engloberait toutes les formes musicales produites au temps présent).
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Pourquoi une telle réticence des spécialistes face à l'évidence de la nature générique et même paradigmatique de l'art contemporain ? Les raisons en tiennent avant tout au statut problématique de la notion même de “genre” dans les milieux lettrés, de multiples façons. Premièrement en effet, la tradition esthète préfère les propriétés internes des œuvres aux propriétés externes ou contextuelles (dont font partie les catégories cognitives, comme le genre). Deuxièmement, le genre constitue une médiation entre le regard et l'œuvre : à l'opposé de la valorisation idéaliste de la transparence, de la relation immédiate entre l’œuvre et son spectateur, la catégorisation générique présuppose l'existence de cadres perceptifs partagés, de traditions classificatoires, de préconditions axiologiques. Troisièmement, l'approche générique est foncièrement structuraliste puisqu'elle implique l'existence de catégories sous-jacentes à l'expérience, plus ou moins conscientes, échappant pour l'essentiel au libre jeu des initiatives individuelles, ce qui contrevient à la valorisation idéaliste de la liberté des individus, de l'indétermination des conduites, du surgissement de l'événement (conception très en vogue dans le monde de l'art contemporain). Quatrièmement enfin, admettre que l'art contemporain est une catégorie esthétique et non pas chronologique impliquerait de reconnaître que les pouvoirs publics soutiennent non pas le meilleur de la création actuelle, mais le meilleur à condition qu'il obéisse à une certaine grammaire artistique ; ce principe de sélection non dit étant antinomique de la vocation pluraliste des aides de l'État, il nécessiterait, s'il était reconnu comme tel, des justifications publiques adéquates.
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Rien n'illustre mieux cette rupture que les changements de terminologie amenés par les acteurs, qu'ils soient peintres ou critiques d'art. À nouvelles pratiques, nouvelles dénominations : ainsi, en 1956, lors d'une exposition Yves Klein chez Colette Allendy, le jeune critique Pierre Restany décide qu'il est temps de se débarrasser des termes éculés de “peinture” et de “sculpture” au profit de celui de “propositions monochromes”. Vingt-cinq ans plus tard, c'est au niveau officiel du ministère de la Culture, que l'expression “arts plastiques” supplantera désormais celle révolue de “beaux-arts”, engageant irréversiblement l'État français “dans une défense de pratiques artistiques autres que strictement picturales ou sculpturales”. »



mercredi 25 mars 2015

Différentes possibilités de configuration érotique

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Taille originale : 29,7 x 29,7 cm
“This greater erotic plasticity appears to manifest in women's more holistic responses to sexual imagery and thoughts. In 2006, psychologist Meredith Chivers set up an experiment where she sowed a variety of sexual videos to men and women, both straight and gay. The videos included a wide range of possible erotic configurations: man/woman, man/man, woman/woman, lone man masturbating, lone woman masturbating, a muscular guy walking naked on a beach, and a fit woman working out in the nude. To top it all off, she also included a short film clip of bonobos mating.
While her subjects were being subjected by this onslaught of varied eroticism, the had a keypad where they could indicate how turned on they felt. In addition, their genitals were wired up to plethysmographs. Isn't that illegal? Non, a plethysmograph isn't a torture device (or a dinosaur, for that matter). It measures blood flow to the genitals, a surefire indicator that the body is getting ready for love. Think of it as an erotic lie detector.
What did Chivers find? Gay or straight, the men were predictable. The things that turned them on were what you'd expect. The straight guys responded to anything involving naked woman, but were left cold when only men were on display. The gay guys were similarly consistent, though at 180 degrees. And both straight and gay men indicated with the keypad what their genital blood flow was saying. As it turns out, men can think with both heads at once, as long as both are thinking the same thing.
The female subjects, on the other hand, were the very picture of inscrutability. Regardless of sexual orientation, most of them had the plethysmograph's needle twitching over just about everything the saw. Whether the were watching men with men, women with women, the guy on the beach, the woman in the gym, or bonobos in zoo, their genital blood was pumping. But unlike men, many of the women reported (via the keypad) that they weren't turned on. As Daniel Bergner reported on the study in The New York Times, "With the woman... mind and genitals seemed scarcely to belong to the same person". Watching both the lesbians and the gay male couple, the straight women's vaginal blood flow indicated more arousal than they confessed on the keypad. Watching good old-fashioned vanilla heterosexual couplings, everything flipped and they claimed more arousal than their bodies indicated. Straight or gay, the women reported almost no response to the hot bonobo-on-bonobo action, though again, their bodily fonctions suggested they kinda liked it.”
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Mise à jour…
Recouvrement inattendu…
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Et nouvelle mise à jour…

dimanche 15 mars 2015

Derrière les murs… ou devant

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Taille originale : 21 x 29,7 cm

« Les vices des hommes
Sont mon domaine
Leurs plaies mes doux gâteaux
J'aime mâcher leurs viles pensées
Car leur laideur fait ma beauté »

dimanche 1 mars 2015

Petites réflexions sur une domination mineure…

Montage et mise en couleur numériques


Google annonce que les images de nudité ou de sexualité explicite seront bientôt bannies des blogs hébergés par Blogger. Puis devant les réactions des utilisateurs, revient sur sa décision.

Cela suscite quelques réflexions sur Google, sur l’abus possible d’une position dominante, sur les phénomènes de domination en général, sur la différence entre inégalités, domination et pouvoir, et, pour terminer, sur les jeux de domination sexuelle. Le tout dans un ensemble légèrement incohérent.

Qu’est-ce que la domination ? 

En sociologie — que celle-ci soit savante ou commune —, il y a une très grande approximation conceptuelle concernant la domination qu’un groupe exercerait sur un autre, domination qui est souvent confondue avec l’inégalité, le pouvoir, l’autorité ou encore le prestige. Ainsi, dans un documentaire intitulé la Domination masculine, le réalisateur Patric Jean mélange des faits extrêmement hétérogènes censés illustrer son propos, et il évoque notamment des cas extrêmement durs de violence conjugale comme la pointe extrême de cette domination. Or, dans la plupart des sociétés occidentales, ce type de violence est aujourd’hui largement condamné, que ce soit au niveau judiciaire et social ou simplement par l’opinion publique : personne ne défend — sauf les avocats payés pour ça — les hommes qui battent leurs compagnes, et la plupart des hommes qui sont confrontés dans leur entourage à de tels faits, vont, loin d’applaudir à de tels gestes, conseiller très généralement aux victimes de porter plainte ou, à tout le moins, de quitter les sinistres individus coupables de ces agissements. Dans l’opinion publique aujourd’hui, ces individus sont incontestablement (et heureusement) l’objet d’un opprobre social : leurs actes sont considérés comme le fait de personnes médiocres, au caractère déséquilibré, atteintes d’une forme plus ou moins grave de pathologie.

Il ne s’agit pas ici de dénier la gravité de ces actes mais simplement de souligner qu’ils ne prouvent absolument pas l’existence d’une domination masculine, même si la violence conjugale est dans la grande majorité des cas le fait d’hommes à l’encontre de femmes (la situation inverse existant néanmoins) : si mon voisin bat sa femme, moi-même en tant qu’homme, je n’exerce — à travers ce geste — aucune « domination masculine » sur l’ensemble des femmes ni même sur celles de mon entourage, je n’en éprouve tout au plus qu’un peu de honte à appartenir à un genre si facilement porté à la violence… Ces faits témoignent d’une différence de comportements — les hommes sont plus souvent les auteurs de faits de violence (même s’il faut rappeler aussi qu’il s’agit d’une minorité, sinon d’une petite minorité) — mais ils ne participent pas à une domination masculine dans la société actuelle.

Dans d’autres sociétés et à d’autres époques, la violence conjugale peut être légitimée de diverses façons, être exercée par d’autres personnes que l’époux (le père, les frères, la famille en général) et s’inscrire alors dans une domination masculine qui vise en particulier à contrôler le comportement sexuel des femmes et des jeunes filles. Mais, dans les sociétés occidentales actuelles, fondées sur l’égalité et l’individualisme, il est absurde de prétendre que ces gestes socialement stigmatisés démontreraient l’existence d’une domination masculine généralisée : tout au plus pourrait-on avancer l’idée qu’ils favoriseraient une crainte latente chez les femmes à l’égard des hommes et de leur « force virile », ainsi qu’une attitude plus ou moins consciente de soumission féminine, mais on voit que l’argumentation est fragile (et l’on ne peut que conseiller aux femmes de refuser tous les clichés associés à une supposée faiblesse féminine).

Cette évolution est récente, et l’on se souvient que dans le cinéma hollywoodien classique (jusqu’à la fin des années 1950), il était courant que les maris ou les amants giflent (ou parfois fessent) leurs partenaires présentées tendancieusement comme « hystériques ». Heureusement, le féminisme a promu largement à partir des années 1960 (et même avant) l’égalité entre hommes et femmes et condamné de tels agissements, stigmatisant la violence masculine mais aussi parentale.

Il ne s’agit pas non plus de prétendre qu’il n’y a plus aucune domination masculine dans les sociétés occidentales aujourd’hui, mais seulement que les violences conjugales évidemment condamnables ne participent pas, on le comprend aisément, à une telle domination. Mais comment alors définir la domination et la distinguer entre autres de l’inégalité et du pouvoir ?

Inégalité

L’inégalité n’est pas synonyme de domination : les revenus des médecins ou des avocats sont en moyenne supérieurs à ceux des instituteurs ou des ouvriers, mais cela ne signifie évidemment pas que les avocats exercent une quelconque domination sur les instituteurs. Même dans une perspective marxiste, les revenus supérieurs de la bourgeoisie par rapport au prolétariat ne sont pas considérés comme la manifestation de la domination capitaliste mais seulement comme la conséquence ou l’effet de cette domination : un rentier ayant une fortune médiocre (comme certains que l’on peut trouver dans l’univers balzacien) pourra disposer de revenus moindres que des ouvriers mais il exercera comme membre de la classe capitaliste une domination générale sur le prolétariat dont il exploitera (bien sûr de façon indirecte) la force de travail en lui extorquant une part (même minime) de la plus-value.

Domination

La domination est une notion relativement difficile à comprendre, car elle ne se confond ni avec l’inégalité (comme on vient de le voir) ni avec le pouvoir ou l’autorité (qu’on examinera plus tard). De façon abstraite, on définira la domination comme une relation sociale où un individu ou un groupe possède un avantage qui lui permet de limiter les choix d’un autre individu ou d’un autre groupe.

Cette domination peut reposer sur les qualités personnelles de l’individu dominant : ainsi, dans un sport comme le tennis, on dira qu’un joueur en domine un autre parce qu’il l’empêche de déployer son jeu, de placer ses coups efficacement et finalement de gagner la partie. Dans ce cas, la domination est la manifestation d’une inégalité, mais alors que celle-ci existe indépendamment de la situation — un joueur est meilleur que l’autre —, la domination n’existe que dans la rencontre, la compétition, c’est-à-dire dans la relation sociale qui met les deux joueurs en présence (avec notamment tout le contexte institutionnel du monde sportif qui impose le respect des règles, etc.).

Mais le plus souvent la domination résulte de la situation générale inégalitaire où se trouvent les individus ou les groupes. Le cas le plus facile à comprendre est celui d’un marché économique où une multitude de petits producteurs, par exemple agricoles, font face à quelques distributeurs de grande taille se trouvant pratiquement en situation de monopole : dans une telle situation, les producteurs en concurrence les uns avec les autres devront baisser leur prix de vente car les distributeurs les menaceront facilement de faire jouer la concurrence soit au plan local soit même au plan international. Les distributeurs ne peuvent pas « ordonner » aux producteurs de vendre leurs marchandises à bas prix, mais ils ne leur laissent pas, comme on dit, le choix. Par leur taille, par leurs contacts géographiquement étendus, les distributeurs sont dans une position dominante car ils peuvent se fournir ailleurs, alors que les petits producteurs sont dans une situation dominée et n’ont pas les moyens de contourner les grandes firmes de distribution.

On remarquera que la domination est très rarement absolue et qu’elle varie généralement selon les lieux et les époques. Ainsi, en situation de plein emploi (comme ce fut le cas pendant les Trente Glorieuses entre les années 1945 et 1975 environ), les salariés fortement demandés peuvent plus facilement négocier des hausses de salaire que dans une situation de chômage important où ils se retrouvent en concurrence les uns avec les autres face aux employeurs. Mais même dans ce cas, des organisations comme les syndicats peuvent imposer des salaires minimums et des conventions collectives qui déterminent les niveaux de salaires admissibles.

Généralement, les phénomènes de domination résultent donc moins de qualités individuelles que des situations sociales différentes dans lesquelles se trouvent les individus: si les situations environnantes sont inégalitaires, la domination à proprement parler implique une limitation de la liberté de choix. Comprendre de tels phénomènes implique donc une analyse (parfois complexe) de la situation globale où se trouvent les individus et des choix (différents) qu’ils peuvent effectivement faire.

Pouvoir

Enfin, le pouvoir est la capacité pour un individu (ou un groupe) à imposer sa volonté à un autre individu (ou à un autre groupe). Être soumis au pouvoir implique une obéissance passive (ne pas s’opposer à l’autorité) ou active (agir selon la volonté du détenteur du pouvoir). Le pouvoir repose très généralement sur une forme de domination, mais toute domination n’implique pas un pouvoir : grâce à son savoir, à ses diplômes, à son statut officiel de prescripteur de médicaments, un médecin est dans une position dominante par rapport à son patient qui se voit prescrire des soins dont il ne peut pas décider personnellement (ne serait-ce que par manque de connaissances médicales), mais le patient garde toujours la liberté de ne pas se soigner. La seule exception est celle des personnes qui, souffrant de troubles psychiques peuvent constituer un danger pour autrui ou pour elles-mêmes : dans ce cas, un psychiatre dispose du pouvoir de faire interner (temporairement) une telle personne.

L’exemple type de la relation de pouvoir est bien sûr la hiérarchie militaire: le général donne des ordres aux officiers qui les font exécuter par les soldats. Dans ce cas, on voit que la relation de pouvoir est indirecte (elle passe par toute la hiérarchie des officiers et des sous-officiers) mais néanmoins fort contraignante : la désobéissance à quelque niveau que ce soit pourra en effet être l’objet de sanctions ou de punitions. Par ailleurs, les ordres sont ici explicites et impliquent des actions positives de la part de subordonnés (se déplacer, monter la garde, cirer des chaussures…).

Blogger et les images sexuellement explicites…

Mais qu’en est-il de Google aujourd’hui et de sa décision d’interdire le contenu sexuel explicite sur les comptes Blogger de ses usagers ? Est-ce un abus de position dominante ? Ou bien Google peut-il se réfugier derrière son statut d’entreprise privée, définissant librement les termes des contrats que ses clients peuvent ou non accepter, ou non refuser ?

On pressent qu’il y a une domination, mais quelles en sont exactement les formes et qui en sont précisément les victimes ? Personne bien sûr n’est obligé de s’affilier à Blogger, mais, dans l’offre qui s’est constituée à un moment autour de ce mode de publication, il y a eu (et il y a encore) une concurrence entre différents opérateurs pour attirer un maximum d’amateurs à la fois par une baisse de prix et même souvent par une gratuité du service, par la facilité d’emploi et enfin par le référencement plus ou moins efficace (sur Google…). Le paradoxe bien connu de cette offre est qu’elle cherche à attirer un maximum de « clients » qui peuvent bénéficier d’un service gratuit dont les frais (notamment d’hébergement sur serveur informatique) sont payés en fait par la publicité, publicité qui cependant n’apparaît pas sur les blogs de Google ! Soit le bloggeur paie pour être bien référencé sur le moteur de recherche (selon le système des Adwords), soit l’hébergement de nombreux blogs est payé par d’autres revenus publicitaires de Google (l’on peut supposer que les blogs hébergés, notamment les blogs personnels plus ou moins amateurs, ne constituent pas le secteur le plus rentable de Google).

Pour de nombreux bloggeurs, l’offre de Google a été et reste sans doute la plus attrayante pour les différentes raisons évoquées à l’instant, et elle a été aussi attrayante — notamment à cause de la gratuité et de l’absence visible de publicités sur les blogs — parce que Google visait précisément à attirer une maximum de bloggeurs et à « assécher » la concurrence [1].

Si l’on se place à présent d’un point de vue sociologique et non plus économique, on voit que Blogger occupe une position dominante à l’égard de ses utilisateurs (les bloggeurs) de deux manières au moins. Renoncer à l’hébergement par Blogger n’est pas du tout impossible — les bloggeurs sont « libres » d’aller ailleurs —, mais cela a effectivement un coût qui peut paraître exorbitant à l’utilisateur : en effet si celui-ci a choisi d’utiliser Blogger et a continué à l’utiliser parfois pendant une longue période, c’est qu’il estimait que cet instrument était « meilleur » ou présentait plus d’avantages que d’autres présents sur Internet. D’autres utilisateurs peuvent avoir un avis différent et préférer d’autres hébergeurs, mais cela ne fait absolument pas disparaître la préférence subjective du bloggeur. Pour lui, être obligé de changer d’hébergeur équivaut nécessairement à une perte, à des « avantages » qui lui sont soudainement retirés (qu’il s’agisse de la gratuité du service, de la facilité d’emploi, du référencement sur Google, de l’absence de publicité sur le blog ou de n’importe quelle autre raison). La décision de Google d’interdire soudain les blogs pour cause de sexualité explicite n’est pas sans doute une censure au sens strict mais bien un abus de position dominante pour les utilisateurs confrontés à un « coût » (sans doute subjectif) qu’ils sont obligés de subir, étant incapables (au moins individuellement) de s’opposer à une telle décision perçue comme arbitraire.

Une deuxième forme de domination résulte de ce que les sociologues appellent l’engagement dans l’action. L’utilisateur de Blogger s’est engagé progressivement dans une activité qui lui paraissait sans doute au début assez légère, peut-être de faible importance, sans conséquence dramatique sur son existence quotidienne en dehors du web. Mais au fil du temps, toute activité sociale « engage » de plus en plus l’individu qui, non seulement prend des habitudes, utilise des routines pour accroître son efficacité, mais donne également de plus en plus d’importance et de sens à une activité a priori secondaire. Bien entendu, de nombreux bloggeurs cessent à un moment de poster ou réduisent la fréquence de leurs publications, mais beaucoup d’autres y investissent du temps qui s’accumule et qui rétrospectivement devient part importante de leur propre vie passée comme en témoignent les archives (parfois impressionnantes) des blogs. Or Google est une firme sans états d’âme (même si l’on peut supposer que certains développeurs ont pu durement ressentir la disparition de certains produits auxquels ils avaient pu collaborer…) et ne connaît donc pas « l’engagement » subjectif de ses utilisateurs qui se retrouvent à cause de cela en position dominée face aux décisions abruptes de la firme de Mountain View. De la même façon que des employés licenciés à cause d’une restructuration peuvent prétendre avoir donné « toute leur vie » à l’entreprise qui les employait (alors qu’ils ont été régulièrement payés pour leur travail), un bloggeur soudain exclu de la plate-forme peut légitiment estimer que c’est une part essentielle de son existence qui est soudain menacée par l’arbitraire d’une décision. L’engagement progressif des individus dans une activité réduit en fait leur marge de manœuvre, leur « liberté » même si celle-ci existe toujours formellement (l’ouvrier licencié peut chercher du travail ailleurs…), et les place ainsi en situation dominée face à un « monstre » soudain devenu « froid ». La domination subie malgré soi est alors perçue comme « amputation », « violence », « injustice » ou simple « frustration »…

Ainsi, la décision de Google, même si elle a été revue, met bien à nu l’arbitraire dont à tout moment les bloggeurs peuvent ou pourront être les victimes après avoir consenti il y a plus ou moins longtemps à des clauses générales d’utilisation lues à l’époque très superficiellement…

Et les jeux de domination sexuelle…

…n’ont rien à voir avec tout ceci ! Le jeu, aussi sérieux soit-il en apparence, est seul capable de transforme la domination en source de plaisir et de jouissance. Et l’on espère donc que ce blog pourra continuer à participer à un tel jeu.


1. Pourquoi Google a-t-il proposé une offre aussi attrayante pour les bloggeurs alors que beaucoup de blogs, gratuits pour l’utilisateur, ne le sont pas pour la firme en l’absence de toute publicité ? On peut supposer que Google a, en ce domaine comme dans d’autres, une visée à long terme, cherchant à attirer un maximum d’utilisateurs, même si la manière de monétiser leur utilisation n’est pas encore déterminée. Mais cela explique aussi que Google puisse abandonner brutalement des secteurs ou des outils qui ont pu sembler prometteurs mais se sont sans doute révélés non rentables (ainsi que le rappelle le « cimetière » de Google). Tout Blogger pourrait ainsi disparaître, même s’il est vraisemblable que les blogs à visée commerciale, acheteurs d’Adwords, assurent la rentabilité du secteur. Ce qui est important de souligner, c’est que Google ne cherche pas à attirer tous les bloggeurs même s’il donne l’impression (fausse) de vouloir « écraser » toute concurrence. Il cherche plutôt à acquérir une position dominante dans un secteur qui lui paraît (au moins à un moment) prometteur. Si la mode des blogs s’essouffle (ou si le trafic se révèle finalement décevant notamment d’un point de vue publicitaire), il y renoncera certainement.

samedi 28 février 2015

Ce que Google ne voulait plus voir…

Taille originale: 24 x 32 cm

« D'ici quelques semaines, nous n'autoriserons plus les blogs où sont publiées des images ou des vidéos montrant de la nudité ou à caractère sexuel explicite. Lorsqu'elle est représentée dans un contexte artistique, éducatif, documentaire ou scientifique, ou lorsque l'importance des enjeux pour le public nous conduit à ne pas prendre de mesures relatives au contenu, la nudité restera autorisée.
Cordialement,
L'équipe Blogger »
Quelques questions : qu'est-ce que l'art ? Et qui définit ce qui est artistique ? Pourquoi un contexte artistique devrait-il légitimer ce que le simple plaisir (voyeuriste) serait incapable de justifier ? Quand la liberté des uns se transforme-t-elle en domination ou en abus de position dominante pour les autres ?
Après de multiples réactions, on se réjouira que Google ait changé d'avis, tout en redoutant l'abitraire d'une décision dépendant du bon vouloir d'une entreprise aujourd'hui dominante.