dimanche 1 mars 2015

Petites réflexions sur une domination mineure…

Montage et mise en couleur numériques


Google annonce que les images de nudité ou de sexualité explicite seront bientôt bannies des blogs hébergés par Blogger. Puis devant les réactions des utilisateurs, revient sur sa décision.

Cela suscite quelques réflexions sur Google, sur l’abus possible d’une position dominante, sur les phénomènes de domination en général, sur la différence entre inégalités, domination et pouvoir, et, pour terminer, sur les jeux de domination sexuelle. Le tout dans un ensemble légèrement incohérent.

Qu’est-ce que la domination ? 

En sociologie — que celle-ci soit savante ou commune —, il y a une très grande approximation conceptuelle concernant la domination qu’un groupe exercerait sur un autre, domination qui est souvent confondue avec l’inégalité, le pouvoir, l’autorité ou encore le prestige. Ainsi, dans un documentaire intitulé la Domination masculine, le réalisateur Patric Jean mélange des faits extrêmement hétérogènes censés illustrer son propos, et il évoque notamment des cas extrêmement durs de violence conjugale comme la pointe extrême de cette domination. Or, dans la plupart des sociétés occidentales, ce type de violence est aujourd’hui largement condamné, que ce soit au niveau judiciaire et social ou simplement par l’opinion publique : personne ne défend — sauf les avocats payés pour ça — les hommes qui battent leurs compagnes, et la plupart des hommes qui sont confrontés dans leur entourage à de tels faits, vont, loin d’applaudir à de tels gestes, conseiller très généralement aux victimes de porter plainte ou, à tout le moins, de quitter les sinistres individus coupables de ces agissements. Dans l’opinion publique aujourd’hui, ces individus sont incontestablement (et heureusement) l’objet d’un opprobre social : leurs actes sont considérés comme le fait de personnes médiocres, au caractère déséquilibré, atteintes d’une forme plus ou moins grave de pathologie.

Il ne s’agit pas ici de dénier la gravité de ces actes mais simplement de souligner qu’ils ne prouvent absolument pas l’existence d’une domination masculine, même si la violence conjugale est dans la grande majorité des cas le fait d’hommes à l’encontre de femmes (la situation inverse existant néanmoins) : si mon voisin bat sa femme, moi-même en tant qu’homme, je n’exerce — à travers ce geste — aucune « domination masculine » sur l’ensemble des femmes ni même sur celles de mon entourage, je n’en éprouve tout au plus qu’un peu de honte à appartenir à un genre si facilement porté à la violence… Ces faits témoignent d’une différence de comportements — les hommes sont plus souvent les auteurs de faits de violence (même s’il faut rappeler aussi qu’il s’agit d’une minorité, sinon d’une petite minorité) — mais ils ne participent pas à une domination masculine dans la société actuelle.

Dans d’autres sociétés et à d’autres époques, la violence conjugale peut être légitimée de diverses façons, être exercée par d’autres personnes que l’époux (le père, les frères, la famille en général) et s’inscrire alors dans une domination masculine qui vise en particulier à contrôler le comportement sexuel des femmes et des jeunes filles. Mais, dans les sociétés occidentales actuelles, fondées sur l’égalité et l’individualisme, il est absurde de prétendre que ces gestes socialement stigmatisés démontreraient l’existence d’une domination masculine généralisée : tout au plus pourrait-on avancer l’idée qu’ils favoriseraient une crainte latente chez les femmes à l’égard des hommes et de leur « force virile », ainsi qu’une attitude plus ou moins consciente de soumission féminine, mais on voit que l’argumentation est fragile (et l’on ne peut que conseiller aux femmes de refuser tous les clichés associés à une supposée faiblesse féminine).

Cette évolution est récente, et l’on se souvient que dans le cinéma hollywoodien classique (jusqu’à la fin des années 1950), il était courant que les maris ou les amants giflent (ou parfois fessent) leurs partenaires présentées tendancieusement comme « hystériques ». Heureusement, le féminisme a promu largement à partir des années 1960 (et même avant) l’égalité entre hommes et femmes et condamné de tels agissements, stigmatisant la violence masculine mais aussi parentale.

Il ne s’agit pas non plus de prétendre qu’il n’y a plus aucune domination masculine dans les sociétés occidentales aujourd’hui, mais seulement que les violences conjugales évidemment condamnables ne participent pas, on le comprend aisément, à une telle domination. Mais comment alors définir la domination et la distinguer entre autres de l’inégalité et du pouvoir ?

Inégalité

L’inégalité n’est pas synonyme de domination : les revenus des médecins ou des avocats sont en moyenne supérieurs à ceux des instituteurs ou des ouvriers, mais cela ne signifie évidemment pas que les avocats exercent une quelconque domination sur les instituteurs. Même dans une perspective marxiste, les revenus supérieurs de la bourgeoisie par rapport au prolétariat ne sont pas considérés comme la manifestation de la domination capitaliste mais seulement comme la conséquence ou l’effet de cette domination : un rentier ayant une fortune médiocre (comme certains que l’on peut trouver dans l’univers balzacien) pourra disposer de revenus moindres que des ouvriers mais il exercera comme membre de la classe capitaliste une domination générale sur le prolétariat dont il exploitera (bien sûr de façon indirecte) la force de travail en lui extorquant une part (même minime) de la plus-value.

Domination

La domination est une notion relativement difficile à comprendre, car elle ne se confond ni avec l’inégalité (comme on vient de le voir) ni avec le pouvoir ou l’autorité (qu’on examinera plus tard). De façon abstraite, on définira la domination comme une relation sociale où un individu ou un groupe possède un avantage qui lui permet de limiter les choix d’un autre individu ou d’un autre groupe.

Cette domination peut reposer sur les qualités personnelles de l’individu dominant : ainsi, dans un sport comme le tennis, on dira qu’un joueur en domine un autre parce qu’il l’empêche de déployer son jeu, de placer ses coups efficacement et finalement de gagner la partie. Dans ce cas, la domination est la manifestation d’une inégalité, mais alors que celle-ci existe indépendamment de la situation — un joueur est meilleur que l’autre —, la domination n’existe que dans la rencontre, la compétition, c’est-à-dire dans la relation sociale qui met les deux joueurs en présence (avec notamment tout le contexte institutionnel du monde sportif qui impose le respect des règles, etc.).

Mais le plus souvent la domination résulte de la situation générale inégalitaire où se trouvent les individus ou les groupes. Le cas le plus facile à comprendre est celui d’un marché économique où une multitude de petits producteurs, par exemple agricoles, font face à quelques distributeurs de grande taille se trouvant pratiquement en situation de monopole : dans une telle situation, les producteurs en concurrence les uns avec les autres devront baisser leur prix de vente car les distributeurs les menaceront facilement de faire jouer la concurrence soit au plan local soit même au plan international. Les distributeurs ne peuvent pas « ordonner » aux producteurs de vendre leurs marchandises à bas prix, mais ils ne leur laissent pas, comme on dit, le choix. Par leur taille, par leurs contacts géographiquement étendus, les distributeurs sont dans une position dominante car ils peuvent se fournir ailleurs, alors que les petits producteurs sont dans une situation dominée et n’ont pas les moyens de contourner les grandes firmes de distribution.

On remarquera que la domination est très rarement absolue et qu’elle varie généralement selon les lieux et les époques. Ainsi, en situation de plein emploi (comme ce fut le cas pendant les Trente Glorieuses entre les années 1945 et 1975 environ), les salariés fortement demandés peuvent plus facilement négocier des hausses de salaire que dans une situation de chômage important où ils se retrouvent en concurrence les uns avec les autres face aux employeurs. Mais même dans ce cas, des organisations comme les syndicats peuvent imposer des salaires minimums et des conventions collectives qui déterminent les niveaux de salaires admissibles.

Généralement, les phénomènes de domination résultent donc moins de qualités individuelles que des situations sociales différentes dans lesquelles se trouvent les individus: si les situations environnantes sont inégalitaires, la domination à proprement parler implique une limitation de la liberté de choix. Comprendre de tels phénomènes implique donc une analyse (parfois complexe) de la situation globale où se trouvent les individus et des choix (différents) qu’ils peuvent effectivement faire.

Pouvoir

Enfin, le pouvoir est la capacité pour un individu (ou un groupe) à imposer sa volonté à un autre individu (ou à un autre groupe). Être soumis au pouvoir implique une obéissance passive (ne pas s’opposer à l’autorité) ou active (agir selon la volonté du détenteur du pouvoir). Le pouvoir repose très généralement sur une forme de domination, mais toute domination n’implique pas un pouvoir : grâce à son savoir, à ses diplômes, à son statut officiel de prescripteur de médicaments, un médecin est dans une position dominante par rapport à son patient qui se voit prescrire des soins dont il ne peut pas décider personnellement (ne serait-ce que par manque de connaissances médicales), mais le patient garde toujours la liberté de ne pas se soigner. La seule exception est celle des personnes qui, souffrant de troubles psychiques peuvent constituer un danger pour autrui ou pour elles-mêmes : dans ce cas, un psychiatre dispose du pouvoir de faire interner (temporairement) une telle personne.

L’exemple type de la relation de pouvoir est bien sûr la hiérarchie militaire: le général donne des ordres aux officiers qui les font exécuter par les soldats. Dans ce cas, on voit que la relation de pouvoir est indirecte (elle passe par toute la hiérarchie des officiers et des sous-officiers) mais néanmoins fort contraignante : la désobéissance à quelque niveau que ce soit pourra en effet être l’objet de sanctions ou de punitions. Par ailleurs, les ordres sont ici explicites et impliquent des actions positives de la part de subordonnés (se déplacer, monter la garde, cirer des chaussures…).

Blogger et les images sexuellement explicites…

Mais qu’en est-il de Google aujourd’hui et de sa décision d’interdire le contenu sexuel explicite sur les comptes Blogger de ses usagers ? Est-ce un abus de position dominante ? Ou bien Google peut-il se réfugier derrière son statut d’entreprise privée, définissant librement les termes des contrats que ses clients peuvent ou non accepter, ou non refuser ?

On pressent qu’il y a une domination, mais quelles en sont exactement les formes et qui en sont précisément les victimes ? Personne bien sûr n’est obligé de s’affilier à Blogger, mais, dans l’offre qui s’est constituée à un moment autour de ce mode de publication, il y a eu (et il y a encore) une concurrence entre différents opérateurs pour attirer un maximum d’amateurs à la fois par une baisse de prix et même souvent par une gratuité du service, par la facilité d’emploi et enfin par le référencement plus ou moins efficace (sur Google…). Le paradoxe bien connu de cette offre est qu’elle cherche à attirer un maximum de « clients » qui peuvent bénéficier d’un service gratuit dont les frais (notamment d’hébergement sur serveur informatique) sont payés en fait par la publicité, publicité qui cependant n’apparaît pas sur les blogs de Google ! Soit le bloggeur paie pour être bien référencé sur le moteur de recherche (selon le système des Adwords), soit l’hébergement de nombreux blogs est payé par d’autres revenus publicitaires de Google (l’on peut supposer que les blogs hébergés, notamment les blogs personnels plus ou moins amateurs, ne constituent pas le secteur le plus rentable de Google).

Pour de nombreux bloggeurs, l’offre de Google a été et reste sans doute la plus attrayante pour les différentes raisons évoquées à l’instant, et elle a été aussi attrayante — notamment à cause de la gratuité et de l’absence visible de publicités sur les blogs — parce que Google visait précisément à attirer une maximum de bloggeurs et à « assécher » la concurrence [1].

Si l’on se place à présent d’un point de vue sociologique et non plus économique, on voit que Blogger occupe une position dominante à l’égard de ses utilisateurs (les bloggeurs) de deux manières au moins. Renoncer à l’hébergement par Blogger n’est pas du tout impossible — les bloggeurs sont « libres » d’aller ailleurs —, mais cela a effectivement un coût qui peut paraître exorbitant à l’utilisateur : en effet si celui-ci a choisi d’utiliser Blogger et a continué à l’utiliser parfois pendant une longue période, c’est qu’il estimait que cet instrument était « meilleur » ou présentait plus d’avantages que d’autres présents sur Internet. D’autres utilisateurs peuvent avoir un avis différent et préférer d’autres hébergeurs, mais cela ne fait absolument pas disparaître la préférence subjective du bloggeur. Pour lui, être obligé de changer d’hébergeur équivaut nécessairement à une perte, à des « avantages » qui lui sont soudainement retirés (qu’il s’agisse de la gratuité du service, de la facilité d’emploi, du référencement sur Google, de l’absence de publicité sur le blog ou de n’importe quelle autre raison). La décision de Google d’interdire soudain les blogs pour cause de sexualité explicite n’est pas sans doute une censure au sens strict mais bien un abus de position dominante pour les utilisateurs confrontés à un « coût » (sans doute subjectif) qu’ils sont obligés de subir, étant incapables (au moins individuellement) de s’opposer à une telle décision perçue comme arbitraire.

Une deuxième forme de domination résulte de ce que les sociologues appellent l’engagement dans l’action. L’utilisateur de Blogger s’est engagé progressivement dans une activité qui lui paraissait sans doute au début assez légère, peut-être de faible importance, sans conséquence dramatique sur son existence quotidienne en dehors du web. Mais au fil du temps, toute activité sociale « engage » de plus en plus l’individu qui, non seulement prend des habitudes, utilise des routines pour accroître son efficacité, mais donne également de plus en plus d’importance et de sens à une activité a priori secondaire. Bien entendu, de nombreux bloggeurs cessent à un moment de poster ou réduisent la fréquence de leurs publications, mais beaucoup d’autres y investissent du temps qui s’accumule et qui rétrospectivement devient part importante de leur propre vie passée comme en témoignent les archives (parfois impressionnantes) des blogs. Or Google est une firme sans états d’âme (même si l’on peut supposer que certains développeurs ont pu durement ressentir la disparition de certains produits auxquels ils avaient pu collaborer…) et ne connaît donc pas « l’engagement » subjectif de ses utilisateurs qui se retrouvent à cause de cela en position dominée face aux décisions abruptes de la firme de Mountain View. De la même façon que des employés licenciés à cause d’une restructuration peuvent prétendre avoir donné « toute leur vie » à l’entreprise qui les employait (alors qu’ils ont été régulièrement payés pour leur travail), un bloggeur soudain exclu de la plate-forme peut légitiment estimer que c’est une part essentielle de son existence qui est soudain menacée par l’arbitraire d’une décision. L’engagement progressif des individus dans une activité réduit en fait leur marge de manœuvre, leur « liberté » même si celle-ci existe toujours formellement (l’ouvrier licencié peut chercher du travail ailleurs…), et les place ainsi en situation dominée face à un « monstre » soudain devenu « froid ». La domination subie malgré soi est alors perçue comme « amputation », « violence », « injustice » ou simple « frustration »…

Ainsi, la décision de Google, même si elle a été revue, met bien à nu l’arbitraire dont à tout moment les bloggeurs peuvent ou pourront être les victimes après avoir consenti il y a plus ou moins longtemps à des clauses générales d’utilisation lues à l’époque très superficiellement…

Et les jeux de domination sexuelle…

…n’ont rien à voir avec tout ceci ! Le jeu, aussi sérieux soit-il en apparence, est seul capable de transforme la domination en source de plaisir et de jouissance. Et l’on espère donc que ce blog pourra continuer à participer à un tel jeu.


1. Pourquoi Google a-t-il proposé une offre aussi attrayante pour les bloggeurs alors que beaucoup de blogs, gratuits pour l’utilisateur, ne le sont pas pour la firme en l’absence de toute publicité ? On peut supposer que Google a, en ce domaine comme dans d’autres, une visée à long terme, cherchant à attirer un maximum d’utilisateurs, même si la manière de monétiser leur utilisation n’est pas encore déterminée. Mais cela explique aussi que Google puisse abandonner brutalement des secteurs ou des outils qui ont pu sembler prometteurs mais se sont sans doute révélés non rentables (ainsi que le rappelle le « cimetière » de Google). Tout Blogger pourrait ainsi disparaître, même s’il est vraisemblable que les blogs à visée commerciale, acheteurs d’Adwords, assurent la rentabilité du secteur. Ce qui est important de souligner, c’est que Google ne cherche pas à attirer tous les bloggeurs même s’il donne l’impression (fausse) de vouloir « écraser » toute concurrence. Il cherche plutôt à acquérir une position dominante dans un secteur qui lui paraît (au moins à un moment) prometteur. Si la mode des blogs s’essouffle (ou si le trafic se révèle finalement décevant notamment d’un point de vue publicitaire), il y renoncera certainement.

samedi 28 février 2015

Ce que Google ne voulait plus voir…

Taille originale: 24 x 32 cm

« D'ici quelques semaines, nous n'autoriserons plus les blogs où sont publiées des images ou des vidéos montrant de la nudité ou à caractère sexuel explicite. Lorsqu'elle est représentée dans un contexte artistique, éducatif, documentaire ou scientifique, ou lorsque l'importance des enjeux pour le public nous conduit à ne pas prendre de mesures relatives au contenu, la nudité restera autorisée.
Cordialement,
L'équipe Blogger »
Quelques questions : qu'est-ce que l'art ? Et qui définit ce qui est artistique ? Pourquoi un contexte artistique devrait-il légitimer ce que le simple plaisir (voyeuriste) serait incapable de justifier ? Quand la liberté des uns se transforme-t-elle en domination ou en abus de position dominante pour les autres ?
Après de multiples réactions, on se réjouira que Google ait changé d'avis, tout en redoutant l'abitraire d'une décision dépendant du bon vouloir d'une entreprise aujourd'hui dominante.

dimanche 15 février 2015

L’espace rythmé des fous aux bouches mobiles



dessin pornographique fellation gay

« L’adolescent variait ses plaisirs. Une indicible moquerie dans ses yeux fouineurs, il aiguisait ses sens à volonté sur le dos satiné de ses victimes. Cruel, les brunes piquantes aux petits seins et aux poils tortillés en acrostiches provoquaient en lui une rage visuelle nuancée de mélancolie, un véritable raz-de-marée de colère sadique. Il s’enfonçait en elles dans un flamboiement sanguinaire. Il se laissait pénétrer par l’épouvante de sa victime ; froissé comme elle, il frissonnait de peur, pleurait, et touchait son ventre bombé, son ventre flambant, incandescent de flammes hystériques, là, sur ses maigres flancs d'adolescent. D’humeur gaie, il pratiquait l’onanisme sacrilège sur le corps d’une pâle effigie fraîchement sortie des bras des couventines aux fesses piquées de rose. Narcisse en plus astucieux, il se possédait au féminin ; nécrophile, il fit déterrer sa mère et passa une nuit inoubliable à discourir pour elle sous la lune vêtu de hauts gants de suède mauves, en compagnie d'une sauce blanche aux câpres et d'une hostie. Sans remords et sans repos, il ne se fatiguait jamais de lui-même ; il aplatissait ses prunelles sur chaque centimètre de son corps interchangeable et soupirait de bonheur tant il trouvait profonde sa vérité. Son désir coulait en longues rigoles meurtrières vers la victime du moment qui finissait toujours par se démener à ses pieds dénuée de pudeur et prête, sous ses yeux impitoyables, oui, prête, mais sans vainqueur. Alors il riait silencieusement.
L’adolescent connut ainsi toutes choses. Il apprit le langage des aliments savants, la texture des soies de l’Orient, le vol des oiseaux les plus intrépides, la pensée des sages, le mode de digestion des volcans. Et il se lassa. Il se lassa des femmes, des paysages semés de guerriers aux cris de chat, des insectes, de lui-même, du reste. Il tenta bien de ranimer son enthousiasme défaillant par toutes sortes de perversions persuasives mais la délicate ampleur de son libre pénis était dorénavant sans saveur pour lui. L’espace rythmé des fous aux bouches mobiles ne l’amusa guère. Le meurtre n’entraîna de sa part d’autre réaction qu’un ricanement cynique. Mou d’ennui il se baigna les yeux dans des bols de sang frais, dans des cous de porc sectionnés, cisaillé par les cuisses attentives d’un éphèbe ; il se trempa tout entier dans des plaies artificiellement purulentes, il essaya de se persuader dans des orgies abominables de frénésie qui se terminaient presque toujours par la mort sanglante des acteurs ou la naissance d’un hybride : l’ennui gagnait sans cesse. »
dessin pornographique fellation gay trio
taille originale : 21 x 29,7 cm

samedi 14 février 2015

Une large corolle à la fleur ardente

dessin pornographique bisex strapon fellatio
taille originale : 29,7 x 21 cm

« C’est ainsi que lorsqu’on sodomise celle qu’on aime on se pénètre en elle de toute la matière dont on est bâti. Ce double globe de chair qu’elle tourne vers nous aveugle en lui l’image que nous nous faisons d’elle, ne nous retourne que le large éclair endormi dans lequel la lumière a fermé la bouche des vents : Découvrir devant nous toute l’impudeur de ses fesses c’est l’obliger à se dépouiller de son âme au fond de nos yeux, à se noyer dans la transparence de sa chair comme une nymphe invisible dont nos yeux découvrent l’éclat dans le charme où ils s’absorbent afin que toute la chair soit comme une pensée dans la lumière de trouver en elle une route où s’éveille sa nudité comme une bouche dans la ténèbre dont la lumière l’habite. »

dimanche 18 janvier 2015

Des mouvements suaves et gracieux

dessin pornographique anilingus gay
Taille des dessins originaux: 29,7 x 21 cm
(mise en couleur numérique)
« Un artiste  consciencieux fera encore beaucoup d'observations de ce genre et peut-être celles que j'ai rapportées vont-elles tellement de soi qu’elles peuvent sembler superflues. Pourtant, nous ne les avons pas négligées parce que nous savons que beaucoup de peintres se sont gravement trompés sur ce point. Ils représentent en effet des mouvements trop vifs, arrivant à ceci que, dans une même figure, un seul et même regard saisit à la fois la poitrine et les fesses, ce qui n'est pas seulement impossible dans les faits, mais également très indécent à voir. Et entendant dire que ce sont les images qui agitent leurs membres en tous sens qui offrent la plus grande apparence de vie, ils imitent d'autant plus le mouvement des histrions au mépris de toute dignité de la peinture. Leurs œuvres sont ainsi non seulement dénuées de grâce et de douceur mais trahissent le talent trop fougueux de l'artiste. Il faut qu'une peinture ait des mouvements suaves et gracieux, appropriés à l'action. »

dimanche 14 décembre 2014

Je ne suis pas un jouet, ni un instrument. Je suis à vous.

taille originale : 29,7 x 42 cm

« Toute la journée j'eus dans la tête le ton de ma voix, si suppliant et sa voix à elle, et le bruit de la porte, et je la remerciais intérieurement de ce qu'elle avait fait car il me semblait bien que grâce à cela je commençais à la détester.
[…]
S'était-elle aperçu de quelque chose ? Le lendemain elle me parut particulièrement gentille. C'était peut-être seulement qu'il me semblait recevoir d'autant plus de sa part que je m'étais résigné et décidé à en attendre moins.
Nous prenions le thé, allongés dans des chaises longues côte à côte sur la terrasse. Depuis quelques minutes, elle bougeait beaucoup, se tournant d'un côté, de l'autre, changeant sans cesse de position. Je ne l'avais jamais vue ainsi. J'eus peur soudain qu'elle n'ait quelque chose à me dire et ne sache comment le faire. J'avais le regard au loin, perdu dans mes pensées, quand je sentis sa main sur mon bras. Elle désigna le salon derrière nous, de la tête, tout en mettant un doigt sur ses lèvres. Elle souriait d'une manière que je ne lui avais jamais vue, espiègle pourrais-je dire. Nous nous levâmes ensemble. Je la suivis dans le salon. Elle souriait maintenant comme une petite fille qui réprime un rire, heureuse de faire une chose défendue mais qu'elle sait être sans gravité. Elle s'arrêta derrière le dossier d'un canapé qui faisait face à la terrasse. Elle désigna le sol en le pointant plusieurs fois du doigt. Comme je ne comprenais pas, elle chuchota, toujours comme si elle réprimait une innocente hilarité : “Allongez-vous.”
Un certain soulagement
Je m'allongeai. Le bas de sa tunique caressa mon visage. Elle se tenait debout au-dessus de ma tête. Je voyais, dans la lumière tamisée par le tissu, ses jambes, ses cuisses, son slip. L'incroyable arrivait. Je vivais un rêve. La lumière changea. Elle relevait sa tunique sur le devant tandis qu'elle se déplaçait d'un pas vers l'avant. Un pan de tissu retomba, sa main apparut et, comme elle s'accroupissait, avec deux doigts elle tira son slip à l'entrecuisse, dégageant son sexe. Je le vis. Il se rapprochait encore de mon visage, elle murmura un mot. Je crus entendre : “Sucez.” J'avançai le visage à la rencontre de ses lèvres. Ce n'est que lorsque je vis sourdre les premières gouttes que je compris qu'elle avait dit : “Buvez.” Je reculai la tête instinctivement. Le liquide suivit d'abord la fente. Quelques gouttes tombèrent sur mon cou, le haut de ma poitrine. Puis le jet, prenant soudain de la force, sortit tout droit, me frappa le visage. Je me souviens que ma première pensée fut qu'il fallait que je boive car sinon le tapis serait taché. C'était une drôle d'idée et une piètre excuse pour ma faiblesse, vite oubliée, car déjà, la bouche grande ouverte, je cherchais avidement à recueillir le liquide. Comme j'avais la tête renversée, le cou allongé au maximum, l'orifice de ma gorge était resserré et, malgré tous mes efforts pour déglutir aussi rapidement que possible, le liquide débordait de ma bouche par les commissures des lèvres, me coulant le long des mâchoires dans le cou, sur la poitrine. Il semblait que cela ne finirait jamais. Je l'aurais voulu aussi. Mais déjà elle s'était relevée. Les plis de sa tunique me caressèrent à nouveau le visage. Elle se tenait à côté de moi. Elle me regardait. Je la regardais. J'avais encore la bouche pleine. J'avalai ce qui me restait d'elle, les yeux dans ses yeux. Elle s'accroupit près de moi. Avec sa tunique elle m'essuya les lèvres, le menton, les épaules, rapidement. Puis elle me caressa les cheveux, à peine, très vite. Elle avait le même sourire amusé et fautif.
“Nous recommencerons, murmura-t-elle, vous voulez bien ?”
Elle s'éloignait.
Je courus jusqu'à ma chambre. J'avais la bouche entr'ouverte afin de saliver le moins possible et garder ainsi le goût autant que je pouvais. Je m'allongeai par terre et ouvris la bouche comme si je la recueillais encore et derrière mes paupières fermées je tâchai de voir à nouveau le slip blanc, les doigts qui le maintenaient tiré sur la mousse blonde, la nacre rosé et la coquille brune, sentir sur ma langue l'eau qui en tombait.
Dans la nuit je me libérai une seconde fois.  »
dessin pornographique, pisse, ondinisme, pee
taille originale : 32 x 24 cm