« Pour l’épicurisme, la fellation comme la sodomie illustrent et défendent une sexualité de pur plaisir, sans finalité de reproduction. Elles sont l’emblème d’une morale capable de tracer une distinction entre reproduction et sexualité et d’arracher l’homme à la dictature d'une nature soi-disant divine. Le plus grand danger est de se référer à une nature donnée pour fonder une morale ou une éthique. A-moral, un acte érotique comme la fellation permet de maintenir le lien social, de cimenter la communauté; l’ataraxie individuelle a pour effet de conserver le calme civil. »
Les travaux reproduits ici sont parfois anciens, parfois récents et ne sont pas présentés dans leur ordre chronologique. Le but de ce blog n'est pas seulement de les présenter (ou de les exhiber) mais aussi de les modifier en fonction de cet objet médiatique qu'est le blog. L'exposition modifie l'objet artistique lui-même, en particulier par le processus de la numérisation qui permet de transformer à volonté les caractéristiques de l'image.
samedi 26 juillet 2014
Maintenir le lien social
Les mauvaises mœurs
« Pour préparer dans d’heureuses conditions les jeunes filles à la vie domestique, il ne suffit pas de les habituer au travail manuel, de leur donner de la dextérité et l’habileté des mains, la justesse du coup d’œil ; il faut de plus, appliquer avec esprit de suite, avec persévérance, les moyens d’éducation les plus propres à développer en elles, le qualités morales de la femme et celles de la bonne ménagère. Quelles sont ces qualités morales ?
Parmi les plus précieuses, il faut citer : le courage, la patience, la douceur et la gaieté.
Le courage c’est-à-dire simplement le zèle, la bonne volonté, l’ardeur au travail qui naît du plaisir qu’on éprouve à la tâche et des satisfactions qu’elle procure. Ce courage doit être doublé de patience. De même que le courage, la patience naît chez la femme d’un sentiment fort. Le courage et la patience s’allient à la douceur que l’on peut considérer comme l’une des qualités les plus essentielles à la femme.
Nécessaire pour l’accomplissement régulier des travaux ordinaires du ménage, la douceur est plus nécessaire encore pour l’éducation des enfants. Elle est le plus puissant moyen de bonheur au foyer. Une femme hargneuse, boudeuse… accomplit-elle même avec régularité les travaux du ménage ne peut être aimable, ni donner à son œuvre ce reflet de joie qui embellit la maison, attire et retient l’homme. Or quand un mari a pris l’habitude de chercher le repos et la gaieté hors de sa demeure, adieu la prévoyance et l’économie, adieu la paix intérieure, adieu tout le bonheur de la vie. Les querelles, la misère s’emparent du ménage, les mauvaises mœurs s’introduisent au milieu de ce désordre et tout est perdu. » (circa 1910)
lundi 21 juillet 2014
L’étoile du soir
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| Taille originale : 17,6 x 26,6 |
« Il y a quelque chose que je voudrais te demander, j’ai dit à E.S.
Elle s’est retournée, m’a regardé et m’a souri. Oui, et quoi donc, mon petit ?
Bon, je me demandais... je me disais que peut-être t’aurais envie de me baiser. Tu comprends, parce que en réalité je l’ai jamais fait.
Ça paraîtra sans doute complètement froid, mais ça ne l’était pas. En tout cas pas tout à fait. Parce que, bon, E.S. était quand même très sexy malgré son âge, et depuis le moment où elle m’avait pris dans ses bras - quand j’étais descendu par l’escalier pour les saluer, elle et Doc - je me sentais pas mal excité. Et puis, pour une raison ou une autre, il suffisait que je me trouve dans cette baraque pour que je sois plein de liquides érotiques. D’emblée, avec toutes les baiseries qui s’y passaient, cette maison ancienne et gigantesque m’était apparue comme un lieu de sexe. On a du mal quand on est un adolescent à ne pas lorgner une poétesse de La Nouvelle-Orléans au bord de la piscine en train de se passer du lait solaire sur tout le corps, et à ne pas remarquer les rastas noirs super-bien bâtis, torse nu, avec leur artillerie bien en vue sous des shorts qui bâillent, filer en douce pour retrouver les nombreuses amies blanches d’E.S. Et même si j’ai du mal à l’admettre, les lesbiennes de Boston qui trottaient partout en bikini m’excitaient aussi. Mais ce qui m’avait vraiment allumé depuis le début, c’étaient les vibrations érotiques qu’E.S. émettait sans cesse pour suggérer en quelque sorte que son seul but dans la vie était de donner du plaisir. Peu importait que ce soit sous forme de bouffe, de drogue ou de sexe, ce qui comptait c’était de donner : c’était ça qui lui procurait du plaisir par ricochet. Et quand on y réfléchit comme je l’ai fait, c’est une générosité bizarre qui ressemble plus à du désir permanent qu’à de la générosité, mais c’est aussi une attitude qui peut vraiment brancher un mec. Avec tout ce processus en marche depuis des mois, des années, et même à mon sens depuis pratiquement des siècles, cette maison n’était plus sur terre mais s’élevait quelque part au-dessus de l’obscurité quotidienne à la manière d’une île au Plaisir vibrante et scintillante qui m’aurait donné une érection permanente dont jusqu’à présent je m’étais occupé en quelque sorte tout seul.
Mais il est vrai aussi que j’ai agi froidement en demandant à E.S. si je pouvais la baiser, ou, pour être plus exact, si elle voulait me baiser. Premièrement c’était à cause de la curiosité intense mais presque scientifique que j’avais de voir comment ce serait. Je me posais des questions depuis au moins deux ans sur les détails mécaniques de la baise - en fait depuis que j’avais découvert que d’autres mecs de mon âge ou à peine plus vieux le faisaient avec des filles qu’ils draguaient au centre commercial et ailleurs. Elle est restée debout un long moment devant la cuisinière sans rien dire, un petit sourire aux lèvres comme si elle faisait défiler une vidéo mentale à toute allure vers l’avant pour essayer de voir comment ce serait de baiser avec moi. À la fin elle a lâché la cuillère avec laquelle elle avait remué ce qu’elle préparait et elle a baissé soigneusement la flamme du gaz. Se retournant, elle m’a dit avec un sourire. Tu veux qu’on le fasse maintenant ?
Bien sûr. Pourquoi pas ?
Elle a jeté un coup d’œil à l’horloge murale comme pour dire ça prendra pas longtemps et elle a dit qu’elle devait d’abord aller chercher quelque chose dans sa chambre. Je me suis dit qu’il devait s’agir d’un machin contraceptif ce que j’ai trouvé très bien parce que j’étais absolument pas branché paternité. Attends-moi dans la buanderie, m’a-t-elle dit. A mon avis personne ne viendra nous y embêter. Sauf peut-être toi. Et toi, je t’aurai tout à moi, cette fois, pas vrai, mon chou ?
Pour ça, oui ! j’ai dit. Et je suis entré dans la buanderie obscure où se trouvaient un lave-linge, un séchoir, divers outils de jardinage et aussi le petit lit pliant contre le mur du fond. Je sentais que je bandais déjà à mort mais je n’ai pas enlevé mes vêtements ni rien. Je me souvenais, pour l’avoir vu dans des films pornos, que la femme se déshabille toujours la première et je suis donc resté assis sur le lit comme si j’étais dans le cabinet d’un docteur jusqu’à ce que la porte de la cuisine s’ouvre. À la lumière du jour éclairant alors E.S. de dos, j’ai vu qu’elle avait ôté son maillot de bain et que sous sa longue chemise de gaze à rayures elle était toute nue. Ma respiration s’est accélérée, j’ai entendu mon cœur cogner dans ma poitrine et mes mains sont devenues moites de transpiration. J’avais une méchante trouille — davantage de faire quelque chose de mal que d’E.S., mais il n’était plus question que je fasse machine arrière.
Elle s’est approchée, s’est assise près de moi et elle a commencé à m’embrasser en glissant sa langue dans ma bouche et tout, puis elle a guidé mes mains en direction de ses seins bien qu’en fait elles n’aient pas tellement eu besoin d’être guidées. Elle m’a donc lâché les mains puis elle s’est employée à déboutonner mes jeans coupés et à m’ouvrir la braguette. J’ai expédié mes vieilles sandales d’un coup de pied, je me suis extrait de mon T-shirt en me tortillant, et elle, laissant tomber sa chemise à ses pieds, s’est penchée en arrière et m’a tiré sur elle. Je suis entré tout droit en elle comme si, bien plus que tout le bricolage sexuel que j’avais connu dans un passé lointain, c’était exactement pour ça que j’étais fait. Je vous épargnerai la plupart des détails, mais disons qu’elle dirigeait presque toutes les opérations, ce que je trouvais bien parce que sinon, si j’avais été livré à ma seule initiative, j’aurais probablement fait quelques secondes de cabriole et puis fini. Ensuite il m’aurait fallu cinq ou dix minutes pour pouvoir remettre ça, ce que j’aurais trouvé gênant. Mais elle m’a agrippé les fesses de ses mains, m’a fait faire de lentes allées et venues, quelques petits soubresauts bizarres qui la titillaient bien et des rotations souples des hanches qui apparemment la branchaient très fort. Je me sentais alors assez fier de moi, mais quand elle a commencé à gémir et à m’attirer en elle de plus en plus vite je me suis terriblement excité et juste au moment où je commençais à avoir des pensées vraiment agréables sur le sujet, à trouver que l’acte sexuel avec une autre personne vous libère la tête de tout sauf de cet autre qui vous remplit alors l’esprit et devient en quelque sorte tout l’univers, ou que ça vous aide vraiment à vous concentrer et vous permet d’oublier tous vos ennuis, ou que ça vous retient tellement l’attention que vous ne pensez plus en fait à vous-même - vous ne pouvez même pas essayer parce que ça vous bloque la pensée -, juste à ce moment-là ma pensée s’est bloquée et j’ai déchargé.
Elle a continué à me faire bouger un petit peu, puis j’ai abandonné, sans doute parce que mes pensées m’étaient revenues. Elle m’a lâché les fesses et s’est affalée sur le lit, toute trempée de sueur et fleurant bon le gâteau. Elle souriait pourtant, comme je pouvais le voir dans la faible lumière filtrant à travers les volets, et à mes yeux c’était une créature magnifique et stupéfiante telle que la terre n’en avait jamais connu, d’une autre espèce que moi et dix fois plus belle. Une femme adulte toute nue. Je n’en avais encore jamais vu de près que je puisse ainsi regarder à loisir et j’ai donc pris mon temps pour la contempler.
Je lui ai dit que j’étais désolé d’avoir déchargé si vite mais elle m’a répondu de ne pas m’en faire, que j’étais vraiment super-bien et qu’un jour je serais un champion de l’amour. Selon elle, j’avais les gestes qu’il fallait et elle était fière et heureuse d’avoir eu le privilège d’entrevoir ainsi mon avenir. C’était gentil de sa part pour un ado qui en était à sa première tentative de rapport sexuel véritable, quels que soient les motifs qu’il ait eus.
Bon, elle a dit, il faut que je retourne préparer le dîner pour mes invités. »
Le jeu dissonant des attributs…
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| Taille des dessins originaux: 29,7 x 21 et 21 x 29,7 cm |
« S’il est possible de parler d’un “homme” ayant un attribut masculin et de comprendre cet attribut comme l’un de ses traits, heureux mais accidentels, on peut alors aussi parler d’un “homme” ayant un attribut féminin, quel qu’il soit mais tout en maintenant l’intégrité du genre. Mais une fois que l’on se défait de l’idée que l’homme et la femme préexistent comme des substances durables, il n’est plus alors possible de subordonner les traits dissonants du genre à autant de caractéristiques secondaires et accidentelles d’une ontologie de genre qui reste fondamentalement intacte. Si l’idée d’une substance durable est une construction fictive produite par la mise en ordre obligatoire des attributs en séquences de genre cohérentes, il semble alors que le genre en tant que substance, la viabilité de l’homme et de la femme comme noms sont mis en cause par le jeu dissonant des attributs qui ne sont pas conformes aux modèles séquentiels ou causaux d’intelligibilité.
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| Dans un coin de musée… |
En ce sens, le genre n’est pas un nom, pas plus qu’il n’est un ensemble d’attributs flottants. Dans la tradition héritée de la métaphysique de la substance, le genre se révèle performatif — c’est-à-dire qu’il constitue l’identité qu’il est censé être. Ainsi le genre est toujours un faire, mais non le fait d’un sujet qui précéderait ce faire. »
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| …ou ailleurs |
vendredi 27 juin 2014
Ascétisme
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| Une question de point de vue… | |
« Les institutions ascétiques sont elles-mêmes liées à la valorisation d’un nouveau rapport au monde et à soi. Comme l’ascétisme protestant condamne l’universalisme de l’amour des religions mystiques de la fraternité, la solution d’une vie communautaire libérée des contraintes mondaines lui est refusée. À quelle instance peut-il alors se référer pour guider sa vie ? Weber n’a aucun mal à montrer que, pour le puritain, le calcul se substitue à toutes les formes d’adhésion naïve au réel. La rationalité comptable est l’attitude la plus conforme au désenchantement du monde : pour l’ascète intramondain importent avant tout les prestations (en particulier économiques) dont il le maître d’œuvre.
Le propre de l’ascétisme moderne est de transformer la colère contre le monde en calcul précautionneux. On peut le vérifier en se référant à l’activité humaine où l’on s’attendrait le moins à voir la raison jouer un rôle de premier plan : la sexualité. Dans la vie ascétique, celle-ci est susceptible de recevoir une signification dès lors qu’elle perd les dimensions orgiaques (c’est-à-dire communautaires) qu’elle conservait dans maintes formes de mysticisme. En même temps qu’elles s’individualisent, les pratiques sexuelles se voient conférer un sens rationnel : le sexe s’identifie à une extraquotidienneté acceptable. Dans un univers social saturé par la prévoyance économique, l’activité sexuelle désigne, selon Weber, “la sensation spécifique d’être délivré du rationnel à l’intérieur même du monde”.
Cette délivrance érotique par rapport au rationnel est encore rationnelle puisqu’elle permet à l’individu de supporter le désenchantement du monde sans recourir à un ailleurs inaccessible. Comme toute chose, le corps devient un instrument du salut sans que l’on sache exactement, surtout lorsque le puritain cède la place à l’entrepreneur capitaliste, s’il faut se sauver de la colère de Dieu ou échapper à un monde social devenu ennuyeux.
Nous sommes habitués, aujourd’hui, à envisager la sexualité comme une décharge sensitive libératrice par rapport aux contraintes sociales. La généalogie de cette attitude dans la conduite ascétique indique que cette approche de la sensualité présuppose une rupture avec le monde. Il faut que ce dernier soit vécu comme une charge, un obstacle à l’épanouissement de soi, pour que le plaisir sexuel prenne la dimension sémantique d’une libération. Dans un monde désenchanté, la jouissance n’est plus une adhésion à ce qui est, mais une technique de fuite devant l’angoisse que suscite le mutisme du monde social. L’idée d’une “révolution sexuelle”, quelles que soient les nuances attachées à cette expression, suppose que la sexualité puisse s’inscrire en rupture par rapport aux contraintes du monde. C’est seulement au terme de la rationnalisation, lorsque le monde des institutions est réduit à un squelette sans chair, que le sexe peut apparaître comme une échappée subversive mais, somme toute, assez peu risquée puisqu’elle se fait “à l’intérieur du monde”. »
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| Version double |
dimanche 20 avril 2014
L'union des opposés
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| taille originale : 21 x 29,7 cm |
« [Au Xe siècle à Byzance], la nouvelle esthétique de l’icône sert également à représenter des composantes éthiques dans l’image humaine idéale, celle de la Vierge.
Ces idées, comme les moyens rhétoriques utilisés, dataient déjà de plusieurs siècles, mais ce n’est qu’à cette époque qu’ils furent appliqués à l’icône, qui remplissait deux conditions nouvelles permettant d’atteindre à l’éloquence. N’étant plus un objet de controverse, elle avait acquis une place sûre dans la vie des Byzantins, ce qui lui conférait également une nouvelle liberté et augmentait les espoirs placés en elle. D’anciens textes littéraires furent actualisés en vue d’une utilisation nouvelle dans le domaine liturgique, influencé par des donateurs privés, en particulier dans les “couvents privés”. La liturgie favorisait aussi les transformations des icônes, qui ne devaient pas apparaître comme des créations des peintres, mais pouvaient être comparées à la poésie, dans la mesure où toutes deux se fondaient sur la liturgie.
Mais la transformation rhétorique de l’icône prend encore un autre sens, parce que, loin de dissimuler les paradoxes du dogme chrétien, si souvent évoqués, elle les met au jour. La littérature théologique aimait également se servir de ce moyen pour faire admettre à un esprit philosophique que c’était justement ce qui était contradictoire qui prouvait une intervention surnaturelle dans le cours de la nature. L’antithèse rhétorique célèbre l’union des opposés, de Dieu et de l’homme, du Créateur et de la créature, de la mort physique et de la vie divine comme but et sujet de la foi, d’où l’attraction exercée par les icônes qui reposent sur de tels exercices rhétoriques auprès de l’élite littéraire et sociale. Lorsque l’icône de la Mère de Dieu renforçait encore le paradoxe d’une créature portant son Créateur dans les bras en montrant la Mère embrassant son Fils ou celui-ci gigotant comme un enfant ordinaire, cette accentuation favorisait précisément l’acceptation de la “foi éduquée”. Il en est de même des comportements contrastés dans une même figure, comme le sommeil (la mort) et l’agitation (la vie) de l’Enfant, ou les expressions de joie et de tristesse de la Mère. Si le problème de la foi restait identique, le spectateur appréciait la manière cultivée et philosophique de sa présentation. C’est ainsi que l’icône combla son retard sur la littérature.
Vue de cette façon, l’“icône d’un nouveau genre” n’était pas simplement une réplique nouvelle d’archétypes anciens, qu’on continuait à respecter, mais auxquels manquaient les avantages des images nouvelles, plus poétiques et plus parlantes. C’est pour cette raison que Psellos s’évertue à louer l’icône en question en affirmant qu’il ne s’agissait pas d’une copie, mais qu’elle était son propre modèle. Son prototype était le sujet lui-même (la Crucifixion) dans une acception incontestablement philosophique, et non une autre icône. En “visualisant la vie”, la vision peinte satisfait non seulement aux règles de l’art, mais son esprit véritable surpasse également toute imitation extérieure. D’où le refus de Psellos de comparer son icône de la Crucifixion à d’autres œuvres, qu’elles soient peintes selon la manière ancienne ou nouvelle.
Dans un court commentaire de la célèbre citation biblique selon laquelle l’homme a été créé à l’image de Dieu, Psellos définit sa conception philosophique de l’image comme un concept dynamique, caractérisé surtout par une compréhension éthique. Il y polémique contre tout concept statique de l’eikôn, tel qu’on le trouvait dans la tradition philosophique, en lui opposant sa conception d’un accomplissement éthique progressif de l’homme vers l’“image de Dieu”. L’image n’a pas d’existence propre, n’est pas une instance indépendante entre Dieu et l’homme, mais elle reflète la plus ou moins grande proximité de l’homme à Dieu. Le vice est donc une “incapacité de concevoir la beauté”, qui est une catégorie morale. Les figures de la peinture d’icônes peuvent ainsi être conçues comme modèles de l’accomplissement spirituel atteint après que la souffrance a été surmontée. Dans le texte sur la Crucifixion, Psellos voit en Marie au pied de la croix l’“image idéale vivante des vertus. Ses douleurs ne lui ont pas fait perdre sa dignité.”
Une esthétique de la peinture, qui s’applique particulièrement à l’icône, commence à se mettre en place à l’époque. Ses bases étaient à la fois formelles (telles la symétrie et l’harmonie dans la composition) et théologico-philosophiques, philosophiques dans la mesure où le peintre peut capter la vie dans le miroir de son art, théologiques parce que, par la “grâce” (charis), il participe à la révélation d’une vérité supérieure. Les deux niveaux se fondent sur la distinction néo-platonicienne entre l’interne et l’externe, l’âme et le corps, l’esprit et la nature. Cette vision dualiste peut également s’appliquer à la description de personnes vivantes. Ainsi que l’exprime Anna, la fille de l’empereur, la régularité des traits de ses parents surpasse encore les symétries dans l’art. Mais le feu des yeux atteste d’une vie intérieure, la vie de l’âme, supérieure à celle du corps. C’est pour cette raison que, dans la peinture d’icônes, le regard est souvent en biais par rapport à l’axe du corps, afin d’exprimer le mouvement et la liberté par rapport à la simple corporéité. Mais la mimique reste bannie, sauf si le contenu la rend nécessaire, car elle détruirait la beauté iconique du corps.
Dans un de ses écrits, Psellos se qualifie lui-même de “grand connaisseur des icônes, parmi lesquelles une [icône mariale] m’enchante particulièrement, Pareille à un éclair, elle me touche par sa beauté et me ravit force et raison […]. Je ne sais si elle révèle l’identité de l’original, mais la variété des couleurs rend parfaitement compte de la nature de la chair.” Dans un autre texte sur la Crucifixion, Psellos célèbre la beauté des moyens purement formels tels que le “contraste” (antilogia) et l’“harmonie” (euharmostia) des différentes parties. Comme il le fait dire à un “homme sage”, la couleur contribue également à donner l’effet d’une “peinture vivante”. Mais il s’agit ici de règles artistiques, qui ne garantissent pas encore la vérité au sens supérieur, même si elles y participent, dans la mesure où la beauté physique y renvoie. L’image idéale de la beauté juvénile et de l’élégance de cour s’incarne à l’époque dans le médecin et officier Panteleimon aux belles boucles. Sa légende ne célèbre pas seulement sa “beauté extraordinaire” (to kallos exaisios) mais aussi son regard calme et majestueux. L’empereur païen Maximien l’avait choisi comme courtisan à cause de son aspect, mais le saint se voua au service du Christ. Il représente une figure sociale idéale en même temps qu’un prototype céleste dans la peinture médiévale. Mais le véritable prototype de la beauté restait évidemment le Christ, dont le portrait imprimé sur un tissu constituait la base d’un canon idéal de l’icône.
L’icône n’a pas d’espace pictural propre, elle n’est qu’une figure et peut donc être “habillée” d’or et d’argent à condition de laisser au moins le visage et les mains visibles, car elle doit donner l’impression de la vie, ce que seule peut faire la peinture. On peut orner la figure, non la remplacer par des décorations. Les inventaires de l’époque distinguent ainsi les icônes “décorées”, c’est-à-dire serties de métal, des autres. La représentation de la figure est soumise à un double critère : elle doit donner l’impression de vie, faisant ainsi oublier le produit matériel, inerte, mais doit également révéler l’existence supraterrestre de la personne représentée, au-delà de la vie physique. »
dimanche 6 avril 2014
Il n'y allait pas de main morte
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| taille des dessins originaux: 29,7 x 21 |
« dans le bus du retour déjà
l’obscurité s’installe il est
venu se mettre près de moi
son œil était très grave et noir
j’avais trop tremblé sous les vi-
brations des cars j’avais trop rê-
vé de son corps et des baisers
que j’y posais près du pubis
sur les reins sur le ventre et par-
tout sur les cuisses) sa chair s’offrit
à mes caprices et soulagé
de mes images et fatigué
comme un cadavre je reçus
la vigueur de son cœur hirsute
il n’y allait pas de main morte
et moi je me traînais sans force
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