dimanche 27 octobre 2024

Qu'est-ce qui nous fascine ?

Taille originale : 28,4 x 21 & 29,7 x 21 cm 
« Je peux rester longtemps plongée dans le regard de l’homme de la photo. Je peux m’y perdre. Qu’y a-t-il derrière ce regard ? Qu’est-ce qui nous fascine chez les criminels, les monstres ? On pense qu’ils détiennent des éléments de réponse sur une des plus grandes énigmes de l’existence : le mal. On se dit que, puisqu’ils ont commis l’irréparable, ils ont sans doute au moins appris quelque chose. Ils savent ce que c’est que le mal, ou, en tout cas, s’ils ne peuvent connaître par leur seul méfait le mal universel, ils sont au moins censés connaître le mal particulier qu’ils ont choisi. Ils sont de l’autre côté d’une frontière qu’on ne franchira pas. Mais on est souvent déçus. Il semble y avoir au cœur du crime lui-même une banalité qui n’est pas seulement due au caractère de certains criminels, ceux qui obéissent à des pulsions, ceux qui exécutent des ordres, les moutons du mal. Même les vrais monstres, ceux qui font le choix délibéré de plonger la tête dans l’obscurité, ne répondent pas à nos attentes.
Les études sur les abuseurs d’enfants montrent qu’il n’y a pas de profil type, en dehors du fait qu’ils sont de sexe masculin dans la grande majorité des cas. Ils viennent de tous les milieux, de toutes les classes d’âge, de tous les pays. Selon certaines études cliniques, il existe deux grandes familles de prédateurs : les “fixés”, ceux qui ont des troubles liés à la dépendance et à l’évitement, caractérisés par la soumission, la passivité, l’isolement social, et les “régressés”, ceux qui ont des troubles liés au narcissisme, des tendances antisociales et psychopathiques, caractérisés par le pouvoir, la domination et la violence. Parmi les premiers il y a beaucoup de personnes immatures, qui ne comprennent même pas que leurs gestes sont inappropriés. Les seconds résolvent un problème de souffrance profonde en dominant un être plus faible, plus facile à manipuler qu’un adulte, plus apte à devenir une proie. Les pervers appartiennent plutôt à ce groupe-là, mais en plus de résoudre un conflit intérieur par le viol, ils éprouvent du plaisir dans la souffrance de leurs victimes. Ils sont manipulateurs, fabriquent un système philosophique qui justifie leurs actes à leurs yeux, se croient au-dessus de la morale et des lois, se sentent supérieurs, assument leur geste.
Ceux qui fascinent le public sont plutôt ceux-là. On pourrait croire en effet qu’ils conduisent à des personnalités plus intéressantes, car a priori plus lucides, plus à même de nous dire quelque chose sur le mal qu’ils commettent et dont ils jouissent. On sera tout aussi déçu que par les autres, qui relèvent de la maladie psychique, du manque, du malheur, du serpent qui se mord la queue. Les pervers peuvent parler d’eux-mêmes pendant des heures, analyser leur propre tragédie, même essayer de comprendre l’absence d’empathie qui les caractérise. Ils se trouvent passionnants et sont souvent contents d’avoir un auditoire, mais ils n’ont rien à dire de neuf sur ce qu’ils ont fait. »

« Les travaux de Moscovici ont montré que l’influence sociale n’est pas le seul apanage de la majorité. Une minorité peut également exercer son influence en diffusant avec un certain succès ses normes novatrices, et ce malgré le fait que par définition elle ne dispose pas de pouvoir, qu’elle voit rarement sa compétence reconnue socialement, en bref qu’elle ne bénéficie pas d’une relation de dépendance avec sa cible qui lui soit favorable, ce qui a longtemps été considéré comme la condition nécessaire de tout processus d’influence sociale.
Lorsque ce conflit, généré par la consistance des comportements dont fait preuve la minorité, est bloqué également face à la population, lorsque donc la minorité n’est pas seulement consistante mais aussi rigide, l’influence minoritaire diminue sensiblement tout le moins au niveau manifeste.
Plusieurs recherches menées dans ce domaine ont montré que ces divers styles de comportement n’ont pas de valeur en soi, mais que s’ils sont à même de moduler de manière déterminante l’issue d’un processus d’influence minoritaire, c’est essentiellement au travers de l’image de la source qu’ils génèrent, en bref de sa représentation sociale. En effet, un style de comportement n’est pas simplement lu par la population mais également, et surtout, interprété par elle. C’est ainsi que nous pouvons constater que la rigidité minoritaire, pour prendre cet exemple, amène une interprétation spécifique de la consistance dont cette même minorité fait preuve par ailleurs, en induisant chez les sujets une forte catégorisation de celle-ci en termes de dogmatisme (ce qui est de nature, on le sait, à diminuer considérablement l’impact de la source sur la population), allant même jusqu’h “contaminer” la perception de la consistance même, masquant par là le fait que la minorité propose une véritable alternative aux normes dominantes. »

« L’évaluation de la toxicité s’appuie sur des études qualitatives (non mesurables) ou quantitatives (mesurables) adéquates. Il existe plusieurs types d’études qui nous permettent d’évaluer les effets d’un toxique. On peut les classer dans quatre catégories :

  • les études épidémiologiques, qui comparent plusieurs groupes d’individus ou les études de cas;
  • les études expérimentales in vivo, qui utilisent des animaux (ex. : lapin, rat et souris);
  • les études in vitro, effectuées sur des cultures de tissus ou des cellules;
  • et les études théoriques par modélisation (ex. : structure-activité). »

mardi 15 octobre 2024

Pas de désagréables problèmes juridiques

« Si cet homme était un véritable prophète, il saurait de quelle espèce est la femme qui le touche, et que c’est une pécheresse. »
Taille originale : 21 x 29,7 cm
« Que les trafiquants d’esclaves aient capturé de préférence des jeunes filles et des jeunes femmes reflète l’importance de la demande en concubines. Les Africains qui faisaient la chasse aux esclaves pour le compte des marchés musulmans recherchaient particulièrement ces proies qui atteignaient de plus hauts prix que les hommes. Lors des razzias qui s’abattaient sur les paisibles villages juste avant l’aube, il n’était pas rare que les Africains, souvent responsables de ces raids, tuent la plupart des hommes et des femmes âgées : ils n’avaient plus, ensuite, qu’à amener les jeunes femmes jusqu’aux points de rassemblement, points de départ du long chemin jusqu’au marché des esclaves. Ibn Battuta, un voyageur du XIVe siècle, en allant de Takedda, dans l’ouest du Soudan, à Fez, rencontra une caravane de six cents esclaves, toutes des femmes. On voyait d’ailleurs assez souvent des caravanes composées exclusivement de femmes et de jeunes filles sur les routes commerciales reliant le bilad as-Soudan à l’Afrique du Nord. Au milieu du XIXe siècle, l’érudit botaniste allemand Georg Schweinfurth rencontra ce qu’il décrit comme une petite caravane d’esclaves de cent cinquante jeunes filles. Schweinfurth, qui fut l’un des deux premiers Européens à tenter la traversée nord-sud du continent africain, a noté que beaucoup d’esclaves mouraient au cours de ces longues marches dans le désert à cause de l’imprévoyance de leurs ravisseurs qui n’emportaient pas assez d’eau ni de nourriture.
Les femmes blanches étaient presque toujours plus recherchées que les Africaines ; les Arabes étaient prêts à payer très cher pour les Circassiennes ou les Géorgiennes du Caucase et des colonies circassiennes d’Asie Mineure. Mais les Russes s’emparèrent de la Géorgie et de la Circassie au début du XIXe siècle et, en 1829, obtinrent par le traité d’Andrinople les forteresses qui contrôlaient le passage de Circassie en Turquie, et la traite des Circassiennes s’arrêta. Le résultat fut la hausse brutale de leur prix à Constantinople et au Caire. La situation se renversa au début des années 1840 quand les Russes, en échange de la promesse des Turcs de ne plus attaquer leurs forts de la rive est de la mer Noire, acceptèrent tranquillement de ne pas se mêler de la traite des esclaves. Les trafiquants ayant les mains libres, il y eut surplus sur les marchés de Constantinople et du Caire : les prix chutèrent et les Circassiennes devinrent accessibles au Turc et à l’Égyptien moyen. Dans plus d’un cas, le statut de ces femmes — esclave ou concubine — fut transformé par un mariage. Marier un de ses fils à une esclave représentait un choix plein de bon sens dans une société où se fiancer avec une femme libre entraînait souvent de grandes dépenses, en particulier sous forme d’une dot que la femme conservait en cas de divorce. En outre, une esclave était souvent plus soumise qu’une femme libre et il n’y avait pas de désagréables problèmes juridiques. »
Paroles de psy…
Taille originale : 29,7 x 21 cm

jeudi 10 octobre 2024

Tu aimes peut-être les ennuis ?

Exhibition ?
Version ancienne

 

« Le docteur Evans et Joseph étaient assis sous la véranda lorsque Catherine démarra. Elle klaxonna et les salua de la main.
“Tu ne crois pas que tu devrais t’en tenir aux adultes pour ce qui est de la bagatelle, gros malin ?”
“Oui.” Joseph savait qu’il fallait s’attendre à une réflexion de ce genre.
“Quand elles sont aussi jeunes que ça, et aussi détraquées que ça, on risque des ennuis. Je soigne sa mère.”
Le docteur sirota son verre. “Bien sûr, tu aimes peut-être les ennuis. Alors tu peux être sûr que tu vas en avoir. Ça fait combien de temps que ça dure cette histoire ?”
“Depuis octobre. C’était son idée à elle.”
Un nouveau cadre
Le docteur siffla et persifla. “Tu as quarante-trois ans et elle en a dix-sept, et tu voudrais me faire croire que c’était son idée. Tu dérailles, mon garçon.”
“Comment va ma mère ?” Il vida son verre et se leva pour s’en servir un autre.
“Elle ne passera pas le mois. Et toi non plus si le major découvre le pot-aux-roses.”
En perspective
Autre mise en scène
Le docteur riait à cette idée. “Bien sûr, il a probablement des doutes sur la nature profonde de sa fille. Peut-être se contentera-t-il de tirer dans ta jambe valide.” Il se remit à rire. “Elle n’a pas l’air mal du tout, surtout pour la région. Elles ont tendance à engraisser assez jeunes par ici. Tu prends des vitamines ? […] Bien sûr, tu sais que ça ne peut pas durer et qu’il faudra en finir d’une manière ou d’une autre.”
Effet de miroir
Joseph, d’abord troublé, se rebella. “Si ça doit finir un jour, autant que ça dure le plus longtemps possible, parce que c’est bon et parce que j’ai déjà perdu trop de temps dans ma vie, à attendre comme un con.”
“Ne monte pas sur tes grands chevaux. J’ai presque soixante-dix ans et je me débrouille encore pas trop mal quand l’occasion se présente et elle se présente plus souvent qu’on ne pourrait le croire. Mon père me disait qu’on ne regrette pas les coups qu’on tire quand on est vieux, on regrette seulement ceux qu’on n’a pas tirés.”
Le docteur lui donna une tape sur la jambe et lança :
“Et si on s’en prenait un autre ?”
Regarder, photographier
Joseph emporta son verre. “Tu veux toujours aller au Canada en juin ?”
“Si tu ne te fais pas descendre.” Le docteur le suivit à l’intérieur de la maison et désignant les côtelettes de daim que Joseph avait fait dégeler sur le comptoir de la cuisine : “Est-ce que je peux rester pour le dîner ?”
“Bien sûr. À condition que je ne t’entende plus dire que je vais me faire descendre.” »
Vice et versa

lundi 7 octobre 2024

Même si la mer se déversait entre nous

Sous le regard… (d'un possible échevin amstellodamois)
À son aimée, fermement retenue dans le secret d’une mémoire éternelle : tout ce qui mène à l’être dont la plénitude ne manque de rien.
Ceux qui nous envient, que les motifs de leur envie se prolongent et qu’ils se languissent longtemps de notre fortune, puisque c’est là ce qu’ils désirent. Me séparer de toi, même si la mer se déversait entre nous, serait impossible. Je t’aimerai toujours, je te garderai toujours à l’esprit. Tu ne dois pas t’étonner qu’une jalousie mauvaise jette ses regards sur une amitié aussi remarquable et harmonieuse que la nôtre, car si nous étions pitoyables, assurément nous pourrions vivre tant bien que mal parmi les autres sans subir la moindre marque d’envie. Qu’ils médisent donc, qu’ils calomnient, qu’ils mordent, qu’ils croupissent sur place, que notre bonheur fasse leur amertume : toi, pourtant, tu seras ma vie, mon esprit, mon réconfort dans les difficultés et pour finir ma joie parfaite.
Porte-toi bien, toi qui me fais bien porter.
Obsession muséale
Mise au goût du jour d'un dessin ancien

En latin médiéval

Dilecte in eterna memoria, tenaciter recondite : quicquid ad illud esse conducit, cuius plenitudini nichil déficit.
Qui nobis invident, utinam invidendi longa eis materia detur, et utinam nostris opimis rebus diu marcescant, quandoquidem ita volunt. Me a te separare, ipsum si nos mare interluat, non potest ; ego te semper amabo, semper in animo gestabo. Nec mirari debes si in nostram tam insignem, tam aptam amiciciam, prava emulacio suos obliquat oculos, quia si miseri essemus sine omni profecto livida notacione vivere cum aliis utcumque possemus. Rodant ergo, detrahant, mordeant, in seipsis liquescant, nostra bona suam amaritudinem faciant ; tu tamen mea eris vita, meus spiritus, mea in angustiis recreacio, meum denique perfectum gaudium.
Vale que valere me facis.

jeudi 26 septembre 2024

Des concurrentes embarrassantes

Un peu de retenue…

Un “mouvement des femmes” au Moyen Âge ?

« Depuis le haut Moyen Âge, seul le monastère offrait aux femmes isolées une existence digne de leur rang : en Angleterre et en Irlande, les monastères doubles aux ambitions intellectuelles et à la vocation missionnaire, sur le continent les fondations monastiques depuis le VIe siècle. À l’époque de la féodalité, enfin, apparurent dans toute l’Europe des couvents réservés aux filles de la haute noblesse et quelques fondations canoniales — peu nombreuses — pour les célibataires ou les veuves. Le nombre de ces “refuges” destinés aux célibataires était réduit : là, seules les dames de la haute noblesse pouvaient trouver un lieu de retraite convenable. L’apparition de nouvelles catégories sociales à partir du XIIe siècle, ainsi que l’importance croissante prise par l’organisation familiale favorisèrent la création de structures d’aide aux femmes dans le besoin et augmentèrent considérablement la “clientèle” aspirant à la vie de nonne.
Ainsi apparurent, à partir du début du XIIIe siècle, un grand nombre d’ordres et de couvents féminins, d’abord chez les cisterciens, puis chez les dominicains et les franciscains — la première fondation d’une maison dominicaine fut le couvent féminin de Prouille, dans le sud-ouest de la France. On vit même apparaître une forme de vie religieuse particulière et spécifique aux femmes, celle des béguines, dont les communautés se répandirent et attirèrent de nombreuses femmes, surtout dans les centres de production textile et de grand commerce des pays rhénans, et notamment en Flandre et en Brabant. L’ampleur de cette vague de fondations et le nombre des femmes qui menaient une vie religieuse ne peuvent être estimés qu’approximativement, mais une partie de ces estimations se révèle fort éclairante : vers 1300, on trouvait, dans la seule Allemagne, 74 couvents de dominicaines (bien que l’ordre des dominicains n’eût commencé sa mission sur le sol allemand que cinquante ans auparavant) ; ajoutons que ces maisons étaient surpeuplées, comme celles des autres nouveaux ordres religieux, à savoir celles des franciscains (pour les femmes, les clarisses) et des cisterciens. Le nombre des communautés féminines menant une vie semi-religieuse était encore plus élevé. La ville de Cologne à elle seule possédait au milieu du XIVe siècle 169 béguinages avec environ 1170 résidentes ; Strasbourg comptait à la même époque environ 600 béguines : on estime jusqu’à 10 % la proportion de femmes menant une vie religieuse dans cette ville.
Extase ou martyre
Taille originale : 29,7 x 42 & 21 x 29,7 cm
Le fait que les béguines vivaient avant tout de salaires provenant d’un travail manuel ou des soins prodigués aux malades a renforcé la conception de la recherche historique traditionnelle selon laquelle il y aurait eu à la fin du Moyen Âge un énorme excédent de femmes et, de ce fait, un grand nombre de femmes sans subsistance — on parlait même d’une “question féminine” (Frauenfrage); ce problème n’aurait pu être maîtrisé et surmonté que par la fondation de nombreuses communautés religieuses féminines.
Beaucoup d’éléments vont dans le sens de cette interprétation ; et en premier lieu la difficile situation sociale et économique des femmes seules décrite plus haut. On remarque aussi que les communautés de béguines offraient aux femmes issues des couches assez pauvres de la population des possibilités de travail et de logement, bien plus que ne pouvaient le faire tous les autres couvents de femmes fondés aux XIIIe et XIVe siècles. De plus, les béguines se trouvaient, la plupart du temps, sous la surveillance et la juridiction des autorités municipales dont elles recevaient leurs statuts et des consignes de conduite — tout comme les hôpitaux, les orphelinats ou même les “maisons de prostitution”, mais en aucune façon comme un couvent régulièrement incorporé à un ordre et placé sous la seule surveillance de celui-ci et de la curie. En outre, l’entrée dans une communauté de béguines n’obligeait pas au célibat définitif. D’après le statut des béguines de la ville de Strasbourg, seules devaient être acceptées des femmes de bonnes mœurs et des vierges, mais ces dernières n’avaient pas à prononcer à l’entrée de vœux de chasteté. Pendant deux mois, elles pouvaient vérifier si cette façon de vivre leur convenait, et c’est seulement après qu’elles devaient revêtir de simples habits gris, prononcer des vœux d’obéissance et de chasteté — qui avaient une valeur temporaire — et se conformer aux strictes règles de vie de la communauté. Elles demeuraient par ailleurs autorisées à disposer des biens qu’elles pouvaient avoir apportés avec elle, un facteur qui risquait de conduire à de fortes inégalités économiques et à des tensions sociales au sein même de la communauté.
Don ou abandon
À l’origine, les béguines avaient travaillé, contre de faibles rémunérations, dans le domaine social surtout : assister les pauvres, soigner les malades et s’occuper des morts faisaient partie de leurs devoirs, tout comme dispenser un enseignement aux jeunes filles et parfois aux garçons ; ainsi en allait-il à Mayence, Cologne ou Lübeck. Vers la fin du Moyen Âge, certaines communautés de béguines furent organisées d’une manière plus stricte et affectées aux hôpitaux en tant que personnel soignant ; pendant les épidémies de peste, le conseil municipal pouvait même les réquisitionner contre leur gré.
Les béguines exerçaient également des activités artisanales, en particulier dans le textile, comme beaucoup d’autres femmes seules, et elles y connurent parfois une très grande réussite économique. Elles parvinrent, surtout dans les grandes métropoles textiles de Flandre et des pays rhénans, à gagner beaucoup d’argent et à confier des travaux, contre un salaire journalier, à des servantes et à des personnes extérieures, comme le faisaient les grandes sociétés de commerce ou les marchands-fabricants — une situation qui provoqua à la fin du Moyen Âge un nombre croissant de conflits entre leurs communautés et les corporations. Ces dernières cherchaient dans la plupart des grandes villes à tenir en échec ou à éliminer des concurrentes aussi embarrassantes — et dont la position politique était bien mal assurée !
Toutefois, malgré la relation, évidente à première vue, entre l’“excédent féminin” et les institutions d’assistance en milieu urbain que représentaient les communautés de béguines du XVe siècle, l’explication qu’on y a trouvée de l’apparition de nombreuses communautés religieuses féminines à la fin du Moyen Âge a été assez tôt vivement remise en question. Herbert Grundmann, historien de l’Église et des ordres religieux, y a vu bien davantage un “mouvement féminin à caractère religieux”, analogue aux mouvements socioreligieux qui ont contribué à définir le climat spirituel et social de l’Europe depuis le Moyen Âge central. »
La lumière du ciel

mercredi 25 septembre 2024

Sublimer les vertus cardinales

L’esclavage évoque d’emblée une absence totale de choix, la violence et la coercition extrêmes, depuis la capture jusqu’aux conditions d’exploitation sous la puissance des maîtres. Peut-on seulement concevoir des esclavages volontaires, c’est-à-dire choisis au détriment de sa propre autonomie et de son appartenance à une communauté, ou contractuels, c’est-à-dire produits par un accord implicite ou explicite, écrit ou oral, voire encadrés par les dispositions d’un contrat fixant des conditions à l’exercice du pouvoir du maître ? N’y a-t-il pas une contradiction radicale entre, d’une part, l’exercice d’un choix autonome et la réciprocité d’un contrat, et, d’autre part, l’esclavage ?
À cette question, la philosophie politique européenne moderne a répondu de manière contrastée, tout en envisageant sérieusement la possibilité d’esclavages volontaires, à l’image de théoriciens du contrat social - comme Hugo Grotius (De jure belli acpacis, 1625) ou Samuel von Pufendorf (De officio hominis et civis juxta legem naturalem libri duo, 1673) - pour qui ceux-ci ne seraient toutefois acceptables que pour permettre la survie des personnes incapables d’assurer leur existence. En revanche, opposant l’esclave au citoyen libre et considérant la liberté de chacun comme “une partie de la liberté publique”, Montesquieu - comme John Locke (Two Treatises of Government, 1689) et John Stuart Mill (On Liberty, 1859) - considérait la vente de soi-même comme une impossibilité morale, absolument impensable et attentatoire à la loi civile :
Il n’est pas vrai qu’un homme libre puisse se vendre. […] Vendre sa qualité de citoyen est un acte d’une telle extravagance, qu’on ne peut pas la supposer dans un homme. Si la liberté a un prix pour celui qui l’achète, elle est sans prix pour celui qui la vend (Montesquieu, De l’esprit des lois, XV, 2).
Loin des spéculations philosophiques, des femmes et des hommes ont toutefois pu faire le choix de l’esclavage, pour eux-mêmes ou pour des membres de leur famille. […]
Sous surveillance
L’esclave pleinement volontaire n’est sans doute qu’un idéal-type ou une exception. Au chapitre XXXVII de l’Histoire lausiaque, Pallade de Galatie (IVe siècle) relate ainsi les pérégrinations de l’Égyptien Sérapion (dit “le Sindonite”). Modèle accompli de charité et de mortification chrétienne, Sérapion fut sanctifié et loué pour s’être vendu comme esclave à plusieurs reprises afin de venir en aide aux pauvres et de convertir ses maîtres successifs. De la même manière, l’un des vingt-quatre parangons chinois de piété filiale, le légendaire Dong Yong (de l’époque des Han), se serait vendu comme esclave à seule fin d’offrir de dignes funérailles à son père et donc de remplir ses devoirs de fils. Ces récits édifiants mettent en scène de manière extraordinaire le sacrifice et l’abandon volontaire de soi pour mieux sublimer les vertus cardinales et les comportements exemplaires propres à une doctrine (comme la charité chrétienne ou la piété filiale confucéenne). Ils représentent des exceptions à en juger par la diversité des contraintes qui sont à l’œuvre dans les formes volontaires d’esclavage.

lundi 23 septembre 2024

Labourez-moi à fond

Musée d’art ancien

Littérature ancienne ?

« je me plais trop j’aime me regarder je me désire en somme si ce n’était pas lui ce serait un autre et si cet autre était explorateur je me passionnerais pour l’Amazonie ou pour les mouches du vinaigre si c’était un biologiste non pas vrai il n’y a que lui il est le seul l’unique en tout cas le croire c’est un dogme est-ce que les catholiques croient à tout ce qu’ils croient pourquoi quand il y a un masculin et un féminin l’adjectif doit être masculin c’est pas juste pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas dire que la mer et le lac sont belles pourquoi Dieu au masculin pas juste non plus pitié de moi tout à l’heure en me savonnant une esclave bonne qu’à plaire injuste sort des femmes toujours à attendre à espérer à se préparer qu’est-ce qu’ils ont de plus que nous ces crétins-là nous les pauvres toujours à faire les mignonnes gracieuses faiblettes pudiquettes attendantes acceptantes et puis il en prend trop à son aise avec moi ce type qui arrive à Genève à sept heures vingt-deux et qui s’amène ici à neuf heures tout ça parce que monsieur veut plaire bain d’une heure peut-être rasage minutieux c’est d’ailleurs votre côté féminin mon cher féminins aussi vos coups d’œil dans la glace vous vous regardez un peu trop une faiblesse ça mon ami et puis comédien avec ses robes de chambre trop belles trop longues oui mon ami c’est ainsi que nous sommes nous autres vos esclaves nous ne disons rien nous prenons des airs extasiés mais nous remarquons tout seulement nous sommes indulgentes avez-vous compris mon bonhomme toute la peine que ce Staline se donne tout le temps s’occuper de tout se méfier de tous faire espionner faire tuer tout ça pour le plaisir idiot fatigant de commander quand il me raccompagne en voiture je baise toujours ses manchettes avant de le quitter parce que bien coupées belle soie adoration de la force qui est pouvoir de tuer vous voyez mon chéri je sais bien ma leçon j’aimerais qu’il me fouette le dos mais fort que ça fasse des zébrures en relief d’abord rouges puis blanches comme marque que je lui appartiens j’aimerais que ça me fasse mal que je crie de douleur que je le supplie de s’arrêter mais non il continue oui frappez encore mon chéri frappez aussi au bas du dos oui tout en bas après les reins oui parfaitement là très fort d’abord la joue droite puis la joue gauche c’est parce que je suis bien élevée que je dis joue droite joue gauche c’est les joues spéciales du bas du dos fouettez-les fort s’il vous plaît très fort que le sang coule oh merci merci aimé venez dans ce bain je suis votre terre et vous êtes mon maître et laboureur oh oui labourez-moi à fond assez assez pas sain de penser au labour surtout dans le bain non je ne crois pas qu’elles éternuent dans mon crâne il y a un petit endroit resté tendre c’est la fontanelle des bébés qui m’est restée féminin aussi qu’il ne veuille jamais que j’aille l’attendre à la gare c’est que monsieur n’est pas assez rasé en descendant du train monsieur tient à être vu dans tout son éclat tu es toujours beau va même trop quand je ne suis pas là »

 ou moderne ?

Musée d’art contemporain