lundi 27 décembre 2021

Abre La Cula

Puzzle de trois dessins de 21 x 29,7 cm
« L’enjeu c’est de fermer son esprit et d’ouvrir son cul.
On veut enlever leur pouvoir au vagin et au pénis. On a tous un anus. C’est une source de dégoût comme de plaisir. Ça représente bien l’hypocrisie de nos sociétés. Tant que c’est caché, pas de problème. Mais quand tu le montres aux yeux de tous, on détourne la tête. »
Taille originale : 21 x 29,7 cm

mercredi 15 décembre 2021

Hundestellung

« Maria apprit à Leonard à se comporter en amant énergique et prévenant, à la laisser avoir tous ses orgasmes avant qu’il ait le sien. Cela semblait une simple question de politesse, comme tenir la porte à une dame. Elle lui enseigna aussi à faire l’amour à la Hundestellung, comme les chiens, ce qui était également la façon la plus rapide de perdre les couvertures et aussi, toujours par-derrière, mais couchés sur le côté, alors qu’elle lui tournait le dos et dormait à moitié ; et enfin sur le côté mais face à face, étroitement enlacés, en dérangeant à peine les couvertures. Il découvrit qu’il n’y avait pas de méthode fixe pour susciter le désir chez Maria. Parfois il lui suffisait de la regarder et elle était prête. Parfois, il besognait patiemment comme un enfant sur un modèle réduit, et elle l’interrompait pour lui proposer du pain, du fromage et un peu plus de thé. Il apprit qu’elle aimait beaucoup qu’on lui murmure des mots tendres à l’oreille, mais pas après un certain moment, pas quand ses yeux commençaient à se refermer. Alors elle ne voulait plus qu’on la distraie. »
Taille originale : 21 x 29,7 cm


 

lundi 13 décembre 2021

Réécriture littéraire

Taille originale : 21 x 29,7 cm
Avant l’inondation
« À M. de Couillesdange
Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus bandante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus excitante, la plus secrète jusqu’à aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d’envie ; enfin une chose dont on ne trouve qu’un exemple dans les siècles passés, encore cet exemple n’est-il pas juste ; une chose que nous ne saurions croire à Paris, comment la pourrait-on croire à Lyon ? une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie madame de Branlan et madame de Hautebite ; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une chose qui se fera dimanche, et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire, devinez-la, je vous le donne en trois ; jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien, il faut donc vous la dire  : M. de la Trique encule dimanche au Louvre, devinez qui ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Madame de Couillesdange dit  : Voilà qui est bien difficile à deviner ! c’est madame de La Jarretière ? Point du tout, madame. C’est donc mademoiselle de Bite ? Point du tout  : vous êtes bien provinciale. Ah ! vraiment nous sommes bien bêtes, dites-vous ; c’est mademoiselle Culouvert. Encore moins. C’est assurément mademoiselle de Beaucul. Vous n’y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire  : il encule dimanche, au Louvre, avec la permission du roi, mademoiselle, mademoiselle de... mademoiselle, devinez le nom : il encule Mademoiselle, ma foi ! par ma foi ! ma foi jurée ! Mademoiselle, la grande Mademoiselle, Mademoiselle, fille de feu Monsieur, Mademoiselle, Mademoiselle, destinée au foutre, Mademoiselle, la seule putain de France qui fût digne de Monsieur. Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu’on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer ; si enfin vous nous dites des injures, nous trouverons que vous avez raison ; nous en avons fait autant que vous. »
Version muséale

dimanche 12 décembre 2021

L'aveu d'un amoureux transport

Taille originale : 21 x 29,7 cm

Elmire

Est-ce qu’au simple aveu d'un amoureux transport,
Il faut que notre honneur se gendarme si fort ?
Et ne peut-on répondre à tout ce qui le touche,
Que le feu dans les yeux, et l’injure à la bouche ?
Pour moi, de tels propos, je me ris simplement,
Et l’éclat, là-dessus, ne me plaît nullement.
J’aime qu’avec douceur nous nous montrions sages,
Et ne suis point, du tout, pour ces prudes sauvages,
Dont l’honneur est armé de griffes, et de dents,
Et veut, au moindre mot, dévisager les gens.
Me préserve le Ciel d’une telle sagesse !
Je veux une vertu qui ne soit point diablesse,
Et crois que d’un refus, la discrète froideur,
N’en est pas moins puissante à rebuter un cœur.
Approche

jeudi 2 décembre 2021

Maximes pornographiques

Taille originale : 29,7 x 21 cm

Retournement

La beauté est un avantage indéniable des performeuses dans la pornographie dite hétérosexuelle. Mais l’enthousiasme est sans doute tout aussi déterminant pour leur succès.

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La haine que certaines féministes ont de la pornographie prend pour prétexte le regard supposé masculin ou la domination masculine mais est l’expression d’un rejet beaucoup plus viscéral. Celui d’être un corps sexué que, pour une part, nous ne maîtrisons pas. Ce rejet est d’ailleurs partagé par un certain nombre d’hommes.

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La pornographie est une fiction, disent notamment les éducateurs à la santé. Mais c’est aussi une réalité, ne serait-ce qu’à travers ces rapports qu’on dit non simulés. Mais la véritable question est alors : où passe la frontière entre la réalité et la fiction en pornographie ?

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Si le consentement s’impose comme une évidence, la notion même reconduit le stéréotype de la femme essentiellement passive, attendant un séducteur auquel se refuser ou pas : « je consens à ce que tu m’encules ». Mais ce n’est qu’avec une femme au désir visible que le plaisir peut être réellement partagé, sinon la jouissance.

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Les éducateurs à la santé répètent : « Pornographie ? Attention, fiction ! » Mais l’éducation sexuelle est-elle autre chose qu’une fiction ? ou du moins un catalogue de supposés bons conseils et surtout de normes implicites de comportement. Les images édulcorées dans les manuels proposés sont-elles plus « vraies » que celles de la pornographie ?

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La pornographie épargne bien sûr à ses consommateurs et consommatrices l’épreuve du réel. Mais il y a également en ses images un réel, cause efficiente de l’excitation. Quand ce réel n’est pas perçu, la pornographie n’est plus qu’images.

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Quel reproche adressé à la pornographie n’est pas au fond motivé par la jalousie de voir accorder si facilement ce qui devrait être préservé comme un bijou précieux ?

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Travailleu·r·se·s Du Sexe est un terme administratif. C’est pour cela que les nobles mots de pute et de putain conserveront toute leur puissance d’excitation, inversant merveilleusement dans les pratiques sexuelles et pornographiques l’injure qui leur socialement attachée.

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La honte qui s’attache aujourd’hui encore à la consommation d’images pornographiques s’explique par notre petitesse. Il ne s’agit pas tellement de la bassesse de nos instincts animaux généralement partagés, mais de notre supposée infériorité humaine qui nous rend incapables de séduire l’une ou l’autre partenaire réel. À défaut donc… Mais la véritable infériorité n’est-elle pas celle que nous ressentons face à ces performeuses si maîtresses de leur sexualité ? à tel point que nous exigeons — en pur imaginaire ! — de les voir soumises à nos désirs ou, à défaut, à leurs supposée sexualité insatiable… (Ceci vaut aussi pour les performeurs gays.)

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Toute représentation est, on le sait bien, pour une part mensongère. La pornographie n’y échappe pas comme se plaisent à le répéter ses contempteurs et contemptrices. Mais la pornographie prétend-elle à une autre vérité que celle de l’excitation sexuelle ?

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La loi morale et judiciaire sur le consentement a pour objectif une normalisation des comportements, ce que d’aucuns appellent une civilisation des mœurs. Ce qui est certainement souhaitable mais implique aussi une hypocrisie accentuée face à une pornographie qui joue de ces normes.

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Les performances pornographiques sont semblables aux exploits sportifs, réels mais d’une minuscule élite. Et spectaculaires.

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Si la pornographie se distingue d’une sexualité jugée « ordinaire », sa caractéristique la plus remarquable n’en est sans doute pas l’illustration de pratiques « extrêmes » mais bien la personnalité exceptionnelle de ses performeuses (et sans doute de ses performeurs). Pour leurs authentiques admirateurs et admiratrices, c’est la marque d’une incontestable supériorité morale. Pour les autres, c’est l’esprit maléfique de la « putasserie ». Sans oublier le fleuve boueux des hypocrites.

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L’extrême variété des images pornographiques, pourtant niée par ses pourfendeuses et pourfendeurs, nous confronte à la « différence », à une altérité plus ou moins radicale qui mène au bizarre, à l’étrange, à l’extrême (mais néanmoins légal) : SM, bondage, fétichisme pédieux ou autre, douche dorée, flagellation, pinces et speculum, cage pénienne, scatologie, zoophilie, humiliation, soumission, difformités, inceste fictif, grand-mère abusive, grand-père ventripotent, nains obsédés, obèses lubriques, sodomie et double anal, bukkake, poing pénétrant, godes de tous les orifices… et j’en oublie. La différence est immédiatement là, et l’hétérosexuel le plus banal verra au fil d’une navigation hasardée des homosexuels aux corps lisses et musclés en pleine action. Cette confrontation à chaque fois singulière éprouve nos limites : ma propre identité vacille-t-elle en découvrant ce qui m’excite malgré moi ? ou bien l’horreur, la répugnance, l’effroyable réalité, l’abjection même me font détourner le regard (et cliquer ailleurs) ?

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La satisfaction physique que procure le spectacle pornographique s’accompagne rarement d’un apaisement complet de l’âme qui reste souvent teintée d’une ombre honteuse. Le partage d’un tel spectacle avec un amant ou une maîtresse se branlant avec vous corrige néanmoins ce défaut.

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La pornographie est soumise à des modes dont il est vain le plus souvent de chercher le sens. Mais la pornographie, loin d’être éternelle, passera également de mode au profit de nouvelles passions exigeantes.

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Au pays de la pornographie, toute honte est bue.

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Toute pornographie n’est pas bonne à voir.

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Que soit louée la générosité pornographique des actrices et acteurs offrant leurs orifices à l’œil de la caméra et à la pénétration pénienne, digitale ou autre !

Taille originale : 29,7 x 21 cm
Prise en main…

lundi 29 novembre 2021

Regard mauvais, regard mâle…

Taille originale : 21 x 29,7 cm

— Tu ne peux pas nier que dans la pornographie, les femmes sont objectivées sous le regard masculin…
— Au contraire ! C’est là qu’elles sont le mieux traitées en sujets, et bien plus souvent que dans le cinéma courant ! Et je précise — car tu l’oublies — dans la pornographie hétéro…
— Mais enfin, c’est du cinéma fait par des hommes pour des hommes. Alicia te l’a encore dit !
— Justement ! Que veulent les hommes ? Des Vénus alanguies et immobiles ? Des objets de décoration ?
— Ben, oui, des belles femmes…
— Ha ha ! Et tu crois qu’elles sont toutes belles, les actrices pornos, même si je reconnais que c’est un avantage.
— Je ne sais pas. Je ne suis pas un amateur comme toi.
— Tu peux dire un obsédé ! Et ce que j’ai envie de voir, c’est pas une potiche, c’est une femme qui non seulement se donne et s’abandonne pour employer ces expressions désuètes, mais une femme qui a envie de baiser ! non seulement de baiser, mais de se faire enculer, ou d’enculer pourquoi pas ? et puis de sucer une bite ou de lécher un chatte, d’avaler du foutre ou d’en recevoir sur le visage…
— Ne t’excite pas trop : j’ai l’impression que tu vas te toucher la bite sous la table !
— C’est un bon exemple, ça. Une femme qui, debout, commence à caresser la bite dans le pantalon de son partenaire en face d’elle. Tu vois. Elle n’est pas craintive comme une vierge effarouchée perdue dans la forêt…
— Non, je ne vois pas trop.
— Mais si ! C’est le geste qui importe. Elle est décidée, elle est à la manœuvre et elle a envie de toucher la bite sous le tissu, de la sentir gonfler, se raidir, se dresser avant qu’elle ne la prenne en bouche. Il faut qu’on voie l’envie qu’elle en a, son désir à elle.
— Mais c’est de la fiction ! Aucune femme ne se précipite comme ça sur la bite d’un inconnu.
— Si, si. La fiction est vraie, elle fait simplement l’impasse sur la drague, sur les préliminaires qui ne sont pas sexuels, seulement érotiques. On se regarde, on se toise, on se parle par sous-entendus, on s’écrit éventuellement pour les plus lents… et puis enfin on baise, on passe à l’acte. Le porno t’épargne tout ça… Mais une femme t’a déjà caressé la bite ? montré qu’elle avait envie de toi…
— Oui, mais j’ai pas envie de parler de ça. C’est quoi le rapport avec… je ne sais plus quoi… le regard masculin ?

La fin de l’abstraction

— Le regard masculin — celui des réalisateurs, celui des spectateurs en oubliant pour l’instant qu’il y a aussi des réalisatrices et des spectatrices de films pornos —, il n’objectifie pas, il recherche au contraire la subjectivité, celle de l’actrice (dans les films pornos à destination supposée des mâles hétéros, je n’ajouterai pas blancs…), une subjectivité qui traduise le désir, son propre désir. Lacan avait cette formule inlassablement répétée : le désir est le désir de l’Autre. La formule est, comme souvent chez lui, polysémique. Mais on peut l’interpréter notamment dans le sens d’une reconnaissance de l’autre comme sujet (et non pas comme objet, comme un corps seulement) : mon désir porte sur le désir qui est celui l’autre, mon désir est ce désir dont l’autre est porteur, mon désir est d’être désiré par l’autre… Avec bien sûr cette inversion de mon propre désir : le voyeur désire le désir d’exhibition de l’actrice ou de la performeuse ; le maître rêve de la soumission volontaire de l’esclave sexuelle ; le masochiste ne pense qu’au plaisir que sa Maîtresse trouvera à lui casser les couilles…
— On en revient à la domination, un truc fait par les hommes pour les hommes !
— Non, la domination est une forme du désir, sans doute fréquente chez les hommes, mais ce n’est pas la seule. Le caractère universel du désir, c’est le désir de reconnaissance, qui implique que l’autre soit immédiatement reconnu comme sujet. Le corps de l’autre n’est pas objectivé mais au contraire immédiatement subjectivé. Même si je baise avec une poupée gonflable, je rêve non pas qu’elle ait une âme — ce serait trop demander à un morceau de latex — mais qu’elle me donne l’illusion d’être possiblement une femme…
— Tu as déjà baisé avec une poupée gonflable ?
— Mais ce n’est pas la question. La question, c’est le désir de l’autre, la subjectivité de l’autre. Or comment s’exprime la subjectivité ? comment reconnaît-on la subjectivité chez l’autre ?
— Je ne sais pas moi… par la parole, le discours ?
— Sans doute… mais l’enfant qui ne parle pas encore, qui ne comprend pas ce qu’on lui dit, il sait déjà que sa mère est un sujet, et c’est pour cela qu’il pleure, qu’il l’appelle : il sait qu’elle va lui répondre. Le langage est là immédiatement avec les cris de l’enfant, et il agit directement comme un opérateur du désir. C’est ce qu’on retrouve dans les films pornos d’ailleurs. Le plus souvent, on coupe le son parce qu’on trouve les dialogues stupides, mais les cris, les interjections, les formules lapidaires (« Baise-moi ! ») retrouvent cette fonction élémentaire, première, du langage : exprimer le désir de façon jaculatoire dirait Lacan.
— Mais c’est complètement artificiel ! c’est joué ! Il n’y a aucun désir sincère là-dedans ! Même les performeuses parlent de travail… et elles simulent, tout le monde sait ça.
— Sans doute, même s’il faudra que tu m’expliques un peu plus avant comment l’on détermine la sincérité, que ce soit au cinéma ou dans la vraie vie (enfin, vraie…). C’est du travail, mais il y a des travaux plus plaisants que d’autres… Et puis, si elles simulent, que faut-il penser des performeurs qui eux bandent puis éjaculent ? Est-ce aussi de la simulation ?
— Évidemment ! Il paraît qu’ils se font même des injections de je ne sais plus quoi directement dans la bite !
— Et quand tu regardes un mélodrame ou un film de super-héros, est-ce que tu te dis que les actrices ou les acteurs simulent ? Est-ce que cette simulation, leur acting comme disent les Américains, t’empêche d’être ému ou impressionné ? Pourquoi serait-ce différent dans le cinéma porno ? Bien entendu que tout cela est joué, et je me laisse prendre au jeu… Dans les deux cas, on s’identifie aux acteurs ou actrices !
— Donc tu t’identifies aux performeurs masculins !
— Pas du tout. Ce ne sont que des porteurs de bite. Il faut voir les cadrages. La femme est au centre de l’image et les hommes sont repoussés au bord du cadre, juste avec le bas-ventre qui dépasse. C’est évident dans les scènes de bukkake, mais également dans les double ou triple pénétrations où le corps entier de la femme occupe l’essentiel de l’image avec des singes qui semblent accrochés aux quatre coins de l’image. Et il faut voir l’usage des contre-plongées qui visent à associer de la façon la plus proche le sexe et le visage de la performeuse. Son visage est toujours nécessaire.
— Et ça prouve quoi ?
— Mais le visage est le lieu essentiel de la subjectivité. Les gestes aussi 1, comme la main sur la bite dont je parlais tout à l’heure. Mais ce sont les expressions faciales qui traduisent le plus intensément la subjectivité. Et le regard-caméra est une figure essentielle du cinéma porno contrairement au cinéma courant où il est systématiquement évité. Comme le bébé qui ne parle pas encore mais qui recherche le regard de sa mère. Le voyeur est ce bébé qui veut qu’on le regarde. L’actrice se sait regardée et elle regarde le regardeur. C’est cette bascule du regard qui est essentielle pour que le désir soit désir de l’autre. Bien entendu, il n’y a pas de synthèse possible dans cette dialectique de la reconnaissance imaginaire, et aucun pornographe ne croit qu’il pourrait traverser l’écran : le réel résiste bien sûr.
— Question réel, tu oublies que, sur certains tournages, comme l’explique Gaëlle, il y a des violences, toujours à l’encontre des actrices, et ça peut se voir dans certains films où leur visage est en pleurs ou décomposé… Et ce qui est recherché, c’est bien la souffrance, l’humiliation, le désespoir…
— Oui, le sadisme existe et il jouit bien entendu d’une subjectivité tourmentée, innocente de préférence comme la Justine de Sade. Je n’ai pas dit que tous les regards masculins sont innocents. Mais même dans ce cas, le regard du réalisateur et du spectateur n’objectifie pas, au contraire. Il jouit d’une subjectivité souffrante.
— Mais tu trouves ça condamnable, tout de même ! C’est dégueulasse.
— Évidemment. Mais il est malhonnête d’utiliser ces faits criminels comme un prétexte pour condamner la pornographie dans son ensemble 2. Ce rejet viscéral par certains et certaines de la pornographie a d’ailleurs des raisons bien plus enfouies que la défense d’actrices malmenées. Mais ce n’est pas la question.
— Qui est donc ?
— … que la pornographie pour fonctionner doit mettre en scène, même si c’est sur le mode fictionnel, des sujets désirants, qui, dans le cas de la pornographie hétérosexuelle à destination d’un public majoritairement masculin (mais pas que…), sont les actrices.
— Mais tu m’as déjà raconté tout ça en fait. Tu ressasses. » conclut Mike.

Peter termina son verre. Ils se séparèrent.

Emplir l’espace

Tout en marchant, Peter se sentit insatisfait. Il avait raison, il voulait s’en persuader mais il savait aussi que quelque chose d’essentiel manquait à ses propos faussement savants : son propre désir ne lui appartenait pas…

Sur le chemin du retour cependant, au milieu de la nuit, il aperçut venant vers lui un groupe de jeunes gens qu’il perçut comme menaçant. Il voulut les éviter en empruntant un autre chemin et tourna les talons. Les rues étroites du centre-ville étaient malheureusement désertes. En outre, il tournait à présent le dos au petit groupe et n’osait pas même jeter un coup d’œil par-dessus son épaule. Il était déjà trop tard quand ils l’encerclèrent et exigèrent portefeuille et téléphone portable. Il résista à peine et fut immédiatement pris à partie par les bras, par les épaules. Il baissa les yeux, incapable de soutenir le regard de celui qui lui faisait face. Il ne servait à rien de se révolter. Il abandonna les objets demandés. Il dut même donner le code du téléphone (il n’avait pas activé la reconnaissance faciale). Dès qu’ils s’éloignèrent, il fut pris de tremblements où se mêlaient la peur, la colère, le ressentiment. Il fallait à présent aller au commissariat, déclarer la perte des documents d’identité, bloquer les cartes bancaires et le téléphone.

Taille originale : 21 x 29,7 cm

Il rentra chez lui deux heures plus tard, cette fois sans faire de mauvaises rencontres. Finalement, incapable de dormir, dans la demi-obscurité de son bureau, il regarda sur son ordinateur une compilation d’éjaculations faciales. Il était persuadé que ces images de femmes offrant leur visage aux jets de foutre confirmaient indubitablement ses affirmations de la soirée. Bientôt, un groupe d’hommes vint à tour de rôle se masturber à hauteur du visage d’une de ses actrices préférées : elle était attachée en position assise, les bras maintenus derrière le dos, entièrement soumise et disponible. Son attitude, ses gestes, ses paroles, plus que son regard incitaient ses partenaires à éjaculer sans retenue sur elle. Lui-même aurait voulu que l’écran déjà de grandes dimensions occupât tout son champ de vision comme pour le plonger au milieu de ces pitoyables branleurs. L’un des derniers à s’approcher ne parvenait d’ailleurs pas réellement à bander même si elle le suça à plusieurs reprises : il se dressait par instants sur la pointe des pieds, grognait bruyamment, se cognait les genoux de façon épileptique, branlait furieusement sa bite qui restait pourtant à moitié flasque, et il fallut une interruption visible, marquée seulement par une ellipse, pour que misérable parvienne à ses fins.

Encore une fois, le réel se dérobait.

Taille originale : 21 x 29,7 cm

1. « Figurer une action [animale] en la capturant comme un instantané, c’est faire surgir à l’imagination les circonstances qui la causent ou l’accompagnent : ce plongeon qui, le cou tendu vers l’avant, s’éloigne en nageant vivement pour échapper à ce qui l’a alarmé, ce lièvre figé au moment où il s’apprête à bondir, cet ours prêt à assommer un saumon imprudent d’un coup de patte, tous ces animaux que l’on voit entreprendre une action à l’évidence intentionnelle ou répondre comme il se doit à un événement imprévu ne peuvent manquer d’imposer à qui observe leur image l’idée qu’ils sont animés par des buts, qu’ils savent ce qu’ils font, qu’ils réagissent de façon astucieuse aux sollicitations de leur environnement, bref qu’ils sont une intériorité, tout comme les humains. C’est par la figuration du mouvement suspendu que la subjectivité animale, caractéristique de l’animisme, se donne à voir ici. » (Philippe Descola, Les Formes du visible, Seuil, 2021)
2. « La seule question relative à la production qui pourrait se poser est celle de savoir pourquoi la dénonciation des conditions de production de la pornographie aboutit, la plupart du temps, à la condamnation de la pornographie et non à la revendication de meilleures conditions de travail pour les travailleuses et travailleurs de cette industrie. » (Ruwen Ogien, Penser la pornographie. PUF, 2003)
Taille originale : 29,7 x 21 cm

mardi 23 novembre 2021

Un acte si libérateur…

Occuper l'espace
Taille originale : 14,8 x 21 cm
« J’ai rompu avec le catholicisme pratiquant dès mon premier trimestre à Oxford, en même temps que j’ai perdu ma virginité. Les deux événements étaient liés : je ne pouvais sincèrement confesser en tant que péché un acte que j’avais trouvé si libérateur, ni promettre de ne pas recommencer. Le rejet intellectuel du reste de la doctrine catholique a rapidement suivi, conséquence ou rationalisation de cette rupture, difficile à déterminer. Quelques années plus tard, au prix de quelques tricheries et dissimulation, mon mariage fut célébré dans une église catholique pour éviter de faire de la peine à mes parents mais aussi parce qu’au bout du compte, je ne me serais pas sentie dûment mariée par les seuls services de l’état civil. »
Dans le fond
Taille originale : 21 x 29,7 cm