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| Montrer/cacher Taille originale : 29,7 x 21 & 21 x 29,7 cm |
« Quel espoir alors pour un élève de quatorze ans, vivant au sein d’une époque, d’une civilisation et d’une communauté qui n’encourageaient pas l’introspection ou ne savaient même pas ce que c’était ? Dans un dortoir partagé avec neuf autres élèves, les occasions d’exprimer des sentiments complexes — vos doutes, vos fragiles espérances, votre crainte de la sexualité — étaient rares. Quant au désir physique, il était noyé sous les vantardises, les railleries et des blagues extrêmement drôles ou totalement énigmatiques. En tout cas, il était obligatoire de rire. Derrière cette sociabilité anxieuse il y avait pour tous la conscience d’un nouveau et somptueux terrain d’aventures qui s’ouvrait devant eux. Avant la puberté, son existence était cachée et ne les avait jamais troublés. Soudain l’idée d’un rapport sexuel s’élevait devant eux tel un massif montagneux, magnifique, dangereux, irrésistible. Mais encore loin. Lorsqu’ils discutaient et riaient dans le noir une fois les lumières éteintes, une folle impatience flottait dans l’air, un désir ridicule pour quelque chose d’inconnu. La satisfaction de ce désir viendrait, ils en étaient foutrement sûrs, mais ils la voulaient maintenant. Dans un internat de garçons en pleine campagne, les chances étaient minces. Comment pouvaient-ils savoir à quoi “ça” ressemblait vraiment, et qu’en faire, alors que leurs seules sources d’information étaient des anecdotes et des blagues improbables ? Un soir, l’un d’eux avait dit dans l’obscurité, durant une accalmie : “Et si on mourait avant d’avoir connu ça ?” Le silence s’était fait dans le dortoir tandis qu’ils envisageaient cette éventualité. Puis Roland avait lancé : “Il y a toujours l’au-delà.” Et ils avaient tous éclaté de rire.
Un autre soir, alors que ses camarades et lui étaient encore des “nouveaux”, onze ans environ, des élèves plus âgés les avaient invités dans leur dortoir. Ils n’avaient qu’un an de plus mais semblaient former une tribu supérieure, plus avisée, plus forte et vaguement menaçante. L’invitation avait été présentée comme un secret. Roland et les autres première année ne savaient trop à quoi s’attendre. Deux grands gaillards, à la musculature précoce, se tenaient côte à côte dans l’allée entre les lits superposés. Une foule d’élèves, tous en pyjama, les entourait. Beaucoup étaient juchés sur les lits du haut. L’odeur de transpiration rappelait celle de l’oignon cru. C’était longtemps après l’extinction des feux. Dans les souvenirs de Roland, le dortoir était inondé par le clair de lune.
Il n’en était peut-être rien. Ils avaient peut-être des torches électriques. Les deux grands types avaient enlevé leur pantalon de pyjama. Roland n’avait encore jamais vu de toison pubienne ni le pénis en érection d’un adolescent. Au cri tenant lieu de signal les deux garçons se mirent à se masturber frénétiquement, leurs poings devenant flous dans ce mouvement de pompe. Des acclamations et des encouragements les accompagnaient. Le même vacarme qu’au moment du but lors d’un match important. Un mélange d’hilarité et d’admiration. La plupart des élèves présents n’étaient pas sexuellement assez mûrs pour participer à un tel concours. Il dura moins de deux minutes. Le gagnant était celui qui avait éjaculé le premier, peut-être le plus loin, ce point provoquant une contestation immédiate. Les concurrents semblaient avoir franchi ensemble la ligne d’arrivée. Leurs deux petites flaques laiteuses paraissaient à égale distance sur le lino. Mais auraient-elles été visibles à la seule lumière du clair de lune ? Les deux compétiteurs se désintéressaient déjà de la victoire. L’un d’eux entreprit de raconter une blague salace que Roland ne comprit pas. »
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| Paroles d’artiste |
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| Ombre et lumière |




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