dimanche 18 février 2018

Double entrée…

Version bleue
taille originale : 21 x 29,7


« Considérez le mot “pénétration”, que nous avons tendance à considérer comme neutre, voire comme médical. Il est d’une violence incroyable. Si j’invite quelqu’un à dîner chez moi, il sonne, je lui ouvre la porte et le laisse entrer. Il ne pénètre pas ma maison. Les voleurs pénètrent les appartements, les armées pénètrent les frontières. En parlant de pénétration à propos d’un acte de plaisir et d’amour, nous lui donnons une connotation guerrière. »
Nous parlerons donc désormais de double entrée !

Version noire
taille originale : 21 x 29,7

dimanche 11 février 2018

Identique et différent

taille originale : 21 x 29,7

« La notion même d’identité passe par une représentation du corps et de sa place dans le monde. Le premier objet de réflexion de l’homme émergeant de l’animalité, c’est son corps et l’insertion de son corps au milieu des autres espèces animales ou végétales qui l’entourent et, au-delà, dans le cosmos qui l’embrasse. Il y a un gradient d’interprétation qui part du corps du sujet et s’éloigne concentriquement de plus en plus loin dans le monde. La première donnée irréductible et irréfragable du corps, anatomique et physiologique tout à la fois, c’est la différence des corps.
L’observable immédiat, sans l’usage d’instrument, c’est celui d’une reproduction animale sexuée, avec un sexe masculin et un sexe féminin anatomiquement ajustables. Tel m’est identique parce qu’il porte le même appareil sexuel, tel est différent parce qu’il porte un autre appareil sexuel que moi.
L’identique et le différent m’apparaissent pour cette raison qu’ils sont ancrés dans l’observation primordiale du corps humain comme les catégories princeps de la pensée. »

« […]
La cinquième possibilité ne s’est jamais trouvée réalisée : un même terme désignerait les germains [= enfants de lit entier, frère, sœur, c’est-à-dire ayant même père et même mère] et les cousins croisés [= enfants d’un frère et d’une sœur] tandis qu’un autre désignerait les cousins parallèles [= enfants de deux frères ou de deux sœurs]. Cela revient à dire que la conscience de l’identité ne peut pas passer par le changement de sexe, c’est-à-dire par le rapport collatéral d’un frère et d’une sœur, lequel induit la relation dite “croisée”. La notion d’identité se concentre sur la communauté de sexe qui entraîne le parallélisme des situations dans les générations consécutives, et ces deux traits sont universellement perçus comme étant de même nature.
Ainsi, la réalité concrète du donné historique et ethnographique désigne une lacune logique qui s’explique par ce que j’appelle la “valence différentielle des sexes”. La valence différentielle des sexes, qui implique la place différente des deux sexes sur une table de valeurs et plus généralement la dominance du principe masculin sur le féminin, découle de la différence observée des sexes et de leurs pouvoirs et fait que le rapport frère-sœur ne peut pas être à la base d’une identité parfaite. »

dimanche 14 janvier 2018

libre de mes choix


taille originale : 21 x 29,7
« …des souvenirs douloureux sont revenus. Depuis cette affaire, j’ai moi aussi compris quelque chose de mon passé, et notamment pourquoi à un certain âge de ma vie d’adolescente, j’ai commencé à m’habiller en garçon manqué — cheveux courts androgynes — toujours en pantalon et en basket. Le seul moyen sans doute, à mes yeux, de ne pas me faire agresser et de pouvoir être libre de mes choix, de mon regard sur le monde et sur la société. Cela a été une manière de me protéger qui n’était pas un choix mais une nécessité. Car les… »

lundi 1 janvier 2018

Bonne année !

taille originale : 27 x 36 cm

« Comme je me montrais rétive à la sévérité, Monsieur a tenté la douceur, et d'une voix de miel que mon Dieu j'en bande encore :
— Regarde-moi, chérie. Regarde-moi.
Moi, ouvrant les yeux avec répulsion :
— J'y arrive pas.
Je clignais en ruant du menton, étonnée de peiner autant devant l'idée d'une communication que j'établissais facilement avec d'autres.
— Tu ne sais pas qu'il faut toujours regarder un homme lorsqu'il a sa queue dans ton cul ? a commencé Monsieur, et je l'écoutais comme on écoute un passage de Lolita : la même vénération. C'est toi qui as le pouvoir, tu sais. Même si c'est moi qui t'encule (et là je me suis mordu les lèvres jusqu'au sang), je suis pris au piège dans ton petit cul, et c'est moi que tu rends fou.
Petite pause, durant laquelle il a relevé mes cuisses juste un peu plus haut, juste assez pour transformer la position chaste du missionnaire en reptations obscènes ; puis, dans un un souffle :
— Tu ne te sens pas un peu salope, comme ça ? D'avoir ma queue dans ton cul ? Dis-moi comment tu te sens ?
Et comme dans le brouillard de mes cheveux j'entrouvrais une paupière, j'ai vu ma chatte grande ouverte mais en crue, et en dessous la bite de Monsieur entrant et sortant lentement de mon cul, et j'ai su que Monsieur avait ce même panorama beaucoup trop sale ; j'ai adoré ça. Je lui ai abandonné des prunelles frémissantes, miaulant :
— Je me sens salope. »
taille originale : 29,7 x 42 cm

dimanche 31 décembre 2017

Le trou de son cul

Dessin ancien, taille originale : 21 x 29,7


— Mais je ne comprends pas…
— Elle lèche le trou du cul de son amante…
— Ah bon ? Ce n’est pas très clair…
— Oui, tu as raison : c’est cadré de façon trop serrée. Je vais refaire le dessin autour. Regarde…
— Oui.
Taille originale : 50 x 65 cm

— Tu vois : comme ça, c’est plus clair, non ?
— Mais c’est pas propre, je trouve.
— Elles se sont certainement lavées avant…
— Et pourquoi elle fait ça, si c’est pas propre.
— C’est des choses d’adultes. Les grandes personnes, ça leur arrive de faire des choses comme ça.
— Mais pourquoi ?
— Elles en ont envie… Tout le monde n’a pas envie de faire ça, mais ça plaît à certaines personnes.
— Explique-moi !
— Celle qui lèche le trou du cul, elle a envie, elle a très envie, elle a immensément envie de son amante, tu vois. Parfois, on dit que les amants ont envie de manger l’autre, comme s’ils étaient cannibales. Et les amantes aussi. Elle, elle n’a pas envie de manger son amante, mais elle a envie de la posséder entièrement, totalement, elle a tellement envie d’elle qu’elle veut embrasser la moindre parcelle de sa peau, de son corps…
— Oui, mais pourquoi le trou du cul ?
— C’est un peu plus difficile à expliquer, en effet. Comment dire ? Le trou du cul, c’est l’endroit peut-être pas le plus intime, mais le plus personnel… celui qu’on ne montre à personne… Une femme peut ouvrir les cuisses pour montrer sa chatte, pour montrer son sexe, mais il faut écarter ses fesses avec les mains pour avoir accès au trou de son cul. J’allais dire : tu vois, mais justement on ne le voit pas.
— Embrasser sur la bouche, la première fois qu’on me l’a dit, j’ai trouvé ça un peu dégoûtant…
— C’est un peu la même chose. Elle veut embrasser sa bouche, ses seins, son ventre, tout son corps et même le trou de son cul. Elle veut embrasser même son cul, elle veut s’enfoncer en elle, s’enfouir en elle… là où elle seule peut aller, où elle seule a le droit d’aller.
— Mais l’autre, ça la fait rire…
— Oui, mais surtout, elle aime ça. Pour moi, enfin, en tout cas, elle aime ça. Dans mon dessin, je veux dire. Il faut aussi qu’elle, elle aie envie de ça… Elle a envie de se donner complètement… Même le trou de son cul, elle veut que son amante l’embrasse, non seulement qu’elle l’embrasse, mais qu’elle l’embrasse fiévreusement, passionnément. Ce n’est pas sa langue seulement qu’elle veut sentir s’immiscer dans son fondement, c’est la passion de son amante qui doit prendre possession d’elle…
— Tu crois que ça se voit sur ton dessin ?
— Je ne sais pas…

dimanche 26 novembre 2017

L’Iliade et l’Odyssée




Je ne pense que ce soit un archétype ou un modèle qui aurait imprégné on ne sait pas trop comment toute la culture européenne. La seule chose que cela signifie, c’est qu’il s’agit d’une espèce d’heureux hasard artistique : Homère, c’est la première œuvre littéraire occidentale et l’on peut encore lire aujourd’hui l’Iliade et l’Odyssée et y trouver un sens immédiat ou simplement s’y retrouver, y retrouver une part de soi-même. Ce qui s’y illustre, c’est le flux et le reflux. C’est ce double mouvement qui est significatif.
Achille est animé par la colère. C’est ce qui le pousse quand l’aventure n’aboutit pas, quand les Achéens ne parviennent pas à gagner la guerre. Mais partir de chez soi ou sortir de soi, le mouvement est le même. Ce n’est pas la violence qui est première, ce n’est pas l’agressivité, ni la séduction de la guerre dont parlent certains reporters, mais c’est la sortie de soi, qui implique une perte de soi, une ouverture, une échappée. Et un risque : on doit s’oublier, oublier de se préserver, oublier de préserver sa propre image, on doit risquer d’abîmer sa propre image, et ce risque est celui de sa propre mort. Celle de Patrocle, celle d’Achille finalement.
Lacan en parle de sa façon obscure et prétentieuse, mais c’est de cela qu’il s’agit avec l’objet du désir, l’objet (a) exposant dit-il d’une fonction, celle de l’index levé vers une absence : le vocabulaire algébrique me laisse coi mais la formule qui suit est plutôt jolie. Une absence que n’importe quoi vient remplir, la guerre, l’aventure, l’art, le pouvoir, n’importe quoi qui semble réel, qui est réel, mais qui bientôt se révèle illusoire du fait de l’insatisfaction fondamentale du désir… C’est ça l’Iliade, partir à la conquête de l’objet absent de son désir. Ça a l’air très masculin dit comme ça, mais, plus l’égalité progresse, plus les femmes, écrivaines, cinéastes, artistes, nous raconteront la même histoire, le même leurre, le même tremblement que l’on éprouve dans cette sortie de soi, la même excitation que l’on éprouve à se mettre en danger, quelle qu’en soit la forme (ah ! les sports extrêmes ! succédané des aventures anciennes).
La guerre ne m’intéresse pas. Peut-être parce que c’est trop risqué et que c’est de la lâcheté de ma part. Et puis la guerre est injuste, toujours. Mais la sexualité, oui, c’est une sortie de soi, une exposition à l’autre, ce tremblement quand on se donne, quand on se s’abandonne à l’autre. On dit que ce sont les femmes qui se donnent, qui s’abandonnent, mais c’est vrai aussi pour les hommes… On fait l’amour jusqu’à l’abandon, jusqu’à s’abandonner soi-même.
Mais ensuite, il y a le retour vers Ithaque, le retour vers soi. Pas le retour heureux. Un retour lent et difficile vers ce qu’on est, seul. On se retrouve, oui, mais seul. Parce que l’aventure est finie. Ne reste que la mélancolie.